‹ Historie du peuple d'IsraëlChapitre 337 sur 337 · II Rois, XVII, 32 et suiv · texte numérisé non relu

II Rois, XVII, 32 et suiv

3. Même Ézéchias, s'il fallait en croire II Chron., xxx; mais c'est là une bien faible autorité.

[720 av. J.-Cl LES DEUX ROYAUMES. 53"J

Tunivers ; justice de lahvé, nécessité que cette justice soit réalisée sur la terre et pour chaque individu dans les limites de sa vie; puritanisme démocratique des mœurs, haine du luxe, de la civilisalion profane, des obligations résultant d'une organisation civile compliquée; confiance absolue en lahvé; culte de lahvé consistant surtout dans la pureté des sentiments. L'immensité d'une telle révolution étonne, et, quand on y réfléchit, on trouve que le moment où se fit cette création est le plus fécond de toute l'histoire religieuse. Même le mouvement initial du christianisme, au i" siècle de notre ère, le cède à ce mouvement extraordinaire du prophétisme juif, au viir siècle avant Jésus-Christ. Jésus est tout entier dans Isaïe. La destinée humanitaire d'Israël est aussi clairement écrite vers 720 que celle de la Grèce le sera deux cents ans plus tard.

Jusqu'à l'époque d'Élie et d'EUsée, Israël ne se distingue pas essentiellement des peuples voisins; il n'a pas de signe au front. A partir du moment où nous sommes arrivés, sa vocation est absolument marquée. Après un règne très favorable (celui d'Ézéchias), le prophétisme traversera une longue période d'épreuves (règnes de Manassès et d'Amon), puis triomphera complètement sous

510 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [7-20 av. J.-Cl

Josias. L'histoire de Juda, désormais, sera l'histoire d'une religion, d'abord renfermée en ellemême, pendant de longs siècles, puis se mêlant, par la victoire du christianisme, au mouvement général de l'humanité. Le cri de justice poussé par les anciens prophètes ne sera plus étouiïé. La Grèce fondera la société laïque, libre au sens où l'entendent les économistes, sans s'arrêter aux souffrances du faible amenées par la grandeur de l'œuvre sociale. Le prophétisme accentuera la juste réclamation du pauvre; il sapera en Israël les conditions de l'armée et de la royauté; mais il fondera la synagogue, l'Église, des associations de pauvres, qui, à partir de Théodose, deviendront toutespuissantes et gouverneront le monde. Durant le moyen âge, la voix tonnante des prophètes, interprétée par saint Jérôme*, épouvantera les riches, les puissants, empêchera, au profit des pauvres ou prétendus tels, tout développement industriel, scientifique et mondain.

Le laïcisme germanique contrebutales poussées de cet ébionisme oppresseur. L'homme de guerre, franc, lombard, saxon, frison, prit sa revanche sur

1. Les sectes socialistes du moyen âge, se rattachant plus ou moins à rÉvangile éternel, vivaient des piophètcs, surtout de Jérémie, et y puisaient leurs furibondes déclamations.

l'homme de Dieu. L'homme de guerre du moyen âge était si simple d'esprit qu'il retombait bientôt par sa crédulité sous le joug de la théocratie; mais la Renaissance et le protestantisme l'émancipèrent; l'Église ne put plus ressaisir sa proie. En fait, le barbare, le prince laïque le plus brutal était un libérateur, comparé au prêtre chrétien, ayant à sa disposition le bras séculier. L'oppression exercée au nom d'un principe spirituel est la plus dure; le tyran laïque se contente de l'hommage des corps; la communauté qui a la force d'imposer ses idées est le pire des fléaux.

L'œuvre des prophètes est ainsi restée un des éléments essentiels de l'histoire du monde. Le mouvement du monde est la résultante du parallélogramme de deux forces, le libérahsme, d'une part, le socialisme, de l'autre, — le libéralisme d'origine grecque, le socialisme d'origine hébraïque, — le libéralisme poussant au plus grand développement humain, le sociahsme tenant compte, avant tout, de la justice entendue d'une façon stricte et du bonheur du grand nombre, souvent sacrifié dans la réalité aux besoins delà civilisation et de l'État. Le socialiste de notre temps qui déclame contre les abus inévitables d'un grand État organisé ressemble fort à Amos, pré-

sentant comme des monstruosités les nécessités les plus évidentes de la société, le payement des dettes, le prêt sur gage, Timpôt.

Pour oser dire laquelle a raison de ces deux directions opposées, il faudrait savoir quel est le but de l'humanité. Est-ce le bien-être des individus qui la composent? Est-ce l'obtention de certains buts abstraits, objectifs, comme Ton dit, exigeant des hécatombes d'individus sacrifiés? Chacun répond selon son tempérament moral, et cela suffit. L'univers, qui ne nous dit jamais son dernier mot, atteint son but par la variété infinie des germes. Ce que veut lahvé arrive toujours. Soyons tranquilles; si nous sommes de ceux qui se trompent, qui travaillent à rebrousse-poil de la volonté suprême, cela n'a pas grande conséquence. L'humanité est une des innombrables fourmilières où se fait dans l'espace l'expérience de la raison; si nous manquons notre partie, d'autres la gagneront.

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