‹ Historie du peuple d'IsraëlChapitre 50 sur 337 · VIEILLESSE DE DAVID. AFFAIBLISSEMENT DE SON POUVOIR · texte numérisé non relu

VIEILLESSE DE DAVID. AFFAIBLISSEMENT DE SON POUVOIR

L'OrienL sémitique n'a jamais su faire une dynastie durable* , si l'on prend pour échelle de la durée nos uniques et merveilleuses maisons royales du moyen âge, et notamment la première de toutes, la maison capétienne, incarnant la France pendant huit ou neuf cent ans. En Orient, la décadence vient très vite. Lafloraison d'une dynastie ne compte guère que deux ou trois règnes. L'essai de Méhémet- Ali, que le xix"* siècle a vu naître et mourir, nous donne à cet égard une mesure qui est rarement dépassée. Souvent même le fondateur aperçoit à l'horizon les nuages noirs qui menacent son œuvre.

4. La dynastie ottomane, qui tranche si fortement sur les dynasties musulmanes, doit sa solidité non à l'islamisme, mais à ce fond de fidélité tartare que rien n'a encore pu éiiranler.

72 HISTOIRE DU PEUPLK D'ISRAËL. [1005 av. J.-C]

La fin des grands conquérants asiatiques est presque toujours attristée.

David fit à cette loi de l'instabilité orientale une exception apparente. Ses descendants occupèrent le trône quatre siècles, sans solution de continuité démontrable. Mais il faut remarquer que Toeuvre de David était la fusion de Juda et d'Israël, qui ne dura que deux règnes; en outre, l'avènement de Salomon fut irrégulier, comme nous le verrons. David lui-même, dans sa vieillesse, eut à l'intérieur de singulières difficultés à vaincre. Ceci surprend au premier coup d'œil; mais on n'en saurait douter. La fin du règne de David vit des défaillances que l'entrée en scène triomphante du jeune roi d'Hébron n'avait nullement fait présager.

La cause de cette faiblesse des dynasties orientales est toujours la même ; c'est la mauvaise constitution de la famille, la polygamie. La polygamie, affaiblissant beaucoup les liens du père au fils, et introduisant dans le palais des jîvalités terribles, rend impossibles ces longues successions de mâle en mâle et d'aîné en aîné, qui ont fondé les nationalités européennes. A mesure que David vieillissait, son harem devenait un insupportable nid d'intrigues. Bethsabée, capable

llOOSav. J.-C] LE ROYAUME UNIQUE. 73

de toutes les ruses, était arrivée au rang d'épouse préférée. Dès lors, ce fut chez, elle un plan arrêté que Salomon, son fils, serait, après la mort de David, Tunique héritier de la monarchie d'Israël.

Ce monde de jeunes et vigoureux adolescents, que ne retenait aucune loi morale, était comme une atmosphère orageuse où se nouaient et se dénouaient de sombres tragédies. Amnon, le fils aîné de David, semblait desliné au trône, et excitait par là de fortes jalousies. C'était une nature entièrement dominée par l'instinct sexuel. II devint éperdument amoureux de Thamar, sa sœur, née d'une autre mère, feignit d'être malade pour être soigné de sa main, et, comme elle lui apportait dans l'alcôve le remède qu'elle lui avait préparé, il la saisit, la viola, puis la prit en horreur et la chassa odieusement. Thamar se réfugia chez son frère Absalom ', et lui demanda vengeance.

David se montra faible et ne punit pas Amnon, parce qu'il l'aimait comme son aîné^. Absalom tua

1. Tout rêpisodc (le la révolte d'Absalom (II Sain., xiii-\\) frappe par son unité et rarlificc savant de la narration, qui rappelle les historiens grecs. Il y a de rarrangcmcnt dans les faits, mais sûrement un grand fond historique.

Page 1