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fut moins heureuse : les habitants firent de vives sorties, particulièrement dans les nuits du 24 ? du 28 octobre et du 2 décembre; le siège dura trois mois; et l'on se détermina à l'abandonner.
Bassompierre investit ensuite la place de Monheurt : le régiment de Champagne se trouvait à ce siège, avec ceux de Navarre, de Piémont, de Normandie, de Grignan; il ouvrit la tranchée le 20 décembre, et la place fut occupée trois jours après. Champagne alla prendre à Brouage ses quartiers d'hiver; et en 1622 il fut chargé, avec le régiment d'Auvergne, d aller faire le siège de Royan. Son colonel, le jeune Montrevel, fils de celui qui avait été tué Tannée précédente sous les murs de Saint-Jean d'Angely , fut dangereusement blessé à ce nouveau siège ; et la place attaquée avec vigueur se rendit sans conditions.
Une armée s'assemblait alors près de la Rochelle : le régiment de Champagne alla s'y joindre, et l'on se prépara au siège de cette place, qui était le principal boulevard des réformés. D'autres hostilités continuaient en Guienne et en Languedoc. Les protestants étaient maîtres de Montpellier : ils y concentrèrent leurs forces, et la place ne se rendit aux troupes du roi qu'après une vive résistance. Cette perte découragea les
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mécontents; et la paix qu'ils négociaient fut signée le 21 octobre, deux jours après la prise de Montpellier.
On avait vu, dans cette guerre, commettre de part et d'autre les plus déplorables excès. Nous ne parlons point ici des fureurs du combat et des abus de la victoire, malheurs qui sont communs à tous les siècles; mais l'acharnement des partis amenait alors un surcroît de calamités. Le même pays était tour à tour occupé par des forces contraires; et plus on s'en disputait la possession, plus on trouvait d'injures à venger* On vit les campagnes ravagées et dépouillées de toutes leurs récoltes; les villes livrées au pillage, même lorsqu'elles s'étaient mises à la merci du vainqueur, les habitants passés au fil de l'épée, la charrue conduite sur l'emplacement des cités, et la trace des hommes effacée du sol. Monheurt et Tonneins sont réduits en cendres; Clérac ne se rachète du pillage que par une forte rançon : les habitants de Négrepelisse égorgent une garnison catholique de quatre cents hommes; mais la vengeance est terrible : cette ville est emportée d'assaut; on fait main basse sur tous ses habitants; elle est brûlée; et deux cents soldats qui s'étaient réfugiés dans
la citadelle et qui sont forcés de se rendre, sont pendus aux créneaux.
Tel est trop souvent le spectacle des guerres calamiteuses qui affligèrent cette époque. Ce droit de représailles, si odieux dans son principe et si fatal dans ses effets , puisqu'il sacrifie sans distinction les innocents et les coupables, livrait à la fureur du glaive les populations entières : il leur suscitait des vengeurs, préparait des proscriptions nouvelles, et conduisait les deux partis à une guerre d'extermination.
Ne s'éleva-t-il donc aucune voix pour proclamer ces principes du droit des gens, qui, au milieu des désastres de la guerre, nous prescrit d'écouter encore la voix de l'humanité, de faire grâce au vaincu, d'épargner l'ennemi dont la défense fut héroïque et dont le bras est enfin désarmé? Nous ne pouvons, même en donnant au courage les éloges qui lui sont dus, méconnaître les droits sacrés du faible et consentir à son oppression. Il n'est pas vrai que les guerriers, les habitants, qui ont disputé par de mâles efforts l'entrée sanglante de la brèche et qui avaient résolu de s'ensevelir sous les ruines de la place confiée à leur foi, puissent être légitimement détruits,
quand ils succombent épuisés de fatigue sous les forces du vainqueur. On .ne peut leur faire un crime d'avoir été fidèles à l'honneur et d'avoir bravé la mort avec tant de constance : oser les proscrire, c'est dégrader sa propre gloire.
Et s'il fallait épargner les jours de ces ennemis qui n'étaient plus à craindre, de quelle sauvegarde plus inviolable encore ne devait-on pas environner ces vieillards qui n'avaient pu que faire des vœux pour leur patrie , ces femmes qui avaient mis dans les temples et sous la protection du ciel leur honneur et leurs enfants! Malheureuse condition des peuples livrés aux discordes civiles et religieuses! La haine était sans pitié; elle était aigrie par le fanatisme; et les victimes, prêtes à se couvrir des palmes du martyre, léguaient à leur postérité les inimitiés et les opinions paternelles.
La sédition parut enfin calmée : l'autorité royale avait prévalu, et Louis XIII, après avoir fait la paix avec les protestants, leur remit les places de sûreté qui leur étaient promises; mais sa politique ombrageuse s'inquiétait encore de leurs dispositions : il laissa en garnison, dans le fort Louis, près de la Rochelle, le régiment de Champagne, dont Arnaud était alors mestre de camp. Arnaud s'était signalé à l'attaque du Pont de Ce et aux
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sièges de Saint-Jean cTAngely et de Mon tau ban : il termina les retranchements du fort qui lui était confié; il établit dans son régiment la plus exacte discipline, le tint constamment en haleine, en l'appliquant tour à tour aux travaux des fortifications, au service de la place, aux manœuvres, aux évolutions, à tous les devoirs de la carrière militaire, et le mit sur un si bon pied, que ce régiment servait alors de modèle à tous les autres. Tel est le témoignage <jue lui ont rendu les historiens de cette époque.
Cet officier, également distingué par ses vertus militaires, et par son habileté dans un art dont il avait fait une étude particulière, mourut en 1624 à Fontenay le Comte, où il s'était fait transporter dans sa dernière maladie : il y fut inhumé dans l'église principale, et l'on grava sur sa tombe lepitaphe suivante :
« Sous ce tombeau reposent les cendres d'un « mestre de camp du régiment de Champagne :
« son nom fut Arnaud, sa province Auvergne.
« Son esprit lui donna rang dans les conseils, son « courage dans la guerre, et ses actions dans l'his- « toire. Il édifia le fort Louis, rétablit la discipline « romaine, et mourut âgé de quarante-quatre ans. a Passant! pleure son malheur; car il eut moins
« de fortune que de mérite, et tu n'as point de « louanges dignes de sa vertu. »
Après la mort d'Arnaud, Toiras le remplaça comme mestre de camp de Champagne et .comme gouverneur. Cet officier avait fait ses premières armes, en 1617, au siège de Soissons, qu'occupait le duc de Mayenne : en 1620 il obtint une compagnie dans le régiment des Gardes, se trouva au siège de Caen , et ensuite au combat du Pont de Cé. Toiras accompagna le roi en Guienne, où le parti des mécontents n'était pas encore soumis; il fut momentanément chargé de la garde de Blaye, rejoignit le roi qu'il suivit dans le Béam, et revint avec lui vers la capitale. L'année suivante il prit part aux principales opérations de la guerre qui venait de se rallumer au midi de la Loire : il se trouva au siège de Saint-Jean d'Angely et ensuite à celui de Montauban, où il commandait une compagnie de tirailleurs et où il fut blessé d'un coup de mousquet. Toiras avait acquis dans ses campagnes la réputation d'un brave et habile officier; on le jugeait propre aux emplois les plus dignes de confiance. Lorsqu'il vint prendre le commandement du fort Louis, les. quatre bastions de cette place n'étaient que des ouvrages en terre dont les revêtements venaient de se dégrader : il-
en ordonna sur-le-champ les réparations, fil nettoyer les fossés et relever les retranchements.
Cependant les habitants de la Rochelle commençaient à se plaindre du voisinage de cette forteresse : ils craignaient que l'autorité royale ne s'en fît un moyen pour porter atteinte à leurs privilèges, et ils préparèrent quelques armements maritimes qu'ils mirent à la disposition du duc de Soubise. Leur but principal était de s'emparer du fort Louis; mais Soubise fit d'abord une tentative pour surprendre le fort de Blavet, près de la rivière de ce nom. Son entreprise n'ayant pas réussi, il fit une autre expédition vers le Midi, dans l'espérance d'y exciter quelques soulèvements et d'agrandir le théâtre de la guerre.
Toiras avait reçu l'ordre de mettre le fort Louis en bon état de défense, de faire des recrues pour le régiment de Champagne r de lever une compa-
gnie de chevau-légers, et d'examiner si l'on pourrait tenter quelque entreprise sur les îles de Ré et d'Oléron qui étaient au pouvoir des Rochelais. Des vaisseaux demandés par le roi à la Hollande devaient seconder cette expédition; mais avant qu'elle s'effectuât il devenait urgent d'aller combattre Soubise, qui était entré dans la Gironde avec soixante-quatorze navires chargés de trou-
pes, de canons et de munitions. Bordeaux s'était mis en état de lui résister ; et Soubise n'espérant pas de s'en emparer, avait fait une descente dans le Médoc, où il avait occupé Castillon , l'abbaye de Verteuil et Lesparres.
L'ordre de marcher contre lui fut donné au marquis de Toiras; et s'étant mis en mouvement avec quinze compagnies du régiment de Champagne et une compagnie de chevau-légers, il s'avança jusqu'à Blaye, où il se joignit à un corps de troupes envoyé de Bordeaux. Cet officier passa la Gironde à la vue de l'ennemi, fit la descente avec résolution, et alla loger le même jour à Saint-Laurent, situé à quelques lieues du rivage : les troupes bordelaises débarquaient en même temps à Castelnau : du Plessis qui les commandait alla se concerter avec Toiras, et, quoique leurs forces fussent très-inférieures à celles de l'ennemi, on résolut de l'attaquer et de se porter d'abord sur Castillon , où Soubise avait laissé une partie de ses troupes : le gros de son armée était logé à Saint-Christoly. 11 y eut des escarmouches et des engagements partiels ; mais Soubise n'attendit point une attaque générale, et dans la nuit suivante il fit embarquer ses troupes avec précipitation, en abandonnant une partie de ses canons et de ses équipages.
Lorsque le Médoc eut été délivré, Toiras se rendit à Bordeaux avec son corps de troupes; le parlement le fit remercier par une députation , et la ville offrit des récompenses pécuniaires aux soldats de Champagne; mais cet argent fut refusé; le régiment ne tenait qu'à l'honneur d'avoir terminé cette entreprise : il revint ensuite près de la Rochelle, et Toiras reprit ses projets d'expédition contre l'île de Ré. Cette île était le centre des opérations de Soubise, le lieu où il se retirait après ses courses maritimes, où il assemblait ses forces, où il devait concerter avec les Rochelais
toutes ses opérations ultérieures.
Le nouveau caractère qu'allaient prendre les hostilités ne serait qu'imparfaitement connu , si nous passions sous silence les ressources maritimes dont la France pouvait alors disposer contre ses ennemis extérieurs et contre les révoltés qui attendaient leurs secours.
A l'époque où les premiers régiments furent créés, la marine française était plus considérable; et sous l'administration de l'amiral de Coligny elle avait aidé à de grandes entreprises. Cet illustre capitaine avait fait essayer plusieurs projets de colonisation en Amérique; il avait successivement envoyé Villegagnon sur la côte du Brésil, Ribaut
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et Laudonnière au nord de la Floride; et son but avait été de favoriser à la fois les intérêts de sa patrie et ceux de l'humanité, en ouvrant des lieux d'asile à ses coreligionnaires que frappait la persécution. Mais il ne put achever son ouvrage : les guerres civiles qui désolaient la France arrêtèrent aussi l'essor de la navigation : on se bornait au cabotage des côtes du royaume; et quelques ports seulement, tels que Dieppe, Saint-Malo , Bayonne, continuèrent les expéditions lointaines de leurs pêcheries dans les mers du nord.
Les plus grands vaisseaux de guerre étaient alors les galéasses qui naviguaient à rames et à voiles : on nommait galées-huissières d'autres bâtiments, ayant à l'extrémité une porte qui s'ouvrait pour faciliter l'embarcation des chevaux et des convois : le nom de galions se donnait à des vaisseaux d'une dimension inférieure : les barges étaient de grandes barques armées; et d'autres navires, différents par la voilure, les proportions, la forme, reçurent les noms de palanques, de brigantins, de ramberges, ou quelques autres dénominations.
Le cardinal de Richelieu s'attacha, dès le commencement de son ministère, à donner à la
marine plus de développements. Cette augmentation de forces devenait indispensable, quand on vit plusieurs puissances maritimes intervenir dans les affaires de la France, soit comme ennemies, soit comme alliées. 11 fallut pouvoir opposer aux unes une résistance proportionnée à leur agression, il fallut combiner avec les autres ses différentes opérations navales; et cette situation imposait la nécessité d'introduire de nombreux changements dans la forme, les proportions, le service de tous ces vaisseaux, destinés à agir simultanément et à concourir aux mêmes plans d'attaque ou de défense.
Le gouvernement français avait emprunté, en 1624, le secours d'une flotte hollandaise, pour balancer les forces navales que l'Angleterre accordait alors aux protestants ; et comme la Rochelle était devenue leur place d'armes la plus importante, c'était dans les parages voisins que se concentraient leurs opérations maritimes. Le duc de Soubise, qui était à leur tête, s'était fortifié dans l'île de Ré; et les navires dont il dirigeait les mouvements inquiétaient souvent les parages où il portait ses croisières. Dans une de ses expéditions il faillit surprendre Port-Louis,
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sur les cotes méridionales de Bretagne ; dans une autre il incendia une partie de la flotte franco-hollandaise, qu'il défit près de Belle-Isle.
L'influence et l'autorité dont jouissait le duc de Soubise étaient dues à son zèle pour la religion réformée, à l'illustration de son nom, à l'emploi de sa fortune, consacrée tout entière au soutien de la cause qu'il servait. Il continuait de faire des incursions sur les côtes de l'Aunis et du bas Poitou , où le gouvernement; royal n'avait pas encore assemblé ses forces; et le succès de ses premières expéditions le rendait plus confiant et plus aventureux; mais il fut enfin surpris le i5 avril i6a5 par les troupes de Louis XIII ; et après avoir perdu son artillerie, ses équipages et un grand nombre d'hommes, il se replia précipitamment sur la Rochelle, d'où il regagna l'île de Ré. Le régiment de Champagne concourut à sa défaite : il allait bientôt le poursuivre dans sa retraite accoutumée, et obtenir sur ce nouveau théâtre de la guerre d'autres occasions de se signaler.
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