‹ Histories extraordinairesChapitre 20 sur 26 · V. Non. ( Cette réponse m’abasourdit · texte numérisé non relu

V. Non. ( Cette réponse m’abasourdit

P. Alors qu’est-i'l ?

V ( après une longue pause, et en marmottant). Je le vois, — je le vois, — mais c’est une chose très-difficile à dire. (Autre pause également longue.) Il n’est pas esprit, car il existe. Il n’est pas non plus matière, comme vous l’entendez. Mais il y a des gradations de matière dont l’homme n’a aucune connaissance, la plus dense entraînant la plus subtile, la plus subtile pénétrant la plus dense. L’atmosphère, par exemple, met en mouvement le principe électrique, pendant que le principe électrique pénètre l’atmosphère. Ces gradations de matière augmentent en raréfaction et en subtilité jusqu’à ce que nous arrivions à une matière imparticulée, — sans molécules, — indivisible, — une ; et ici la lord’impulsion et de pénétration est modifiée. La matière suprême ou imparticulée non-seuiement pénètre les êtres, mais met tous les êtres en mouvement, — et ainsi elle est tous les êtres en un, qui est elle-même. Cette matière est Dieu. Ce que les hommes cherchent à personnifier dans le mot pensée, c’est la matière en mouvement.

P. Les métaphysiciens maintiennent que toute action se réduit à mouvement et pensée, et que celie-ci est l’origine de celui-là.

V. Oui ; je vois maintenant la confusion d'idées-. Le mouvement est l’action de l’esprit, non de la pensée. La

matière impartieulée, ou Dieu à l’état de repos, est, autant que nous pouvons le concevoir., ce que les hommes appellent esprit. Et cette faculté d’automouvement, — équivalente en effet à la volonté humaine, — est dans la matière impartieulée le résultat de son unité et de son omnipotence; comment, je ne le sais pas, et maintenant je vois clairement que je ne le saurai jamais ; mais la matière impartieulée, mise en mouvement par une loi ou une qualité contenue en elle, est pensante.

P. Ne pouvez-vous pas me donner une idée plus précise de ce que vous entendez par matière impartieulée ?

V. Les matières dont l'homme a connaissance échappent aux sens, à mesure que l’on monte l’échelle. Nous avons, par exemple, un métal, un morceau de bois, une goutte d’eau, l’atmosphère, un gaz, le calorique, l’électricité, l’éther lumineux. Maintenant nous appelons toutes ces choses matière, et nous embrassons toute matière dans une définition générale ; mais en dépit de tout ceci, il n’y a pas deux idées plus essentiellement distinctes que celle que nous attachons au métal, et celle que nous attachons à l’éther lumineux. Si nous prenons ce dernier, nous sentons une presque irrésistible tentation de le classer avec l’esprit ou avec le néant. La seule considération qui nous retient est notre conception de sa constitution atomique. Et encore, ici même, avons-nous besoin d’appeler à notre aide et de nous remémorer notre notion primitive de l’atome, c’est-à-dire de quelque chose possédant dans une infinie exiguïté la solidité, la tangibilité, la pesanteur. Supprimons l’idée delà constitution atomique, et il nous sera impossible de considérer ’éther comme une entité ou au moins comme une matière. Faute d’un meilleur mot, nous pourrions l’appeler esprit. Maintenant montons d’un degré au delà de l’éther lumineux, — concevons une matière qui soit à l’éther,

quant à ia raréfaction, ce que l’éther est au métal, et nous arrivons enfin, en dépit de tous les dogmes de l’école, à une masse unique, — à une matière imparticulée. Car, bien que nous puissions admettre une infinie petitesse dans les atomes eux-mêmes, supposer une infinie petitesse dans les espaces qui les séparent est une absurdité. Il y aura un point, il y aura un degré de raréfaction, où, si les atomes sont en nombre suffisant, les espaces s’évanouiront, et où la masse sera absolument une. Mais la considération de la constitution atomique étant maintenant mise de côté, la nature de cette masse glisse inévitablement dans notre conception de l’esprit. Il est clair, toutefois, qu’elle est tout aussi matière qu’auparavant. Le vrai est qu’il est aussi impossible de concevoir l’esprit que d’imaginer ce qui n’est pas. Quand nous nous flattons d’avoir enfin trouvé cette conception, nous avons simplement donné le change à notre intelligence par la considération de la matière infiniment raréfiée.

P. Il me semble qu’il y a une insurmontable objection à cette idée de cohésion absolue : — et c’est la trèsfaible résistance subie par les corps célestes dans leurs révolutions à travers l’espace, — résistance qui existe à un degré quelconque, cela est aujourd’hui démontré, — mais à un degré si faible qu’elle a échappé à la sagacité de Newton lui-même. Nous savons que la résistance des corps est surtout en raison de leur densité. L’absolue cohésion est l’absolue densité. Là où il n’y a pas d’intervalles, il ne peut pas y avoir de passage. Un éther absolument dense constituerait un obstacle plus efficace à la marche d’une planète qu’un éther de diamant ou de fer.

V. Vous m’avez fait cette objection avec une aisance qui est à peu près en raison de son apparente irréfuta-

Mité. — Une étoile marche; qu'importe que l’étoile passe à travers l’éther, ou l’éther à travers elle ? Il n’y a pas d’erreur astronomique plus inexplicable que celle qui concilie le retard connu des comètes avec l’idée de leur passage à travers l’éther. Car, quelque raréfié qu’on suppose l’éther, il fera toujours obstacle à toute révolution sidérale, dans une période singulièrement plus courte que ne l’ont admis tous ces astronomes qui se sont appliqués à glisser sournoisement sur un point qu’ils jugeaient insoluble. Le retard réel est d’ailleurs à peu près égal à celui qui peut résulter du frottement de l’éther dans son passage incessant à travers l’astre. La force de retard est donc double, d’abord momentanée et complète en elle-même, — et en second lieu infiniment croissante.

P. Mais dans tout cela, — dans cette identification de la pure matière avec Dieu, n’y a-t-il rien d’irrespectueux? (Je fus forcé de répéter cette question, pour que le somnambule pût complètement saisir ma pensée.)

F. Pouvez-vous dire pourquoi la matière est moins respectée que l’esprit? Mais vous oubliez que la matière dont je parle est, à tous égards et surtout relativement à ses hautes propriétés, la véritable intelligence ou esprit des écoles et en même temps la matière de ces mêmes écoles. Dieu, avec tous les pouvoirs attribués à l’esprit, n’est que la perfection de la matière.

P. Vous affirmez donc que la matière imparticulée en mouvement est pensée?

F. En général, ce mouvement est la pensée universelle de l’esprit universel. Cette pensée crée. Toutes les choses créées ne sont que les pensées de Dieu.

P. Vous dites : en général.

F. Oui. L’esprit universel est Dieu. Pour les nouvelles individualités, la matière est nécessaire.

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P. Mais vous parlez maintenant d'esprit et de matière comme les métaphysiciens.

F. Oui, pour éviter la confusion. Quand je dis esprit, j’entends la matière imparticulée ou suprême ; sous le nom de matière, je comprends toutes les autres espèces.

P. Vous disiez : pour les nouvelles individualités la matière est nécessaire.

V. Oui. Car l’esprit existant incorporellement, c’est Dieu. Pour créer des êtres individuels pensants, il était nécessaire d’incarner des portions de l’esprit divin. C’est ainsi que l’homme est individualisé. Dépouillé du vêtement corporel, il serait Dieu. Maintenant, le mouvement spécial des portions incarnées de la matière imparticulée, c’est la pensée de l’homme, comme le mouvement de l’ensemble est celle de Dieu.

P. Vous dites que, dépouillé de son corps, l’homme sera Dieu?

V ( après quelque hésitation). Je n’ai pas pu dire cela; c’est une absurdité.

P (consultant mes notes). Vous avez affirmé que, dépouillé du vêtement corporel, l’homme serait Dieu.

V. Et cela est vrai. L’homme ainsi dégagé serait Dieu, il serait désindividualisé. Mais il ne peut être ainsi dépouillé, — du moins il ne le sera jamais ; — autrement n nous faudrait concevoir une action de Dieu revenant sur elle-même, une action futile et sans but. L’homme est une créature. Les créatures sont les pensées de Dieu. Et c’est la nature d’une pensée d’être irrévocable.

P. Je ne comprends pas. Vous dites que l’homme ne pourra jamais rejeter son corps.

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