avril. Cosima, drame 5 actbs Théâtre-Français
184g. 2 5 nov.. François le Champi, com. 3 act. Odéon. i85o. 20 avril. La petite Fadettet com. -vaud.
2 act., avec Anicet Bourgeois
et Ch. Lafont Variétés.
i85i. II janv. C latidie, dr. 3 act Porte-St- Martin.
i85i. 10 mai. A/o//ère,- dr. 4 act f Gaîté.
i85i. 26 nov.. Le Mariage de Victorine, com.
3 act Gymnase.
i852. 3 mars. Les Vacances de Pandolphe, com.
3 act Gymnase.
i85j. ler sept. Le Démon du Foyer, com. 2 act. Gymnase.
i853. i3 sept. Le Pressoir, dr. 3 act,... Gymnase.
i853. 28 nov. . Mauprat, dv. 5 act Odéon.
1854. 3i oct.. F laminio^ com. 3 act Gymnase.
i856. i5 fév.. Lwc/e, com. i act Gymnase.
i856. 3 avril. Franco/se, com. 4 act Gymnase.
i856. 12 avril. Comme il vous plaira^eem. 3 act.
. (tr. de Shakspeare) Théâtre-Français.
1859. 23 avril. Marguerite de Sainte-Gemme y
com. 3 act Gymnase.
1862. iSmars. LePiîJ'é, com. i act Gymnase dramat.
1862. 26 avril. Les beaux Messieurs de Bois-Doré^
dr. 5 act., avec Paul Meuricc.. Ambigu Comique. 1864. 29févr.. Le Marquis de Villemery com.
4 act Odéon.
1864. 28 sept.. Le Drac, dr.-fantast. 3 act., avec
Paul Meuricc Vaudeville, .
1866. 12 août. Le Don Juan de Village., com.
3 act., avec Maurice Sand Vaudeville.
1866. 14 août. Le Lys du Japon^ com. i act.... Vaudeville.
1868. 3 oct.. . Cadio, dr. 5 act., avec Paul Meuricc Porte-St'Martin.
1870. 25 fcvr.. L'Autre, com. 4 actes Odéon.
Molièrey qui, dans le tableau précédent, figure a
D'un Hofhme de Théâtre. 75
a septième ligne^ est une comédie reçue et montée >ous ma direction à la Gaîté.
Bocage jouait le rôle principal : il prétendit que ^on désaccord avec l'Empire avait suscité une cabale >ous l'effort de laquelle la pièce ne pouvait que 'Uccomber. La vérité est que Bocage donnait à Molière une physionomie mortellement ennuyeuse, -n revanche, Lacressonnière et sa femme se montèrent excellents dans cette pièce, qui contient de Tands mérites restés à peu près inconnus.
Au point de vue plastique, on avait réglé un éjeuner surFherbe, au bord d'une fontaine. Les étails de ce déjeuner furent assez réussis pour ^oir été identiquement reproduits, peu de temps )rès, au Gymnase.
PHILARETE CHASLES
Il y a quelques années, une vieille dame riche, struite, ayant de belles et grandes manières, voyaait en Italie pour sa santé. Elle fît la rencontre m de nos compatriotes, du même âge qu'elle, nable et spirituel comme elle. Ils suivaient la ime route. La conversation s'établit promptement tre eux. Notre compatriote était un de ces cauirs dont Villemot a tracé le portrait, qui savent
aborder tous les sujets, les traiter sur le ton qui leu f appartient, être concis sans sécheresse, léger sai:i s mauvais goût, se dérobant quand le terrain devien t scabreux, résumant dans un mot à la fois ingéniea:2C et profond un fait ou une situation, parlant cette langue à denii voilée que nous ont léguée les beaa:3C esprits des deux derniers siècles, glissant sur les surfaces, franchissant avec grâce les obstacles, s'ignorantou s*oubliant, esprit souple, mordant et délicat, parcourant tous les claviers et broyant volontiers son génie pour le faire étinceler en poussière de diamant.
A de tels causeurs, il faut des écouteurs exceptionnels. Ecouter, c'est la plupart du temps se taire, en pensant à autre chose, à moins que l'on ne pense à rien ; savoir écouter est tout différent. La vieille dame savaifécouter. Elle prit un vif plaisir à cette rencontre. Le voyage lui parut délicieux : elle étai^ arrivée, qu'elle se croyait pour ainsi dire encore ^^ point de départ.
Quelque temps après, elle eut uïie seconde occ^' sion de faire route avec son spirituel partenaire, i^^ santé de la vieille dame avait subitement déclid^ ' cependant ce fut elle qui parla longuement cct^^ fois. Elle raconta ses voyages, les visites qu'elle ^^ plaisait à rendre chaque année à diverses propriété^ . qu'elle possédait en Autriche et en Italie; elle s'éteiî' ditcomplaisamment sur le charme d'une résidence
D'un Homme de Théâtre. 77
préférée, à Venise. L'habitation n'était ni spacieuse, ni bien riche ; mais elle se trouvait si bien située, îlle avait tant de coquetterie et de grâces ! un artiste, in écrivain et un philosophe n'auraient pu mieux hoisir. Elle craignait, ajouta-t-elle en soupirant, e n'avoir, pour son compte, qu'à lui dire un dernier dieu.
Notre compatriote consola la dame malade. Se Maintenant dans Tordre d'idées qui paraissait lui 'laire, il fit de Venise un ravissant tableau ; il mul- ^Plia les souvenirs pittoresques et historiques, les observations fantaisistes et ingénieuses... Bref, il redoubla, dans sa causerie, de pétulance, de pétil- ^^rnent, enfin d'aimable emportement de bonne Srâce. La vieille dame était enchantée... A l'issue ^e la première rencontre, elle avait demandé le nom •*^ son compagnon de voyage. Il s'était empressé de ^lîiettre une carte, sur laquelle on lisait : ce Phila- ^teChasles, à l'Institut. »
A la suite de ce que nous venons de dire, il était ^ntré à Paris, et s'occupait à préparer un de ces ^urs a qu'en réalité il ne préparait jamais^ mais U'ilse disposait toujours à préparer, » a dit spirituellement M. Élie Frébault dans ses amusantes ^otes biographiques. Un domestique apporta à ^, Philarète Chasles une lettre avec un cachet noir, ^n lui mandait que M"*® X... avec qui il avait ^oyagé, et dont sa conversation avait adouci les
souffrances, venait de mourir, en lui laissant, ^^ toute propriété, son habitation de Venise. Elle pri^^ le charmant causeur de vouloir bien accepter C^ souvenir qui lui donnerait l'occasion motivée d^ visiter annuellement la contrée si bien décrite pa^ lui.
Voilà comment il se fait que dans le mois de juillet 1872, Philarète Chasles se trouva à Venise. Il y était arrivé plein de santé, que dis-je? « enthousiaste de la vie. » Il occupait l'habitation de la vieille dame ; sa joie de propriétaire eût été complète, s'il ne s'y fût mêlé une tristesse au souvenir de celle dont il était devenu l'héritier.
Au retour d'une promenade en gondole, le choléra emportait Philarète Chasles en quelques heures.
Vers la fin du mois de juin précédent et peu de jours avant son départ pour l'Italie, il assistait dans une loge à l'une des représentations de I'Omhliée^ en compagnie de l'un des personnages diplomatiques de ce temps-ci. Ce personnage est aussi un lettré, un érudit de premier ordre. Il a imaginé et coordonné les éléments d'une belle pièce grecque pour laquelle Philarète Chasles devait êtçe son collaborateur. Ce fait justifie le passage où Élie Frébault dit : « Une chose que nul ne sait ici, c'est que Philarète Chasles a voulu faire du théâtre. »
Elie Frébault raconte plaisamment comment le grave et savant conservateur de la Bibliothèque
Hun Homme de Théâtre. - 79
^^zarine méditait avec lui un drame lapon « aussi froid que l'appartement de l'Institut. » La vérité est que Philarète Ghasles s'était, en effet, toujours préoccupé de devenir auteur dramatique, depuis ^ époque où il avait été nommé membre du comité de lecture d'une scène subventionnée. Cette nomination, faite en vertu d'une décision ministérielle, attribua pendant quelques années, à Philarète Chasles, un mandat pour lequel il était absolument impropre, malgré ses immenses facultés de judiciaire et d'imagination, et peut-être è cause de ces qualités mêmes. Elles le mettaient au-dessus ou à côté du niveau réel des choses de la scène.
Les pièces qu'il était chargé d'écouter ne répondaient jamais à son idéal, sans compter que cet idéal se déplaçait et se renouvelait fréquemment durant une séance, si bien que, la lecture achevée, Philarète Chasles concluait que la pièce ne lui avait pas plu, et, au besoin, il aurait substitué non pas un, mais plusieurs sujets à celui qu'il venait d'entendre.
Je liens ces détails de lui-même, ayant eu, comme Elle Frébault, l'honneur de servir autrefois de secrétaire à Philarète Chasles, l'homme du monde qui a compté le plus de secrétaires. Elie Frébault a été favorisé : il n'est venu qu'aux bons moments, ceux de l'Institut. Là, Philarète Chasles occupait un bel appartement; glacial, il est vrai, mais on y
8o Historiettes et Souvenirs
dînait, bien et souvent, puisque Frébault const^^^ que j'ai manqué nombre d'invitations, ce que J^ déplore, sans même invoquer pour ma défense 1^ circonstance atténuante du « drame lapon » dont J^ devais être régalé au dessert.
De notre temps, je parle de l'époque à laquelle Bichebois et moi, nous faisions l'office de secrê^"^ taires auprès de Philarète Chasles, il n'était pa ^ question d^appartement, mais simplement d'un^^ mansarde située dans une maison de la place Belle — chasse. Bichebois croyait savoir un peu d'allemand,^ je me persuadais que j'en possédais autant que lui ^ et par suite de cette double illusion, nous accom — plissions je ne sais quel travail préparatoire, et pro — bablement sans utilisation possible, sur les œuvrer de Jean-Paul-Frédéric Richter, et plus particulière. — ment sur Titan. Je ne rappelle ce souvenir tout personnel que parce que la préface de Titan, écrite il y a de longues années, offre, avec les événement:s d'aujourd'hui, un rapport d'actualité des plus saisissants.
ce Vous ne vous contentez pas de vivre, disait éloquemment Philarète Chasles, vous qui pens^^, vous qui aimez, vous autour de qui les flots de *^ société ne bourdonnent pas avec un vain brUi*-> vous qui demandez le sens et le but de cette civii^" sation qui nous environne, à quoi elle aboutir^) comment se résoudra son problème, quel avenir "^
Uiin Homme de Théâtre. 8i
naufrage ou de suicide ou de glorification lui est
réservé, — vous lirez Titan avec un intérêt* puissant...
« Comment doit finir cette civilisation qui exagère la puissance intellectuelle et la puissance industrielle aux dépens de la vie de l'âme ; — - toute factice, toute théâtrale, s'enivrant de jouissance, altérée de V savoir, se brûlant de plaisirs, — cherchant partout ^es voluptés nouvelles, creusant tous les mystères °^ la nature sans pouvpir pénétrer les causes pre- ^^leres, les secrets de Dieu...
^ Quel sera le sort de ces générations supersatu-
'Ces de romans, de drames, de journaux, de science,
^ ambition ? En augmentant la somme de ses
^^sirs, augmentera-t-elle la somme de son bon-
^^ur ? N^ira-t-elle pas accroître démesurément sa
^^pacité de souffrance? Ne sera-ce pas là le géant
9ui escalade le ciel et qui meurt écrasé, titan ?... »
A l'époque où Philarète Chasles écrivait ce qui
Précède, son imagination subissait l'influence des
^Uvrages soit anglais, soit allemands, dont il faisait
analyse bu la traduction pour les Débats et la
'^evue britannique.
Dans sa manière d'alors régnait une sorte de ^^ysncisme et de philosophie contemplative qui ^'excluait pas, bien entendu, le trait railleur et ^ le pétillement » sardonique.
Plus tard, lorsque son ancien secrétaire, devenu
directeur de théâtre, reçut, en cette qualité, la visi de l'illustre maître, il le trouva plus précis, pi positif, quoique non moins spirituel et érudit ce mopolite. Il avait des idées de pièces très-sup rieures au fameux drame lapon destiné à exciter verve comique d'Elie Frébault. Je me souviens q Philarète Chasles vint me parler d'une Çléopât dont il me promettait prochainement le plan. Ce me fît frémir.
Sous ce redoutable sujet de Cléopâtre, treize tr gédies avaient succombé : celle de Jodelle,en i55: de Robert Garnier, i SyS ; de Nicolas de Montreu i594; Mairet, i63o; Bensérade, i635;LaTh< rillière, 1667; Je^n de la Chapelle, 1681; Boit( 1741 ; Marmontel, lySo; Gamon, 1778; Lacost 1791; Mourgues, i8o3,, et Soumet, 1814. Jeredoi tais un sort semblable pour la Cléopâtre de Phil rète Chasles, et je le lui fis comprendre en term discrets. Il sourit et me répondit simplemem « Vous me reverrez la semaine prochaine. » Il vi deux ans après.
Dans rintervalle, la Comédie-Française fit repr senter une Cléopâtre, de M"® Emile de Girardii qui^ à force de passion^ d'éloquence, d'inventioi de poésie, de beau style, et aussi de tact, de pruden» et d'adresse, parvint à rendre triomphant un suj jusqu'alors malencontreux. Mais aussi que Rach était belle ! quelle majesté ! quel type royal !
D^un Homme de Théâtre. 83
On aurait pu penser que ce grand succès de M™* Emile de Girardin et de Rachel devait faire renoncer^Philarète Chasles à sa Cléopâtre, Nulleinent. Lorsqu'enfin j'eus occasion de le revoir, il ^e cria du plus loin qu'il m'aperçut: « Je vous apporte ma Cléopâtre! — Mais celle de la Comédiefrançaise? répondis-je. — Bon, bon, je la complète ; vous allez en juger. »
Ce que m'apportait mon spirituel maître et ami,
c^ n'était ni une pièce, ni même un plan écrit,
C'était un récit, une improvisation, où, à l'imita-
tion de Shakespeare et avec une verve étincelante,
"fit passer sous mes yeux cette histoire, « nomade
cominela tente, rapide comme le vaisseau, fantasque
comme le caprice d'une femme qui va et vient d'Asie
^n Europe, de la galère voluptueuse du Gydnus à
^3 trirème armée en guerre d'Actium; des orgies
nocturnes d'Alexandre aux tumultes sanglants du
camp d'Octave, du palais en débauche de Cléopâtre
^^ tombeau des Ptolémées. » Le récit était très-
Deau, très - grandiose, et le drame que Philarète
Lhasles aurait pu dégager des excentricités, des
rires ç^ des larmes de ces gigantesques et royales
lolies d'Orient, eût été incomparable. Nous nous
"trames tous les deux, pendant quelques heures,
*ua enthousiasme qui finit par ne plus connaître
de bornes. Il va sans dire que la pièce ne fut jamais
comtnencée.
Dans les divers théâtres à la tête desquels le sc^ ^ m'a jeté depuis, j'ai toujours — dès mon arrivée^"^ reçu la visite de Philarète Chasles. Il venait trèr-^' affectueusement me donner la bienvenue; puis ^ me rappelait son intention de travailler pour l^ théâtre où j'entrais. Ah ! si l'on avait pu faire repr^^ semer des intentions, quel merveilleux répertoire ^ mettre à l'actif littéraire et dramatique de moi^ cher maître!
En dernier lieu, il avait donc engagé une colla- ^ boration, mais à l'état de simple projet, avec le diplomate que j'ai indiqué, en respectant l'anonyme sous lequel il désire se voiler. Philarète Chasles renonça à cette idée en assistant à la représentation de r Oubliée, Une sorte de tragédie en prose ne lui parut pas à sa place sur la scène 011 se passaient « les choses » de notre ami Touroude. L'esprit de Philarète Chasles fit prestement une de ces évolutions qui lui étaient familières. Il sortit en imaginant une pièce dont il me communiquait les intentions sommaires, dès le lendemain matin, dans le billet suivant :
« Mon vieil ami, vous avez deux grands artistes.. . Marie Laurent se développant dans un rôle pathétique moderne, que je tiens, serait une sublimité. Je la voudrais petite bourgeoise et ensuite grande dame sous le dernier Empire, et je voudrais en face d'elle une petite rusée aristocratique et de très-
D^nn Homme de Théâtre. 85
grandes manières d'autrefois, — et ce sympathique Dumaine au milieu.
« Je voudrais, dans le petit salon de votre scène, des types tels que Mirés, Morny, etc., en y comprenant Ollivier... »
Peu de temps après, Philarète Chasles s'éteignait brusquement.
Dans ses promenades en gondole — où il devait
.finir par respirer les animalcules invisibles eî
■f funestes qui portent en nous l'intoxication cholé-
'^ rique — - a-t-il un seul moment pensé à ce rôle oii
^'"*' Marie Laurent aurait été « une sublimité ?» ce
^^1 n'est^îoint douteux; mais, à supposer qu'il eût
^^cepiionnellement dérogé à ses habitudes d'oubli
^^stantané des idées et des sujets de théâtre pour
^^quels il venait de se passionner, il resterait en-
^^^e à se demander quel personnage il aurait défi-
nitivenient destiné à Dumaine dans la galerie ci-
^^sus. En lui donnant celui de Mirés, il se serait
''^Posé à ne pas obtenir une ressemblance frappante.