CAMILLE BOUGE T
^^ m'arrête avec plaisir devant cette physionomie ^^^Hble, fine, souriante, où la bienveillance ^^yonne et où l'esprit pétille...
Le hasard avait fait entrer Camille Doucet dai^^ Tadministration des théâtres un peu après 184^' vers l'époque où la mort de M. Gavé et la mutatio^ des fonctions de MM. Louis Perrot et Lassabatthi ^ laissaient cette section importante du ministère d ^ l'intérieur sans traditions et sans chefs.
Les aptitudes variées et les connaissances spé^ — ' cialesde M. Camille Doucet le firent sur-le-champ^ remarquer.
Lorsque l'Empire détacha les théâtres du minis^^ tère de l'intérieur, auquel ils ressortissaient, pourai les attribuer au ministère d'Etat, de formation nouvelle, M. Camille Doucet obtint, d'emblée, la position importante de chef de la division théâtrale.
Le temps écoulé a fait oublier le concert d'éloges qui s'éleva alors, au sujet de la facilité avec laquelle on pouvait aborder le nouvel administrateur, et de sa bienveillance à écouter les demandes ainsi que les raisons qu'on avait à faire valoir. Cela a pu sembler tout naturel depuis, et ne pas Justifier un si grand enthousiasme. Mais il faut se reporter en 1848, et se rappeler que jusqu'à cette époque, le directeur des beaux-arts avait été un véritable potentat qu'on ne pouvait approcher. Ces procédés orientaux laissaient bien souvent en souffrance des intérêts légitimes pour lesquels (surtout en fait de théâtres où l'imprévu abonde) il faut une solution immédiate.
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M. Camille Doucet rompait donc avec les traditions altières de ses prédécesseurs. Il était accessible à tout le monde, et à toute heure. Il écoutait attentivement, promettait et tenait. Pendant plus de vingt années, il a été fidèle à cette devise qui devrait être celle de chaque fonctionnaire public. On est tellement habitué, en France, à l'insoknce bureaucratique, que l'aménité constante de M. Canrille Doucet, ses formes inusitées d'homme ?ien élevé, tournèrent plus d'une fois contre lui. -a bienveillance extrême avec laquelle il accueillait toute requête était considérée par le demandeur comme un-premier engagement, et le plus souvent, comme une obligation formelle d'accorder ultérieurement. Alors, ceux dont M. Doucet n'avait pu satisfaire par lui-même ou faire réussir indirecte- '^ent les sollicitations^ étaient enclins à lui imputer crime une politesse sous laquelle leur insuccès se Plaisait à trouver une sorte de tromperie, ou tout .^^ ^oins d'eau bénite de cour. C'était à le dégoûter ^^re bon! Il resta incorrigible.
-^Uteur lui-même, M. Camille Doucet a constituent pris à tâche de seconder et d'honorer la ^^^Poration des auteurs. C'est lui qui fit consacrer 9ui maintint opiniâtrement l'usage de les com- P^^ndre pour un certain nombre de nominations ^Hs les répartitions honorifiques annuelles du ^^ août. Ce qu'il se créait gratuitement d'ennuis et
d'ennemis à cette occasion, passe toute croyance. S'il lui arrivait jamais d'être dans la nécessité de se montrer vindicatif, que de révélations curieuses il pourrait faire!
Le souvenir de sa coopération administrative restera attaché à plus d'une mesure libérale. Si o^ l'avait écouté, le répertoire de Victor Hugo n'aurait jamais été proscrit de la scène française. — lUuS^^ de toute son influence auprès de M. de Walewsl^^ pour que la législation relative à la propriété litt^' raire et artistique fût révisée dans le sens le plu libéral, et en même temps le plus profitable auî ayants droit.
Elle fameux décret de 1864 en faveur de l'industrie des théâtres, l'a-t-il assez préparé, défendu soutenu, en dépit de l'opposition de ses collègues Ils lui reprochaient de se dessaisir de ses droits e d'amoindrir volontairement son propre apanage!
Il tint bon, car l'expérience lui avait démontr les abus qui se cachaient, trop souvent, sous la ques tion des privilèges. Il n'ignorait pas que les haut fonctionnaires étaient accusés d'en trafiquer, e voilà pourquoi son honnêteté, d'accord avec se autres convictions sur le mérite et l'opportunité d« la mesure à prendre, fit de lui l'avocat zélé et per sévérant de la liberté théâtrale.
En 1866, il se présente à l'Académie française quelle émotion! Et cependant que de raisons d'à-
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voir confiance en soi-même... et dans les autres! Le sol était ferme; les appuis, non moins que les titres, ne manquaient au candidat irfut reçu. . Depuis qu'il est de l'Académie^ il se trouve dans une harmonie si parfaite.de mœurs, d'idées, de langage, de manières, d'esprit et d'urbanité, avec la Société éminente, comme on l'appelait autrefois, qu'on s'étonnerait à bon droit qu'il n'en fît point partie.
kLes discours qu'il y a prononcés deviendraient es preuves s'il, était besoin d'un supplément de jiistitication littéraire. Que d'esprit, que de tact, par exemple, dans sa réponse à Jules Janin! Fond net, substantiel, vigoureux ; forn^ie légère, piquante, ^une charmante humeur. Le plus pur atticisme et ^es meilleures grâces académiques.
* Les grâces académiques ! » Ah ! voilà une expression qui a le don de faire sourire, puis rugir, les francs, les sincères, les farouches !
Pour Dieu, ne soyons point de ïacadémie dii ^UiSseau! En vérité, on doit se féliciter plus que jamais qu'il existe quelque part un asile oti se conserve le culte des hautes lettres uni aux traditions "^ la société polie.
l^ans cette mémorable réception- de Jules Janin, ^^ïïiille Doucet ne craignit point d'adresser un "Onimage direct au régime qu'il avait servi.
Une autre fois ," parut dans un journal un
article où le rédacteur, après avoir constaté 1; sence d'un grand nombre d'artistes à l'un de vices religieux célébrés pour le repos de l'âr Napoléon, — ajoutait ce qui suit :
a Les artistes et auteurs dramatiques se son venus que sous le dernier règne, leurs vœ leurs réclamations étaient accueillis avec l avec empressement, avec le désir d'être favo Protection hautement avouée dans toutes le constances; présence du souverain aux solei dramatiques, dans le but de favoriser l'art th par l'autorité d'un auguste exemple; enfin veillance, encouragements, libéralités, jus' voilà ce que la profession théâtrale avait rec sous l'Empire.
a II n'est donc pas étonnant qu'un grand ne de ceux qui honorent cette profession sente réveiller vivement en eux, à l'occasion des versaires de la mort de l'empereur, la recoi sance de ses bienfaits, et qu'ils témoignent regrets sans ostentation ni 'prétention politi
mais avec la mémoire du cœur et avec la ré(
cité des sympathies que l'illustre défunt avait jours montrées aux artistes grands ou petits.. Cette note toucha Camille Doucet. Il é aussitôt au journaliste... « Je n'ai pas qualité vous remercier officiellement de votre article de cœur; mais j'ai appartenu trop longtemps à
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mînistration Impériale pour n'être pas heureux et
fier de voir ses intentions si dignement appréciées.
« Il ne nous a pas toujours été donné de pouvoir
réaliser le bien que nous rêvions; mais ce bien,
vous avez raison de dire que nous avons toujours
• tenté de le faire.
« Nous n'étions, en cela, que les fidèles serviteurs
^^ celui qui n*est plus. Cest en son nom que nous
^^rions voulu mieux faire encore, et j'ose presque
vous remercier en son nom de vous en être sou-
■*ï ^^nu... Camille Doucet,y>
^e telles paroles n'ont pas besoin de commentaire.