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LUXE DES MOBILIERS DE SCENE

Oîi s'arrêtera le luxe des mobiliers de théâtre sur la scène? Quelque jour il faudra, de splendeur lasse, en revenir à l'ameublement d'autrefois, y compris celui que l'on se bornait à peindre sur les décors.

C'était peut-être naïf, mais la vraisemblance relative du théâtre y trouvait son compte. La fiction du fond s'accommode de la fiction de la forme, et ceux qui soutiennent que, pour être logique, il faudrait en arriver à jouer du drame réel, avec une mise en scène réelle, ne sont pas dans leur tort.

Cependant le meuble et l'accessoire nature n'ont pas tout envahi. On se sert encore beaucoup ^^ carton et de bois peint. Les meubles en palissandre, en vieux chêne, en acajou, en laque de Chine; les

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rideaux en brocatelle de soie; les ustensiles en or, Gfi bronze, en cuivre et même en zinc, ne sortent pas tous des grands magasins. On y viendra : — en attendant, le^ois de sapin chantourné par le machiniste, et la peinture à la colle du décorateur servent à faire le simulacre de beaucoup d'accessoires artistiques.

Le réalisme luxueux est-il véritablement un progrès? Sur cette question, on pourrait répandre des Rots d'encre : nous ne lui en consacrerons que quelques gouttes, et encore des moins épaisses.

En principe, le public se contente parfaitement d'une mise en scène peu coûteuse, pourvu qu'elle soit correcte, et surtout pourvu que la pièce l'amuse ou l'intéresse. L'ameublement, si riche, si étudié qu'il puisse être, ne sera jamais pour lui qu'une question de médiocre importance.

Les auteurs et les directeurs qui font tant d'ef- Forts, les uns pour trouver, les autres pour acquérir chèrement un meuble réputé exact, seraient bien îtonnés et peut-être déconcertés, s'ils pouvaient se douter du petit nombre de spectateurs qui s'en préoccupent. Sans doute, lorsque le rideau se lève sur un ensemble riche et harmonieux, on éprouve une sensation agréable; niais elle est bien superficielle.

Quand la pièce attache, on ne regarde guère que les acteurs chargés de l'interpréter et de la pas-

sionner. Qu'importe la splendeur des tables et: des sièges! On s'occupe de l'action et des sentirri^ï^^^ des personnages. Action et sentiment constiti^^^^ le vrai et inépuisable attrait. •

On pourrait même soutenir que le luxe ^t la multiplicité des sièges et canapés du répert:^^^^

moderne, encombrent souvent une comédie ^^

lieu de la servir. > — Pour utiliser tant « decom:^^^' , dites, de la conversation, » les metteurs en scr^^"^^ se donnent la torture : ce qu'ils combinent:^ de promenades à travers les chaises et fauteuils du théâtre est inimaginable. On va, on vient, o -^^^^ place, on se lève, on se replace, ici, là, à droit:^^'^ gauche, en avant, au fond, si bien qu'on seir:'^^^^® s'occuper tout autant d'asseoir 'une scène qu^^^^ la dire.

Le vieux système, qui consistait à parler au -^0^' blic, en face, et presque tout le temps sans rotiB-^ P^^ ni le dialogue, ni l'angle d'attention, ce systÔ^^°^^ avait du bon I

J'en reviens à ma question du commenceme^' ^.^' Où s'arrétera-t-on dans le luxe de Tameublem -^^^ théâtral? Je ne saurais le dire par la raison C^!^^ tout succès oblige, celui du mobilier comme "^ autre.

Ce réalisme nous vient des Anglais. Il y a «J^^ vingtaine d'années, M°® Céleste, d'origine fr^^' çaise, mais devenue Londonienne par goût, p^^

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tude, et de plus, par profession, puisqu'elle : directrice d'un théâtre dans le Strand^ voulut hérir sur tout ce qui s'était fait dans l'ordre des îs en scène nature.

Ile imagina de meubler un salon de théâtre LS le Meurtrier) avec une foule d'objets pré- X : chinoiseries, verres de Bohême, etc., qui lient son salon particulier : on en avait surgé plusieurs belles étagères. En les coijtemt, M°>* Céleste éprouvait une satisfaction inî, mêlée d'un sentiment d'orgueil. C'était su- >e autant que nouveau.

ar malheur, au moment d!un changement de )rs, une fausse manœuvre du tapis, sur lequel ibles et bibelots étaient posés, les fit chavirer... objets coûteux se brisèrent; M°>« Céleste en ptait tristement les morceaux épars I ux représentations suivantes, elle remplaça les ;ères et les bibelots de prix par une console boi- ;e surmontée d'un vieux buste en plâtre de :llington.

'^oilà ce que Ton peut appeler un noble dépit!

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