‹ Historiettes (volume 2)Chapitre 498 sur 522 · SUA · texte numérisé non relu

SUA

Avant de nous occuper de Tallemant des Réaux, nous dirons quelques mots des circonstances qui amenèrent la publication de ses Historiettes.

Feu M. le marquis de Ghâteaugiron, notre honorable ami, consul général de France à Bucharest, puis à Nice où il est mort, étoit un amateur distingue des lettres et des arts. Il avoit acquis, en 1803, à'ia vente de la bibliothèque du château de Montigny-Lencoup, propriété de la famille Trudaine, le manuscrit original et autographe des Historiettes.

Cette vente étoit confiée aux soins du libraire Bluet, qui, ne sachant d'où venoit ce manuscrit et ce qu'il contenoit, le porta dans le catalogue^ sous le N° 1677, avec cette vague et insuffisante indication : Recueil de pièces intéressantes pour servir à Vhistoire de France sous Henri IV et Louis XIII. Manuscrit in-folio sur papier^ couvert en, vélin^ contenant 798 pages, rempli de faits curieux et peu connus. On le voit : aucun nom

2 ISOTICK

cranleiir no vionL iiilcrrog(îi' la mémoire du lecteur ; on nago dans le vague et Ton ne sait de quoi il s'agit. Aussi la réponse à la seule en(îhère vint-elle annoncer qu'il y avoit mai'cliand, et M. de Chùteaugiron s'en rendit aisément adjudicataire pour le modeste prix de 20 francs.

C'est donc 5 M. de Ghâteaugiron qu'on doit la première reconnoissance de ce trésor littéraire. Le manuscrit étoit d'une lecture assez difficile; on embrassoit avec peine l'ensemble de l'ouvrage. Le premier soin du nouvel acquéreur fut donc de charger son secrétaire d'en faire une copie sous ses yeux.

Il s'écoula plusieurs années; en 18!20, M. de Ghàteaugiron, grand amateur de livres rares, fonda, avec plusieurs amis qui partageoient le même goût, la Société des Bibliophiles français, à laquelle je me réunis, et à laquelle on dut bientôt plusieurs publications qui marqueront toujours parmi l 's curiosités de notre littérature.

Les Hisloriettes de Tallemant des Réaux étoient encore inédites, et cependant leur existence n'étoit plus ignorée : M. de Châteaugiron avoit fait part à ses amis de sa curieuse découverte, et même, avec l'abandon de l'homme du monde, sans défiance comme sanségoïsme, il avoit communiqué des morceaux importants de sa copie : les récits de des Réaux commençoient à se répandre; Jlsobtenoieat une certaine autorité. Feu M. le baron Walckenaer, dont la mémoire sera toujours chère aux lettres, les avoit cités dans son Histoire de la Fontaine et dans une notice intéressante, mais tant soit peu romanesque, qu'il plaçoit à la tête des

Sun TALLEftlAM DES llÉAUX. 5

poésies de Maucroix; M. Taschcreau avoit puisé à la même source pour sa curieuse histoire de Molière; nous nous étions aussi appuyé sur les Mémoires de des Réaux pour la notice de Valcntin Conrai't, le premier secrétaire perpétuel de l'Académie françoise, dont on auroitpu le considérer comme fondateur, si le cardinal de Richelieu ne lui en eût enlevé la gloire, pour substituer l'œuvre royale à l'essai méritoire d'un simple particulier. Au moyen de ces citations multipliées et des bienveillantes communications du possesseur du manuscrit, l'ouvrage de des Réaux ne pouvoit manquer d'être incessamuîcnt publié; on jugea qu'il falloit le reproduire presque dans son intégrité, pour aller au-devant du danger de le voir travestir plus tard par des mains infidèles, qui céderoient au plaisir de l'altérer au profit de leurs opinions particulières.

Ces considérations furent d'un grand poids auprès des éditeurs; chacun d'eux s'acquitta de sa mission, et l'ouvrage parut chez Alphonse Levasseur, en 1834 et 1835 ^

La belle terre de Montigny-Lencoup, située dans le département de Seine-et-Marne, à peu de distance de Montereau , étoit la propriété du dernier des Trudaine". Le petit-fils de Charles Trudaine, conseiller d'État et prévôt des Marchands, mort à l'âge de soixante ans, le 21 juillet 1721, avoit épousé, le 7 fé-

1 La notice et la table des matières ne parurent qu'en 1836. ^Journal de Mathieu Marais; Ilevue rétrospective. Vàiis^ 1836. 2*^ série. T. viii, p. 25.

Il INOTlCli

vricr 1701, llcncc Magclclcinc de Uainbotiillot do la Snblicrc , qui lui transmit dos l)iens C0Msidérai)lcs. ]\l"' de la Sablière fut assistée à la cérémonie de son mariage par M""' Elisabeth de Rambouillet de la Sablière, veuve de Gédéon Tallemant, sieur des Réaux, sa grandetante, restée seule héritière de toute sa famille. M"" Trudaine apporta donc à son mari tous les manuscrils de Tallemant des Réaux, son grand-oncle ; ils ont été conservés dans les archives de Montigny, y ont dormi pendant plus d'un siècle, et n'en sont sortis qu'après la mort du dernier rejeton des Trudaine.

La première édition des Historiettes avoit été un événement pour la httérature Françoise ; elle révéloit un nouvel écrivain demeuré inconnu durant près de deux siècles ; on y trouvoit de nouveaux détails sur une foule d'auteurs plus ou moins illustres : Malhcx'be, Racan, Voiture, Balzac, Corneille, la Fontaine, Desportes, du Perron, Chapelain, Sarrazin, l\r^' de Scudery, des Iveteaux, etc., etc. Outre les faits inconnus relatifs à l'hisioire littéraire, notre histoire générale pouvoit y glaner encore de précieuses découvertes ; d'ailleurs, que de couleurs nouvelles pour le tableau des mœurs î quelle heureuse introduction dans les salons de l'hôtel de Rambouillet, ainsi que dans une foule de réduits dont nous trouvions les portes closes! Les révélations éioient tellement inattendues, que d'aboi'd on refusa de croire à l'authenticité du manuscrit; on disoit quec'étoit un pastiche^ un jeu de société que des écrivains d'hier s'éioient plu à supposer, pour humilier d'anciennes maisons, froisser des amours-propres et médire à l'aise

SUU TAI.LKMANT DES HKAUX. 5

des pcrsonnogcs qui a voient obtenu l'estime de leurs contemporains elles hommages de la postérité. Ce langage n'étoit pas de nature à être longtemps soutenu; les doutes dévoient tomber devant le volume autographe, resté entre les mains des éditeurs, et qu'ils ont toujours mis à la disposition des incrédules.

Ceux qui plaçoient ainsi les Historiettes au rang des pasiichcs faisoient aux éditeurs une attribution dont ils n'étoient nullement jaloux, et dont ils se seroient volontiers déclarés incapables. On peut, en effet, feindre un ouvrage de peu d'étendue; on contrefait quelquefois avec vraisemblance une lettre de Voiture, un morceau de Balzac, une page de Rabelais, même une lettre de M*"' de Sévigné ; mais simuler un ouvrage de longue haleine, l'attribuer à un écrivain qui manieroit habilement la langue du xvii*' siècle, et qui révéleroit à chaque page des faits en rapport avec les événements du temps : le plus habile imposteur ne le pourroit faire. Ses récits ne s'encadreroient pas assez bien avec les mémoires contemporains, avec tous les vaudevilles du temps, et moins encore avec les lettres autographes qui abondent dans le cabinet des curieux.

Cependant les Historiettes étoient imprimées, et elles avoient été suivies de la notice qui faisoit connoître des Fléaux et réunissoit les témoignages que plusieurs contemporains lui avoient rendus.

Le succès des Historiettes ne tarda pas à faire sentir le besoin d'un seconde édition. Je la publiai chez Delloye, en dix volumes petit in-12.

Le libraire insistoit pour que la notice fût placée à

la tcio (lu premier volume ; j'eus le tort d'accéder h son désir. On ne peut, en edcl, se réserver trop de temps pour donner la biographie des écrivains nouvellement découverts : chaque jour peut apporter d'utiles renseignements.

Avant la découverte des Ilislorieltes, l'obbé Tallemant, frère de des Réaux, et Paul Tallemant, son cousin, étoient les seuls membres de cette famille dont l'histoire littéraire permît de suivre la trace. L'éditeur ne pouvoit puiser des renseignements sur l'auteur des Historiettes que dans son ouvrage même, où ils étoient épars, et dans un curieux dossier de la Bibliothèque impériale, où il fait partie du Cabinet généalogique.

Des détails assez importants fiîrent découverts plus tard par M. Louis Paris dans les manuscrits du chanoine Favart et dans les Mémoires et lettres de Maucroix; mais, à l'époque de cette découverte, la notice étoit réimprimée et la seconde édition des Mémoires de des Réaux touchoit à sa fin.

Plus tard, le 19 janvier J857, parut dans le Moniteur un article de M. Sainte-Beuve, intitulé : Tallemant et Bussy, ou le médisant bourgeois et le médisant de qualité. Il contenoit la bienveillante annonce de cette troisième édition des Historiettes. Le savant académicien y peignit des Réaux avec t^nt de justesse et de vérité que nous ne pouvons mieux faire que de lui emprunter les lignes qui nous ont le plus frappé :

« Tallemant, dit-il, n'obéit qu'à un seul goût, à une » seule humeur; homm.e d'esprit à la mode de nos pères. » curieux comme on ne l'est pas, à l'affût de tout ce qui

SUR TALLE^fANT DES RÉAUX. 7

» so dit et so fait à rentour, informé dans le dernier » détail de tous les incidents et de tous les conimérag(is » de société, il en tient registre, non pas tant registre » de noirceurs que de drôleries et de gaietés. Il écrit ce » qu'il sait, par plaisirde l'écrire, avec le sel de sa langue, » qui est une bonne langue, et en y joignant son juge- » ment, qui est naturel et fin. Tel quel et ainsi fait Jl est » en son genre impayable et incomparable. Qui eût dit à » Bussy, à ce bel esprit et cette belle plume de l'armée » et de la cour, qu'il avoit, en son temps, un rival et un » maître de narration aiguisée et naïve, dans ce boin- » geois gausseur qu'on rencontroit partout et qui n'étoit » déplacé nulle part; celui-là l'ciit certainement fort » étonné, et il ne l'am'oit pas cru. »...

« Tallemant allant partout, frayant avec les plus qua- » liiiés et lié avec les plus gens d'esprit, aimant à tout » écouter et à tout recueillir et à en faire de bons contes. » né anecdolier comme la Fontaine étoit fablier, ses amis » ne cessoient de lui dire : — Écrivez donc cela. — Il le » fit et nous en profitons. Sans Tallemant et ses indiscré- » tiens, beaucoup d'études particulières sur le xvii'^ siècle » seroient aujourd'hui à peu près impossibles. Par lui » on est de toutes les coteries, de tous les quartiers; on » connoît tous les masques, juscjue dans le déshabillé. » 11 redit ce qu'on disoit, il enregistre les propos cou- )) rants; il ne ment pas, mais il médit avec délices et » s'en donne à cœur joie. Cependant ce qu'il raconte » est foit h prendre en considération, parce qu'il est » naturel et judicieux, véridique et fin, sans aucune » fatuité, sans aucune prétention. Sur Henry IV, Sully,

» Richelieu, sur les plus anciens que lui et qui le dé- » passent par tant de côtés, il n'a ramassé que des » miettes, et encore sont-elles tombées de bonne table; » il n'est à écouter que comme un écho et un osscm- » bleur de bruits. Mais sur les gens qu'il a^ vus et qu'il » a fréquentés.,., il y a mieux de sa part; il compte » autant que personne, il a lu dans les physionomies, et )) il nous les rend.... Je suis tout à hit de l'avis de » M. P. Paris, qu'il ne faut pas traiter Tallemant à la » légère, ni le contredire sans preuves. Creusez sur bien » des points et vous trouverez la confirmation de ce qu'il » a dit en courant; et ce n'est pas seulement dans le » genre bourgeois qu'il excelle, ce n'est pas seulement » quand il nous exhibe et nous étale M™' de Gavoye, ou » M"' Pilou, ou M""^ Cornuel, dans toute l'originalité et le » copieux de leurs saillies ; Tallemant est encore le » meilleur témoin de l'hôtel Rambouillet et de ce monde » raffiné ; il le juge avec l'esprit françois du bon temps, » comme il sied à un' ami de Patru, à quelqu'un qui a » en lui du la Fontaine en prose, du Maucroix ; en Gau- » lois attique qui a passé par la place Maubert. »

M. Sainte-Beuve cite ensuite le portrait de M. de Montausier par Tallemant, et il continue ainsi : « Si ce » n'est pas là un chef d'œuvre de vérité et de ressem- » blance, oi!i le chercher? On n'a que le choix de telles » pages dans Tallemant; ouvrez-le à maint endroit, » c'est gai, net, clair, riant, bien troussé, non entor- » tillé.... Tallemant continue sans effort la race des » conteurs et des auteurs de fabliaux, il a sa veine de » Rabelais; il parle une langue excellente, d'une grande

sua TALI.EMANÏ DES RKAUX. 9

» propriété d'acceptions, pleine d'idiotisines, familière, » parisienne et qui sent son fruit.... Le monde que » nous fait voir Tallemant, c'est la Ville proprement » dite, c'est la Ville à l'époque de Mazarin, avant ou » après la Fronde, et sous la minorité de Louis XIV.... » le Paris où remuoit en tous sens une bourgeoisie » riche, hardie et libre, dont les types sont dans Molière, » dont Guy Patin est le médecin comme attitré, et où » sera un jour Regnard. Voilù le cadre de Tallemant et » où il a tout son jeu... Il y nage dans son élément, etc.» Voilà ce que nous avons souvent pensé en lisant les Historiettes:, mais ce que nous n'aurions pas si heureusement exprimé. On accuse d'ailleurs facilement un éditeur de partialité ; ne valoit-il pas mieux placer notre écrivain sous l'égide de celui qui tient d'une main si ferme le sceptre de la critique littéraire?

Gédéon Tallemant, seigneur des Piéaux, naquit à la Rochelle en l'année 1G19. Sa famille, originaire de Tournay, faisoit profession de la religion prétendue réformée, quand François Tallemant, l'aïeul de des Réaux, cherchant à se soustraire aux persécutions exercées dans les Pays-Bas contre les religionnaires, se réfugia à la Rochelle. Il y fit connoissance avec Louise Thévenin, riche veuve de Pierre du Jau ' , obtint sa main et partagea sa fortune-. Il vécut honorablement dans sa nouvelle patrie, y devint pair de la commune et coélu du maire '\

^ Historiettes, t. vi, p. 271.

^ Bibliothèque impériale, an Cabinet généalogique. Arcere, Histoire de la Rochelle, 1747 ; in-40, p. 305.

10 NOTrCK

Doux fils et une fille naffuircnt de ce maringe; les fils s'associèrent PaulYvon. leur beau-frère, et fondèrent une maison de banque à Bordeaux. La société prospéra. Gédéon, devenu riclie, achela une charge de secrétaire du Roi * ; il aiïerma divers impôts et devint trésoi'ier de l'Epargne pour la Navarre. 11 mourut en 1GS4^ laissant une fortune considéi'able à son fils et à sa fille.

Le fils aîné, nommé Gédéon comme son père, ayant acheté une charge de conseiller au parlement de Paris, y fut reçu le 10 juin 1637 ^ H ne tarda pas à revenir au catholicisme, moins par esprit de religion que dans l'espoir d'épouser Marie de Montauron, la fille do du Puget de Montauron, ce fameux financier en la personne duquel se trouvoient réunies toutes les prétentions des nouveaux enrichis, appelés alors les Partisans. Marie étoit bâtarde. Montauron l'avoit eue de Louise du Puget, sa cousine germaine, qui étoit morte avant qu'il eût pu l'épouser. La famille de Gédéon se montm sévère ; elle refusa presque unanimement de donner son approbation à ce mariage; mais cet obstacle n'empêcha pas Gédéon d'épouser Marie, et cet accroissement de fortune lui permit d'acheter une charge de Maître des Requêtes \ Ainsi s'ouvrit pour lui la carrière brillante

1 Tessereau, Histoire de la Chancellerie de France; Paris, 1710, iu-fol., t. I", p. 312.

2 Le successeur de Gédéon Tallemant fut reçu le 24 juin 163Z|; ibid.^ t. 1", p. 38/i.

3 Blanchard, Catalogue des conseillers du parlement de Paris à la suite de rilisloire des présidents à mortier; in-fol., p. 137.

* Il prêta le serment demaître des Requêtes le 24 mars 1640. {Continuation manuscrite des maîtres des Requêtes de Blanchard. Bibliothèque de l'Arsenal.)

de raciministration. Nommé d'abord A l'infondance d'Orléans, il obtint celle de Giiienne, en 1653.

Cet intendant, homme de plaisir et prodigne, livré à la dissipation, étoit devenu pour les gens de IcUros une soile de Mécène. Il payoit grassement les compliments dontonchatouilloitson a monr propre. Le grand Corneille, comme on sait, lui avoit dédié C'm/ia. Il seroit trop long de rappeler ici toutes les autres dédicaces qui lui furent adressées : mais nous ferons une exception à l'occasion de Rangouze qui s'étoit mis sur le pied d'envoyer des lettres remplies d'éloges emphatiques aux personnages qui jouissoientde quelque célébrité, et sur la vanitédesquels il tiroit des espècesdelettresde change ordinairement acceptées. « Continuez, Monsieur, » dit-il à M.Tallemant, «d'aimer ces illustres qui ne cherchent que » des matièresdignes de leur plume, et trt)uvez bon que la » mienne déins sa faiblesse ose vous assurer que si » je ne suis pas de la force des Gomberville, des » Silhon, des Costart, des Maynard et de tant d'aulres » sçavans qui publient si hautement vos louanges, je » ne laisse pas d'avoir l'ambition de vous rendre des y> hommages comme eux, et de prétendre quelque part » dans rhonneurde vos bonnesgràces\ » La vérité s'est réfugiée dons ces derniers mots; Rangouze demandoit l'aumône et il parvenoit à en vivre ^

Il nous est resté un témoignage contemporain de la

^ Lettres ponégrftîqnes au Chancelier de France, aux présidents au mortier et auv autres personnes illustres; par le s'enrde Rangouze Paris, 1650, in-S», p. 31. — Voyez le coQimentaire de THistorieite de Tallemant, t. vi, 3G0.

2 Historiette de Rangouze, t. v, p, 1 et suiv.

Iî2 NOTICIi

grande existence du cousin de des Réaux, dans le voyage des deux célèbres amis Chapelle et Bachaumont', qui, vers 1()55 ou 1 056, rendirent une visite à M. et à M'"' Talleinant. Ce passage n'a pas été négligé dans le commentaire de riTistoriette consacrée par des Réaux à son cousin le Maître des Requêtes, mais il touche de trop près à la famille des Tallemant pour ne pas être rappelé ici : « Après être descendus sur la grève et avoir admiré » quelque temps la situation de cette ville, nous nous » retirâmes au Chapeau-Rouge^ où M. Tallemant nous » vint prendre aussitôt qu'il sut notre arrivée. Depuis » ce moment, nous ne nous retirâmes dans notre logis, » pendant notre séjour à Bordeaux, que pour y cou- » cher. Les journées se passoient le plus agréablement » du monde chez M. l'Intendant, car les plus honnêtes » gens de la ville n'ont pas d'autre réduit que sa )> maison. Il a trouvé même que la plupart étoient ses » cousins, et on le croiroit plutôt le premier président » de la province que l'intendant. Enfin il est toujours le » même que vous l'avez vu, hormis que sa dépense est » plus grande. Mais pour M""" l'Intendante, nous vous » dirons en secret qu'elle est tout à fait changée :

« Quoique sa beauté soit extrême,

» Qu'elle ait toujours ce grand œil bleu

» Plein de douceur et plein de feu,

n Elle n'est pourtant plus la même,

» Car nous avons appris qu'elle aime,

» Et qu'elle aime bien fort le jeu.

1 Voijage de ChapeUc et de Bachcmmont; Paris, Constant-Letellicr, 182G, in-8o, p. 13.

» Elle qui ne connoissoit pas autrefois les cartes, » passe maintenant des nuits au lansquenet. Toutes les » femmes de la ville sont devenues joueuses pour lui » plaire ; elles viennent régulièrement chez elle pour la » divertir, et qui veut voir une belle assemblée n'a qu'à » lui rendre une visite. M"" du Pin se trouve toujours » là bien à propos pour entretenir ceux qui n'aiment » point le jeu. En vérité sa conversation est si fine et si » spirituelle que ce ne sont pas les plus mal partagés. » C'est là que messieurs les Gascons apprennent le bel » air et la belle façon de parler :

Mais cette agréable du Pin, Qui clans sa manière est unique.

A Tesprit méchant et bien fin ; Et si jamais Gascon s'en pique, Gascon fera mauvaise fin.

Des Réaux nous apprend que cette demoiselle du Pin étoit sœur naturelle du Maître des Requêtes. « Elle » esioit, » ajoute des Réaux, «plus aimable que belle; » elle joiioit du luth, chantoit agréablement, et avoit » l'esprit si accort, que tout le monde l'aimoit. On Fap- » pelloit Angélique. Si elle ne fust pas morte jeune, le » comte d'Estrades, depuis mareschal de France, l'auroit » espousée \ »

Ce grand train de maison et les dépenses qu'il entraîne, l'habitade d'une vie dissipée, qu'ils continuèrent à Paris après que Tallemant eut été rappelé de son intendance, produisirent les fruits qu'on devoit en

1 Utstorietle de. M. et ^P'^ d'Eslrades, t. vu, p, 7,

Ml NOTICE

utiendre* Les allaircs se dérangèrent, et Tadversitc ne trouva pas M. cL M"" Talicinant préparés à ses rigueurs* « J'entrepris, avec un de mes parents, » dit des Réaux, « d'estre son intendant, de recevoir son revenu, et de » luy donner tant par mois, pourveû qu'il reglast son » train, et qu'il se logeast comme je voudrois. Je les

T> ay fait pleurer vingt fois, sa femme et luy Je com-

» mençai donc par luy proposer de chasser son cuisi- » nier ; Bien, dit-il, je le chasseray dans quatre

» mois Sa femme me disoit : lié! pour l'amour de

» Dieu ! mon pauvre cousin, sauvez-moy encore un » laquais! Us me trompoient ; car les gens qu'ils fai- » soient semblant de chasser, ils les logeoient viz-à-viz

» de chez eux Les ayant trouvez incurables, je ne

» m'en voulus plus mesler. »

Gédéon Tallemant résigna, en 1667, son office de Maître des Requêtes à M. Turgot de Sainte-Glaire ; il obtint des lettres d'honoraire enregistrées aux registres de l'hôtel en août 1667. Conçues dans les termes les plus flatteurs, elles sont données à Tallemant « pour » service au feu roy et à nous, en l'office de conseiller )•• au Parlement, puis de Maistre des Requestes pendant » vingt-sept ans et plus, durant lesquels il a esté sept ans » entiers intendant du Languedoc, Roussillon, Provence » et Guyenne '. »

Le Maître des Requêtes honoraire mourut à Paris, en son hôtel, situé rue d'Angoulmois", au Marais, paroisse

1 Bibliothèque impériale. Cabinet généalogique, au mot Tallemant.

2 C'é'.oit alors le nom de la rue Chariot. (Jaillot, Recherches sur Paris, quartier du Temple, t. m, p. 10.)

SUR TALLEMANT DES IlÉAUX. 15

Saint-Nicolas-dcs-Champs. On rinhumn dans le chœur do Pcglise, le 27 novembre 1G08, en présence de (lédéon cl de Paul Tallcmant, ses deux fils*, qui ont signé sur le registre déposé aux archives de rilùtel de Ville; il y est déclaré que le défunt éloitàgé de cinquante-cinq ans.

M"" Tallemant resioit sans fortune; son père avoit donné Tcxemple des plus folles prodigalités, sa succession venoit d'èlre taxée par la Chambre de justice, et l'intendant ruiné lui laissoit cinq enfants. C'étoit une personne d'esprit ; on a d'elle quelques vers. Voici le madrigal qu'elle fit en 1686, à l'occasion de la maladie de Louis XIV, qui venoit de subir l'opération de la fistule. Elle y peint sa triste situation :

Avec fort peu de bien, moins encor de jeunesse. Avec une famille aussi pauvre que moy, Je ne demande à Dieu ni grandeur ni richesse, Je suis assez contente ; il a sauvé le Roy ».

Marie Tallemant, la sœur du Maître des Requêtes, épousa Jean d'Harambure, seigneur de Roinefort et de la Boissiere, capitaine du vol des oiseaux du Roi. La petite vérole l'a voit gâtée, u Pour de l'esprit, » dit des Réaux, « elle en avoit du plus brillant, et disoit les

^ Gédéon prenoit, vers cette époque, la qualité de capitaine réformé au régiment d'Alsace. Paul étoit membre de l'Académie françoise et de celle des Inscriptions et Belles-Lettres.

2 iNous avons trouvé ce madrigal dans une lettre autographe de Boyer, de rAcadéuiie françoise, adressée à M^'* de Scudery en la priant de la mettre sous les yeux de M""* de Maiutenon.

» choses d'une manière tout à fait agréable \ » Elle perdit son mari, en 1639, au combat de la Route, près de Casai. Devenue veuve, plusieurs prétendants se présentèrent, et elle no les laissoit pas sans espérance, mais elle ne prenoit aucun engagement ; elle aimoit à recevoir des hommages. « Jamais femme n'a tant » aimé l'adora lion. » Éléazar de Sarcilly, sieur de Ghandeville, neveu de Malherbe et l'un de ses imitateurs, conçut pour elle une vive passion ; mais il ne paroît en avoir éprouvé que des rigueurs. On croit la reconnoître dans ces stances adressées à Chloris :

« Mon cœur, es-tu si foible et si peu généreux » Que de ne sentir pas les mespris rigoureux

» De celle à qui tu fais hommage?

» Ou bien, si tu les sens, au lieu de te guérir, ^

» Veux-tu conserver une image » De qui l'original te ya faire mourir?

» Non, non, résolvons-nous et cessons d'adorer » Cette ingrate beauté qui nous laisse endurer,

» Sans espérance de salaire ; » Quittons, quittons ses yeux, ou la clarté du jour,

» Et que le feu de la colère » Soit enfin plus puissant que celui de l'amour

» Je connois l'inhumaine à qui mon feu déplaist Et sçay que son humeur, insensible qu'elle est.

N'en peut jamais estre eschauffée ; Aussi, pour contenter l'excès de son orgueil,

Amour lui prépare un trophée Des cendres d'un amant qu'elle met au cercueil.

Historiette de il/"^ d'Harambure^ t, vi, p. 263.

Cel astre de mes jours qui s'en \a les finir. Eleinl ce que hiy seul a droit d'eiilretcnir.

En m'oslant l'espoir de la vie; Mais un si beau Irespas n'ayant point de pareil,

iMon bonheur est digne d'cnNie, Car je meurs en phénix aux rayons du soleil K

Beaucoup plus jeune que sa cousine, des Réaux avoit éprouvé pour elle un sentiment qui dépassoit les bornes de la simple amitié; mais M°'' d'Harambure aimoit trop Y adoration pour se contenter d'hommages que d'autres belles auroient partagés, et des Réaux, de son côté, n'auroit pas été d'humeur à se contenter de beaux sentiments ; aussi rcnonça-t-il à une conquête difficile, et les grâces de l'esprit et de l'entretien de sa parente le retenoient seules auprès d'elle. Il a dit quelque part que « depuis sa petite vérole, M""' d'Harambure n'avoit rien » de joly que l'entretien et le bien'. » Néanmoins, une des premières poésies de des Réaux lui fut inspirée par sa cousine; elle étoit souffrante, elle alloit partir pour les eaux, et ne pouvant l'accompagner, il lui adressa le sonnet qui commence par ces vers :

Phylis, d'un petit mal voulant borner le cours, 'S'en va prendre des eaux pour de\enir plus saine, Et moy dont la douleur est tousjours inhumaine, Je demeure en ce lieu dépoun eu de secours.

La foiblesse de cette pièce nous empêche de la donner entière.

^ Poésies de M. de Chanàeriile, dans le Recueil de diverses poésies des plus célèbres autheurs de ce temps.

• Hisiorieltc de 3/"°* d'Harambure, t, vi, p. 265.

vin. 2*

M"" (riTaramburc, à peine ûgée de trente-trois ans, mourut d'une maladie de langueur. Dos Réaux l'ut très-adfligé do sa perte, et il en exprime sa douleur dans un sonnet adressé à Gonrart, où il invite les poètes à célébrer les grâces et les vertus d'Amarante. Le sentim.ent qui a dicté ces vers excusera leur médiocrité.

To)' qui, sans aucune ayde et sans secours humain, T'es acquis le haut lustre où ta gloire est montée , Qui regardes en toi l'ouvrage de ta main. Et de qui la vertu doit cslre respectée;

Tu connois les ennuis qui me rongent le sein ; Tu connois qu'Amarante est partout regrettée : Sois mon guide, Phylandre, en mou noble dessein ; Je veux qu'en tous endroits sa gloire soit chantée.

Tu gardes le? trésors des neuf savantes sœurs. Tu peux mieux que personne en tirer les douceurs Par qui la poésie est si bien animée;

Tu connois dez longtemps comme on en doit user ; D'autres à tes écrits doivent leur renommée. Et tu sçais ce qu'il faut pour immortaliser ' ,

Ce sonnet, envoyé à Gonrart sous la forme épistolaire, avec signature et suscription, doit être de Tépoque de la jeunesse de des Réaux. «Gonrart,» dit-il, «a » tousjours affecté d'avoir des jeunes gens sous sa » férule; moy qui ne suis pas trop endurant, il me prit » en amitié, et je Taimay aussy tendrement. » Le sonnet est du temps de cette bonne intelligence; mais des

1 L'original autographe de ce sonnet existe dans un manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal. Belles-Lettres françoises, in-4o^ n" 151, t. i*', p. 891. Cette pièce, et une quittance de 1675, sont les seuls autographes signés de Tallemant des Réaux qui nous soient connus

Slll\ TAM.KMANT D lî S RÉ AUX. 19

Rcaiix changea bien de sentiments pour Conrnrt, (ju'il représente, clans ses Historiettes, comme un homme tyrannique et querelleur. «C'est un franc pédagogue,» ajoute-t-il, « et qui fait une lippe, quand il gronde, la » plus terribliî qu'on sçauroit voir '. » Le Parnasse ne demeura pas sourd aux vœux de des Réaux : Maynard y répondit par un sonnet assez remarquable qu'on trouvera dans le cominentaire de l'Histoiiette de M"*'' d'Harambure. 11 est adressé au Maître des Requêtes, frère de M"'" d'Harambure, et l'on peut voir dans les œuvres de Maynard combien de dettes de reconnoissance ce poëte avoit contractées vis-à-vis de Gédéon Tallemant^.

Après avoir fait connoître la branche aînée de la famille Tallemant, nous passerons à la branche cadette, celle de l'auteur des Historiettes.

Pierre ïallemant, second fils de François, après avoir longtemps exercé la banque à Bordeaux, vint s'établir à Paris. «G'estoit,» dit des Réaux, « un homme » du vieux temps, in puris naturalibus, qui de sa vie » n'avoit fait une réflexion ^»

Pierre Tallemant se maria trois fois. Sa première femme fut Elizabeth Bidault ; la seconde, une demoiselle Polivon, sœur de Paul Yvon-dela Leu^ Ainsi il existoit une double alliance entre ces deux familles, la Leu ayant lui-même épousé la sœur de Pierre Tallemant.

1 Uistorieiie de Conrart.

' Voyez surtout la lettre 245, adressée à Tallemant le maître des Requêtes. {Lettres du, président Maynard. Paris, 1G55, in-4°, p. 741.)

3 Historiette de Tallemant, de son père, etc.

* Ce nom de Polivun paroît venir des deux noms patronymiques Paul Yvon, et se confondre avec eux.

Trois enfants naquirent des deux premiers mariages :

1° Pierre Tallemant, sieur de Boisneau, banquier, qui acheta, en 1659, une charge de maître-d'hôtel du Roi.

11 épousa Anne Bigot de la llonville, sœur de cette jolie Lolo, qui devint madame de Gondran, et pour laquelle le marquis de Sévigné, infidèle à une femme qu'il ne sut pas apprécier, se battit et fut tué en duel ; cette Lolo dont Conrart ' et des Réaux ont raconté les nombreuses aventures.

!2° Paul Tallemant, seigneur de Lussac. Des Réaux en parle peu; il ne Ta nommé que deux fois-,

3*^ Elizabeth Tallemant, mariée à François d'Angennes, seigneur de la Grossetiere '\

Devenu veuf, Pierre Tallemant épousa en secondes noces Marie de Rambouillet, sœur du financier qui créa au bourg de Reuilly de magnifiques jardins. Renfermés dans Paris depuis plus d'un siècle, et cultivés en marais, ils touchent à la barrière de Gharenton. La rue qui les côtoie porte encore le nom de Rambouillet. Trois enfants naquirent de cette seconde union :

l'' Gédéon Tallemant , seigneur des Réaux ; c'est l'auteur des Historiettes.

2° François Tallemant, abbé de Val-Ghrétien, prieur de Saint-lrénée de Lyon, aumônier du Roi, membre de l'Académie françoise.

3° Marie Tallemant, sœur des deux précédents, mariée à Henry de Massues, seigneur de Ruvigny, marquis de

^ Mémoires de Conrart, collection Petitot, 2e série, t. mahi, p. 189. ^ Ilistorieltes de J/'""^ Roger, et des Vieilles remariées et maltraittées. ' Historiette de M"'^ de Laiinay.

SUR TVLLl'MAM' DES RÉAUX. 21

Bonncval, cjui, après avoir rosid(3 longtemps à la cour de Louis XIV, en qualité de député des églises protestantes, sortit de France après la révocation de Tédit do Nantes '.

Pierre Tallemant, le père, mourut au commencement de Tannée 1657, dans le temps même où son fils rédigeoit, ou du moins mettoit au net le manuscrit des Historiettes.

Gédéon Tallemant des Réaux, fils aîné du second lit de Pierre Tallemant, et Fauteur des Mémoires, naquit à la Rochelle, le jeudi 7 novembre 1619. On voit, au chapitre des Amours de l'auteur, qu'il étoit âgé de dixsept ans, en 1636, quand une jolie veuve fit battre son cœur pour la première fois.

Deux années après % des Réaux fit un voyage en Italie, avec un de ses frères du premier lit, et avec Tabbé Tallemant, le plus jeune de ses frères germains. L'abbé de Retz , depuis cardinal et archevêque de Paris, venoit d'obtenir, enSorbonne, le premier lieu de la licence en théologie. Il avoit eu pour concurrent Fabbé de la MotheHoudancourt, protégé du cardinal de Richelieu, et Favoit emporté sur lui; le ministre, irrité par cette contradiction, menaçoit les députés de Sorbonne de faire raser les bâtiments qu'il commençoit à élever% et Forage s'annonçoit comme si violent, que la famille de Gondi crut prudent d'éloigner le jeune abbé. Il fut donc décidé que Fabbé de Retz iroit en Italie, et le

^ Sur la famille de Ruvigny, voy. t. m, p. 454. * En 1638. {Historiette de J/He Diodée.)

Mémoires du cardinal de Retz, collection Petitot, 2* série, xliv, 101.

22 ^o^IC^:

jeune ccclcsiasticjuc accepta avec cm[)resstîincnt l'olTre des trois frères Tallemant de voyai^er de compagnie.

Quoique Irès-jeune, Tallemant des Réaux étoit déjà doué d'un talent d'observation fortremarcjuable; il juge bien l'abbé de Retz. « C'est, dit-il, un petit homme noir, » qui ne voit que de fort près, mal fait, laid et maladroit 9 de ses mains à toutes choses... Sa passion dominante, » c'est l'ambition; son humeur est estrangement in- » quiette, et la bile le tourmente presque tousjours'. » On reconnoît déjà dans ce portrait le futur cardinal, le héros des brouillons. Des Réaux donne sur ses premières années des détails d'autant plus curieux, qu'on voudroit avoir sur un homme de ce caractère d'autres témoignages que le sien propre, et que d'ailleurs les premières pages de ses Mémoires, où il parloit de sa jeunesse, sont anéanties à toujours.

De retour à Paris, Gédéon prit ses degrés en droit civil et canonique; son père le destinoit à la magistrature^ il vouloit même lui acheter une charge de conseiller au Parlement : mais des Réaux ne se sentoit aucune disposition pour cette carrière. « Je hayssois ce mestier- » là, » dit-il, « outre que je n'estois pas assez riche » pour jctter quarante mille escus dans l'eau ". »

Le père de Tallemant des Réaux jouissoil d'une fortune considérable ; sa maison étoit opulente ; il est inutile de s'arrêter longtemps à le défendre d'un reproche

1 Historiette (lu cardinal de Retz.

2 Historiette de l'abbé Tallemant, de son pcre, etc. Le prix des charges de conseille;' au Parlement étoit alors trés-élevé. {Mémoires de Coulanges. Paris, Biaise, 1820, p 50 )

s DU TA L LE M AN T DKS RKAUX. 25

dirigé contre lui par Cluirpcnlier, et répété pnr Fur.ticre. Le traducteur de la Cyropédie, emporté par un mouvement de colère, injuria Vabbc Tallcmant en pleine Académie, jusqu'à lui dire qu'il étoit le fû^d'vn banqueroutier de la Rochetle\ On sait trop à quelles injustices entraîne la passion ; toutes les apparences sont ici favorables aux Tallemant. Mais si Pierre jouissoit des avantages de la fortune, il paroissoit peu disposé à y faire participer son fils; aussi des Réaux chercha-t-il dans un richemariage les moyens de sortir d'une dépendance qui lui pesoit, et il demanda la main d'Elisabeth de Rambouillet, sa cousine germaine. Elle étoit fille de Nicolas de Rambouillet, frère de sa mère*

Elisabeth de Rambouillet n'avoit que onze ans et demi quand son cousin la demanda ; le mariage fut convenu, mais la célébration en fut diiférée pendant deux années.

Des Réaux, se voyant appelé par cet établissement à jouir d'une belle existence dans le monde, renonça à prendre un état qui auroit gêné sa liberté ; on voit seulement, par une quittance de l'année 1675, entièrement écrite et signée de sa main, que Tallemant des Réaux a exercé la charge de contrôleur provincial ancien des régiments, au département de la Basse-Bretagne".

Son mariage dut encore resserrer les liens de parenté qui l'unissoient à Antoine de Rambouillet de la Sablière, poëte agréable, auteur de madrigaux fms et délicats et

1 Second factum de Furetière, in-Zio, p. 31,

* Cabinet généalogique de la Bibliothèque impériale, au mot Tallemant.

*2/l NOTICE

dont la femme, Marguerite Ilesscin *, a été l'amie et le soutien de la Fontaine.

Libre de soins et d'aiTaires, Tallemant des Rcaux se livra à la culture des lettres, aux soins de sa famille et aux distractions de la société.

Il fut surtout lié d'une amitié particulière avec la marquise de Rambouillet, cette célèbre Arthenice, si souvent chantée par Malherbe, Voiture, Chapelain, M"' de Scudery, et tant d'autres poètes de son temps. Il a fait partie de cette pléiade de poètes que s'adjoignit le marquis de Montausier pour chanter Julie d'A.ngennes.

La pièce de Tallemant des Réaux est le madrigal sur le lys, le voici :

Devant vous, je perds la victoire Que ma blancheur me fit donner, Et ne prétens plus d'autre gloire Que celle de vous couronner.

Le ciel, par un honneur insigne, Fit choix de moy seul autrefois.

Comme de la fleur la plus digne Pour faire un présent à nos rois.

Mais si j'obtenois ma requête, Mon sort seroit plus glorieux

1 M. Walckenaer n'a pas osé décider si le véritable nom de M"^ de la Sablière etoit Hessein ou Hesselin. {Histoire de la vie et des ouvrages de Jean de la Fontaine . Paris, Nepveu, 1820, aux notes, p. 403.) Elle s'appeloit Hessein d'après les documents que nous ont offerts les généalogies de cette famille conservées dans le Cabinet du Roi. Voyez aussi une anecdote curieuse sur la Sablière, ayant son mariage, t. vn, p. 362.

SUR ÏALLEMANT DES HÉAUX. 25

D'être monté sur votre tête, Que cl'clre descendu des cieux '.

Dans les Historiettes, où des Réaux s'est particulièrement attaché à peindre la société de l'hôtel de Rambouillet et les diiïérents personnages qui la composoient, il fait d'abord passer sous les yeux de ses lecteurs la marquise de Rambouillet, cette dame romaine, qui avoit vécu à la Cour de Henry IV, et qui conserva toujours le ton grave et solennel dont sa mère, de la maison des Savelli, lui avoit transmis les traditions. Il amène ensuite le marquis de Rambouillet, Julie d'Angennes et le marquis de Montausier, M"'" de Grignan, première femme du gendre de M™' de Sevigné, Tabbesse de Saint-Etienne, le marquis de Pisani, Voiture, M"' Paulet. Tallemant n'omet personne ; il n'est pas jusqu'aux officiers et aux serviteurs de cette illustre maison qui ne trouvent une place dans ses récits.

On ne doit pas être surpris de la préférence marquée donnée par des Réaux à tout ce qui concerne Thôtel de Rambouillet.- Il devoit être flatté de l'accueil qu'il y recevoit, et pour tout ce qui regarde le règne de Henry lY et la régence de Marie de Médicis, il a principalement recueilli ses anecdotes dans les entretiens de la Marquise, dont il n'a été le plus souvent que l'écho. Il a le soin d'en prévenir ses lecteurs : « C'est d'elle, » dit-il, « que » je tiens la plus grande et la meilleure partie de ce que » j'ay escrit et de ce que j'escriray dans ce livre. »

^ Ce madrigal délicat est signé des Réaux Tallemant. La dernière strophe

rappelle l'ancienne tradition du lys emblème de pureté, envoyé du ciel à la

rance, pour lui servir d'armoiries. (Guirlande de Julie. Paris^ 1780, in-80.)

"2() Norrci-:

Cette liaison, si honorable poiir l'autour des Ilistovielles, dura jns(iu'au ternie de la vie de l'illustre Marcjuise, pour hiquellc l'abbé Tallennant, frère de notre écrivain, composa l'épitaphe qu'on a pu lire dans le commentaire de son Historiette, t. ir, p. 51 /|.

Nous savons, grâce aux récentes- découvertes de MM. Haag, dans les archives du temple de Charenton, que le mariage de des Réaux avec Elizabcth de Rambouillet avoit été célébré au mois de janvier 1646\ Cette union semble avoir été heureuse» H en naquit, trois filles, Anne-Elizabeth, Angélique et Charlolte. Des Réaux parle, dans le chapitre de M"" de Montausier, de « la petite des Réaux, » qui jouoit avec M"^ de Montausier, depuis duchesse d'Uzès. L'une d'elles vivoit encore en 1688, et se réfugia vers cette époque en Angleterre, pour ne pas abjurer, à l'imitation de ses parens^

Vers 1650, Tallemant des Réaux acheta la terre du Plessis-Rideau, située en Touraine, sur les confins de l'Anjou, paroisse de Chouzé. Elle lui fut vendue par François de la Beraudiere, marquis de i'Isle-Rouche, et par Françoise de Machecoul, sa femme. Cette terre étoit restée pendant environ deux siècles dans la famille Briçonnet. l^e prix en fut fixé à cent quinze mille livres, et Tallemant obtint des lettres patentes, qui lui permirent de changer le nom de Plessis-Rideau en celui de des Réaux,

On voit par ces lettres que Tallemant portoit ce sur-

^ La France protestante. Paris, Cherbuliez, 1859, t. ix, p. 338. 2 Ibid.

s II II TA LIE M A NT DES BEAUX. 21

nom depuis son enfance. Nous attachions quelque prix h connoître cette pièce, et nous Pavons trouvée dans les registres du Parlement, où elle a clé enregistrée le 30 juillet 1053'.

Le nom de des Réaux est celui d'une autre familhi ancienne, originaire du Nivernais, établie en Brie et en Champagne; il ne faut pas la confondre avec celle de Tallemant des Réaux. C'est à cette ancienne famille qu'appartenoit Gabriel des Réaux, lieutenant des Oardes-du-corps, maître-d'hôtel du Roi, mort en l()4û, auquel fut confiée la garde du maréchal de Marillac. 11

1 La voici :

Extrait des registres du Parlement de Paris, 4* vol. des ordonnances de Louis XIV, m m m, fol. 235, fo.

« LoPis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous présents et advenir, salut. iNostre chei* et bien anié Gédéon Tallemant, sieur des Réaux, nous a fait remonstrer que depuis l'enfance il a esté congnen soubz ledit nom des lîéaux, et que depuis peu il a faict acquisition de la terre et chastellenie du Plessis-Rideau, située en Vallée, près la rivière de Loire, es jirovinces de Tourraine et Anjou, qui lui a esté vendue avec toutes ses appartenances et dépendances, et tous droicts seigneuriaux et aultres, par François de la Beraudiere, marquis de l'Isle-Rouche, et dame Françoise de Machecoul, sa femme, moyetinant la somme de cent quinze mille livres, de laquelle terre et chastellenie du Plessis-Hide:iu, comme estant de c nséquence dans sa famille, il dé-ireroit commuer le i.om en celuy des Héaux, qu'il a toujours porté luy-mesme, s'il nous plaisoit ainsy le luy octroyer, et lui accorder noz lettres sui- ce nécessaires; sçavoir faisons que, inclinant liberablement à la s^ipplication et requeste dudict suppliant, et le voullant favorablement traicter, en considération de son mérite et de l'affection qu'il a toujours tesmoignée à notre service, pour ces causes, et aultres bonnes considérations à ce nous mouvants, nous hiy avons permis, accordé et octroyé, permettons, accordons et octroyons, voulions et nous plaint, de nostre grâce, plaine puissance et auctorité royaîle, par ces présmtes signées de nostre main, qu'il puisse et luy soit loysible commuer le nom de ladirte terre et chastellenie du Plessis- Rideau, et qu'au lieu d'icelle soit doresna-

'icS NOTICE

Cil est soiivcnl (lucstion dans le récit du procès de ce maréchal, inséré dans le Journal du cardinal de Richelieu, Il y eut aussi plus tard une famille très-honorable de Taboureau des Réaux, qui n'a rien de commun avec la famille ïallemant; elle paroît avoir acquis la terre des Réaux, soit de Tallemant, soit de ses héritiers.

La terre des Réaux devint pour Tallemant l'occasion d'un procès dans lequel il recourut au patronage de son ami Patru. On lit dans les œuvres de ce dernier un factum pour Gédéon Tallemant^ écuyer^ seigneur dudit

vant et à perpétuité appelée les Réaux, tant en jugement que dehors, en tous contracts, papiers terriers, adveuz, dénombrements, hommages, et en tous autres actes publiez ou particuliers, de quelque nature qu'ils puissent estre, à la charge toutrfois que tous bs contracts et aultres actes publiez ou particuliers, de quelque nature qu'ils puissent estre, faicts cy-devant pour raison de ladicte terre, soulz ledict nom du Plessis-Rideau, demeureront en leur force et valeur, sans que par cette commutation de nom il y soit rien innové. Si donnons en mandement à nos amez et féaux conseillers, les gens tenans nostre cour de Parlement, nos sénéchaux, baillifs, leurs lieutenants, et à tous nos autres justiciers et officiers qu'il appartiendra, que ces présentes ils fassent lire, publier et enregistrer, entretenir, garder et observer, et du contenu en icelles faire jouir le suppliant plaineraent et paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empeschemens au contraire ; car tel est nostre plaisir ; et affin que ce soit chose ferme et stable à tousjours, nous avons fait mettre nostre scel à ces dictes présentes, sauf en aultres choses nostre droict et Tauctruy en toutes. Donné à Paris au mois de juing, l'an de grâce mil six cent cinquantetrois, et de nostre règne le onziesme. Signé Louis, et sur le reply, par le Roy, Phelippeaux, à costé, visa Molé, et scellé du grand sceau de cire verte, sur laz de soye rouge et verte.

Registre, ouy le procureur général du Roy, pour jouir par l'impétrant de l'effect y contenu, pour estre exécuté selon leur forme et teneur. Paris, en Parlement, le trentiesme juillet mil six cent cinquante-trois. »

Signé Gdyet.

Collation falote à son original. Signé Du Tillet.

liei/., contre messire Antoine Arnauld, prieur commendataire du Plessis-aux-Moines , ayant repris V instance au lieu de maître Claude le Marié*.

Des Réaux se plaignoit d'avoir été troublé dans sa possession de tous droits honorifiques, prérogatives et prééminences, titres et armes, dans l'église paroissiale de Chouzé, tant comme fondateur, que comme ladite église étant bâtie en ses fiefs et chdtellenie des Réaux, ci-devant le Plessis-llideau,

Le récit de cette discussion seroit aujourd'hui sans intérêt; peu importe que des Réaux soit parvenu à faire changer le banc que rofTiciant occupoit dans le chœur de l'église du village des Réaux, qu'il ait été maintenu en possession du poteau du carcan, où comme seigneur il prétendoit avoir le droit d'exercer sa justice ; mais ce factum donne quelques renseignements utiles : on y voit que des Réaux avoit acheté cette terre du marquis de l'Isle, arrière-petit-fils d'un Briçonnet. On y voit aussi qu'il plaidoit contre le célèbre docteur Antoine Arnauld. On ignore quelle a été l'issue du procès. Une trace de l'exercice de la puissance féodale de Tallemant, à cause de sa terre des Réaux, se trouve dans mie pièce par laquelle Gédéon Tallemant, soigneur des Réaux, nomme François Sarrazin sénéchal et juge de sa châtellenie des Réaux. Elle est indiquée dans le Catalogue des Archives de Joursanvault, sous le n° 2801".

Doués de mêmes goûts et rapprochés par quelques

1 OEuvres de Patrii, 3^ édition. Paris, 1714, in-^o.

* Catalogue analytique des archives de }f. le baron de Joursanvault. Paris, Techener, 1838, in 8o, 11, 120.

circonstances, Patrii et des Réaux contractèrent, dès l(Mn' jeunesse, une amitié qui ne se démentit jamais. Le père de Patru |)ossé(loit une ferme ù Pommeuse, terre qui apparlenoit à du Puget deMautauron, beau-père de Tallemant le maître des Requêtes. Patru se livroit h son goût pour les lettres avec une passion qui s'accorde diftlcilement avec la pratique journalière du barreau. Libre de soins et d'atlaires, des Réaux vivoit au milieu des gens de lettres : homme d'esprit sans prétention, il n'écrivoit que pour se distraire, en voilà plus qu'il n'en falloit pour les rapprocher; compagnons de plaisirs, peut-être même de voluptueuses dissipations, ils n'avoient point de secrets l'un pour l'autre. En effet, sans les confidences de Patru, comment des Réaux auroit-il pu placer dans ses récits une foule de traits de la jeunesse de ce dernier, et particulièrement ses amours avec la belle M"*^ Levesque ' ?

11 perdit Patru le lô janvier 1681 ; il composa pour lui cette épitaphe :

Le célèbre Patru sous ce marbre repose ; Tousjours comme un oracle il s'est veû consulter

Soit sur les vers, soit sur la prose.

11 sceut jeunes et vieux au travail exciter;

C'est à luy qu'ils devront la gloire De voir leurs noms graves au temple de mémoire.

Tel esprit qui brille aujourd'hui ]N*eust eu sans ses avis, que lumières confuses, Et l'on n'auroit besoin d'Apollon ny des Muses, Si l'on avoit tousjours des hommes comme luy.

^ Historiette de 37""^ Levesque.

SLR TALLEMANT DKS RÉAUX. M

Cotte épitnphe do Patru, publiée par le père Monliours*, a été réimprimée partout, et particulièrement à la suite de la notice jointe aux œuvres de Patru ; en voici une autre, qui sent son esprit fort et que nous avons trouvée, écrite de sa main"" :

Cy gist le célèbre Patru, De qui le mérilea paru Tou«^jours au-dessus de l'envie; Il a savamment discouru, Mais peu de la seconde vie ; Heureux s'il n'a trouvé que ce qu'il en a cru !

Tallemant étoit aussi étroitement lié avec Perrot d'Ablancourt, auteur de tant de traductions qui ne se lisent plus, et qu'on appeloit de son temps les belles infidèles. 11 lui a consacré un article de ses Mémoires, et à sa mort, arrivée au mois de novembre 16()i, il composa cette épitaphe, conservée par lepèreBouhours :

L'illustre d'Ablancourt repose en ce tombeau ; Son génie à son siècle a servi de flambeau : Dans ses fameux écrits toule la France adaiire Des Grecs et des Romains les précieux trésors: A sa perle on ne sçauroit dire Qui perd le plus des vivants ou des morts 3.

Cet éloge paroît aujourd'hui d'une grande exagéra-

^ Recueil de vers choisis. Paris, 1693, in-l2, p. 170. La table indique que cette pièce est de des Réaux.

* Porufiuille de pièces manuscrites composées ou recueillies par Tallemant des Réaux. Bibliothèque de l'éditeur.

^ Recueil de vers choisis. Paris, 1693, p. 8.

lion; il ne faut pas oublier que Pcrrot cl'Ablancourt étoit un des meilleurs écrivains de son temps', et que les réputations de traducteurs s'évanouissent à mesure que de plus habiles prennent leurs places. .

Des Réaux aimoit la poésie ; il l'a cultivée pendant tout le cours de sa vie. 11 parle dans l'Historiette du cardinal de Richelieu d'une épître en vers adressée par lui à Quillet, l'auteur de la Callipédie ; il faisoit avec facilité des vers de société. Ses deux Recueils manuscrits, dont il sera parlé plus bas, sont remplis d'opuscules de ce genre, parmi lesquels il seroit souvent difficile de distinguer ceux qu'il a composés lui-même de ceux dont il n'est que le copiste. Nous dirons seulement qu'un curieux couplet satirique est écrit de sa main, et si l'on s'en rapportoit aux ratures dont il est chargé, on l'estimeroit de sa composition. 11 porte en marge la date de 1655. Le voici :

COUPLETS Sur Pair de la Duchesse.

Despeschez vite de danser, Nobles bourgeois, car voicy la Feuillade2,

1 Boileau le met au premier rang des écrivains françois dans ces vers de la IX* satire :

Puisque vous le voulez, je vais changer de st\lc; Je le déclare donc : Quinault est un Virgile; Pradon comme un soleil en nos ans a paru; Pelletier écrit mieux qvCAblancourt ny Patru.

2 La Feuillade, depuis maréchal de France, étoit hâbleur de son naturel; on Faccusoit d'avoir trouvé bien à tort le moyen de s'attribuer la principale gloire de la journée du Saint-Godard, dans l'expédition de Hongrie de 1664, au préjudice de Coligny ; on peut voir dans le commentaire de l'Historiette de Rangouze, t. v, p. 8, son aventure avec Saint-Aunais.

Qui de son œillade Vous va tous chasser.

Quand nous seriez à l'abry de vos belles, 11 n'a respect ny pour vous ny pour elles. Que vous estes à craindre.

Messieurs les plumets * !

Que vous estes à plaindre.

Messieurs du Palais I Si tost que la noblesse Vient et fend la presse,

Malgré que vous payez, Jamais vous ne dansez.

La Sablière, cousin et beau-frère de des Réaux, qui se trouvoit dans les. dispositions de l'auteur de ce couplet, fit de son côté ceux qu'on va lire :

COUPLETS Pour répondre au précédent, sur l'air de la Bourrée.

Vostre audace est sans seconde, Beaux fanfarons de la Cour; Apprenez que tout le monde Est égalé par TAniour.

Cbascun de vous présume Valoir bien mieux que nous ; Mais ostez votre plume.

Les bourgeois sont comme vous.

Sachez qu'avec les belles Nous ne sommes pas trop mal; Nous regnons dans les ruelles.

Si vous régnez dans le bal.

' Les gens de guerre porlojeni^ seuls le plumet blanc au chapeau.

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