LETTRK ECRITE AU NOM DE M. DE LA GOURRADE A MADEMOISELLE DE PONS
Mademoiselle, je prends la plume pour vous faire souvenir des absens de vos beautez, et vous dire en peu de mots ce que j'ay pensé et souffert pour elles depuis que je suis privé de leur divin aspect ; j'avois le cœur si gros quand je partis, qui fut, comme vous savez, le lendemain de la Notre-Dame de septembre, que je failly à crever h force de sanglots entre la porte de Saint-Jacques et le bourg de la Reine; et ne sçachant quoy devenir, quand je vins au pont Antony, je pensay me jeter la teste la première dans la rivière, afin qu'on pust mettre dans mon epitaphe:
Il se jeta du haut d'un pont Pour la trop charmante de Pont.
Mais je ne trouvay pas ce pont-là assez beau, et je me résolus d'attendre jusqu'au pont d'Orléans; aussy bien, mourant pour une si belle pucelle, il estoit plus convenable que ce fust à la vue de la Pucelle d'Orléans. Là, il me vint dans l'esprit que le pont de Ghatelleraut estoit le plus beau pont qui fût sur ma route et, si je l'ose dire, le rival du Pont -Neuf ; je fus ravy de m'estre avisé de cela, car c'est le pont de France le plus digne d'une
telle avanlure ; j'eslois déjà tout détermine et je cornmcnçois à luy dire :
Pont de mignarde archilccUirc, Je vais mourir pour une créature Et plus belle que vous, et mille fois plus dure,
quand je songeay que me noier dans la Vienne ce seroit faire à la Charente, laquelle a eu l'honneur de vous voir naistre sur ses bords, et laquelle vous feroit ressouvenir de moy tous les jours , comme Lignon faisoit à Astréc de son pauvre Céladon : voilà donc ma mort encore différée jusqu'en Saintonge, où j'ay trouvé quelques importantes affaires, lesquelles me font vous suplier de me donner encore du temps pour y mettre ordre, afm que je puisse mourir franc et quitte et estre une victime digne de vos charmants attraits, c'est de quoy vous suplie
Votre
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