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DEUX EPISTRES DE MAUCROIX

A DES RÉAUX, SOUS LE NOM d'ASTIBEL.

Cher Aslibcl, c'est fait de moy ; L'archiduc est près de Rocroy, Qui jette par-tout l'épouvante Et mange nos chapons de rente.

On n'entend que battre tambours ; Le guet est au haut de nos tours.

Et ne vient piéton ni gendarme Qui ne fasse sonner l'alarme ; Nos bourgeois qui font les méchants.

Sont tous armés jusques aux dents D'armes qui n'ont vu la lumière Depuis que sur notre frontière Mansfeld vint faire en tapinois Si belle peur aux Champenois.

Ces bourgeois pourtant en parole Sont résolus comme Barthole, Et disent qu'il ne fuiroient pas Pour Jean de Vert et pour Galas.

Mais malgré toute leur vaillance, Je trouve, ma foy, que la France, Pour le moins de ce côté-ci, N'est guère loin de Landrecy.

Heureux qui ne craint les saillies De Léopoldni de Garcies, Et qui n'a de quoy s'attrister Quand on ne fait rien à Alunster !

A quoy bon aussi cette guerre, Qu'à mettre tant de gens par terre.

Que l'on envoyé en paradis.

Sans un pauvre de profanais ?

70 INOTIGE

Aussy tîcns-je quasi pour bôle Tout homme qui n'a qu'une lôte, Et va rcxj)Oscr au canon Pour avoir quoique peu de nom; ^om qui ne sert pas de grand'chose Quand on a la paupit're close.

Et qu'on dort en un méchant lit Que l'on appelle un ici-git.

A ROSALIANE (M^e des Réaux. — 1648.)

A la belle Rosalîane, Un chanoine portant soutane, Qui n'est pas grande nouveauté.

Écrit ces vers de gaieté ; Quoiqu'il ait souvent en pensée Sa pauvre maman trépassée,

Enfin, il faut se consoler ; Mes pleurs ne veulent pins couler ; Et dans moy la philosophie De jour en jour se fortifie.

Rions... Mais que dis-je insensé 1 Rire en un temps si traversé.

Lorsque la petite vérole Tient Gâteau la petite folle, Et vient, contre droit ot raison.

Vous chasser de noire maison !

Quel malheur si cette insolente Pour la nièce avoit pris la tante, Et métamorphosé vos lis En rouges et flambants rubis !

l\ esl tout vrai que le chanoine De dépit s'en seroit fait moine.

SDR TALIEMANT DES RKAUX. 71

Maïs changeons un peu de discours.

On m'écrit que dans quelques jours Vous devez mettre en évidence Un nouvel habitant de France^ Et que cet enfant fortuné Danse mCme avant qu'il soit né, Et fait gambades à douzaines; Marques sans doute très-certaines Qu'il sera danseur fort dispos.

Et fera la nique aux Chabots; Tout cela, supposé qu'il vire, Et qu'à bon port sa nef arrive ; Ce qu'on croit difficilement, Car vous le bercez diablement.

Et jamais, dit-on, femme pleine fie fit tant que vous de fredaine.

Que le pauvre enfant, en tout cas.

Se voue au bon saint Mcolas.

Plusieurs lui promettent voyage Qui ne sont si près du naufrage.

La belle, gardez-vous un peu,

Ce que vous faites n'est pas jeu.

Il y va, ma foy, de la vie ;

Pourtant vous n'avez pas envie

De descendre sitôt là-bas

Voir si les morts ne dansent pas.

Marchez donc comme une épousée;

Soyez aussi sage et posée

Que dans l'hôtel de Rambouillet,

Ou qu'une crieuse de lait.

Si vous faites ce que j'ordonne,

Kous aurons du fruit vert l'automne;

Ce sera, je crois, vers ce temps,

Que vous crierez : hélas les dents l

Ainsy crioit une donzelle,

Kon pas fort sage, mais fort belle,

Qui. par je ne sais quel hasard.

7'i IVOTICi-: s un TALLKMANT DKS KKAUX.

En ce pays fil un ponpard, S'cnlcnd sans êlrc mariée, Chose qui l'a fort décriée ; Car ici, non plus qu'à Paris, Filles ne font rien sans maris ; Comme m'apprit l'autre semaine Fille h qui je comptais ma peine, Qui nonobstant mes yeux mourants M'envoya bien chez mes parents, Dont je fus honteux au possible ; Mais voyant la belle insensible, Et s'armer d'étranges dédains.

Ma foy je lui baisai les mains.

Belle, à vous aussy je les baise.

Car il est temps que je me taise.

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