‹ HistoriettesChapitre 100 sur 111 · MOTS D'ENFANTS · texte numérisé non relu

MOTS D'ENFANTS

Cette enfant, la petite de Montausier, elle n'a encore que onze ans, a dit de jolies choses dès qu'elle a été sevrée. On amena un renard chez son papa ; ce renard étoit à M. de Grasse. Dès qu'elle l'aperçut elle mit ses mains à son collier; on lui demanda pourquoi : « C'e.st de peur, dit-elle, « que le renard ne me le vole : ils sont si fins dans les « Fables d'Esope. »

Quelque temps après on lui disoit : « Tenez, voilà le (( maître du renard; que vous en semble? — Il me semble, « dit-elle, encore plus fin que son renard. » Elle poavoit avoir six ans quand M. de Grasse lui demanda combien il y avoit que sa grande poupée avoit été sevrée : « Et vous, (< combien y a-t-il"? lui dit-elle, car vous n'êtes guère plus « grand. »

A cause de la petite vérole de sa tante de Rambouillet, on la mit dans une maison là auprès. Une dame l'y fut voir : « Et vos poupées. Mademoiselle, lui dit-elle, les avez- « vous laissées dans le mauvais air? — Pour les grandes, « répondit-elle, Madame, je ne les ai pas ôtées, mais pour « les peliteSjje les ai amenées avec moi. » A propos de poupées, elle avoit peut-être sept ans quand la petite des Réaux la fut voir. Cette autre est plus jeune de deux ans. Mademoiselle de Montausier la vouloit traiter d'enfant, et lui disoit en lui montrant ses poupées : « Mettons dormir celle-là. —

330 TALLEMANT DES RKAUX

« J'entends bien, disoit l'autre, ce que vous voulez dire. — « Non, tout de bon, reprenoit-elle, elles dorment effective- « raent. — Voire ! je sais bien que les poupées ne dorment « point, répllquoit l'autre. — Je vous assure que si qu'elles « dorment, crojez-moi; il n'y a rien de plus vrai. — Elles « dorment donc, puisque vous le voulez, » dit la petite des Réaux avec un air dépité ; et en sortant elle dit : « Je n'y « veux plus retourner, elle' me prend pour un enfant. »

On lui demandoit laquelle étoit la plus belle, de madame de Lcng-ueville ou de madame de Châtillon, qu'elle appeloit sa belle mère. « Pour la vraie beauté, dit-elle, ma belle- ^( mère est la plus belle. »

Elle disoit à un g-entilhomme de son papa : « Je ne veux (X pas seulement que vous me baisiez en imagination. »

Elle faisoit souvent un même conte. Madame de Montausier dit : « Fi ! fi ! où avez-vous appris cela? De qui le tient- (' elle? — Attendez, dit cet enfant, ne seroit-ce point de ma (( gTandmaman de Montausier ? » Cela se trouva vrai.

Elle disoit qu'elle vouloit faire une comédie : « Mais, ma " grand'maman, ajoutoit-elle, il faudra que Corneille y jette ' un peu les yeux avant que nous la jouions. »

Un page de son père, qui étoit fort sujet à boire, s'étant enivré, le lendemain elle lui voulut faire des réprimandes. « Voyez-vous^ lui disoit-elle, pour ces chose.s-là, je suis - tout comme papa, vous n'y trouverez point de difVérence. »

H Ce Mégabase (c'est M. de Montausier dans Cf/rus), ■( quel homme est-ce à votre avis? lui dit madame de Ram- « bouillet. — C'est un homme prompt, répondit-elle, mais a il n'est rien meilleur au fond ; il est comme cela pour < faire que les gens soient comme il faut. >

On lui dit : o Prenez ce bouillon pour l'amour de moi. •' — Je le prendrai, dit-elle, pour l'amour de moi, et non <' pour l'amour de vous. )>

Un jour elle prit un petit siège et se mit auprès du Ht de madame de Rambouillet. « Or çà, ma grand'maman, dit-

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