‹ HistoriettesChapitre 30 sur 111 · BOIS-ROBERT Ç · texte numérisé non relu

BOIS-ROBERT Ç

à son abbaye (elle s'appelle Châtillon) ou à Rouen, où il étoit chanoine; il aima mieux aller à Rouen.

Une fois que Bois-Robert alla au Petit-Luxembourg- voir messieurs de Richelieu, madame Sauvay, femme de l'intendant de madame d'Aig"ui lion, lui dit dès qu'elle le vit: « Ah ! « vraiment, monsieur de Bois-Robert, j'ai des réprimandes h a vous faire. » Bois-R.obert, pour se moquer d'elle, se mit incontinent à g-enoux. « Vous passez partout, lui dit-elle, « pour un impie, pour un athée. — Ah! Madame, il ne « faut pas croire tout ce qu'on dit : on m'a bien dit, à moi, « que vous étiez la plus g^rande garce du monde. — Ah ! « Monsieur, dit-elle en l'interrompant, que dites-vous là ! « — Madame, ajouta-t-il, je vous proteste que je n'en ai « rien cru. » Toute la maison fut ravie de voir cette insolente mortifiée.

Une fois, mademoiselle Melson, fille d'esprit, le déferra. Il lui contoit qu'il avoit peur qu'un de ses laquais ne fût pendu. « Voire, lui dit-elle, les laquais de Bois-Robert no « sont pas faits pour la potence; ils n'ont que le feu à ci'ain- (( dre, »

Le portier de Bautru donna une fois des coups de pied au cul au laquais de Bois-Robert. Voilà l'abbé dans une fureur épouvantable. « Il a raison, disoient les g^ens, cela « est plus offensant pour lui que pour un autre. Aux la- ((. quais de Bois-Robert le c... tient lieu de visag-e : c'est u la partie noble de ces messieurs-là. »

Pour montrer combien il se cachoit peu de ces petites complexionSjil disoit que Ninon lui écrivoit, parlant du bon traitement que lui faisoient les Madelonnettes, où les dévots la firent mettre : « Je pense qu'à votre imitation je com- « mencerai à aimer mon sexe. »

Il appeloit Ninon sa tZ/y/ne. Un jouril alla chez elle avec un fort joli petit g-arçon. « Mais, lui dit-elle, ce petit vilain « vous vient toujours retrouver. — Oui, répondit-il, j'ai « beau le mettre en métier, il revient toujours. — C'est,

« reprit-elle, qu'on ne lui fait nulle part ce que vous lui « faites. »

Une autre fois il vint la voir tout hors de lui. « Ma divine, « lui dit-il, je vais me mettre au noviciat des Jésuites ; je f< ne sais plus que ce moyen-là de faire taire la calomnie. « J'y veux demeurer trois semaines, au bout desquelles je « sortirai sans qu'on le sache, et on m'y croira encore. Tout

« ce qui me fâche, c'est que ces b là me donneront delà

" viande lardée de lard rance, et pour tous petits pieds « quelques lapins de greniers. Je ne m'y saurois résoudre. » Il revint le lendemain. « J'y ai pensé, c'est assez de trois « jours, cela fera le même effet. » Le voilà encore le lendemain. « Ma divine, j'ai trouvé plus à propos d'aller aux « Jésuites, je les ai assemblés, je leur ai fait mou apolog-ie, « nous sommes le mieux du monde ensemble; je leur plais w fort, et en sortant un petit frère m'a tiré par ma robe et " ma dit : « Monsieur, venez nous voir quelquefois, il n'y « a personne qui réjouisse tant les Pères que vous. »

A une représentation d'une de ses pièces de théâtre, les comédiens dirent un méchant mot qui n'y étoit pas: « Ah! « s'écria-t-il de la loge où il étoit, ces marauds me feront « chasser de l'Académie. »

Bois-Robert, toujours bon courtisan, s'avisa de faire des vers contre les Frondeurs ; il n'y eut jamais un homme plus lâche. Le coadjuteur le sut, et la première fois qu'il vint dîner chez lui : « Monsieur de Bois-Robert, lui dit-il, « vous me les direz. — Bien, Monsieur, dit Bois-Robert. » Il crache, il se mouche, et sans faire semblant de rien il s'approche de la fenêtre, et ayant regardé en bas, il dit au coadjuteur : a Ma foi, IMonsieur, je n'en ferai rien, votre « fenêtre est trop haute. »

L'abbé de La Victoire dit que la prêtrise en la personne de Bois-Robert est comme la farine aux bouffons, que cela sert à le faire trouver plus plaisant.

Bois-Robert, en ce temps-là, s'abandonna de telle sorte à

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