‹ HistoriettesChapitre 31 sur 111 · BOIS-ROBERT · texte numérisé non relu

BOIS-ROBERT

faire des contes comme celui des trois Racans qu'on disoit, comme des marionnettes : Je vous donnerai Bois-Robert, De quelqu'un de ces contes-là, il voulut faire une comédie qu'il appeloit/e Père avaricieiix. En quelques endroits, c'étoit le feu président de Bercy et son fils, qui a été autrefois débauché, et qui maintenant est plus avare que son père. Il feig'noit qu'une femme, qui avoit une belle fille, sous prétexte de plaider, attrapoit la jeunesse; là entroitla rencontre du président de Bercy chez un notaire, avec son fils qui cherchoit de l'arg-ent à g-ros intérêt. Le père lui cria : « Ah ! débauché, c'est toi ? — Ah J vieux usurier, <{. c'est vous? » dit le fils. Il y avoit mis aussi la conversation de Ninon et de madame Paget à un sermon, où cette dame, qui ne la connoissoit pas, se plaignit à elle que Bois- Robert vouloit quitter son quartier pour aller au faubourg Saint-Germain, pour une je ne sais qui de Ninon, et Ninon lui répondit : « Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit, (( Madame, on en pourroit dire autant de vous et de moi. »

Une fois, le prince de Gonti, comme on jouoit une pièce de Bois-Robert, lui dit de la loge où il étoit : « M. de Bois- « Robert, la méchante pièce! » Bois-Robert, qui étoit sur le théâtre, se mit à crier bien fort : « Monseigneur, vous me « confondez de me louer comme cela en ma présence. »

En ce temps-là, les dévots de la cour rendirent de mauvais offices à Bois-Robert, et le firent exiler comme un homme qui mangeoit de la viande le carême, qui n'avoit point de religion, qui juroit horriblement quand il jouoit, et cela est vrai. Au retour^ il ne put s'empêcher de dire que madame Mancini,qui avoit fait sa paix, ne l'avoit fait revenir que pour être payée de quarante pistoles qu'il lui devoit du jeu.

On l'obligea depuis à dire la messe quelquefois. Madame Gornuel, à la messe de minuit, comme ce vint à Dominas vobiscam , vit que c étoit Bois-Robert, et elle dit à quelqu'un : « Voilà toute ma "dévotioaséffSS^ÇfessLe lendemain, comme

BIBUOTHECA

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TALLEMANT DES RKAL'X

on la vouloit mener au sermon: «Je n'y veux pas aller, dit- « elle; après avoir trouvé Bois-Robert disant la messe, je « trouverai sans doute Trivelin en chaire. Je crois, ajouta- « t-elle, que sa chasuble étolt faite d'une jupe de Ninon. »

Bois-Robert faisoit un conte de M. de Beuvron et de son frère Croisy. Il disait qu'un jour, à la campagne, il vint une pluie qui dura cinq heures. C'étoit au mois d'avril. Ils se promenèrent durant tout ce temps dans une salle, sans dire autre chose l'un à l'autre : « Mon frère, que de foin ! mon « frère, que d'avoine ! « Quoique les 'enfants de Beuvron aient plus d'esprit que leur père, on ne laisse pas quelquefois de leur dire : « Mon frère, que de foin ! mon frère, que d'avoine ! » Et ils en enragent un peu.

En 1661, dans le temps de la mort du cardinal Mazarin, un homme de Nancy s'adressa, au Palais, aux diseurs de nouvelles, et leur dit : « Je vous prie, Messieurs, dites-moi u si ce qu'on nous a mandé à Nancy est véritable, que Bois- « Robert s'étoit fait Turc, et que le Grand-Seigneur lui « avoit donné de grands revenus avec de beaux petits gar- «çonspour se réjouir, et que, delà, il avoit écrit aux libertins « de la cour : — Vous autres. Messieurs, vous vous amusez « à renier Dieu cent fois le jour ; je suis plus fin que vous ; « je ne l'ai renié qu'une, et je m'en trouve fort bien. »

Il disoit : « Je me contenterois d'être aussi bien avec No- « tre Seigneur, que j'ai été avec le cardinal de Richelieu. »

Comme il tenoit le crucifix, et qu'il demandoit pardon à Dieu : « Ah! se dit-il, au diable soit ce vilain potage que « j'ai mangé chez d'Olonne; il y avoit de l'oignon, c'est ce « qui m'a fait mal. » Et puis il reprenoit : « Le cardinal n de Richelieu m'a gâté; il ne valoit rien, c'est lui qui m'a « perverti. »

LA MARQUISE DE RAMBOUILLET

LA MARQUISE DE RAMBOUILLET

Madame de Rambouillet est fille de feu M. le marquis de Pisani, et d'une Savelli, veuve d'un Ursins. Sa mère éloit une habile femme; elle eut soin de l'entretenir dans la lang-ue italienne, afin qu'elle sût ég-alement cette langue et la françoise. On fit toujours cas de cette dame-là à la cour, et Henri IV l'envoya, avec madame de Guise, surintendante delà maison de la Reine, recevoir laReine-mère à Marseille. Elle maria sa fille devant douze ans avec M. le vidame du Mans. Madame de Rambouillet dit qu'elle regarda d'abord son mari, qui avoit alors une fois autant d'âge qu'elle, comme un homme fait, et qu'elle se regarda comme un enfant, et que cela lui est toujours demeuré dans l'esprit, et l'a portée à le respecter davantage. Hors les procès, jamais il n'y a eu un homme plus complaisant pour sa femme. Elle m'a avoué qu'il a toujours été amoureux d'elle, et ne croyoit pas qu'on pût avoir plus d'esprit qu'elle en avoit. A la vérité, il n'avoit pas grand' peine à lui être complaisant, car elle n'a jamais rien voulu que de raisonnable. Cependant elle jure que si on l'eût laissée jusqu'à vingt ans, et qu'on ne l'eût point obligée après à se marier, elle fût demeurée fille. Je la croirois bien capable de cette résolution, quand je considère que dès vingt ans elle ne voulut plus aller aux assemblées du Louvre ; chose assez étrange pour une belle et jeune personne et qui est de qualité. Elle disoit qu'elle n'y trouvoit rien de plaisant, que de voir comme on se pressoit pour y entrer, et que quelquefois il lui est arrivé de se mettre en une chambre pour se divertir du méchant ordre qu'il y a pour ces choses-là en France. Ce n'est pas qu'elle n'aimât le divertissement, mais c'étoit en particulier. A l'entrée qu'on devoit faire à la Reine mère, quand

TALLEMAlfT DES RÉ AUX

Henri IV la fit couronner, madame de Rambouillet étoitune des belles qui dévoient être de la cérémonie.

Elle a toujours aimé les belles choses, et elle alloit apprendre le latin, seulement pour lire Virgile, quand une maladie l'en empêcha. Depuis, elle n'y a pas son^^é, et s'est contentée de l'espagnol. C'est une personne habile en toutes choses. Elle fut même l'architecte de rhôtel de Rambouillet, qui étoit la maison de son père. Mal satisfaite de tous les dessins qu'on lui faisoit (c'étoit du temps du maréchal d'Ancre, car alors on ne savoit que faire une salle à un côté, une chambre à l'autre, et un escalier au milieu : d'ailleurs la place étoit fort irrégulière et d'une assez petite étendue), un soir, après y avoir bien rêvé, elle se mit à crier : « Vite, « du papier; j'ai trouvé le moyen de faire ce que je vou- « lois. •' Sur l'heure elle en fit le dessin, car naturellement elle sait dessiner; et dès qu'elle a vu une maison, elle en tire le plan fort aisément. De là vient qu'elle faisoit tant la guerre y Voiture de ce qu'il ne retenoit jamais rien des beaux bâtiments qu'il voyoit ; et c'est ce qui a donné lieu à cette ingénieuse badinerie qu'il lui écrivit sur le Valentin, On suivit le dessin de madame de Rambouillet de point en point. C'est d'elle qu'on a appris à mettre les escaliers à côté, pour avoir une grande suite de chambre, à exhausser les planchers, et à faire des portes et des fenêtres hautes et larges et vis-à-vis les unes des autres ; et cela est si vrai que la Reine-mère, quand elle fit bâtir Luxembourg, ordonna aux architectes d'aller voir l'hôtel de Rambouillet, et ce soin ne leur fut pas inutile. C'est la première qui s'est avisée de faire peindre une chambre d'autre couleur que de rouge ou de tanné ; et c'est ce qui a donné à sa grand'chambre le nom de la chambre bleue.

L'hôtel de Rambouillet étoit, pour ainsi dire, le théâtre de touslesdivertissements,et c'étoitle rendez-vous de ce qu'il y avoit de plus galant à la cour, et de plus poli parmi les bt-aux-esprits du siècle. Or, quoique le cardinal de Riche-

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