‹ HistoriettesChapitre 34 sur 111 · MADEMOISELLE PAULET · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE PAULET

Mademoiselle Paulet étoit fille d'un Languedocien qui inventa ce qu'on appelle aujourd'hui de son nom la Paulette, invention qui ruinera peut-être la France. Sa mère étoit de fort bas lieu et d'une race fort diffamée pour les amourettes. Elledisoit que son père étoit gentilhomme. Sa mère menoit une vie assez gaillarde. Mademoiselle Paulet avoit en sa jeunesse beaucoup de vivacité, étoit jolie, avoit le teint admirable, la taille fine, dansoit bien, jouoit du luth, et chantoit mieux que personne de son temps, mais elle avoit les cheveux si dorés qu'ils pouvoient passer pour roux.

Le père, qui vouloit se prévaloir de la beauté de sa fille, et la mère. qui étoit coquette, reçurent toute la cour chez eux. M. de Guise fut celui dont on parla le premier avec elle. Ou disoit qu'il avoit laissé une galoche en descendant par une fenêtre. Il disoit qu'il lui sembloit avoir toujours le petit chose delà petite Paulet devant les yeu.x. M. de Ghevreuse suivit son aîné, et ce fut ce qui la décria le plus, car il lui avoit donné pour vingt mille écus de pierreries dans une cassette : elle la confia à un nommé Descoudrais, à qui il la fit escamoter.

Le ballet de la Reine-mère se dansa en ce temps-là. Elle y chanta des vers de Lingendes, qui commençoient ainsi ;

Je suis cet Amphion,elc.

Or, quoique cela convînt mieux à Arion, elle ctoit pourtant sur un dauphin, et ce fut sur cela qu'on fit ce vaudeville :

Qui fit le mieux du ballet?

Ce fui la petite Paulet.

Madame de Rambouillet, qui avoit eu de l'inclination pour cette jeune fille dès le ballet de la Reine-mère, après avoir laissé passer bien du temps pour purger la répuiation, et voyant que dans sa retraite on n'en avoit point médit, commença à souffrir, à la prière de madame de Glermontd'Entrag-ues, femme de grande vertu et sa bonne amie, que mademoiselle Paulet la vît quelquefois. Pour madame de Clermont, elle avoit tellement pris cette fille en amitié qu'elle n'eut jamais de repos que mademoiselle Paulet ne vîntlog-er avec elle. Le mari^ fort sot homme du reste, soit qu'il craignît la réputation qu'avoit eue cette fille, soit, comme il y a plus d'apparence, car madame de Glermont n'étoit point jolie, qu'il crût que sa femme donnoit à mademoiselle Paulet, qui alors, pour ravoir son bien, plaidoit contre diverses personnes, le mari, dis-je, avoit traversé longue-

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