CHAPELAIN
pension de mille francs. Cette fois-là, Martial a bien menti :
Sint Mœcenaies, non dejrant, Flacce, Marones.
D'abord la curiosité fit bien vendre le livre. La g-rande réputation de l'auteur y fit courir bien du monde; mais cène fut qu'un feu de paille, et je ne sais, s'il n'espéroit encore quelque aug-mentation de pension, s'il penseroit à l'achever, car il a appelé de son siècle à la postérité : mais je me trompe fort si la postérité a fort les oreilles rompues de cet ouvrag-e.
Après le succès de sa première ode, il crut qu'il n'avoit que faire du conseil de personne: il est retourné à sa dureté naturelle ; et pour l'économie, hélas ! peut-on avoir rêvé trente ans pour ne faire que rimer une histoire ? Car tout l'art de cet homme c'est de suivre le g'azetier. Gomme le livre étoit cher, on le vendoit quinze livres en petit papier et vingt-cinq livres en grand (car les auteurs aimoient fort le g'rand volume depuis quelque temps), il s'avisa d'une belle invention : il associa deux personnes pour ne leur donner qu'un exemplaire au lieu de deux, comme à madame d'Avaug'our et à mademoiselle de Vertus, sa belle-sœur, qui, quoiqu'elles fussent alors à Paris ensemble, sont pourtant pour l'ordinaire fort éloig"nées l'une de l'autre, car la première demeure en Bretag'ne, et l'autre ici ; comme à M. Patru et à moi qui sommes logés à une lieue l'un de l'autre ; à M. Pellisson et à La Bastide, un de ses amis, qui est secrétaire de Bordeaux, ambassadeur en Ang-leterre. Il en a donné même à quelques-uns, à condition de laisser lire à tel et à tel ; mais à ceux qu'il craig'noit,à à^s pestes^ il leur en a donné un tout entier, comme à Scarron, à Boileau [Gilles), à Furetières et autres. Voici encore une sordide avarice et ensemble une vanité ridicule. Il a dit qu'il lui coutcit quatre mille livres pour les fîg'ures, qui, par parenthèse, ne valent rien ; cependant il est constant qu'outre
TACLEMANT DES REAUX
cent exemplaires que Courbé lui a fournis, dont il y en a plusieurs qui, à cause du grand papier et de la reliure, reviennent à dix écus et davantag-e, et cinquante qu'il lui a fallu donner et qu'il n'a point pavés, il est constant que le libraire lui a douné deux mille livres, et depuis mille livres, quand, pour empêcher la vente de l'édition de Hollande, il en fallut faire ici une en petit, parce que dans le traité il y a deux mille livres pour la première édition et mille livres pour la seconde.
Les observations du sieur du Rivage fâchèrent fort la cabale, et M. de Montausier, en parlant à La Mesnardière, qui s'étoit dég"uisé sous ce nom-là, dit, après avoir bien parlé contre cet écrit, que celui qui l'a fait mériteroit des coups de bâton; et il vouloit qu'on bernât Linière au bout du Cours. C'est un petit fou qui a de lesprit, et qui, je ne sais par quelle chaleur de foie, a fait des épîtres et des épigrammes contre INL Chapelain, et devant et après l'impression de la Pucelle. Il y a une épigramme fort jolie qu'on lui a raccommodée ; la voici :
La France attend de Chapelain, Ce rare et fameux écrivain, Une merveilleuse Pucelle :
La cabale en dit force bien ; Depuis ving-t ans on parle d'elle :
Dans six mois on n'en dira rien.
C'est pour faire voir que beaucoup de g'ens en ctoient désabusés avant qu'on l'imprimât, car il en avoit lu les quatre premiers livres, çà et là, en mille lieux. On dit que messieurs de Port-Royal ont été les seuls à qui il a communiqué son ouvrage ; mais ou il ne les a pas crus, ou ils ne s'y connoissoient g-uère. Il l'a montré aussi à Menag'e, car il le craint comme le feu, et ne manque pas une fois d'aller à son académie, non plus que de visiter bien soigneusement le petit Boileau.
Pour revenir à La Mesnardière, c'est une espèce de fou