‹ HistoriettesChapitre 41 sur 111 · GOMBAULD I · texte numérisé non relu

GOMBAULD I

jamais rien fait qui en approchât. « Une nuit, disoit-il que « je n'avois point dormi, j'entendis sur le point du jour un « grand bruit dans ma cheminée; c'étoit l'été, il n'y avoit « point de feu ; je me lève, j'y trouve une fort grosse et fort « belle plume de pigeon : je la taillai, et j'en écrivis ces « prières. >> Il vouloit qu'on crût que le Saint-Esprit y avoit part. Après, il s'avisa que c'étoit une extravagance, et pria ce garçon de n'en rien dire. Il ajouta que ce qu'il avoit écrit un jour sur Notre Père avec cette môme plume tomba dans le feu, comme si ses mains eussent été de beurre, et que ces papiers se consumèrent tous en un instant. A propos de religion, il est si emporté sur cela, qu'il trouve que madame de Rambouillet a tort d'être si bonne catholique. Un jour qu'il étoit avec elle, il s'enfuit en voyant arriver de jeunes femmes qu'il connnoissoit fort, disant « qu'il faisoit peur à la jeunesse ». D'autres fois, il leur contera fleurettes.

Logé avec les Beaubrun, peintres, qui ont deux femmes assez raisonnables, ils lui voulurent donner à souper. Il ne voulut point y aller que le repas ne fût commencé, et leur fît bonne chère.

Il délogea de chez un chirurgien, auprès des Beaubrun, à cause de sa servante. C'est une fille fière comme une princesse, et qui a quelque chose de démonté, ou je suis le plus trompé du monde. Elle n'est pas trop mal faite. Je ne sais ce qu'il y a, mais le bonhomme a dit à madame de Rambouillet qu'il connoissoit une pauvre fille pour qui trois hommes étoient morts d'amour : il y a apparence que c'est celle-là. Elle cause fort, et c'est quelque divertissement pour lui. Or, cette fille a la têle près du bonnet; elle dit quelque chose de travers au chirurgien; le bonhomme entendit du bruit, descendit; il trouva que son hôte avoit donné quelque horion à cette fiile ; cela le mit en colère, il le frappa. Le chirurgien fut assez sage pour ne pas riposter. C'est pour cela qu'il délogea.

l34 TALLEMAXT DES HÉ AUX

Bien des ^ens tâchèrent de le désabuser de cette fille, qui le pilloit; maison n'en put venir à bout; elle étoit maîtresse absolue et excluolt qui il lui plaisoit. Une fois elle chassa La iNIothe Le Vayer, le prenant pour un ministre. Elle surprit une lettre de Conrart, où il la déchiroit; elle la garda, et dit qu'il étoit bien oblig'é à sa goutte, car sans cela elle lui feroit donner le fouet par la main du bourreau. On ne savoil même si ce bonhomme ne l'avoit point épousée. Enfin, il mourut après avoir été long-temps incommodé d'une chute qu'il fit dans sa chambre. Il a confessé en mourant qu'il avoit quatre-vingt-seize ans. On lui avoit fait donner quelque subvention de bel esprit par M. de Colbert.

Madame Marie se garda bien de faire venir des prêtres, car il lui eût coûté à le faire enterrer, et elle étoit légataire universelle. Dans notre religion, il ne coûte quasi rien à mourir ; ce fut la raison pourquoi le lieutenant-criminel Tardieu laissa mourir sa belle-mère huguenote.

Ménage demanda un jour à cette fille si effectivement elle étoit mariée avec M. de Gombauld. « Moi, répondit-elle, « Monsieur ! Hé ! que voudriez-vous que je fisse de cet « homme-là? J'ai plus de bien que lui. » Elle avoit raison; car elle lui avoit pris tout ce qu'il avoit.

Pellisson, étant entré chez M. Fouquet, eut soin de lui faire payer quatre cents écus tous les ans, et lui fit donner cent louis d'or pour avoir dédié les Danaïdes au surintendant; mais depuis la détention de M. Fouquet, il tomba dans une grande pauvreté.

CHAPELALN

Chapelain est fils d'un notaire de Paris : il fut précepteurgouverneur de MM. de La Trousse, fils du grand-prévôt.

CHAPELAIN l35

Boutard dit qu'il portoit une épée pour faire le g"ouverneur, et même depuis, quoiqu'il ne fût plus chez ces messieurs, il ne laissoit pas de la porter. Ses parents, ne sachant convment la lui faire quitter, prièrent Boutard de lui en parler; mais, au lieu de cela, il s'avisa d'une bonne invention : il fit que quelqu'un, qui feig'noit d'avoir été appelé en duel, prit Chapelain pour son second, qui, dès ce moment-là, pendit son épée au croc.

Il fut introduit à l'hôtel de Rambouillet vers le sièg-e de La Rochelle (1627). Madame de Rambouillet m'a dit qu'il avoit un habit comme on en portoit il y avoit dix ans; il ctoit de satin colombin, doublé de panne verte, et passementé de petits passements colombin et vert, à œil de perdrix. Il avoit toujours les plus ridicules bottes du monde et les plus ridicules bas à bottes. Il y avoit du réseau au lieu de dentelle. Depuis, il ne laissa d'être aussi mal bâti en habit noir : je pense qu'il n'a jamais rien eu de neuf. Le marquis de Pisani, en je ne sais quels vers qu'on a perdus, disoit :

J'avois des bas de Vaucfclas Et des boties de Chapelain.

Quelque vieille que soit sa perruque et son chapeau, il en a pourtant encore une plus vieille pour la chambre, et un chapeau encore plus vieux. Je lui ai vu du crêpe à la mort de sa mère, qui, à force d'être porté, étoit devenu feuillemorte. On lui a vu un justaucorps de taffetas noir moucheté ; je pense que c'étoit d'un vieux cotillon de sa sœur, avec qui il demeure, (^n meurt de froid dans sa chambre : il ne fait quasi point de feu.

Feu Luillier disoit de lui qu'il étoit vêtu comme un maquereau, et La Mothe Le Vayer comme un opérateur; laid de visage, petit avec cela, et crachotant toujours. Je ne comprends pas comment ce diseur de vérités, cet homme qui rompt en visière, M. de Montausier, en un mot, n'a

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jamais eu le courag-e de lui reprocher sa mesquinerie. Souvent je lui ai vu à l'hôtel de Rambouillet des mouchoirs si noirs que cela faisoit mal au cœur. Je n'ai jamais tant ri sous cape que de le voir cajoler Pelloquin, une belle fille qui étoil à madame de Montausier,et qui avoit bien la mine de se moquer de lui, car il avoit un manteau si usé qu'on en voyoit la corde de cent pas; par malheur encore c'étoit à une fenêtre où le soleil donuoit, et elle voyoit la corde grosse comme les doig-ts.

Chapelain a toujours eu la poésie en tête, quoiqu'il n'y soit point né ; il n'est guère plus né à la prose, et il y a de la dureté et de la prolixité à tout ce qu'il fait. Cependant à force de rctâter, il a fait deux ou trois pièces fort raisonnables : le Récit de la Lionne^ la plus grande partie de Zirphée,el la principale, VOde au cardinal de Richelieu, que je devois mettre la première. MM. Arnauld (car il cajoloit jusques au docteur, qui étoit alors au collège) et quelques autres de ses amis lui firent faire tant de changements à cette pièce, qu'elle parvint à l'état où on la voit, et sans difficulté c'est une des plus belles de notre langue. J'y trouve pourtant trop de raison, trop de sagesse, si j'ose ainsi dire : cela ne sent pas assez la fureur poétique, et peut-être estelle trop longue.

Il est temps de venir à /a Pncelle.io. ne m'amuserai point à critiquer ce livre ; je trouve qu'on lui fait honneur, et La Mesnardière en cela a rendu à M. Chapelain le plus grand service qu'il lui pouvoit rendre. Pour moi, je suis épouvanté d'un si grand parturient montes. Après cela prenez les Italiens pour maîtres ; allez vous instruire chez ces messieurs. Patru a raison, qui dit q.ue M. Chapelain n'est sage qu'à l'italienne, c'est-à-dire que la morgue et le flegme font toute sa sagesse. Il sait assez bien notre langue, je veux dire il opine bien sur notre langue ; mais il y a bien de la superficie à tout le reste : cependant M. de Longueville, dont il avoit tiré quarante-six mille livres, a augmenté sa

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