‹ HistoriettesChapitre 46 sur 111 · VANDY · texte numérisé non relu

VANDY

Feu Vandy étoit un homme qui rencontroit assez bien. Son oncle, le comte de Grandpré, avoit été son ttiteur, et on accusoit ce tuteur d'avoir un peu pillé son pupille; il lui dit un jour : « Mon neveu, vous faites trop de dépense ; « assurément, vous vous ruinerez. — Mon oncle, répondit a Vandy, comment me ruinerois-je, si vous, qui avez plus « d'esprit que moi, n'avez pu venir à bout de me ruiner ? » Un gentilhomme de ses voisins lui demandoit une attestation pour faire déclarer son frère fou : « Mais, Monsieur, « lui disoit-il, donnez-la-moi bien ample. — Je vous la don- « nerai si ample, répondit Vandy, qu'elle pourra servir « pour votre frère et pour vous. » Il étoit un homme fort froid, et il ne sembloit pas qu'il song-eât à ce qu'il disoit. Un jour qu'il dînoit chez ce même comte de Grandpré, on servit devant lui un potage, où il n'y avoit que deux pauvres soupes qui couroient l'une après l'autre; Vandy voulut en prendre une ; mais comme le plat étoit fort grand ; il faillit son coup ; il y retourne et ne peut l'attraper; il se lève de table et appelle son valet de chambre : « Un tel, « tire-moi mes bottes. — Que voulez-vous faire, mon cou- « sin ? lui dit M. de Joyeuse ; je crois que vous êtes fou. — (( Souffrez qu'il me débotte, dit froidement Vandy, je veux « me jeter à la nage dans ce plat pour attraper cette soupe. » Il étoit brave, mais il n'alloit jamais à la guerre sans donzelles, et il disoit ordinairement : « Point de p..., point « de Vandy. » On dit qu'étant à une foire de village il y rencontra une mignonne qu'il avoit entretenue autrefois ; il en vouioit user à la manière de Diogéne, qui plantoit des hommes en plein marché ; la demoiselle le rebuta : « Hé

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« quoi? lui dit-il, ne sait-on pas que tu f... et moi aussi?» Il avoit épousé une nièce du maréchal de Marillac.

Le cardinal de Richelieu voulut qu'il lït son testament ; lui s'en défendoit, disant qu'il n'avoit pas de biens; enfin l'éminence l'emporta. « Ecrivez donc, dit-il, je donne mon « âme à Dieu, mon corps à la terre, ma femme et mon fils « à M. le cardinal {il fut son page), et ma fille au public. »

Une fois qu'il venoit de la g-uerre avec un de ses amis, il lui dit : (( Nous irons descendre chez une dame bien faite, « avec laquelle vous verrez que je ne suis pas mal ; mais je « n'en suis point jaloux ; je vous laisserai ensemble avant « que vous en partiez : vous pousserez votre fortune. » G'étoit chez sa femme qu'il fut descendre ; il lui présenta son ami. On dîna : après le dîner, il entra avec elle dans un cabinet, et ensuite il s'alla promener dans le jardin. Cet homme, demeuré seul avec elle, se mit à lui en conter, et après il lui voulut baiser la main. « Monsieur, pour qui (c me prenez-vous ? — Hé, Madame, M. de Vandy m'a tout (c dit. » Enfin, elle fut contrainte d'appeler Vandy par la fenêtre. Cet homme, voyant qu'on l'avoit fait donner dans le panneau, monta à cheval et s'enfuit.

Une autre fois qu'il couroit la poste, en passant par Lyon, on l'obligea à aller parler à feu M. d'Alincourt, père de M. de Villeroy, qui exerçoit cette petite tyrannie sur les courriers. Il y fut; M. le gouverneur, sans autrement le saluer, lui dit : « Mon ami, que disoit-on à Paris quand « vous en êtes parti? — Monsieur, on disoit vêpres. — Je « deriiande ce qu'il y avoit de nouveau ? — Des pois verts, « Monsieur.» Alors se doutant que ce n'étoitpasce qu'il pensoit, il lui ôte le chapeau, et lui dit : « Monsieur, comment ft vous appelez-vous? — Gela n'est pas réglé, reprit Vandy, « tantôt mon ami, tantôt monsieur. » Et il s'en va. On dit après à M. d'Alincourt qui c'étoit. Il envoya après, mais en vain ; Vandy le laissa là pour ce qu'il étoit.

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