‹ HistoriettesChapitre 65 sur 111 · LE PERE ANDRE · texte numérisé non relu

LE PERE ANDRE

Le Père André, augustin, vulgairement appelé le petit Père André, étoit de la famille des BouUanger, de Paris, qui est une bonne famille de la robe. Il a prôclié une infinité de Carêmes et d'Avcnts ; mais il a toujours prêché en bateleur, non qu'il eût dessein de faire rire, mais il étoit bouffon naturellement, et avoit même qiiel(}ue chose de Tabarin dans la mine. Il parloit en conversation comme il prêchoit.

Il y tâchoit si peu que quand il avoit dit des gaillardises il se donnoit la discipline ; mais il y étoit né, et il ne s'en pouvoit tenir. Comme il prêchoit un Avent au faubourg Saint-Germain, feu M. de Paris, à cause de je ne sais quelle cabale de moines dont il cloit des principaux, et aussi pour le scandale que ses bouffonneries donnoient, l'envoya quérir, et le retint en prison à l'archevêché. M. de Metz s'en formalisa, disant « que M. l'archevêque ne pouvoit faire « arrêter un religieux qui prêchoit dans un faubourg qui « dépendoit de l'abbaye de Saint-Germain »; et effectivement il le fit délivrer; mais ce fut à condition qu'il prêcheroit plus sagement. Il remonte donc eu chaire; mais de sa vie il n'a été si empêché : il avoit si peur de dire quelque chose qui ne fût pas bien qu'il ne dit rien qui vaille, et il fut contraint de finir assez brusquement. 11 étoit bon rcli-

^ieux et fort suivi par toutes sortes de gens; par quelquesuns pour rire, et par le reste à cause qu'il les touchoit. EfTectivement, il avoit du talent pour la prédication. On fait plusieurs contes de lui dont j'ai recueilli les meilleurs.

Il disoit que « Christophe pensa jeter le petit Jésus dans « l'eau, tant il le trouvoit pesant; mais on ne sauroit noyer « qui a à être pendu. »

Il fit une fois de gros bras potelés à la Samaritaine, et il lui faisoit dire par Notre-Seigneur : « Je te donnerai bien « d'une autre eau et que tu trouveras bien meilleure. »

Prêchant un carême à Saint-André-des-Arcs, il se plaig-noit toujours que les dames venoient trop tard. « Quand « on vous vient réveiller, leur disoit-il : Mon Dieu, dites- « vous, quelle misère de se lever si malin! Vous disputez « avec votre chevet. Une telle, dites-vous à votre fille de « chambre, je gage que la cloche n'a pas sonné; vous êtes « toujours si hâtée! il n'est point si tard que vous dites. — « Hé ! si j'étois là, ajoutoit-il, que je vous ferois bien lever « le cul! »

Parlant de saint Luc, il disoit « que c'étoit le peintre de « la Reine-mère, k meilleure titre que Rubens, qui a peint « la galerie de Luxembourg ; car il est le peintre de la « Reine-mère de Dieu ».

Il prêchoit sur ces paroles : J'ai acheté une métairie, je m'en vais la voir, h Vous êtes un set! dit-il, vous la « deviez aller voir avant que de l'acheter. »

A la fête de la Madelaine, il se mit à décrire les galants de la Madelaine; il les habilla à la mode : v( Enfin, dit-il, « ils étoient faits comme ces deux r/rands veaux que voilà « devant ma chaire. » Tout le monde se leva pour voir deux godelureaux qui, pour eux, se gardèrent bien de se lever. Un jour, il lui prit une vision, après avoir bien harangué contre la débauche de cette pauvre pécheresse, de dire ; « J'en vois là-bas une toute semblable à la Madelaine; « mais, parce qu'elle ne s'amende point, je la veux noter,

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