‹ HistoriettesChapitre 66 sur 111 · LE PERE ANDRE · texte numérisé non relu

LE PERE ANDRE

(( et lui jeter mon mouchoir à la tète. » En disant cela, il prend son mouchoir et fait semblant de le vouloir jeter : toutes les femmes baissèrent la tête. « Ah! dit-il, je crovois « qu'il n'y en eût qu'une, et en voilà plus de cent. »

Cela me fait souvenir d'un conte qu'on fait d'un prédicateur du temps de François I'''". « La Madelaine, disoit-il, « n'étoit pas une petite garce, comme celles qui se pource roient donner à vous et à moi ; c'était une g'rande g^arce « comme madame d'Etampes. » Cette madame d'Etampes lui fit défendre la chaire. Quelques années après, ayant été rétabli, le jour de la Madelaine, il dit : « Messieurs, une (( fois pour avoir fait des comparaisons je m'en suis mal K trouvé. Vous vous imaginerez la Madelaine telle qu'il « vous plaira. Passons la première partie de sa vie, et venons « à la seconde. »

Le père André comparoit une fois les femmes à un pommier qui étoit sur un grand chemin. « Les passans ont « envie de ses pommes; les uns en cueillent, les autres en « abattent : il y en a même qui montent dessus, et vous les « secouent comme tous les diables. »

Il disoit aux dames : « Vou.s vous plaignez de jeûner ; « cela vous maigrit, dites-vous. Tenez, tenez, dit-il, en « montrant un gros bras, je jeûne tous les jours, et voilà « le plus petit de mes membres. «

Il faisoit parler ainsi une fois les soldats d'Holopherne, après qu'ils eurent vu Judith : « Camarade, qui est-ce qui, « en voyant de si belles femmes, ^a/« décoras miilieres, « n'ait envie d'enfoncer la barricade ? »

Je lui ai ouï prêcher sur la Transfiguration. « Gela se ht, « dit-il, sur une montagne. Je ne sais ce que ces monta- « gnes ont fait à Dieu: mais quand il parle à Moïse, c'est « sur une montagne ;il ne montra pourtant que son derrière, « et parla à lui comme une demoiselle masquée. Quand il « donne sa loi, c'est encore sur une montagne; le sacrifice « d'Abraham, aussi sur une montagne ; le sacrifice de

TAH.K.MANT DES REAfX

(( Notre Seigneur, encore sur une montag-ne. Il ne fait rien « de miraculeux que sur ces montagnes ; aussi la Transfi- « guration, n"étoit-ce pas une affaire de vallon? »

Voyant des gens jusque sur l'autel, il dit en entrant en chaire : « Voilà la prophétie accomplie : Super allare « tuiim vitulos. »

Il prèchoit en un couvent de Carmes sur l'église desquels le tonnerre étoit tombé sans en blesser un seul, u Ah! ditce il, regardez quelle bénédiction de Dieu ; si le tonnerre fût « tombé sur la cuisine, il n'en fût réchappé pas un. » On dit Carme en cuisine.

A la fôte de Pâques, il se faisoit une objection. «. Mais « un mari et une femme qui couchent ensemble un si « bon jour, que feront-ils ? A cela il faut répondre par une « comparaison. Si le jour de Pâques un débiteur vous ap- « porte de l'argent, il est bonne fête ; mais les gens ne sont « pas toujours en humeur de payer ; je suis d'avis qu'on le u reçoive. Faites l'application, Mesdames. »

A propos de romans, il disoit : « J'ai beau les faire quit- « ter à ces femmes, dè,s que j'ai tourné le cul, elles ont lo (( nez dedans. »

Parlant de David, il dit que, quand il alla en paradis, Dieu dit, le voyant venir de loin : « Oui est-ce ? » et puis, quand il fut plus près: «Ah! c'est mon bon serviteur (( David ; bras dessus, bras dessous, camarades comme a cochons . >*

Le jour de l'Ascension, décrivant la réception qu'on fit à Jésus-Christ au Ciel, il dit que Dieu dit à David : « Tenez « la musique toute prête ; voici mon fils qui vient. »

Prêchant des religieuses qui l'avoient fort pressé de leur donner un sermon, il leur dit : « Eh bien ! me voilà ; à « cause que je suis Boullanger, \ous croyez que j'ai tou- « jours du pain cuit ; mais vous ne songez pas combien «j'ai de choses à faire. » Il se mita leur conter toutes ses occupations. Après, il compara une fille qui entroit en

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