CHAMPAGNE
Gharapag-ne le coiffeur contoit, il y a lon^-temps, une chose de madame de Choisy que personne n'a crue : il disoit qu'étant une fois allé trouver la princesse Marie à Notre-Dame-des-Vertus, où elle prenoit l'air chez Monte- Ion, son avocat, il étoit entré dans la chambre de madame de Choisy, qui y étoit aussi, et que, l'ayant rencontrée au lit, il avoit été assez heureux pour trouver l'heure du berger; mais que ce n'étoit pas ce qu'on pensoit, et qu'elle avoit les cuisses fort maig-res. Un des parents de la dame, qui m'a conté cela, dit qu'il chercha quelque temps Champagne pour le rouer de coups, mais que le coquin se cacha. Je ne sais comment, après une chose comme celle-là, la reine de Pologrue a pu emmener Champagne avec elle.
Ce faquin, par son adresse à coiffer et à se faire valoir, se faisoit rechercher et caresser de toutes les femmes. Leur foiblesse le rendit si insupportable qu'il leur disoit tous les jours cent insolences : il en a laissé telles à demi coiffées ; à d'autres, après avoir fait un côté, il disoit qu'il n'achèveroitpassi elles ne lebaisoient; quelquefois il s'en alloit, et disoit qu'il ne reviendroit pas si on ne faisoit retirer un tel quilui déplaisoit, et qu'il ne pouvoit rien faire devant ce visage-là. J'ai ouï dire qu'il dit à une femme, qui avoit un grosnez : « Vois-tu, de quelque façon que je te coiffe, tu (( ne seras jamais bien tant que tu auras ce nez-là. » Avec tout cela elles le couroient, et il a gagné du bien passablement ; car, comme il n'est pas sot, il n'a pas voulu prendre d'argent, de sorte que les présents qu'on lui faisoit lui valoient beaucoup. Lorsqu'il coiffoit une dame, il disoit ce que telle et telle lui avoit donné, et quand il n'étoit pas satisfait, il ajoutoit : ^c Elle a beau m'envoyer quérir, elle ne
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« m'y tient plus. » L'idiote, qui entendoit cela, trembloit de peur qu'il ne lui en fît autant, et lui donnoit deux fois plus qu'elle n'eût fait. Avec cela il étoit médisant comme le diable : il n'y avoit personne à sa fantaisie. De Pologne il alla en Suède, et revint ici avec la reine Christine.
SE VIGNY ET SA FEMME (i)
Sévigny, qui par la faveur du coadjuteur, son parent, à qui l'abbé de Livry, Coulang'es, fou de la mère, avoit voulu faire sa cour, avoit épousé cette jolie mademoiselle de Chantai, de la maison de Rabutln de Bourg-og-ne, qui avoit cent mille écus en mariage. Ce Sévigny devint amoureux de madame de Gondran. Pour moi, j'eusse mieux aimé sa femme. Pour réussir en son dessein, il se met à faire la débauche avec le mari et à le mener promener. Il étoit une fois au Cours avec lui, et le chevalier de Guise se mit avec eux. Gondran disoit qu'il n'y avoit point d'homme plus heureux que lui, qui étoit toujours en festin, et avec de grands seigneurs; que les gens de la cour étoient autrement agréables que les gens de la ville, et qu'il ne pouvoit plus souffrir les bourgeois. Le chevalier de Guise demanda à voir la belle madame de Gondran; le mari ne s'y opposa pas autrement, mais la belle-mère ne le voulut pas. M. d'Aumale, depuis M. de Reims, aujourd'hui M. de Nemours, y fut reçu : je pense que sa soutane rassura la bonne femme.
Ce Sévigny n'étoil point un honnête homme, et ruinoit sa femme, qui est une des plus aimables et des plus honnêtes personnes de Paris. Elle chante, elle danse, et a l'esprit fort vif et fort agréable ; elle est brusque et ne peut se
(i) Madame de Sévigné
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tenir de dire ce qu'elle croit joli, quoique assez souvent ce soient des choses un peu g-aillardes ; môme elle en affecte el trouve moyen de les faire venir à propos. Quelqu'un lui avoit écrit un billet et l'avoit priée de ne le montrer à personne : elle laissa passer quelques jours, puis le montra et dit: « Si je l'eusse couvé plus long'-temps, il fût devenu « poulet. »
Sévigny avoit fort peu de bien ; il faisoit des marchés qu'après il rompoit. On fît séparer sa femme. Cependant, par amitié, elle s'engagea jusqu'à cinquante mille ccus. Ces esprits de feu, pour l'ordinaire, n'ont pas grand'cervelle. Elle dit : « M. de Sévigny m'estime et ne n'aime « point; moi je l'aime et ne l'estime point. » Ménage lui disoit : « Le plus grand malheur qui pouvoit arriver à M. de u Sévigny, c'étoit de vous épouser; car tout le monde dit ; « Quel homme pour cette femme ! »
Il étoit constant que la princesse d'Harcourt et elle étoient nées en même jour. « Madame, lui dit-elle une fois, tom- « bons d'accord de nos faits; dites-moi, voyons, quel âge (f voulons-nous avoir ? »
Elle baisoit un jour Ménage comme son frère ; des galants s'en étonnoient. « On baisoit comme cela, leur dit-elle, « dans la primitive Eglise. « Une fois qu'il lui disoit qu'elle avoit tort d'avoir mis tant de bien sur la tête de son mari : « Pourvu, dit-elle, que je ne lui mette que cela sur la léte ; « patience! » Elle faisoit confidence de tout à Ménage, et lui, qui en avoit été amoureux autrefois, lui disoit : « J'ai été « votre martyr, je suis à celte heure votre confesseur. -- « Et moi, répondit-elle, votre vierge. » Vassé en a été amoureux; Ménage lui demanda comment cela éloit arrivé; elle se mit à chanter une chanson que Patris fit à Gravclines pour un provincial, où il y avoit :
Il fui blessé comme là, Et moi jétois comme ici.