SCUDÉRY ET SA SŒUIV
Et poète et guerrier, Il aura du laurier.
Quelqu'un malicieusement changea cela et dit qu'il falloit mettre :
Et poète et Gascon, Il aura du bâton,
II fit une préface sur Théophile, et ildisoit qu'il n'y avoit eu, parmi les morts ni parmi les vivants, personne de comparable à Théophile. ^( Et s'il y a quelqu'un, ajoutoit-il, « parmi ces derniers, qui croie que j'offense sa gloire ima- « ginaire, pour lui montrer que je le crains aussi peu que « je l'estime, je veux qu'il sache que je m'appelle de Sca- « déry. »
En une autre rencontre il écrivit une lettre à la louange d'une pièce de quelqu'un de ses amis ; elle commençoit ainsi : « Si je me connois en vers, et je pense m'y connoître, « etc. » Et à la fin: c^ C'est mon ami, je le soutiens, je le « maintiens et je le signe de Sciidéry. » Dans la préface d'une pièce de théâtre, nommée Arminius, il met le catalogue de tous ses ouvrages, et il ajoute qu'à moins que les puissances souveraines le lui ordonnent, il ne veut plus travailler à l'avenir. En une lettre à sa sœur, il mettoit : « Vous êtes mon seul renfort dans le débris de toute ma «maison. » Sa sœur a plus d'esprit que lui, et est tout autrement raisonnable; mais elle n'est guère moins vaine: elle dit toujours : « Depuis le renversement de notre mai- « son. «Vous diriez qu'elle parle du bouleversement de l'empire grec. Pour de la beauté, il n'y en a nulle : c'est une grande personne maigre et noire, et qui a le visage fort long. Elle est prolixe en ses discours, et a un ton de voix de magister qui n'est nullement agréable. Elle m'a conté qu'étant encore fort jeune fille un D. Gabriel, Feuillant, qui éloit son confesseur, lui ùta un roman où elle prenoit
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bien du plaisir, et lui dit: « Je vous donnerai un livre qui u vous sera plus utile. » Il se méprit, et, au lieu de ce livre, il lui donne un autre roman : il y avoit trois marques en des endroits qui n'étoient pas plus honnêtes que de raison. La première fois que le moine revint, elle lui en fit la guerre. « Ah 1 dit-il^ je lai ôté à une personne; ces marques « ne sont pas de moi. » Quelques jours après, il lui rendit le premier roman, apparemment parce qu'il avoit eu le loisir de le lire, et dit à la mère de mademoiselle de Scudèry que sa fille avoit l'esprit ti^op bien fait pour se laisser gâter à de semblables lectures. M. Sarrau, conseiller huguenot à Rouen (il l'a été depuis à Paris), lui prêta ensuite les autres romans. Elle se plaint fort de la fortune, et me conta un témoignage de leur malheur qui est assez extraordinaire. Un de leurs amis étoit sur le point de leur faire toucher dix mille écus d'une certaine affaire, et il n'avoit jamais voulu dire par quel biais ni par quelles personnes. En ce temps-là ils revenoient de Rouen; ils trouvèrent un homme de leur connoissance sur le chemin, qui venoit de Paris. «Quelles nouvelles? — Rien, sinon qu'un tel (c'étoit cet « ami) a été tué d'un coup de tonnerre parmi un million de « gens qui se promenoient à la Tournelle. »
Par le moyen de M. de Lisieux, au commencement de la Régence, madame de Rambouillet fit avoir le gouvernement de Notre-Dame-de-La-Garde, de Marseille, à Scudéry, et l'emporta sur Boyer, qui l'avoit eu, et qui le redemandoit au cardinal Mazarin, à qui il étoit. Quand il fut question d'en donner les expéditions, M. de Brienne écrivit à madame de Rambouillet qu'il étoit de dangereuse conséquence de donner ce gouvernement à un poète, qui avoit fait des poésies pour l'Hôtel de Bourgogne, et qui y avoit mis son nom. Madame de Rambouillet lui fit réponse qu'elle avoit trouvé que Scipion l'Africain avoit fait des comédies, mais qu'à la vérité on ne les avoit pas jouées à l'Hôtel de Bourgogne. Après Scudéry eut ses exjîéditions. Il part donc pour aller