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CONTES SIR LE MARIAGE

« — Que voulez-vous dire? lui dit-il. — Eh! répondit-elle, « ne vous souvenez- vous plus du jardin? » Le pauvre homme devina incontinent ce que c'étoit. Il ne fît semblant de rien; mais il fut si saisi qu'il en mourut. Elle, depuis, a été fort abandonnée et est morte de la v, . .

Le -comte de Saint-Paul, dernier mort, fut aussi attrapé par sa femme, qui prit la place d'une demoiselle, mais il ne put rien faire. Voyant cela, elle lui dit en riant : « Vrai- « ment, vous êtes un bel homme à rendez-vous! — Ah! « lui dit-il, je ne m'en étonne pas... il sentoit sa vieille « écurie. »

Un président de Paris, dont on n'a jamais voulu me dire ni le nom, ni la cour dont il étoit président, ni même s'il vivoit ou s'il étoit mort, tant on avoit peur que je ne découvrisse qui c'est, un président donc fut averti par son clerc que sa femme couchoit avec un cavalier. « Prenez (( bien g-arde, dit-il à ce clerc, àce que vous dites. — Mon- « sieur, répondit l'autre, si vous voulez venir du Palais « quand je vous irai quérir, je vous les ferai surprendre « ensemble. » Eu effet, le clerc n'y manque pas, et le mari entré seul dans la chambre, les surprend. Il enferme le g-alant dans un cabinet dont il prend la clef, et retourne à son clerc. « Un tel, lui dit-il, je n'ai trouvé personne ; voyez « vous-même. » Le clerc regarde et ue trouve point son cavalier. « Vous êtes un méchant homme, lui dit le prési- " dent; tenez, voilà ce que je vous dois, allez-vous-en, que « je ne vous voie jamais. « Il le met dehors ; après il revient au cavalier: « Monsieur, c'est ma femme qui a tort ; pour « vous, vous chercherez votre fortune, allez-vous-en; mais « si je vous rattrape, je vous ferai sauter les fenêtres. » Pour sa femme, quand elle fut seule, il lui dit qu'il ne savoit pas de quoi elle pouvoit se plaindre ; qu'à son avis elle avoit toutes les choses nécessaires. Elle pleura, elle se jeta

3l8 TALLEMANT DES RÉAVX

à ses pieds, lui demanda pardon, et lui promit d'ôtre à l'avenir la meilleure enfant du monde. Il le lui pardonna, et depuis elle lui a rendu tous les devoirs imaginables.

Un conseiller d'Etat de l'infante Claire-Eugénie avoit une belle femme, et quoiqu'ils n'eussent guère de bien, leur maison alloit pourtant comme il falloit, et ils faisoient fort bonne chère, car la galante en gagnoit. Cela dura assez longtemps sans que le mari s'informât d'où venoit cette abondance. La femme, étonnée d'une si grande stupidité, peu à peu, pour voir s'il s'apercevoit de quelque chose, diminua l'ordinaire. Il ne disoit rien, et faisoit semblant de ne le voir pas. Enfin, elle retrancha tant qu'elle le réduisit à un couple d'œufs. Alors la patience lui échappa; il prit les deux oeufs, et les jeta contre la muraille, en disant : « Est-ce là le dîner d'un cocu'? » Elle, voyant qu'il entendoit raillerie, remit dès le lendemain les choses en leur premier état. J'ai ouï faire ce conte d'un François, et je pense qu'il est de tous pays; mais il n'en est pas moins bon pour cela .

M. Guy, célèbre traiteur à Paris, ne trouvant ni sa femme ni un des principaux garçons, une fois qu'il avoit bien des gens chez lui, alla fureter partout, et les rencontra anx prises: « Hé! vertu-Dieu! ce dit-il, c'est bien se moquer a des gens que de prendre si mal son temps, et ne pouviez « vous pas attendre que nous eussions un peu moins d'af- (( fa ires ? »

BONS MOTS, naïvetés M. l'évoque de Noyon(^arrtc/rts) disoità l'abbé Le Camus,

BONS MOTS, NAÏVETÉS SlQ

aumônier du Roi (i658) : « Tout est ruiné à mon évêché, « il ne s'est sauvé que mes prés. — Hé bien! répondit l'abbé, « avec un peu d'avoine, voilà de quoi vivre. »

Mon père avoit un commis naïf, fortdévotet fort chaste : un jour il ne trouvoit pas son compte, on ouït qu'il prioit Dïcu, et disoit : « Seig'neur, tu sais que j'ai mon pucelage « et cependant je ne trouve point mon compte. »

La Cuisse, chirurgien qui accouche les femmes, dit qu'un jour une personne bien faite et bien vêtue le vint prier chez lui de l'accoucher, le contenta bien, et après le pria de donner l'enfanta un homme fait de telle façon. Quelque temps après, on vint quérir La Cuisse pour une maîtresse des requêtes; c'étoit elle-même, et elle lui dit tout bas : « Je crierai « cette fois pour celle-ci et pour l'autre. »

Le jeune Guénaut, médecin, venoit d'accoucher une fille de bon lieu, et comme il en apportoit l'enfant sous son manteau, un grand laquais de la maison lui vint dire tout bas à l'oreille : « Monsieur, se porte-t-il bien? — Quel co- « quin est-ce là? dit le médecin. — Monsieur, répond le « laquais, j'y ai autant d'intérêt qu'un autre, pour le moins ; « c'est de mon fait , »

Henri IV, étant à Citeaux, disoit : « Ah! que voici qui « est beau! mon Dieu, le bel endroit!,.. )> Un gros moine, à toutes les louanges que le Roi donnoitàleur maison, disoit toujours : Transeiintibiis. Le Roi y prit garde, et lui demanda ce qu'il vouloit dire ; « Je veux dire. Sire, que « cela est beau pour les passnns, et non pas pour ceux qui « y demeurent toujours. »

Henri IV, à Poissy, demanda à la petite de Maupeou, depuis abbesse de Saint-Jacques-de-Vitry : « Qui est votre

« père, mig-nonne? — C'est le bon Dieu, Sire. — Ventre « saiut-g'ris! je voudrois bien être son gendre. » Elle en donna plus d'un au bon Dieu, la bonne dame, et ellejuroif familièrement /)r(r les six enfants que j'ai portés!

La Reine-mèredemanda un jour, en riant, au passager(r du port de Nully [Neuilly) si sa femme étoit belle. « Mn « foi ! ce dit-il, Madame, l'on en f... de plus laides. »

Le laquais de Gombauld, lisant le livre des Rois, disoit : w Si j'eusse été Dieu, je n'eusse point fait de si sots rois que « cela. »

Un laquais ne vouloit point quitter son maître, et disoit : « Où en trouverois-je un qui me fît autant rire que celui- « là? »

Un moine prêchoit sur la mort à Fontevrault : il v avoit une fort jolie religieuse à un coin de la grille; elle lui avoit été cruelle. Il disoit : « On dit à la Mort : Prends cette « vieille. — Je ne veux pas, dit-elle ; je veux cette jeune, je « veux cette jeune. » Il trouva moyen de dire dix fois : je veu.r celte jeune.

D'Audiguier, auteur de Lijsandre et Caliste, disoit à Théophile qu'il ne taillolt sa plume qu'avec son épée : x Je « ne m'étonne donc pas, lui dit Théophile, que vous écriviez « si mal . »

Un bourgeois de Châlons avoit son fils au collège des Jésuites à Rheims. Ce fils, par l'avis des Jésuites, lui demanda les Vies des Saints : il lui envoya les Vies des Hommes illustres de Plutarque, et lui manda que c'étoient les saints des honnêtes gens.

(i; Passeur.

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