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CONTES SUR LE MARIAGE

Mylord Dig-by, homme de qualité en Angleterre, étoit un homme qui aimoit fort les secrets ; il a cherché la pierre philosophale. La peinture étoit une de ses passions. Or, cet homme avoit une femme qui étoit une des plus belles personnes de l'Angleterre ; il l'aimoit tendrement, mais il vouloit bien qu'on le sût ; et comme il afFectoit de passer pour le meilleur mari du monde, et que son esprit se portoit assez de soi-même aux choses extraordinaires, il fil peindre sa femme nue, puis en mettant sa chemise, en habit du matin, habillée, coiffée de nuit, les cheveux épars, se coiffant ; bref, de toutes les manières dont il put s'aviser : et, comme elle mourut jeune, il la fit poindre dès le commencement de son mal, puis quand elle fut atïoiblie, et ensuite quasi tous les jours jusqu'à sa mort. Ces derniers portraits étoient bien faits, mais ils faisoient peur. Ils étoient tous de la main d'un excellent enlumineur.

Feu M. de Noailles avoit un Suisse qui se marioit eu tous les lieux où son maître faisoit d'ordinaire du séjour. Il

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avoit une femme en Rouerg-ue, une en Gascog-ne^ une en Limousin et une à Paris.

Un homme qui fut en prison parce qu'il avoit quatre femmes, interroge à la Tournelle pourquoi il en avoit tant épousé, répondit naïvement qu'il avoit voulu voir s'il en trouveroit une bonne; que la première ne valoit rien du tout, la seconde guère mieux, la troisième n'étoit pas si méchante, la quatrième un peu meilleure que la précédente et qu'il espéroit enfin rencontrer ce qu'il cherchoit. On trouva qu'il disoit cela si bonnement qu'on se contenta de l'envoyer aux galères, pour punition de la folle entreprise qu'il avoit faite.

A propos de cela, outre la vigne qu'on dit que M. l'archevêque doit donnera celui qui au bout de l'an n'aura point de repentir de s'être marié, on dit qu'il y avoit un curé à Sainte-Opportune qui disoit au prône qu'il donneroit des pois pour le carême à ceux qui n'obéissoient point à leurs femmes. Quand il avoit questionné les maris, pas un n'emportoit de ses pois. Un crocheteur y alla, bien résolu d'en avoir; le curé l'interroge sur la taverne, etc. : il ne le pouvoit attraper. « Prenez donc des pois, » lui dit-il. Comme le crocheteur remplissoit son sac: « Vous deviez, ajouta-t-il, (( en prendre un plus grand. — Je le voulois, dit le croche- « teur, mais notre femme n'a pas voulu. — Ah? je vous « tiens, dit le curé : vous n'avez que faire de sac ; laissez « mes pois. »

Un marchand de Bordeaux, dont je n'ai pu savoir le nom, étoit amoureux delà servante de sa femme, et afin de pouvoir coucher avec cette fille sans que sa femme s'en aperçût, il obligea un des garçons de la boutique à tenir sa place pour une nuit, après lui avoir bien fait promettre qu'il ne toucheroit point ;i madame. Ce garçon, qui étoit jeune, ne

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se put contenir, et fit quelque chose de plus que le mari n'avoit accoutumé de faire. Le lendemain, la femme croyant que ç'avoit été son mari, car il s'étoit revenu coucher auprès d'elle un peu devant le jour, lui alla porter an bouillon et un couple d'œufs frais. Le marchand s'étonne de cet extra" ordinaire: « Eh! lui dit-elle en roug'issant, vous l'avez bien « g"agné. » Par là il découvrit le pot aux roses. Depuis, il accusa ce garçon de l'avoir volé, et le mit en procès. Ce g-arçon dit le sujet de la haine de son maître; et, par arrêt du parlement de Bordeaux, la femme fut déclarée femme de bien, et le mari cocu à très juste titre.

V^oici une autre histoire un peu plus tragique. Un gentilhomme de Beauce, entre Dourdan et Etampes, nommé Baye-Saint-Léger, avoit une fort belle femme, etcettefemme avoit une femme de chambre aussi belle qu'elle. Le mari, comme on se lasse de tout, devient amoureux de cette fille; la presse, elle résiste, et enfin le dit à sa maîtresse. La femme dit: « Il faut l'attraper. Dans quelque temps faites « semblant de consentir et lui donnez un rendez-vous. » Or, il arriva que le propre soir que Saint-Léger avoit rendezvous de cette fille, un de ses meilleurs amis vient chez lui. Pour s'en défaire, il le mène coucher bien plus tôt que de coutume. L'ami en a du soupçon, veut savoir ce que c'est; il le lui avoue. Ce gentilhomme lui en fait honte, et lui persuade de lui donner sa place ; il va au rendez-vous au lieu d» Saint-Léger. 11 y trouve la femme de son ami, qui, pour se moquer de son mari, avoit joué tout ce jeu-là. Il fait ce pourquoi il étoit venu. Elle a conté depuis que, de peur de rire, elle se mordoit les lèvres. G'étoit dans un jardin, et il ne faisoit point clair de lune. L'ami revient bien satisfait, et le mari se couche auprès de sa femme. Le récit que lui avoit fait son ami lui avoit fait venir l'eau à la bouche ; il veut en passer son envie. Sa femme lui dit en riant: « Seicrneur Dieu ! vous êtes de belle humeur ce soir.

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