‹ Historiettes moralesChapitre 20 sur 28 · LA VOIX D'UNE MÈRE · texte numérisé non relu

LA VOIX D'UNE MÈRE

Etirant qui seras femme , N'ouvre jamais Ion àme Qu'aux modestes vertus ; Que tu charité s;iintv Berce et calmt; la plainte \)e& esprits abiillus!

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LA VOIX D'UNE m£RE.

Que ta pure espérance Belève la soulTrance ; Que ton bymne de foi , Gomme une chnste offretide , Mont« au ciel et répande La paix autour de toi.

Sois Tange qui console; De ta douce parole Prodigue le secours; Au malheur tends l'oreille, Prés du malade veille , Et prés du pauvre accours.

D'une mère qui t'aime Dieu voulut te bénir, Laissc-la pour toi-même Disposer l'avenir

Travaille , prie et chante !

Le travaille t'ennoblit, La foi te rend touchante, Laga1tét'»nbellit!

Et si Dieu t'a douée D'un esprit noble -et grand , Sois humble et dévouée , .Sois belle en l'ignorant.

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LA VOIX D'UNE MÈRIi.

Laisse à l'Iiommi- la gloire , Les Iriompfaes, le bruit; Pour nous , aimer et croire Au bonheur nous conduit .

Coule une vie obscure Que le devoir remplit:

L'onde à l'ombre est plus pure, Rien ne trouble son lit.

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Jacqelme Pascal.

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C'est un des privilèges des hommes de génie de faire participer leurs ancêtres et leurs descendants à l'intérêt qu'ils inspirent ; on aime à remonter aux sources de ces grandes intelligences et à pressentir leur venue. Puis on se plaît à en suivre pour ainsi dire le courant , à savoir si les 01s ont dignement continué le père ou si rien de vivant n'est resté de ces races célèbres d'écrivains et de héros. La famille contemporaine des hommes illustres éveille surtout la curiosité de notre esprit : nous voulons connaître le père et la mère de l'enfant prédestiné ; il nous est doux dcQous initier au\ scènes de sa jeunesse.

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Uî JACQUELIJ<IË PASCAL.

de le voir aiuié par une douce sœur ou par quel- ((ue frère tendre el dévoué, et nous donnons nousmêmes aux parents qui le chérissent et l'admirent une piu't de notre admiration et de notice sympathie. Pascal, ce sublime penseur, ce grandécrivainqui fixa

la langue de la prose française dans les Prmmc'mtes,

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JACQUELINE PASCAL. IftS

comme Corneille fixa celle de la poésie dans te Gd, Pascal eut une famille digne de lui : ses deux sœurs furent des femmes supérieures; leur intelligence tenait de celle de leur frère. L'atnée , qui se nommait Gilberté , devint madame Périer, bien connue par une vie de son frère qui a été publiée en tête de plusieurs éditions des Pensées. La cadette , née en 1625, nommée Jacqueline, montra de bonne heure la plus heureuse vivacité d'esprit et un rare talent pour la poésie. Elle dut à ce talent la grâce de son père Etienne Pascal , injustement soupçonné d'avoir pris part à des troubles, et obligé de fuir la colère du cardinal de Richelieu. I^ duchesse d'Aiguillon , nièce de ce redoutable ministre, voulant procurer un divertissement à son oncle en faisant représenter devant lui par de jeunes filles l'Amour tyratmique, tragi-comédie de Scudéry, invita les jeunes Pascal , déjà connues par les grâces de leur esprit, à remplir un rôle dans cette pièce. L'aînée, Gilberté, qui, depuis la mort de leur mère et dans l'absence de leur père , était le chef de la famille , quoiqu'elle n'eût guère plus de seize ans, répondit fièrement : Monsieur te cardinal ne nous donne pas assez de plmsir poUr que nous pensions à lui en faire. .. La duchesse insista et fit même entendre que le rappel de leur père pouvait en dépendre. Les amis de

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la famille décidèrent alors que Jacqueline accepterait le rôle qui lui était proposé. Le spectacle eut lieu le 3 avril 1639. Jacqueline, qui n'avait que treize ans , mit dans son jeu une gentillesse qui charma tous les spectateurs et surtout Richelieu , qui ne cessa pas de l'applaudir; elle profita de ce moment d'enthousiasme pour obtenir du cardinal la grâce de son père. Elle fait elle-même le récit de cette soirée dans une lettre adressée à son père et restée jusqu'ici inédite. Nous ia donnons d'après le manuscrit de la Bibliothèque-Royale , comme un monument curieux de ce qu'était déjà à cet âge la sœur de Pascal :

. Monsieur mon père,

" Il y a longtemps que je vous ai promis de ne point vous écrire si je ne vous envoyais des vers, et, n'ayant pas eu le loisir d'en faire (à cause de cette comédie dont je vous ai parlé), je ne vous ai point écrit il y a longtemps. A présent que j'en ai fait , je vous écris pour vous les envoyer et pour vous faire le récit de l'affaire qui se passa hier à l'hôtel de Richelieu, où nous représentâmes l'Amour tynmniijue devant M. le cardinal. Je m'en vais vous raconter de point en point tout ce qui s'est passé.

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JACQIJt£LI»Ë PASCAL. lis

Preniif!remcut , M. de Montdoi7 entretint M. le cardinal depuis trois heures jusqu'à sept heUres, et lui parla presque toujours de vous , de sa part et non pas de la vôtre , c'est-à-dire qu'il lui dit qu'il vous connaissait, lui parla fort avantageusement de votre vertu , de votre science et de vos autres bonnes qualités. Il parla aussi de cette aflaire dés rentes et lui dit que les choses ne s'étaient pas passées comme on avait fait croire, et que vous vous étiez seulement trouvé une fois chez M. le chancelier, et encore que c'était pour ai)aiser le tumulte; et, i)our preuve de cela, il lui conta que vous aviea

prié M. Fayet d'avertir M Il lui dit aussi

que je lui parlerais après la' comédie. Enfin, il lui dit tant de choses qu'il obligea M. le cardinal à lui dire : » Je vous promets de lui accorder tout ce qu'elle me demandera. » M. de Montdory dit lii même chose à madame d'Aiguillon , laquelle lui dit que cela lui faisait grande pitié et qu'elle.y apporterait tout ce qu'elle pourrait de son côté. Voilà tout ce qui se passa devant la comédie. Quant à la représentation, M. le cardinal parut y prendre grand plaisir; mais principalement lorsque je parlais, il se riiettait à rire , comme aussi tout le monde de la salle.

» Ués que la comédie fut jouée, je descendis du

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théâtreavecdessein déparier à madame d'Aiguillon. Mais M. le cardinal s'en allait, ce qui fut cause que je m'avançai tout droit à lui , de peur de perdre cette occasion-là , en allant faire la révérence à madame d'Aiguillon ; outre cela , M. de Montdory me ' pressait extrêmement d'aller parler à M. le cardinal. J'y allai donc et lui récitai les vers que je vous envoie, qu'il reçut avec une extrême affection et des caresses si extraordinaires que cela n'était pas imaginable. Car premièrement dès qu'il me vit venir à lui , il s'écria : . Voilà la petite Pascal , « et puisilm'embrassaitet me baisait, et, pendant que je disais mes vers, il me tenait toujours entre ses bras et me baisait à tous moments avec une grande satisfaction, et puis, quand je les eus dits, il me dit : « Allez , je vous accorde tout ce que vous me demandez ; écrivez à votre père qu'il revienne en toute sûreté. » Là-dessus madame d'Aiguillon s'approcha, qui dit à M. le cardinal : i Vraiment, monsieur, il faut que vous fassiez quelque chose pour cet homme-là; j'en ai ouï parler, c'est un fort honnête homme et fort savant ; c'est dommage qu'il demeure inutile. Il a un fils qui est fort savant en mathématiques, qui n'a pourtant que quinze ans. Là-dessus, M. le cardinal dit encore une fois que je vous mandasse que vous revinssiez en toute su- ,

reté. Gomme je le vis en si bonne humeur, je lui demandai s'il trouverait bon que vous lui fissiez la révérence; il me dit que vous seriez le bienvenu, et puis, parmi d'autres discours, il me dit: Dites à votre père, quand il sera revenu, qu'il me vienne voir, et me répéta cela trois ou quatre fois. Après cela, comme madame d'Aiguillon s'en allait, ma sœurl'alla saluer, à qui elle fit beaucoup de caresses et lui demanda où était mon frère, et dit qu'elle eût bien voulu le voir. Cela fut cause que ma sœur le lui mena ; elle lui fit encore grands compliments

et lui donna beaucoup de louanges sur sa science.

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On nous mena ensuite dans une salle, où il y eut une collation magnifique de confitures sèches, de fruits, limonade et choses semblables. En cet endroit-là elle me fit des caresses qui ne sont pas croyables. Enfin, je ne puis pas vous dire combien j'y ai reçu d'honneur; car jene vous écris que le

plus succinctement qu'il m'est possible de '

Je m'en ressens extrêmement obligée à M. de Monldory. rpii a pris un soin étrange. Je vous prie de prendre la peine de lui écrire par le premier ordinaire pour le remercier ; car il le mérite bien. l*our moi , je m'estime extrêmement heureuse d'avoir aidé en quelque façon à une affaire qui peut vous donner du contentement. C'est ce qu'a toujours souhaité avec une extrême passion,

' Monsieur mon père ,

■ Voire très humble et 1res obéissante fille « et servante,

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