PASCAL
- DeParLd, eeâaïriH8.ÎB. .
Voici quels étaient les vers adressés à Riche- < Quelqaes mots sont elB«^s rlans l'original.
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JACQURUNE PASCAL. liV
lieu et joints à la lettre que nous venons de ci-
Ne vous étonnez pas , incomparable Armand ,
Si j'ai mal contenté vos yeux el vos oreilles :
Mon esprit , agité tic frayeurs sans pareilles ,
Inlerilit à mon corps et voix et mouvement.
Mais pour me rendre ici capable de vous plaire , .
Rappelez de l'exil mon misérable père :
C'est le bien quej'attends d'une insigne bonté;
Sauvez un innocent d'un péril manifeste.
Ainsi vous me rendrez l'entière liberté
De l'esprit et du corps, delà voix et du geste.
En recevant ces heureuses nouvelles, Etienne Pascal se hâta de revenir à Paris; il se présenta, avec ses trois enfants , à Ruel , chez le cardinal qui lui fit l'accueil le plus flatteur. Je connais loui voire mérite, lui dit Richelieu; je mus rends ù vos enfants et je vous les recommande; j'en veux faire quelque chose de grand.
Deux ans après, ^tienne Pascal fut nommé à l'intendance de Rouen, et il alla s'établir dans celte ville avec sa famille. La jeune Jacqueline, qui n'avait cessé de s'exercer à faire des vers , obtint le prix de poésie qui se décernait chaque année ù
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150 JACQUFXINE PASCAL.
Rouen à la fête de la Conception de la Vierge, qui était le sujet même du concours. Quoique ces vers ne méritent pas d'être cités aujourd'hui, ils eurent alors un prodigieux succès. Le prix fu.t remis à Jacqueline en grande pompe, et Corneille, qui habitait alors Rouen et qui était présent à cette solennité, fit un impromptu pour célébrer la jeune Muse. Dèslors le monde la rechercha, et elle aima le monde. Elle y plaisait par deux qualités rarement unies, une modestie parfaite et un esprit supérieur. Elle fut plusieurs fois demandée en mariage, mais ces projjositions ne convinrent point à sa famille ; pour elle, l'étude et les succès qu'elle avait dans le monde suffisaient à son cœur. Quoiqu'elle fût d'une taille peu élevée, elle avait de la grâce et une figure charmante, mais la petite vérole vint lui enlever ses agréments. Elle s'y résigna de la meilleure grâce du monde, et composa sur ce douloureux accident des vers où elle offrait à Dieu le sacrifice de sa beauté.
Lorsqu'en 1647 Pascal éprouva les premières vivacités de son zèle religieux, il communiqua ses sentiments à sa sœur Jacqueline. L'âme de la jeune fille s'exalta par degrés, et lorsque sa famiUe quitta Rouen pour revenir habiter Paris, Jacqueline entra en relation ■ avec Port-Royal et résolut de se
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lACXHiELmE PASCAL. ISI
vouer entièrement à Dieu dans ce monastère. Cette vocation fut longtemps et vivement combattue par son père et même par son frère, qui, tout en approuvant et en partageant sa piété, auraient voulu la retenir auprès d'eux. Elle eut à soutenir à cet égard des luttes pénibles, dont nous trouvons la trace dans quelques-unes de ses lettres. Un jour elle écrivait à son père: «Je vous conjure par -tout «ce qu'il y a de plus saintde vous ressouvenir de la
• prompte obéissance que je vous ai rendue sur la ■ chose du monde qui me touche le plus et dont je » souhaite raccomplissement avec le plus d'ardeur. ' Vous n'avez pas oublié sans doute cette soumission "Si exacte, vous en parûtes trop satisfait pwur
• qu'elle soit sitôt sortie de votre esprit. Dieu m'est » témoin que je crois avoir fait mon devoir d'en user
• ainsi.... ii me fait la grâce d'augmenter de jouren •jour l'efTet de la vocation qu'il lui a plu de me
• donner et que vous m'avez permis de conserver, » qui est le désir de l'accomplir aussitôt qu'il m'aura «fait connaître sa volonté par la vôtre... Ce désir » m'augmente de jour en jour, et je ne vois rien sur
• la terre qui me pût empêcher de l'accomplir si
• vous le vouliez. *
Etienne Pascal ne céda point aux vœux de sa fille , son cœur de père ne pouvait se décider à
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151 JA'COUËLlMi l'ASCAL.
cette séparation. Il eninienu Juct|iieliae en Auvergne; elle y demeura dix mois dans la retraite, uniquement occupée à la prière et à des œuvres de charité. Sa sœur, madame Périer, habitait aussi Clermont; elle partageait les sentiments chrétiens de Jacqueline, et, de concert avec elle, elle les inspirait^ sa jeune famille.
Jacqueline quitta l'Auvergne pour suivre son père à Paris, et peu de temps après (en 1051 ) elle eut la douleur de le perdre.
Alors rien ne put la retenir dans le monde, et malgré les efforts de son frère elle résista et prit le voile à Port-Royal, où elle fit profession sous le nom de sœur Jacqueline de Sainte- Euphéinie. Pascal s'irrita de cette résolution : après avoir ressenti durant quelque temps une ardeur religieuse qu'il avait lui-même inspirée à sa sœur , il était revenu insensiblement au monde , il aimait le luxe, le jeu, avait des chevaux, un grand train, et, sans tomber tout-à-fait dans le dérèglement, il était bien loin de ces idées de retraite et de vie chrétienne dont le premier il avait donné le goût à sa sœur Jacqueline. Triste de cette opposition, elle lui écrivit : « J'ai besoin de votre consentement et de votre n aveu que je demande de toute l'afFection de mon » cœur, non pas pour pouvoir accomplir la chose,
JACQUELIXE PASCAL. 153
• puisqu'ils n'y sont pas nécessaires, mais pour
• pouvoir raccomplir avec joie, avec repos d'esprit,
• avec tranquillité; car sans cela je ferais la plus - grande, la plus glorieuse et la plus heureuse ac- « tion de ma vie avec une joie extrême mêlée d'une
• extrême douleur et dans une agitation d'esprit » indigne d'une telle grâce. Je ne crois pas que
• vous soyez assez insensible pour vous pouvoir ré- » soudre à me causer un si grand mal. C'est pour » votre considération que je ne suis pas à Port-
• Royal depuis plus de six mois; il est juste que les » autres se fassent un peu de violence pour me » payer de celle que je me suis faite depuis quatre
• ans. Faites de bonne grâce ce qu'il faut que vous » fassiez, c'est-à-dire en esprit de charité, et ne me
• donnez point de déplaisir, car il me semble que » je ne vous en ai point donné. • Chose pénible à constater quand il s'agit d'un aussi grand esprit, un des motifs de l'opposition de Pascal à ia vocation de sa sœur était la contrariété qu'il éprouvait d'être obligé de lui compter une dot. Il finit par s'y déterminer ; mais la mère Angélique, supérieure du couvent de Port-Royal, qui n'avait jamais voulu qu'on le pressât à ce sujet, lui fit dire et lui déclara elle-même : qu^il sondât son cœur pour ne point aiftr par un principe tout humain, et qu'elle mmail mieux
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qu'il ne donnât rien que de ne point le faire par l'esprit de Dieu. Pascal fut frappé de ce désintéressement vraiment chrétien, et, plus tard, qui mieux que lui sut le mettre en pratique? Quoi de plus touchant que les dernières années de sa vie, lorsque, se dépouillant lui-même, il répandait en bienfaits sur les pauvres cette fortune auquel le monde l'avait autrefois momentanément attaché I La religion, en s'emparant souveramement de cette âme, lui inspira une charité divine. C'est alors qu'il traça ces touchantes paroles ; « J'aime la pauvreté parce que ■ Jésus-Christ l'a aimée; j'aime les biens parce » qu'ils donnent moyen d'en assister les miséra- • blés. » Les visites que Pascal fit à sa sœur Jacqueline le détachèrent insensiblement du monde , et bientôt il l'abandonna entièrement pour aller vivre dans la compagnie de ces grands solitaires de Port-Royal, qui étaient alors l'exemple du monde chrétien. Elle lui écrivit à ce sujet ; •> Mon très « cher frère, j'ai autant de joie à vous trouver gai " dans la solitude que j'avais de douleur quand je » voyais que vous l'étiez dans le monde. Je ne sais n comment M. de Sacy (le traducteur de la Bible, » supérieur à Port-Royal de la communauté des » hommes) s'accommode d'un pénitent aussi ré- » joui, et qui prétend satisfaire aux vaines joies et
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JACQUEUNE PASCAL. 155
« aux vanités du moode par des joies un peu plus • raisonnables et par des jeux d'esprit plus permis, » au lieu de les expier par des larmes conti- » nuelles. Pour moi, je trouve que c'est unepéni- « tence bien douce; il n'y a guère de gens qui n'en " voulusseDtfaireautant.«£tplusloin: <cj'ai éprouvé ■ ta première que la santé dépend plus de Jésus- » Christ que d'Hippocrate, et que le régime de " l'âme guérit le corps. "
11 n'entre point dans le cadre de cet article de dire tout ce que ût depuis Pascal pour cette communauté religieuse, à laquelle (sans pourtant entrer dans les ordres ) il s'était attaché. Quand Port- Royal fut attaqué par les jésuites , Pascal écrivit pour le défendre ses fameuses Lettres provinciales , et il fut jusqu'à sa mort le champion le plus ardent de ce monastère et le plus ferme appui de la rebgion. Revenons à Jacqueline Pascal, ou plutôt à sœur Euphémie, ainsi qu'on la nommait au couvent ; sa sœur, madame Périer, lui avait confié ses deux filles, qui entrèrent à Port-Royal comme pensionnaires en 1653. La cadette, nommée Margot ( abréviation de Marguerite ) , était affectée d'une fistule à l'œil qui avait gagné le nez et qui menaçait d'envahir tout le visage. Le mal avait fait de tels progris que sœur Jacqueline écrivit à
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IfiA JACQUELINE PASCAL.
madame Périer, dans la matinée du 24 mars 1656, que les médecins avaient décidé qu'il faudrait faire Topération du feu à la pauvre enfant avant la fin du printemps; mais le vingt-neuf du même mois Jacqueline annonce à sa sœur la guérison subite et complète de sa nièce, opérée par un miracle.
Laissons-la parler : « Quoique je vous aie écrit «vendredi dernier, ma chère sœur, je le fais en- »core cependant aujourd'hui. Vous aurez sans » doute de la joie d'apprendre que votre aînée doit ,«étre confirmée et faire sa première communion » dimanche deux avril. Elle me l'a dit ce matin en ' se recommandant à mes prières, avec tant de sen- » timent qu'elle en pleurait. Voilà une bonne nou- « velle ; mais j'en ai encore une autre qui n'est pas «en effet meilleure, mais plus étonnante. Pour » vous la dire telle qu'elle est, sans rien accroître ini diminuer, il faut vous raconter simplement «comment la chose s'est passée. Vendredi, vingt-
• quatre mars 1656 (le même jour où elle avait écrit
• à sa sœnr que les médecins se décidaient à l'opé-
■ ration du feu), M. de la Potherie, ecclésiastique, " envoya céans à nos mères un fort beau reliquaire "OÙ est enchâssé, dans un petit soleil de vermeil
■ doré, un éclat d'une épine de la sainte couronne.
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JACQUBLINB PASCAL. 1S7
- Afin que toute notre communauté eût ta consola- X tion de le voir avant que de le rendre . on le mit • sur un petit autel dans le choeur avec beaucoup -de respect, et toutes les sœurs l'allèrent baiser à » genoux après avoir chanté une îmtienne en l'hon-
• neur de la sainte couronne; après quoi tous les » enfants y allèrent-l'un après l'autre. Ma sœur Ha-
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• vie, leur maîtresse, voyant approcher Margot » (Marguerite), qui en était tout proche, lui fit signe ■ de faire toucher son œil, et elle-même prit la ' sainte relique et l'y appliqua sans réflexion. Chaicun s' étant retiré, on la rendit à M. de la Po- " therie.
"Sur le soir ma sœur Flavie, qui ne pensait plus » à ce qu'elle avait fait, entendit Margot qui disait » à une de ses petites sœurs : Mon œil est f/uéri, il ne -me/ait plus de mal. Ce ne fut pas une petite sur- » prise pour elle : elle s'approcha et trouva que «cette enflure du coin, qui était le matin grosse >• comme le bout du doigt, fort longue et fort dure,
• n'y était plus du tout, et que son œil, qui faisait » peine à voir avant l'attouchement de la relique, » parce qu'il était fort pleureux, paraissait aussi »sain que l'autre, sans qu'il fût possible d'y «remarquer aucune différence; elle le pressa, et » au lieu qu'auparavant il en sortait toujours de la » boue ou du moins de l'eau bien épaisse, il n'en » sortait rien, non plus que du sien propre : j e voik " laisse à penser dans quel étonnement cela la mit. " Elle ne s'en promit rien néanmoins et se contenta » de dire à la mère Agnès ce qui en était , attendant » que lé temps fit paraître si la guérison est aussi » véritable qu'elle paraît.
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JACQUEUINP. PASCAL. ISe
» La mère Agnès eut la bonté de me le dire le "lendemain matin, et comme on n'osait espérer ' qu'une si grande merveille se fût faite en si peu "de temps, elle me dit que si la petite continuait "à se bien porter et qu'il y eût apparence que,
■ Dieu la voulût guérir par cette voie , elle prierait "bien volontiers M. de la Potherie de nous refaire K la même faveur qu'il nous avait faite, en prêtant » la relique pour achever le miracle. Mais jusqu'ici "il n'a pas été nécessaire, car, encore qu'il y ait ' huit jours que cela soit passé, parce que je n'ai • pu achever cette lettre mardi dernier, il n'y a pas
■ en elle la moindre trace de son mal, et il faut à " présent, sans comparaison, plus de foi à ceux qui » ne l'ont pas vue pour croire qu'elle l'a eu qu'il " n'en faut à ceux qui l'ont vue pour croire qu'elle "n'en peut avoir été guérie en un moment que " par un miracle aussi grand et aussi visible que de " rendre la vue à un aveugle. Elle avait , outre son » œil , plusieurs autres incommodités qui en procé- " daient : elle ne pouvait presque plus dormir de la "douleur qu'il lui faisait; elle avait deux endroits " à la tête oîi on ne la pouvait presque peigner,
■ parce que cela répondait là. Il n'y a guère que «deux jours que moi-même regardant son mal, il " me fit venir la larme à l'œil , et je trouvai qu'il
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leo JACQUELINE PASCAL.
• commençait à sentir mauvais ; présentement il n'y
• a rien de tout cela, non plus que s'il n'y avait » rien eu. »
L'auteur d'Aihalie, le grand Racine, dans son histoire de Port' Royal, écrite d'une prose harmonieuse et pure qui rappelle la beauté de ses vers, parle avec détail de ce miracle de la sainte épine, Toute la France en fut émue : les plus célèbres médecins du temps, parmi lesquels on doit citer Félix, premier chirurgien, et Bouvard, premier médecin du roi, le constatèrent par des certificats, et les ennemis mêmes de Port-Royal n'osèrent le nier. Sœur Jacqueline, qui depuis sa profession avait renoncé à la poésie, crut devoir célébrer dans des vers cette faveur divine. Nous allons citer des fragments de cette longue pièce, qui a pour titre : Glmre à Jésm au Smni-Sacrement de t'auiei. On sent dès le début une inspiration qui vient du ciel et qui tend à remonter vers sa source :
Invisible soutien Je l'esprit languissant , Secret consolateur de l'âme qui t'implore.
Espoir de l'affligé, juge de l'innocent , Dieu caché sous le voi^e où l'Église l'adore , Jésus , de ton autel , jette les ^eux sur mot ; Fais-en sortir ce feu qui change tout en foi ,
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Qu'il vienne beureuMOieatsallumer dans mon âme. Afin que cet esprit qui forma l'univers Montre, en rejaillissant de mon cœur dans mes vers, Qu'il donne encore aux siens-une langue de flamme. . .
Suit la peinture détaillée du mal de la jeune Marguerite ; description trop longue et parfois repoussante , dont nous ne donnerons que quelques vers :
Son teint défiguré , son œil horrible à voir. Son odorat perdu , sa parole aiTaiblie, Faisaient à son abord aisément concevoir La grandeur du péiil qui mennçait sa vie ; Même les médecins , consultés de nouveau , Soubaitaienl , par pitié , de la voir au tombeau , N'etpérant prcisque plus en la science humaine ; Il \m follait neuf fois faire sentir le ha , Sans peut-être pouvoir empêcher que dans peu Ce mal ne la rongeât ainsi qu'une gangrène.
Et ici sa poésie reprend quelque inspiration ;
Dans ce mois que Jésus mourant pour notre amour A voulu consacrer de son sang adorable , A l'heure de midi de ce céleste jour
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16S JACOOELWE PASCAL.
Que son dernier festin naus rend si mémoraMe ^
Ce mal , qui surpassait tout ce qu'on en peut croire Par le pouvoir secret d'un saint attouchement , Se trouve anéanti dans le même moment , Sans qu'il en reste rien que la seule mémoire. Qui n'a senti , Seigneur, dans cet événement , Cette sainte frayeur qu'excite ta présence?
Qui s'est pu garantir d'un secret Iremblemenl, Te voyant dans l'rifet de ta toute- puissance? Que s'il est vrai qu'ici , dans l'ombre de la foi , Ta présence secrète imprime tant d'effroi , Lorsque tune parais que pour être propice.
Que sera-ce , Seigneur, alors qu'au dernier jour. Couvrant de ta fureur l'excès de ton amour.
Tu ne te feras voir que pour faire justice? .
M. de la Potherie, cet" ecclésiastique qui avait prêté aux religieuses le reliquaire de la sainte épine, en fit don au monastère, et au mois d'octobre de la même année on célébra une messe publique d'action de grâces dans l'église de Port- Royal pour remercier Dieu du miracle qu'il avait opéré. Laissons encore la sœur Jacqueline raconter à madame Périer cette fête toute chrétienne ;
• On nous fit commencer la solennité dès la • veille, et nous chantâmes vêpres de la sainte cou-
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«ronne, de laquelle dous fimes office double le ' vendredi, en chantant toutes les heures , les » chantres tenant le chœur comme aux grandes so- "lennités. Afin que rien n'y manquât, ma petite ■ sœur Marguerite était au chœur parmi les novi- " ces, parce que c'était sa fête (car les pensionnaires «n'y viennent pas d'ordinaire).
» Le lendemain dès le grand matin il se trouva
• à l'église quantité de monde, quoiqu'il plùtbeau- »coup. On dressa dans notre chœur un petit autel
• contre la. grille, qui demeura ouverte, paré die "blanc et couvert d'un beau voile de calice, sur «quoi notre mère posa le reliquaire de la sainte ' épine, environné de quantité de lumières. M. le » gi-and-vicaire, qui " faisait la cérémonie, le vint X prendre avec la croix, accompagné de seize dia- " cres qui tenaient des cierges allumés , et il le » porta couvert du dais, comme à la procession du -Saint-Sacrement, jusqu'à l'autel, deux diacres
. • l'encensant continuellement, et il le posa sur un » petit tabernacle bien paré qu'on avait fait exprès. « Cependant toutes les sœurs, ayant leurs grands » voiles baissés, chantèrent à genoux devant la grille 1 l'hymne Exile filiœ Sion et l'antienne corona. ■ Elles avaient des cierges allumés aussi bien que
• la. petite guérie, qui était devant notre chœur.
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IH»- JACQOELINE PASCAL.
'■ tout devant la grille, habillée en séculière fort
• proprement mais fort modestement avec une »robe grise et une coiffe, et à genoux sur deux » grands carreaux, afin qu'elle f&t assez haut pour
• être vue d'une foule de peuple qui grimpait où il
• pouvait pour la voir.
• On ôta ensuite le petit autel, et M. le grand- < vicaire dit la sainte messe, qui fut chantée avec
• beaucoup de solennité. Pendant quoi le milieu
• de la grille demeura ouvert, afin que le peuple
■ eût la consolation de voir la petite , qui en était
• proche sur un prie-Dieu couvert d'un tapis; et il
• y avait un cierçe allumé devant elle, et derrière >une chaise pour s'asseoir quand elle en aurait
• besoin. Elle demeura là avec autant d'assurartce
• que si c'eût été sa place ordinaire, se levant et t s' agenouillant quand il le fallait avec autant de
• modestie que si elle eût été bien dévote, et d'aussi
• bonne grâce que si on lui eût bien fait étudier.
» La messe étant achevée, on ouvrit la grille en-
• tière, on remit le prie-Dieu, et nous descendîmes
■ toutes dans les chaises des novices, avec des cier-
■ ges allumés. Le Te Deum fut chanté, pendant
• quoi le célébrant , après avoir encensé la sainte
• épine, l'adora le premier, puis la donna à baiser à o tous les ministres de l'autel Je n'î^i ni
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JACQOEUMB PASCAL. ISS
• le t^oaps ni le pouvoir de vous dire mes senti-
• ments sur ce sujet : je crois que vous en jugerez » par les vôtres. Tout ce qui regarde Dieu est inef-
> fable et s'entend beaucoup mieux par l'expérience
• que par des paroles. Prions Dieu seulement qu'il
> nous fasse avoir toujours présente au cœur une
> aussi grande merveille , et que le temps ne la
• fasse pas vieillir à notre égard. . . Je ne vois plus
> goutte que pour vous dire que madame d' Aumont,
> qui a beaucoup de bontés pour nous, vous envole *le portrait de ma petite sœur Marguerite en ■ taille douce, ne doutant point que vous n'ayez » bien envie de l'avoir. On l'a fait toucher par la " sainte épine, "
Cette sur qui s'était opéré ce miracle , la jeune Marguerite, consacra toute sa vie à Dieu et aux bonnes œuvres; elle mourut à Clermont, k l'âge de quatre-vingt-sept ans.
Les jours de sœur Jacqueline furent moins longs. Depuis le miracle de la sainte épioe jusqu'à sa mort , nous ne rencontrcms aucun événement bien saillant dans cette vie régulière et cachée dont les saintes années se déroulaient sans laisser d'autres traces que celles qu'elles impriment à l'àme, traces intérieures à jamais ignorées du monde.
Nommée sous-prieure et maîtresse des novices ,
sœur Jacqueline écrivit sur l'éducation des liUes des règlements qui approchent, comme pureté et affection évangélique, des pages que Fénélon nous a laissées stlr le même sujet. Si aucun événement particulier ne marqua les dernières années de Jacqueline, elles furent pourtant troublées par la persécution qui frappa le monastère de Port- Boyal.
Nous n'entrerons pas ici dans les détails de ces jours malheureux, auxquels la sœur de Pascal ne survécut point ; forcée par des ordres supérieurs de signer le formulaire , acte de foi par lequel les religieuses déclaraient adhérer à un point de discussion théologique que réprouvait pourtant leur conscience, Jacqueline s'écria, après avoir signé :
— Je serai la première victime de mon obéissance.
En effet, peu de jours après, elle tomba malade, et expira, âgée de trente-six ans, le ft octobre 1664. Toute la communauté fut en larmes ; M. Singlin, directeur de Port-Royal, prononça d'elle un touchant éloge: elle ne laissa pas un nom glorieux selon la terre, elle avait cherché mieux que cela.
Par la supériorité de son esprit , elle aurait pu
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briller dans le monde , elle préféra la solitude , le renoncement et l'oubli du cloître. Celles qui, douées comme elle, ont choisi une route opposée, ont pensé peut-être bien des fois que la voie de Jacqueline Pascal était encore la meilleure.
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j,Goo>^le
Son geste, son accent, son céleste sourire
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