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Historique de la bibliothèque de l'École de pharmacie de Paris

La bibliothèque de l’École supérieure de pharmacie de Paris, qui comprend aujourd’hui plus de 36000 volumes, a eu des débuts très modestes. Fondée en 1570 par un don collectif des quatre maîtres jurés et gardes apothicaires et apothicaires-épiciers alors en charge ', elle a été constituée avec neuf ouvrages, reliés en sep t volumes 2. Ces livres, qui figurent encore sur les rayons

1. Dans la seconde moitié du xvi” siècle, la communauté des apothicairesépiciers avait six gardes en charge : deux apothicaires, deux apothicaires-épiciers et deux épiciers. Pour les aflfaires spéciales aux apothicaires, comme c’est ici le cas, les épiciers étaient exclus.

Les quatre maîtres jurés et gardes apothicaires et apothicaires-épiciers en charge pour l’année 1570 étaient : Nicolas de Bourges, Gilles Chubere, Vaast Bourdin et Guillaume de Voulges.

« Sire Nicolas de Bourges, marchand apothicaire-épicier, bourgeois de Paris, demeurant rue Saint-Denis, » avait été deuxième consul en 1568 (Denière, La juridiction consulaire de Paris, Paris, 1872, p. 295).

Un de Bourges, également apothicaire-épicier, était fournisseur de l’Hôtel- Dieu de Paris à la fin du xvi" siècle et au commencement du xvii». Pendant le carême de 1595, il « bailloit aux curez de ceste ville les sacqz de pouldres d’espices », que cet hôpital avait l’habitude de leur offrir chaque année à pareille époque. Le 29 décembre 1606, il fit au même hôpital une importante fourniture d’onguents : 30 livres de diapalme, 30 livres de basilicum, 30 livres de cérat de Galien et 20 livres de siccatif ronge. Le 23 novembre 1607, nouvelle fourniture de : 10 livres de basilicum et 10 livres d’onguent aureum (Brièle, Collection de documents poitr servir à l’histoire des hôpitaux de Paris, t. I, p. 26 et 37, Paris, 1881).

« Sire Vaast Bourdin, marchand apothicaire-épicier, demeurant rue Cossonerie », avait été deuxième consul en 1565 ; il fut juge en 1571 (Denière, loe. oit., p. 292 et 299). '

2. Ces sept volumes portent aujourd’hui les numéros suivants : !• Opéra Me-

de la bibliothèque actuelle, sont facilement reconnaissables aux particularités suivantes : tous reliés en'Weau plein, ils portent sur le plat supérieur, frappés en lettres d’or, le titre de l’ouvrage et la mention : pro. coi. biblioteca. pharmacopkorv. vrbis. lvtetiae (pro communi bibliotheca pharmacopoeorum urbis Lutetiae), et sur l’inférieur, l’inscription : a. diligentia. et. labore. n. debovrges, EG. CHVBERE. V. BovRDiN. G. DEvovGEs. 13. NOVEB. AN. 1570 (a diligentia et labore Nicolai de Bourges, Aegidii Chubere, Vedasti Bourdin, Guülelmi de Vouges, 13 novembr. anno 1570).

Parmi ces neuf ouvrages, quatre traitent de la pharmacie, ce sont : 1“ le recueil intitulé Opéra Mesuae (Lyon, 1535), qui comprend avec les oeuvres de Mésué Antidotarium Nicolai, le Liber Servitoris, etc. ; 2°r/ra Antidotarium Mesuae censura (Paris, 1546) des frères mineurs Angélus Palea de Giovinazzo et Bartholomæus d’Orvieto ; 3° le recueil de formulaires intitulé : Luminare majus,

suce, n» 5372 ; 2“ In Antidotarium Mesuce, n° 11090 ; 3° Luminare majus, relié avec le Le simplicium medicamentorum facultatibus de Galien, n» 5020 ; 4» Sylvius, relié avec le Le temperamentis de Galien, n" 5029 ; 5” Matthœus. Silvaticus, n" 5234 ; 6” Valerius Cordus, n° 5230 ; 7" Avicenne,

Lumen apothecariorum, et Aromatariorum thésaurus (Venise, 1561), dont les auteurs sont : Joannes Jacobus de Manliis de Bosco, Quiricus de Augustis et Paulus Suardus ; 4“ le De medicamentorum simplicium deleclu, praeparationibus, mistionis modo (Paris, 1542) de Jacques Sylvius. Le cinquième est le fameux dictionnaire de matière médicale de Matthaeus Silvaticus, intitulé : Opus pandectarum medicinae (Turin, 1526). Le s,ix\em.Q: Annotaliones in Dioscoridis de medica materia libros V (Strasbourg, 1561), par Valerius Cordus, est encore consacré à la matière médicale. Le septième est un traité de thérapeutique de Galien, traduit en latin ; De simplicium medicamentorum facultatibus (Paris, 1545). Le huitième, également de Galien, porte le litre : De temperamentis (Paris, 1549). Enfin le neuvième, énorme volume in-folio, est une traduction latine des Œuvres d’Avicenne. Tous ces ouvrages sont en parfait état de conservation.

De 1570 à 1777, la bibliothèque des marchands apothicairesépiciers de Paris s’accrut petit à petit, uniquement par des dons faits, pour la plupart, par les gardes en chargé, car l’usage était que ces dignitaires laissassent à la communauté un souvenir durable de leur passage à la jurande.

Après l’établissement du collège de pharmacie, il fut fait un inventaire général de tout le matériel transmis par la corporation des apothicaires ; de plus, en 1780, un catalogue de la bibliothèque fut dressé sur un registre spécial par les prévôts Tassart et Hérissant : le chiffre des volumes s’élevait alors à 477.

En 1844, un nouveau catalogue sur registre est entrepris par le professeur Guibourt, secrétaire agent comptable, qui le tient à jour jusqu’en 1865 : le total des volumes inscrits jusqu’à cette date est de 4461.

Quai’ante ans plus tard, en 1884, les registres d’enlrée-inventaire mentionnent 11467 volumes. Enfin, au 1" Janvier 1905, on en compte plus de 36000, provenant tant d’achats que de dons.

Pendant de longues années, la bibliothèque fut un des services les naoins importants de l’École et ne reçut pour ses achats de livres et ses abonnements aux journaux que de faibles et irrégulières allocations, telles que : 322 fr. 15 en 1875 ; 293 fr. 60 en

1876 ; lOSl fr. en 1877 ; 1389 fr. en 1878 ; 416 fr. 45 en 1879. A partir de 1880, ce service, qui jusqu’alors avait été une dépendance du secrétariat de l’École, devint autonome et reçut un budget spécial. 11 lui fut alloué pour ses achats de livres et ses abonnements : 4200 fr. pendant les années 1880, 1881 et 1882 ; puis 4300 fr. de 1883 à 1886; 5200 fr. de 1887 à 1897 ; enfin 10000 fr. à partir de 1898.

Après avoir été administrée de très haut par des professeurs de l’École : Nachet, Pierre Hobiquet, etc., puis par des commis du secrétariat : Adolphe Laugier, Chapelle, Vidal, etc., la bibliothèque reçut, le 31 mai 1878, un fonctionnaire délégué spécialement pour son service, Oswald Goepp, qui ne fit que paraître et disparaître. En 1879, un ancien employé auxiliaire du secrétariat de l’École, Gabriel Le Mercier, fut agréé par M. le directeur Chatin pour remplir les fonctions de bibliothécaire sans mandat officiel. Reçu par faveur au concours pour le certificat d’aptitude aux fonctions de bibliothécaire universitaire le 13 juillet 1881, il fut titularisé huit jours plus tard (21 juillet). Il donna sa démission le 30 août 1884. Son successeur, M. Paul Dorveaux, est en fonctions depuis cette date.

L’emploi de sous-bibliothécaire, créé en janvier 1882, a été occupé successivement par MM. Fontany (1882-1892), Salingardes (1893-1895) et Gillot, le titulaire actuel.

Le service de la bibliothèque a été fait par un seul garçon, Marty, de 1882 à 1898. Depuis, l’Université de Paris a créé deux nouveaux emplois de garçon de salle : l’un en 1898, l’autre en 1902.

La bibliothèque occupait, dans l’École de la rue de l’Arbalète, une petite pièce, située à l’extrémité du premier étage, du côté de la rue Claude Bernard. Eclairée par le plafond, elle était meublée d’armoires vitrées, de trois tables et de quelques chaises. Elle fut transférée, en 1882, dans le vaste local qui est aujourd’hui la salle de lecture ; il y avait alors de la place autour des tables pour 120 lecteurs et sur les rayons pour 22000 volumes.

En 1893, toutes les tablettes étant occupées, on commença à manquer de place pour les livres et il fallut loger les nouvelles

acquisitions sur les corniches. Cette situation dura neuf années

Enfin, en 1902, M. le directeur Guignard obtint, pour la bibliothèque, un crédit extraordinaire de 100.000 fr., qui permit de remanier la disposition de la salle de lecture 2 et d’aménager dans des locaux contigus les dépendances actuelles : cabinet pour le bibliothécaire, salle réservée pour MM. les professeurs, magasins de livres, etc. Aujourd’hui il y a dans ces magasins de la place pour une période de cinquante années.

D’après les Almanachs officiels, la bibliothèque fut ouverte aux étudiants en pharmacie, les lundis, mercredis et vendredis, de onze heures à trois heures, à partir de 1852 ; et de onze heures à quatre heures, à partir de 1855. Après son transfert dans la nouvelle École, en 1882, elle s’ouvrit tous les jours de onze heures à quatre heures. A cette unique séance, fut ajoutée, en avril 1887, après l’installation du gaz, une séance de nuit, de huit heures à dix heures du soir. Depuis le 12 novembre 1902, les heures d’ouverture sont les suivantes : de neuf heures à onze heures du matin, d’une heure à cinq heures du soir et de huit heures à dix heures du soir.

Le nombre des lecteurs, qui était insignifiant à l’école de la rue de l’Arbalète, n’a cessé de s’accroître jusqu’à 1902. Pendant vingt ans, les cent vingt places de la sallp de lecture ont été généralement toutes occupées pendant le semestre d’hiver ; elles ont présenté quelques vides pendant la saison d’été. Le chiffre des étudiants ayant fléchi dans cés derniers temps, la bibliothèque a été un peu moins fréquentée. En revanche, les

1. Cette situation a été signalée sans relâche par les directeurs Gustave Planchon et Léon Guignard, au ministre de l’instruction publique et au Conseil académique, à partir de l’année scolaire 1891-1892 (V. Rapport présenté au ministre de l’instruction publique sur la situation de l'enseignement supérieur en 1891-1893. Paris, 1893 et années suivantes).

2. Une excellente vue de la salle de lecture, prise en 1903 après la réorganisation du service, est figurée dans le livre du Centenaire de VÉcole supérieure de pharmacie de l’Université de Paris (Paris, 1904, planche vin). Des vues de cette même salle, prises l’une en 1900, et l’autre en décembre 1904, ont été reproduites dans les deux séries de cartes postales illustrées de l’École, publiées : la première en mars 1902, la seconde en janvier 190.Ô.

deux salles réservées, dont la création remonte à deux ans à peine, reçoivent tous les jours de nouveaux travailleurs, attirés par la facilité qu’on y trouve de consulter sur place les collections de journaux.

La bibliothèque de l’École de pharmacie possède non seulement des collections bien complètes des principaux périodiques de physique, de chimie, de pharmacie, de sciences naturelles, d’hygiène, etc., mais encore quelques manuscrits anciens et de nombreux ouvrages rares et précieux ; elle détient également les archives de la corporation des maîtres apothicaires de Paris et du collège de pharmacie de Paris.

Le plus remarquable de ses manuscrits (qui sont au nombre de 54) est un recueil de Recettes de médecine en anglais, en latin et en français, de la fin du xiii' ou du commencement du XIV® siècle, lequel se compose de 115 feuillets de parchemin de de 0”29 sur 0“21, reliés en parchemin. 11 a été donné, en 1841, à la bibliothèque de l’École de pharmacie de Paris par Stanislas Martin, pharmacien à Paris.

Parmi les ouvrages rares et précieux, il faut citer : VArbolayre, que M. Claudin dit avoir été imprimé à Besançon par P. Metlinger avant 1490, le Grant Herbier en français (éditions de Paris, Guillaume Nyverd et Jacques Nyverd), VHortus sanitatis translaté de latin en français, le Tresar des Pavres (Paris, Philippe le Noir), VEnchirid au manipul des mirapales de Michel Dusseau (Lyon, J. de Tournes, 1561 et autres éditions), VAntidatarium Nicalai publié à Venise en 1471 par Nicolas Jenson, le Dispensarium magislri Nicalai prepasiti ad aromatarias, les éditions, princeps du Lumen apathecariamim i, du Liber pandectarum medicinae de Matthaeus Silvaticus, de Mesuae Opéra, etc , VHerbarius dit Maguntinus, Herbalaria valgare, le rarissime Calendrier à l’usage du callège de pharmacie (six années : 1782, 1786, 1787, ans IX, X et XI).

Les archives comprennent un grand nombre de liasses et

1. Une longue note bibliographique sur le Lumen apothecariorum et le Luminare majus a été publiée dans la Revue des études Rabelaisiennes (1905, p. 176-179).

81 registres, dont le plus précieux (Registre 7) a été étudié et analysé ci-après par M. Barroux, archiviste adjoint aux Archives de la Seine. lien existe deux inventaires; le premier (Registre 40), rédigé en 1703 par Lamy, est précédé d’une « Préface », qui vient de paraître dans la France médicale (1908, p. 442-448); le second (Registre 43), dressé en 1786, a été publié en 1893 dans la Revue des Bibliothèques.

La bibliothèque de l’École de pharmacie a reçu l’organisation prescrite par Vlnslruclion générale relative au service des bibliothèques universitaires, du 4 mai 1878. Elle possède, dans trois meubles différents, construits d’après les indications de mon ami J. Favier, conservateur de la bibliothèque de Nancy, trois catalogues sur fiches, complets et à jour : le premier est un catalogue alphabétique par noms d’auteurs ; le second, un catalogue alphabétique par matières; le troisième, un catalogue méthodique d’après la table du Manuel du libraire de Brunet, considérablement modifiée et augmentée. Dans ce troisième catalogue, les monographies scientifiques sont classées d’après l’ordre admis dans les traités de leur spécialité, les plus autorisés et les plus récents.

D' Paul Dorveaux,

bibliothécaire de l’École.

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