‹ Historique de la découverte improprement nommée daguerréotype, précédé d'une notice sur son véritable inventeur feu M. Joseph-Nicéphore NiépceChapitre 9 sur 12 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Il y aura entre MM. Daguerre et Isidore Niépce société sous la raison de commerce Daguerre et Isidoi e Niépce, pour l’exploitation de la découverte inventée par Daguerre et feu Nicéphore Niépce.

Tous les autres articles du traité provisoire sont et demeurent conservés.

Fait et passé double entre les soussignés, le 9 mai 1835, à Paris.

Signé Signé

Isidore Niépce. Daguerre.

Après une vive discussion, motivée sur mon refus d’acquiescer à l’exigence de M. Daguerre, et après lui avoir objecté les clauses du traité primitif qui spécifient que la raison sociale sera Niépce-Daguerre, et que, en cas de décès de l’un des deux associés, la découverte ne pourrait jamais être publiée que sous les deux noms ci-dessus, je finis par consentir à ce que le nom de Daguerre figurât le premier dans la raison de commerce ! 11 doit se rappeler

quelle fut ma conduite dans cette circonstance! Je fis tous

mes efforts pour m’opposer à son orgueilleuse prétention;

en vain je lui fis sentir son manque de loyauté, et l’affront qu’il faisait à la mémoire de mon père!... il fut inflexible!...

Les travaux continuels de M. Niépce et de mon oncle, mort à Kiew, près Londres, le 5 janvier 1828, avaient absorbé une grande partie de la fortune dont je venais d hériter 1 il était naturel que dans l’intérêt de mes enfans je désirasse ardemment la solution d’une découverte sur laquelle mon-père fondait lui-même l’espoir d’un meilleur avenir. J’avais plusieurs fois entretenu M. Daguerre de mes embarras et de mes espérances; il connaissait ma position : aussi, dès ce moment, il conçut l’odieux projet de la faire tourner à son avantage, en m’imposant de nouvelles obligations.

Ainsi , il possédait mon secret, il savait qu’il tenait en ses mains le mobile puissant qui pouvait seul me déterminer à de grands sacrifices ! il insista plus opiniâtrément, et je signai!... Mais en signant d’une main tremblante, je protestai contre cet acte attentatoire aux droits de mon père !

On m'objectera, je n’en doute pas, que j’ai consenti aux changemens introduits dans l’acte ; que j’ai signé la déchéance de mon père , que j’ai reconnu la validité des réclamations de M. Daguerre , puisque je les ai revêtues de signature !

C’est vrai ! je n’ai pas attendu jusqu’à ce jour pour me

convaincre de la vérité et de la portée de ces argumens, qui semblent me condamner !

Mais je le répète, la déloyauté de mon associé et la force

des circonstances, qu’il a su mettre à profil, ont seules pu m’arracher une signature que je n ai donnée qu’en désespoir de cause.

Je quittai M. Daguerre peu de jours après, et je revins chez moi. Il ne m'avait rien dit de ses travaux ; il ne m’avait entretenu que de ses espérances, et cependant je venais de signer un nouvel acte! et l’article 13 du traité primitif dit : « Que les améliorations et perfectionnemens apportés » à ladite découverte sont et demeureront acquis au pro- » fit des deux associés! . .. »

Deux ans étaient à peine écoulés, lorsque, sur l'invitation deM. Daguerre, je me rendis près de lui; il était parvenu à réaliser l’espoir qu’il avait conçu, et en faveur duquel il avait fait annuler, en 1835, l’article 1er du traité provisoire.

A mon arrivée à Paris, M. Daguerre me montra quelques épreuves qu’il avait obtenues par l’emploi de l’iode et du mercure.

Elles excitèrent en moi la même admiration qu’ont partagée toutes les personnes qui les ont vues depuis !

Le moment était arrivé pour M. Daguerre de mettre le sceau à son insatiable ambition, et dès lors elle ne connut plus de bornes !

On a remarqué que la raison sociale primitive était Niepce-Daguerre, et que dans le second acte, en date du 9 mai 1835, les noms sont déjà transposés !

Il ne s’agissait plus que d’éliminer tout ce qui pouvait lui rappeler le souvenir du premier inventeur, de celui qui, lui ayant livré son secret, l’avait fait ainsi participer dans un seul jour aux fruits de vingt années de recherches continuelles. Désormais M. Daguerre , à l’aide d’un travail qui ne lui a rien coûté, pourra s’avancer sans crainte dans la nouvelle voie que M. Niépce vient de lui ouvrir 1 La route est belle ; M. Daguerre la parcourt ; il arrive au but si désiré ; mais en y touchant, il oublie celui qui a guidé ses

Das... il le renie!...

Enhardi par un premier succès, il voulut m’imposer encore la signature du traité définitif qu’il avait rédigé à Favance, et qui était ainsi conçu :

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