CHAPITRE LXXXl
Avancement des courses de deux ans. — Arrêtés ministériels relatifs à la nomination des Commissaires des Sociétés de Courses, à l'inscription des chevaux au Stud-Book, et à l'application de la loi de 1891. — Interdiction des fers tranchants. — Nouvelles écuries de Longchamp. — Jardy, Val d'Or, Génial, Finasseur, Clyde, Luzerne, Piinta-Gorda. — Gouvernant, Macdofiald II, Rataplan, Caïus et Presto II (suite). — Mort de Le Destrier et de War Dance. — Le baron Alphonse de Rothschild. — Suicide de T.-R. Carter. — Le Grand Prix de Nice.
La Société d'Encouragement décide que les chevaux de 2 ans pourront débuter, non plus à date, mais à jour fixe, à partir du lundi qui précède le 1^^ août. C'était un premier acheminement vers la grande réforme de 1907.
Deux arrêtés ministériels sont pris au début de l'année : par le premier, le Ministre de l'Agriculture informe les Sociétés de courses que le choix des Commissaires devra être soumis à son approbation; par le second, il décide que désormais les chevaux ne pourront être inscrits au Stud-Book que s'ils portent un nom, les propriétaires étant invités à ne pas donner des noms déjà portés.
En outre, une ordonnance ministérielle de juin annonce que, en présence de la multiplicité des infractions à la loi de 1891, le Gouvernement est décidé à la faire respecter dans son intégrité, à la reprise des courses dans la région parisienne, à l'issue de la campagne de Normandie.
L'application de cette mesure à la réouverture de Longchamp — • où furent inaugurées les nouvelles écuries du pesage — ne provoqua aucun incident. Ce n'est que par la suite qu'elle donna lieu à ces innombrables contraventions, procès et arrestations, que les Tribunaux apprécièrent si différemment, en raison de l'ambiguïté du texte législatif, jusqu'au remaniement de la loi, en 1909.
De son côté, la Société d'Encouragement, afin de couper court à certaines manœuvres, prohibe Tusage, pour les chevaux de courses, des fers munis de lamelle tranchante et des fers à grappes, susceptibles d'augmenter le danger des atteintes et des chutes.
Jamais écurie ne parut plus formidablement armée que celle de M. E. Blanc, avec des champions comme Val d'Or et Jardy, que pouvaient escorter des auxiliaires comme Génial, Lecteur et Muskery.
Et, de fait, les résultats de la première partie de la campagne étaient bien de nature à justifier les craintes qu'avaient les autres propriétaires d'en être réduits, cette année-là, à la portion congrue. .
Le prix Delâtre n'avait-il pas été pour Lecteur, comme le prix Pénélope pour Muskery, les prix Lagrange, Biennal, Greffulhe et Lupin, pour Génial, la^Poule d'Essai et le prix La Rochette, pour Val d'Or, et les prix Noailles et Daru, pour Jardy !
Le prix du Jockey-Club et le Grand Prix, le prix du Président de la République et le prix du Conseil Municipal semblaient plus que jamais à la merci des représentants de la casaque orange, et, peutêtre même aussi, le Derby anglais.
Un mauvais sort allait, hélas! réduire à néant ces espérances. Le prix Daru était à peine couru, en effet, qu'une violente épidémie de gourme s'abattait sur l'établissement de la Fouilleuse.
C'en était fait de tous ces beaux rêves!... M. E. Blanc aura beau finir en tête des propriétaires gagnants avec le total, énorme encore et rarement atteint, de 1.469.000 francs; Jardy aura beau prendre la seconde place, à Epsom, à une demi-longueur de Cicero, et Val d'Or, venger son camarade d'écurie en battant, dans les Eclipse Stakes, ce même Cicero, au léger avantage de trois livres, les honneurs de la campagne n'en seront pas moins, par une cruelle ironie, pour un poulain que M. E. Blanc avait précisément réformé deux ans auparavant, comme étant pied-bot!
Ce poulain, par Winkfield's Pride et Finaude, s'appelait Finasseur. En réalité, il avait seulement la muraille du sabot trop étroite. M. Michel Ephrussi, qui ne l'avait payé yearling que 8.C00 francs, lui avait fait subir une opération : la muraille avait été fendue, ce qui avait permis au pied, comprimé jusqu'alors, de prendre ensuite son développement normal.
En raison de cette opération, on ne l'avait pas poussé dans son travail, ce qui explique qu'il n'ait trouvé sa forme que tardivement, au bon moment d'ailleurs, alors que, par suite de la mise hors de combat des premiers sujets de l'année, le champ était libre.
Battu dans les prix Delâtre et Lagrange, non placé dans le prix Eugène-Adam, où il représentait seul la jeune génération, contre Macdonald II, Caius et Gouvernant, vainqueur d'un petit prix à Maisoïis-Laffitte, et du Grand Prix de Bruxelles, il succombe dans le
1891 A FIN 1913 r>27
prix Border Minstrel, dix jours avant le Derby de Chantilly, contre Ecots, à qui il rend 9 livres... A ces performances plus que modestes, succède brusquement une période éclatante. C'est d'abord le prix du Jockey-Club où, après avoir mené de bout en bout avec son camarade Brat, il résiste à une vigoureuse attaque de Chjde, la gagnante du prix de Diane, qu'il bat d'une demi-longueur; puis le Grand Prix, où il en a raison, par deux longueurs, cette fois; enfin, le prix du Président de la République, à Maisons-Laffitte, dans lequel il prend une brillante revanche des vétérans qui l'avaient semé, au début de la saison, dans e prix Eugène-Adam.
11 passe alors de forme, et, après son insuccès dans le prix Monarque, où il ne peut prendre que la troisième place, derrière Val d'Or et Phœiiiœ, il est retiré de l'entraînement.
Aucune pouhche ne s'impose, toutes s'étant entre-battues suivant les circonstances.
Clyde {ChWdv/ïck et Common Dance),àM.E. Veil-Picard, remporte péniblement le prix de Diane, d'une tête sur Luzerne, puis le prix Royal-Oak, sur le médiocre Adam, après avoir pris, comme nous l'avons vu, la seconde place derrière Finasseur, dans le prix du Jockey-Club et le Grand Prix, et la seconde place également, derrière ■Gouvernant, dans le Grand Prix de Bade; — Luzerne (Simonian et Hardie), à M. H. André, s'adjuge les prix Fille de l'Air et Flore; — Brienne, les prix Hocquart et Vermeille; — et Princesse Lointaine, la Poule d'Essai.
Mais la plus résistante de toutes et, peut-être bien, la meilleure, quoique ses succès vaillent plus par la quantité que par la qualité, e?,i Punta-Gorda [IjQ Capricorne et Philae), à M. J. Lieux, qui remporte 11 victoires sur les 27 courses qu'elle dispute, indifféremment sur toutes distances et tous les hippodromes.
Née au haras de Lormoy, chez Mme H. Say, elle fit partie du lot de yearhngs loués à M. Thorne, pour qui elle disputa, à 2 ans, le prix Héro, à Maisons-Laffitte. Elle y courut si piteusement, qu'elle fut réformée et vendue 900 francs, comme jument de selle, à un capitaine d'artillerie, qui, la trouvant décidément trop laide, la recéda à M. Dimpault. Celui-ci la remit à l'entraînement : après trois nouvelles sorties infructueuses, au début de la saison, elle gagna, complètement délaissée à 25/1, le petit prix de Montgeron, à Maisons-Laffitte, où M. J. Lieux la réclama pour 8.107 francs. Nous verrons par la suite que, dans sa carrière sur le inTl.Punta-Gordawe rapporta pas loin de 500.000 francs d'argent public à son heureux acquéreur.
La palme, parmi les vétérans, revient sans conteste à Gouvernant^ qui remporte le Biennal, les prix du Cadran, La Rochette, Dangu, Satory, Seine-et-Marne, Dollar et le Grand Prix de Bade, s' élevant à
290.375 francs. Non placé dans le prix Eugène Adam, le prix du Président de la République et les Jockey-Club Stakes, à Newmarket, il est battu de huit longueurs, dans le prix Gladiateur, par Maximum dont ce fut le plus important succès.
Gouvernant est le seul cheval, jusqu'à présent, qui ait gagné les trois manches du prix La Rochette (Triennal). A l'issue de la campagne, il fut vendu, moyennant 500. OGO francs, au Gouvernement autrichien.
Macdonald II ne court que quatre fois, pour remporter le prix Eugène Adam, d'une demi-longueur sur Caïus, Fifre II, Gouvernant, Finasseur, etc., et le prix du Conseil Municipal, qu'il enlève dans un canter à un lot médiocre; entre temps, il avait fini second, derrière Finasseur, dans le prix du Président de la République, et troisième derrière Gouvernant et Clyde, dans le Grand Prix de Bade.
Rataplan, qui rencontre toujours devant lui Caïus, Gouvernant ou Macdonald II, trouve néanmoins de rémunératrices compensations à ses honorables défaites dans la Coupe et le Grand Prix de Vichy.
Sur 13 sorties, Presto II remporte 9 victoires et 3 places. Ses plus belles performances sont accomplies dans le prix du Prince d'Orange, où il a raison de la coalition Caïus-Génial, dans le prix Perth, où il rend facilement 10 livres à Loriot, et dans le prix du Pin.
Caïus a pour lui les prix des Sablons, du Prince de Galles, Hédouville, Tspahan et Guillaume-le-Conquérant, à Deauville. Comme son camarade Gouvernant, il quitta la France, à la fin de la saison, et s'en fut en Allemagne.
A l'étranger, en plus des victoires de Val d'Or, dans les Eclipse Stakes, à Sandown Park, de Gouvernant, dans le Grand Prix de Bade, et de Finasseur, dans le Grand Prix de Bruxelles, signalons celle, dans le Grand Prix Ambroisian, à Milan, de Boleslas, à M. I. Wysocki.
Prestige, parmi les deux ans, se détache en plein reUef, et le nombre et la faciUté de ses victoires font regretter qu'il ne soit pas inscrit dans les grandes épreuves de 1906.
Il provenait de l'élevage de M. J. Ravaut, à la mort duquel M. V^.-K. Vanderbilt l'avait acheté.
Prestige courut 7 fois pour remporter les 7 victoires suivantes, s'élevant à 150.850 francs, somme énorme pour un jeune cheval : Prix de Deux Ans, à Deauville; Omnium de Deux Ans, Critérium, Biennal et prix Heaume, à Maisons-Laffitte : Grand Critérium et prix de la Forêt, à Paris, battant à tour de rôle tous ceux de sa génération.
Au début de l'année, il y a lieu d'enregistrer la mort tragique de T.-R. Carter, qui se suicida, la nuit, en se jetant dans la Seine, du haut du pont des InvaUdes. Établi en France depuis 1850, il entraîna d'abord pour M. C.-J. Lefèvre, dont l'écurie était alors fort modeste,
puis il entra, en 1854, au service de M. H. Delamarre, pour lequel Il avait successivement amené au poteau tous les chevaux qui illustrèrent la casaque marron à manches rouges, depuis Vermout Bois-Roussel et Boïard, jusqu'à Clio, Vigilant, Clélie, Friandise] l erte-Bonne et Vasistas. Il avait pris sa retraite Tannée précédente.