CHAPITRE LXXXII
Création du Comité Consultatif permanent des courses. — 'Chevaux distancés. — Unification des rendements du pari mutuel. — L'émeute de Longchamp du 14 octobre. — Réunion extraordinaire au profit des familles des victimes de la catastrophe de Courrières. — Inauguration de l'hippodrome du Tremblay. — • Le prix de Seine-et-Oise et le prix Consul, à Maisons- Laffitte. — Propositions E. Lepelletier et Réveillaud. — Prestige et Maintenon. — Moulins-la- M arche. — Punta-Gorda (suite). — My Pet II. — L'écurie Maurice de Rothschild. — Vente de Val d'Or et Jardy. — Mort de Plaisanterie et de Little-Duck. — Ormonde. — ■ Le baron Roger, le baron J. Finot, Ch. Pratt, et W. Planner.
Le meeting de plat de Nice, tout à fait à l' avant-garde de la saison, ofTre aux chevaux de 3 ans et au-dessus une belle épreuve, le Grand Prix de .Vice, 2.200 mètres, dotée d'une allocation de 50.000 francs, qui sera doublée en 1911.
Les conditions de la course stipulent tout un jeu de surcharges et de décharges, qui en font un peu comme un handicap
L'époque avancée où elle se dispute en exe ut par cela seul les sujets de tête, ce qui lui enlève beaucoup de son intétrêt.
Au point de vue parement sportif, c'est l'année de M. W.-K. Vanderbilt, avec les exploits de Prestige et de Maintenon; mais le fait capital — en ce qu'il constitue une nouvelle machine de guerre dressée contre la Société d'Encouragement — est la création du fameux Comité Consultatif permanent des courses, institué par le décret du 19 juillet, que nous publions au Livre X.
Certes, dans ron exposé des motifs, M. Ruau, Ministre de F Agriculture, couvre de fleurs les dirigeants de la Société d'Encouragement, dirigeants au dévouement, à l'honorabihté et la compétence desquels il rend hommage. Mais ce n'était là qu'eau bénite de cour. S'ils avaient rendu de tels services à la cause du sport et de l'élevage,
quelle raison de subordonner dorénavant leur action à la tutelle d'un nouveau rouage, composé en grande partie des fonctionnaires de cette Administration des Haras, qui n'avait jamais rien entendu à la question des courses!... La vérité était que l'on ne voulait plus de l'omnipotence toute morale que donnait à la Société d'Encouragement la haute situation mondaine de ses dirigeants. Après l'adjonction à son Comité de membres étrangers pris en dehors de son sein, la création du Comité Consultatif était un nouvel empiétement du pouvoir sur son autorité, et c'est ce que déguisait à peine l'exposé des motifs.
Jusqu'à présent, grâce au ciel, ce Comité, s'il a été quelquefois consultatif, n'a guère eu de permanent que le nom, car on peut compter ses sessions, et son œuvre qui aurait pu être nuisible, s'est ontentée d'être puérile.
A l'exception, en effet, de la proposition de M. Caillault, sur l'unification des Codes et Règlements de plat et d'obstacles, sur laquelle nous reviendrons en 1909, nous ne lui devons, en six ans, que la suppression de la gratuité des fonctions de commissaires, inscrite à l'art. 75 du Règlement de la Société d'Encouragement, et la mention, aux programmes officiels des Sociétés de courses, du montant des prix, que jusqu'alors, paraît-il, les propriétaires étaient incapables de calculer!
Il faudrait avoir l'esprit bien mal fait pour ne pas admirer l'effort prodigieux d'initiative et de travail qui a permis de réaliser des réformes de cette importance, et l'on comprend sans peine que le Comité, après avoir mené à bien une tâche aussi ardue, se soit désintéressé de questions secondaires, comme, par exemple, le distancement des chevaux à l'arrivée ou l'unification de répartition ai pari mutuel dans les différentes enceintes.
La Bible nous dit que Dieu fit le monde en six jours et se reposa le septième.
Le Comité Consultatif a droit à un repos bien^gagné.
Et pourtant, ces deux questions, entre tant d'autres, sont capitales. Le distancement d'un cheval à l'arrivée, tel qu'il est encore appliqué, est d'une telle iniquité, que la question avait été soulevée, à l'une des rares séances du Comité, par le Directeur général des Haras lui-même. Comme elle méritait qu'on s'y arrêtât, elle fut enterrée (1). Quant à celle de l'unification des paris, elle venait pré-
Ci ) Le cas le plus fréquent qui se présente est celui-ci : un cheval A arrive premier après avoir, volontairement ou non, peu importe, coupé ou bousculé le cheval B. La logique vou Irait que A fût distancé au profit de B et que leur ordre déclassement à l'arrivée soit simplement interverti : il n'en est rien : A est distancé de toute place et le troisième cheval C, qui n'a pas été gêné et n'a rien à voir dans l'affaire, bénéficie de l'allocation qui revenait au cheval A.
Il y a mieux encore. Deux chevaux A et B, appartenant au même propriétaire.
cisément d'être résolue, l'année même, par la Société des Courses de Nice, avec un plein succès : c'est pourquoi, sans doute, l'on ne jugea pas à propos de l'imposer aux Sociétés parisiennes.
Le point délicat, disait-on, consistait dans l'obligation de faire communiquer très rapidement entre elles les différentes enceintes, en évitant tout à la fois les lenteurs de la transmission à la main et les erreurs dont le téléphone pouvait être cause. Divers moyens avaient été préconisés, dont le plus simple semblait être le reliement du pesage aux autres enceintes par des tubes pneumatiques pour la transmission écrite.
Sans s'embarrasser de ces soi-disant difficultés, la Société des Courses de Nice avait obtenu l'autorisation ministérielle de procéder, à son meeting de printemps, à une expérience publique de totalisation des mises dans les différentes enceintes pour l'unification de répartition : les résultats de l'expérience avaient été tellement concluants que, depuis lors, elle a définitivement adopté cette façon de faire : il ne lui en coûte qu'une dépense de 200 francs par jour et une perte de temps de cinq minutes par course.
Voilà de cela huit ans, et ce que l'on a fait à Nice, du premier coup, sembla au-dessus des forces des sociétés parisiennes.
Il faut leur rendre cette justice d'ailleurs, qu'elles n'ont encore rien tenté dans ce but. Peut-être attendent-elles pour le faire qu'une de ces stupéfiantes anomalies de rapport comme on en a tant vu (1) vienne mettre le feu aux poudres et déchaîner un de ces mouvements populaires, comme celui qui marqua, précisément cette année même, la journée du 14 octobre, à Longchamp.
Rien ne pouvait laisser prévoirai' orage qui allait éclater. Les trois premières courses s'étaient courues sans incident, quand vint le Handicap libre. Les rubans furent levés dans de très mauvaises conditions, alors que les chevaux étaient si loin d'être rangés, que les jockeys de la plupart d'entre eux. et notamment des favoris Kasbek, Storm et Pois-Rouges, ne croyant pas à la validité du départ, restèrent au poteau, cependant que M. Périchon,Mlle Marguerite, Bethsaïda
courent contre un troisième C, à une autre écurie. A file en tête dès le départ et gagne de 20 longueurs sans avoir été rejoint. Dans la lutte pour la seconde place, B appuie fortement sur C et le gêne manifestement. Va-t-on se contenter de distancer B? On le distancera certes, mais aussi son camarade A, les compagnons d'écurie étant solidaires...
Nous ne croyons pas qu'on puisse être taxé d'anarchiste pour demander la réforme de semblables errements.
(1) Si l'on voulait noter toutes les anomalies qui résultent de ces rendements partiels, par enceinte, des pages ne suffiraient pas. Mais croit-on, par exemple que si Fuorotto eût gagné, le 13 septembre 1912, le prix de l'Hudson-River. à Maisons Laffitte, le public de la pelouse eût accepté bénévolement une répartition de 2.283 fr. 50, par mise de 5 francs, alors que cette répartition, au pesage, n'eût pas été moindre de '27.158 fr. 50, soit plus de dix fois supérieure, pour une mise qui n'était que double.
et Amalécite partaient résolument. Quand les premiers jockeys^ voyant que le starter maintenait le départ, se décidèrent à lancer leurs chevaux, le premier peloton était déjà loin et il passa le poteau, dans l'ordre indiqué, sans avoir été rejoint. Une immense clameur de protestation s'éleva de la pelouse, qui réclama à grands cris l'annulation de la course ou le remboursement des chevaux restés au poteau. 11 n'était pas au pouvoir des commissaires de la Société d'Encouragement de lui donnersatisfaction, le Règlement étant formel, tant sur la participation à la course de tous les chevaux rangés sous les ordres du starter, que sur les pouvoirs de celui-ci, seul juge en matière de départ.
Devant le maintien du résultat, Feffervescence de la foule ne connut plus de bornes et, devant la police impuissante à maintenir l'ordre, le pesage fut envahi, les baraques du pari mutuel de la pelouse saccagées et incendiées, et les courses suspendues.
Il n'était plus question de courir à Longchamp . La Société d'Encouragement dut modifier et condenser le programme de ses dernières réunions, qui se disputèrent à Chantilly, et faute de place, certaines épreuves, auxquelles on était accoutumé, telles que les prix de la Forêt et du Pin, par exemple, furent supprimées.
Déjà, au printemps, la réunion de courses du 1^^ mai, à Saint- Ouen, avait été annulée, dans la crainte des manifestations ouvrières.
Par contre, une journée supplémentaire, à laquelle assistait le Président de la République, entouré des ministres et du monde officiel, avait été organisée, le 3 avril, sur l'hippodrome d'Auteuil, au profit des familles des victimes de la catastrophe minière de Courrières. Le programme comprenait deux courses plates, une course au trot, un steeple-chase et une course de haies.
Le 19 septembre eut. lieu l'inauguration du champ de courses du Tremblay, qui comporte, comme l'ancien hippodrome de Vincennes, une montée finale, et dont les longues lignes droites contrastent avec les tournants de Colombes.
Désormais, la Société de Sport de France va prendre rang parmi les grandes Sociétés de courses parisiennes. Mais, si elle renonce aux courses d'obstacles et de gentlemen, elle n'en conservera pas moins un caractère spécial, par ses très utiles épreuves pour apprentis jockeys, dont elle est J'instigatrice en France.
Pour éviter les redites, nous prions nos lecteurs de se reporter à la notice que nous avons consacrée à cette Société, lors de sa fondation en 1882.
En même temps que la Société de Sport de France élargissait le cadre de son action, la Société Sportive augmentait de 220.000 francs son budget de plat, tant par l'élévation de Tallocalion de certaines des épreuves existantes (le prix Monarque est porté de 30.000 à 40.000 fr., l'Omnium de Deux Ans, de 10.000 à 20.000, le prix Eclipse de 15.000 à 20.000, et le prix Lagrange à 40.000, par la conversion en espèces de