REGLEMENT
que le Roi entend être observé dans les Courses de Jumens pour lesquelles Sa Majesté a destiné des Prix.
Article premier.
Tout propriétaire d'une Jument, soit françoise, soit étrangère, qui désirera la faire courir pour les Prix du Roi, la présentera à la personne chargée de la police des Courses, huit jours au moins avant la course et la fera inscrire et signaler sur le registre qui sera tenu à cet effet.
Art. II.
Le propriétaire certifiera, par écrit, de quel père, de quelle mère, en quelle année et en quel lieu est née la Jument; et sur la foi de ce certificat, elle sera admise sans difficulté.
Art. III.
Si la Jument n'était pas née ou élevée chez le propriétaire qui la présentera, il sera tenu de produire un certificat du premier vendeur, accompagne d'un acte de notoriété, qui en constate l'authenticité, sans quoila Jument ne sera pas admise.
Art. IV.
Dans le cas où, lors de la vérification qui en sera faite, les certificats ci-dessus ne se trouveraient pas exacts sur tous les points, le propriétaire sera exclus à jamais de courir ou faire courir la Jument, ou une autre, dans aucun des Prix du Roi
Art. V.
Tout propriétaire qui présentera ou fera présenter sa Jument pour être signalée et inscrite sur le registre des Courses sera tenu de déposer 24 livres entre les mains de la personne chargée de l'inscrire et de la signaler; et si sa Jument gagne le Prix, il lui sera retenu, en outre, le sou par livre, lors du payement du Prix, pour subvenir aux menus frais relatifs aux Courses.
Art. VI.
L'âge des Jumens se comptera, indistinctement pour toutes, du 1" mai de l'année de leur naissance.
Art. VII.
Le poids auquel les Jumens françoises devront courir demeurera fixé, savoir : à 91 ZtVres, pour celles de trois ans, prenant quatre ans au 1"^' mai, suivant l'époque des Courses; à 98 ZiVres, pour celles prenant cinq ans; à 115 livres, pour celles prenant six ans; à 120 livres, pour celles prenant sept ans, €t à 121 livres, pour celles prenant huit ans et au-dessus.
Art. VIII.
Les Jumens étrangères porteront 4 livres (poids de marc) de plus que les Jumens françoises, et en sus du poids que celles-ci doivent porter dans la proportion de leur âge.
Art. IX.
Les Jumens françoises seront admises à courir pour le Prix du Roi destinés aux Jumens étrangères de même âge; mais celles-ci ne pourront être admises dans les Prix du Roi destinés aux françoises.
Art. X.
Les Jumens françoises que Ton présentera pour courir dans les Prix du Roi, ne pourront être montées que par des François, les étrangères, par les monteurs qui conviendront aux propriétaires (1).
Art. XI.
Les jours de Courses, les Jumens qui devront courir seront conduites sur le terrein à l'heure indiquée par le Commissaire des Courses; et si la Course est avec reprises, elles auront trente minutes de repos entre chaque reprise.
Art. XII.
Avant et après chaque Course et reprise, les monteurs seront pesés en présence et à la satisfaction des personnes commises pour faire observer aux dits monteurs, les poids et conditions des Courses: dans le cas où il s'en trouverait quelqu'un qui refuserait ou négligerait de se faire peser, il sera déclaré, par le Commissaire du Roi, incapable de jamais courir pour les prix de Sa Majesté, et la Course qu'il aurait faite sera nulle.
Art. XIII.
Si aucun monteur croise, pousse ou frappe une autre Jument ou monteur, en courant, il sera exclu pour toujours de courir dans les Prix du Roi; et si c'est lui qui gagne le Prix, l'argent de ce Prix sera adjugé, par les Juges des Courses, à la Jument qui sera arrivée la seconde au but.
(1) Dans l'Avis ait Public, de 1782, relatif à ces prix royaux, on trouve l'annonce que « ceux qui n'auraient pas de monteurs pour courir leurs Jumens, en trouveront sur le lieu, moyennant une rétribution raisonnable. »
EN FRANCE, de 1774 a 1805 103
Art. XIV.
Toute Jument qui, en courant, passera en dehors des poteaux indicateurs •de la Course, sera exclue du Prix.
Art. XV.
Celles qui, dans les Courses avec reprises, se trouveraient distancées de manière à ne pas arriver au poteau fixé à 125 toises en deçà du but, en même temps que la Jument gagnante sera arrivée à ce but, seront exclues de recourir pour ce Prix.
Art. XVI.
Il seranommé,parSa Majesté, un Commissaire pour présider aux Courses (1), •et des personnes, sous l'autorité de ce Commissaire, pour veiller à la police •et aux détails qui y sont relatifs.
Art. XVII.
Le Commissaire du Roi décidera toutes les contestations qui pourraient survenir, soit par rapport à l'âge des Jumens, soit par rapport au lieu de leur naissance, soit par rapport à la manière dont elles auraient couru, ou aux accidents arrivés pendant la Course, soit enfin par rapport à tout ce qui peut être relatif à la police des Courses, ou intéresser cet établissement.
Signé : Bertin.
(Imprimerie Royale, MDGCLXXX.)
Des paris particuliers se disputeront encore jusqu'à la Révolution, mais, avec le Règlement de 1780, nous arrivons aux premières courses régulièrement et officiellement organisées en France.
L'hippodrome choisi — après bien des discussions, car les uns tenaient pour Versailles ou Le Vésinet, les autres pour Fontainebleau ou les Sablons — est le parc du château royal de Vincennes.
Les réunions ont lieu au printemps; elles comprennent quatre journées.
L'inauguration eut lieu le 2 avril 1781. Jusqu'en 1790, les «plateaux du Roi » se disputeront sans interruption. Mais le goût public n'est plus aux courses : tant qu'elles n'avaient été qu'un passe-temps, frivole, sans but, elles furent de mode; maintenant qu'elles présentent une réelle utilité, elles sont délaissées. Durant les premières années, les gazettes, notamment le Journal de Paris (le premier journal français quotidien, fondé en 1777 ), en publient les programmes et les résultats. Puis le silence commence à se faire. Nul, sauf les intéressés, ne s'en occupe plus, et, après 1785, il n'est plus trace de ces courses dans les feuilles publiques.
Elles battirent leur plein en 1783.
(1) Ce commissaire fut le marquis de Conflans.
Il nous a paru intéressant de reproduire in extenso le programme et les résultats complets des courses qui eurent lieu cette année-là, tant au printemps qu'à l'automne, et qui obtinrent le plus vif succès, en dépit des sarcasmes que les écuyers de l'époque, craignant pour leur gagne-pain, lancent contre l'institution nouvelle, et que Mercier, qui n'est jamais en retard, nous le savons, quand il s'agit de s'en prendre aux courses, résume ainsi : « Nous les avons copiées des Anglais, on fait jeûner le jockey qui doit conduire afin qu'il pèse moins... Ce n'est guère la peine que je me transporte dans la plaine des Sablons pour voir courir des animaux efflanqués, qui passent comme un trait, tout couverts de sueur au bout de six minutes, et l'on discute ensuite le résultat à perte de vue avec un air de profondeur. »
La réunion de printemps, au parc de Vincennes, comprend quatre journées. C'est la saison des « plateaux du Roi ». Le plus important d'entre eux, d'une valeur de 5.250 francs, se dispute à la dernière journée : il est réservé aux gagnants des plateaux précédents. De même, plus tard,le Grand Prix, à Paris, institué parle décret du 31 août 1805, ne sera-t-il ouvert qu'aux gagnants des Grands Prix départementaux.
A l'automne, une seule journée, non officielle, à Vincennes; il ne s'agira, comme à la réunion de Fontainebleau, que de courses particulières.
RÉUNION DE PRINTEMPS dans le parc du château royal de Vincennes.
r^ JOURNÉE — 12 AVRIL
ire Course.
1.500 toises pour le Plateau du Roi, d'une valeur de 2.500 francs, par des pouliches françoises de 3 ans. Poids, 98 livres.
1er, phillis (Pyrroïs et Brillantia), au duc de Chartres; — 2^, Rantipode, au comte d'Artois; — 3^, Sapho, au duc de Chartres. — Quatre partants.
2e Course.
1.500 toises en deux épreuves, pour le Plateau du Roi, d'une valeur de 2.000 francs, par des chevaux de 4 ans. Poids, 105 livres.
1er, Lapwing (Pyrroïs et Brillantia), au duc de Chartres; — 2e, Antoinette^ au duc de Fitz-James.
3e Course.
2.000 toises, pour le Plateau du Roi, d'une valeur de 2.500 francs, par des pouliclies de 3 ans françoises et angloises, les dernières portant 4 livres de plus.
EN FRANCE, de 1774 a 1805 105
1", Laura (Topgallanl, sa mère par Matchem), 98 livres, au prince de Nassau; — 2^, Miss Timms, 102 livres, à M. Lunn; — 3^, Jessamy, 98 livres, au prince de Hénin. — Quatre partants.
1'- Course.
2,000 toises en deux épreuves, pour le Plateau du Roi, d'une valeur de 1.875 francs, par des jumens françoises de 5 ans. Poids, 115 livres.
l*"", Prudence (Metaphysician, sa mère par Careless), au comte d'Artois; — 2^, Julie, au duc de Fitz-James; — 3 , Lucille, au duc de Chartres.
2e Course.
Poule de neuf souscripteurs de 625 francs chacun. Trois miles, par des chevaux et jumens françois. Poids : 3 ans, 91 livres; 4 ans, 109 livres; 5 ans, 120 livres; 6 ans, 125 livres; Ages, 126 livres; les juments porteront 4 livres de moins.
1", Laura (Topgallanl, sa mère par Matchem), 3 ans, 87 livres, au comte d'Artois; — 2^, Jason, 3 ans, 91 livres, au marquis de Conflans; — 3^, Lapwing, 4 ans, 109 livres, au duc de Chartres. — Neuf partants.
3® Course.
1.500 toises en deux épreuves, pour le Plateau du Roi, d'une valeur de 2.500 francs, par des jumens françoises et angloises, celles-ci portant 5 livres de plus.
ler, Lady (Minor, sa mère par Sampson), 4 ans, 110 livres, au marquis de Conflans; — 2^, Lapiving, 4 ans, 105 livres, au duc de Chartres; — ^^Antoinette, 4 ans, 105 livres, au duc de Fitz-James.
4e Course.
Deux miles pour 12.500 francs de chaque côté, entre trois poulains ou pouliches de 2 ans, du comte d'Artois, et trois poulains ou pouliches du même âge, du duc de Chartres; les poulains portant 105 livres, et les pouliches, 102 livres. La moitié forfait.
1", Pouliche de Cornus et Sphinx, au comte d'Artois; — 2^, Poulain de Comus, sa mère par Herod, au comte d'Artois; — 3^, Pilgrim, au duc de Chartres. — Quatre partants.
Le duc de Chartres n'ayant pas accepté pour exacte la défaite de ses chevaux, une nouvelle épreuve fut courue dont, comme dans la précédente, la pouliche de Comus et Sphinx, au comte d'Artois, sortit vainqueur, ainsi que l'attestent les résultats suivants :
5e Course.
Pari sur les mêmes conditions que la quatrième course.
leï". Pouliche de Comus et Sphinx, au comte d'Artois; — 2^ King Hero, au duc de Chartres; — 3^ Pouliche de Comus, sa mère par Matchem, au comte d'Artois. — Cinq partants.
l''^ Course.
2.000 toises en deux épreuves, pour le Plateau du Roi, d'une valeur de 2.500 francs, par des jumens françoises et angloises de 5 ans, les dernières portant 5 livres de plus.
l*', Prudence (Metaphysician et Careless mare), 115 livres, au comte d'Artois; — 2^, Helen, 120 livres, au duc de Chartres; — Distancée, SalDahs, 120 livres, à M. Lacey.
2e Course.
3.000 toises, pour le Plateau du Roi, d'une valeur de 2.500 francs, par des jumens françoises et étrangères de 6 ans, les dernières portant 5 livres de plus.
1er, Abigaïl (Turk et Fairy Queen), au marquis de Conflans; — 2^, Lucy Lockit, au duc de Chartres; — 3* Lucy, au comte d'Artois. — Quatre partants. Toutes les juments étaient anglaises et portaient 127 livres.
ire Course.
1.500 toises, pour le Plateau du Roi, d'une valeur de 5.250 francs, par les gagnants d'autres plateaux ci-dessus nommés.
1^', Lapwing (Pyrroïs et Brillantia), 4 ans, 115 livres, au duc de Chartres; — 2«, Laura, 3 ans, 103 livres, au comte d'Artois; — 3% Abigaïl, 6 ans, 109 livres, au marquis de Conflans. — Cinq partants.
2" Course.
2.000 toises, pour le Plateau du Roi, d'une valeur de 1.875 francs, par des poulains de 3 ans qui n'ont jamais couru. Poids, 101 livres.
1''' Lightfoot (Lycurgus), à M. Lunn; — 2% Hercules, au duc de Chartres.
3® Course.
Deux miles, pour un pari de 1.250 livres, entre deux pouliches de 2 ans. Poids, 112 livres.
Gagné par la pouliche de Comus et Sphinx, au comte d'Artois, contre A la Grecque, au duc de Chartres.
La pouliche du comte d'Artois remportait ainsi sa troisième victoire consécutive.
4* Course.
Deux miles, pour une poule de 625 francs chaque.
Gagné par Lady (Minor, sa mère par Sampson), 4 ans, 117 livres, au marquis de Conflans, contre Antoinette, 4 ans, 112 livres, à M. Singleton.
5* Course.
Trois miles pour un pari de 625 francs chaque.
Gagné par Abigaïl (Turk et Fairy Queen), 6 ans, 127 livres, au marquis de Conflans, contre Lucy Lockit, 6 ans, 125 livres, au duc de Chartres.
EN FRANCE, de 1774 a 1805 107
RÉUNION D'AUTOMNE au parc du château royal de Vincennes.