‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 16 sur 202 · JOURNÉE — 7 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

JOURNÉE — 7 NOVEMBRE

1'^ Course.

Un mile et quart, pour un pari de 400 louis.

Gagné par Doctor (Goldfmder et Sedley, jument arabe), à M. Wyndham, contre Lucy Lockit, au duc de Chartres. Tous deux, âgés de 6 ans, portaient 119 livres.

2^ Course.

Trois miles, pour un pari de 12.500 francs.

Gagné par King William (Florizel et Milliner), Sans, 11 9 livres, àlord Derby, contre Phillis, 3 ans, 107 livres, au'duc de Chartres.

3* Course'

Deux miles, pour un pari de 17.500 francs.

Gagné par Gonzalès (Herod et Ruth), au duc de Queensberry, contre Young Cornus, au comte d'Artois. Tous deux, âgés de 3 ans, portaient 119 livres. *

4^ Course.

Un mile, pour un pari de 2.500 francs, entre Quicksand (Herod et Miss Ramsden), au duc de Queensberry, et Jason, au duc de Chartres, tous deux portant 112 livres.

Cette course n'a pas eu lieu, Quicksand ayant reçu dédit de 1.250 francs, soit la moitié du pari.

Il serait sans intérêt de reproduire les programmes des années suivantes qui, d'ailleurs, ne se différencient guère. Nous nous bornerons donc à ceux que nous venons de publier.

Ces courses étaient sérieuses et, comme nous venons de le voir, les Anglais eux-mêmes ne dédaignaient pas de venir lutter contre les jeunes écuries françaises. Nombre de sportsmen distingués, parmi lesquels lord March — surnommé, nous ne savons pourquoi, « Old Q » — envoyèrent, en cette année 1783, leurs chevaux courir en France.

Pour répondre à cette courtoisie, plusieurs gentilshommes français qui étaient membres du Jockey-Club de Newmarket — tels, par exemple, que le duc de Chartres et le marquis de Conflans, parrain des Conflans' Stakes, à Brighton, alors appelé Brighthelmstone, — firent courir en Angleterre, d'abord des produits anglais, puis des chevaux « nés et élevés en France ».

C'est ainsi que Cantator, anglais, au duc de Chartres, prit part, en 1784, au Derby d'Epsom; que, l'année suivante, ses chevaux Rouge, Vert et Glowworm II — tous trois nés en France de Glowworm (par Eclipse et Traveller mare), importé par le marquis de Conflans — disputèrent plusieurs courses chez nos voisins et que, jusqu'en 1790, Hocks, Lambinos, Fortitude et Conqueror y portèrent ses couleurs.

Les courses instituées par le comte d'Artois et ses amis se poursuivirent régulièrement jusqu'en 1789. Bien qu'elles fussent passées de mode et n'intéressassent plus le public (les gazettes n'en font même plus mention!), leur utilité pratique n'avait pas échappé à certains bons esprits, et, après Le Boucher du Crosco et Bourgelat, Préseau de Dompierre, dans son Traité de V éducation du cheval en Europe, paru en 1 7 88 , avait lancé un éloquent plaidoyer on leur faveur . 11 en deman-

EN FRANGE, de 1774 A 1805 109

dait l'extension et voulait en faire non seulement une institution nationale, mais comme « un concours universel, en appelant les différentes nations à venir disputer nos prix ».

C'était, en germe, l'idée même du Grand Prix, que le duc de Morny reprendra quatre-vingts ans plus tard.

Mais la Révolution était, survenue, balayant jusqu'au dernier vestige de ces premiers essais tentés en vue de doter notre pays d'une race nouvelle.

Vinrent ensuite la Teneur, le Directoire, le Consulat. Les préoccupations politiques ne permettaient pas de reprendre les courses, bien que la question eût déjà attiré l'attention de Mirabeau (1), que des fêtes hippiques, renouvelées de l'antiquité, eussent été données au Champ-de-Mars (2), et que, sous le Directoire, Eschassériaux jeune eût présenté un rapport à ce sujet aux Cinq-Cents, accompagné du projet de loi suivant :

« Il y a tous les ans, dans chaque division, trois courses, savoir aux fêtes nationales du 14 juillet, 10 août et de la fondation de la République , pour cb e vaux nés en France . Le premier prix est de 1000 francs ; le second de 600 francs. »

(1) Sous le pseudonyme de « Monsieur Grossley » il en avait longuement parlé dans les impressions de voyage qu'il avait publiées au retour du séjour qu'il avait fait en Angleterre, de 1783 à 1785.

(2) Ces courses furent grotesques. On courait simultanément, au Champde-Mars, sur trois pistes concentriques : celle du milieu servait pour les courses à pied; l'intermédiaire, pour les courses de chevaux; l'extérieure, pour les courses de chars.

En l'an VIT, les cavaliers portaient le costume obligatoire suivant : veste à l'écuyer, chapeau rond surmonté d'une plume, écharpe de soie de couleur différente. Le premier prix consistait en un nécessaire d'armes de la manufacture de Versailles, d'une valeur de 2.000 francs; le second, en un vase de la manufacture de Sèvres, d'une valeur de 1.500 francs. De plus, les vainqueurs « eurent la joie de recevoir du Ministre de l'Intérieur l'accolade fraternelle près de l'autel de la Patrie »! 1 1

Une anecdote — que nous empruntons aux Courses de chevaux, de Saint- Georges (Paris, 1912) et qu'il a empruntée lui-même aux Tribunaux civils de Paris pendant la Révolution, de A. Donarche — montre quel était l'esprit de l'époque au sujet des courses. Un cheval normand, appartenant à un nommé Villatte, gagna le premier prix, monté par un de ses amis, du nom de Carbonel. La question fut de savoir à qui revenait le prix, au propriétaire ou au cavalier. Il fallut plaider faute de s'entendre. Le Tribunal de la Seine, à l'audience du 2 germinal an VI, dans un arrêt longuement motivé, accorda le prix... au cavalier, attendu « que ce serait méconnaître et dégrader l'esprit national que de ravaler à l'intérêt mercantile les prix décernés aux vainqueurs; — que c'est la prestesse, l'agilité, l'adresse des citoyens que le Gouvernement a voulu honorer et récompenser; — qu'il répugne à ce vif enthousiasme qui doit armer des Français de se prêter à cette idée que c'est aux chevaux et non aux écuyers que l'on a voulu décerner les honneurs; — que tout, dans ces luttes, doit être sentiment, passion de la gloire, etc. »

On se faisait une singulière idée, il faut le reconnaître, du sport et de l'élevage en France sous la Révolution.

Comme il y avait 12 divisions territoriales, cela portait la subvention de r État à 12 X 3 X 1 .600 = 57 .600 francs, chiffre énorme, étant donnée la pénurie des ressources budgétaires.

Ce projet en resta là, et ce n'est qu'avec l'Empire que parut le premier acte officiel concernant la réorganisation des haras et des courses.

C'était désormais leur reconnaissance officielle par l'État. Mais si, d'un simple passe-temps de grands seigneurs, elles allaient devenir une des branches de la richesse nationale, c'est, hâtons-nous de le dire, à l'initiative privée seule qu'elles le durent.

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