CHAPITRE YIII
DE LEMPIRE A LA FONDATION DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT (1805 A FIN 1833)
Décrets impériaux rétablissant les Haras et les Courses. — Le duc de Guiche et le comte Alexandre de Girardin. — Le Haras royal de Meudon : Vittoria. — Création du Stud-Bock français.
Napoléon, se rendant compte de l'influence que les courses avaient eue, en Angleterre, sur l'amélioration de la race, reprit le projet de loi soumis sans succès par Eschassériaux aux Cinq-Cents, et, par son décret du 13 fructidor an XIII (31 août 1805), rendu au camp de Boulogne, il rétablit les courses et les organisa officiellement.
Ce décret — le premier acte administratif en la matière — était ainsi conçu :
« Art. I«^ — Il sera successivement établi des courses de chevaux dans les départements de l'Empire les plus remarquables par la bonté des chevaux qu'on y élève, et des prix seront accordés aux chevaux les plus vites.
« Art. II. — • Adater de l'an XIV, des courses auront lieu dans les départements de la Seine, de l'Orne, de la Corrèze, de la Sèvre, du Morbihan, des Côtes-du-Nord et des Hautes-Pyrénées.
« Art. III. — Le Ministre de l'Intérieur fera tous les règlements nécessaires, et il est chargé de l'exécution du présent décret. »
Trois prix de 1.200 francs, sur 4.000 mètres, étaient attribués à chacun de ces départements. Poids gradués suivant le sexe, l'âge et la taille, de 3 en 3 millimètres. Étaient seuls admis à courir les chevaux entiers et juments de 5 à 7 ans révolus, nés en France, et montés par des piqueurs français. Les trois vainqueurs concouraient au cheflieu, pour un prix de 2.000 francs, et les vainqueurs de ces prix départementaux venaient ensuite disputer à Paris un prix de 4.000 francs,
dénommé « Grand Prix ». La distance du Grand Prix et des prix départementaux était uniformément de quatre kilomètres, en partie liée.
Cet arrêté était suivi, le 4 juillet 1806, d'un décret — complété ensuite par celui de mai 1809 — relatif à l'établissement de haras et de dépôts d'étalons, dont nous parlerons au chapitre suivant.
Mais l'exclusivisme national — qui, sous prétexte de ne rien devoir à « l'ennemie héréditaire », supprimait l'emploi du pur sang anglais comme reproducteur — ne pouvait que nuire aux courses mêmes. En effet, aulieu de chercheràrégénérerlesraces indigènes, onse contentait d'en récompenser les produits les moins mauvais. Dans son bon sens, et la première crise d'anglophobie passée, l'Empereur s'aperçut de l'erreur commise, et les arrêtés des 5 et 30 octobre 1810 la corrigèrent. Mais des préoccupations autrement graves allaient l'absorber, et les courses furent abandonnnées en 1812, le Grand Prix n'ayant pu se courir, à différentes reprises, faute de concurrents (1).
Il faut reconnaître aussi que les efforts du gouvernement ne furent secondés nulle part par l'initiative privée, et qu'en province les tentatives impériales ne rencontrèrent pas un meilleur sort qu'à Paris, même dans les centres d'élevage renommés, comme la Normandie, les Hautes-Pyrénées, la Bretagne et le Limousin (2).
La Restauration, à son tour, reprit et perfectionna l'œuvre de
1) Combien de fois, de 1806 à 1819, le Grand Prix fut-il couru? Il est impossible de le dire. Les seuls vainqueurs, dont on retrouve trace sont : en 1809, une jument à M. de la Baclielerie, et, en 1812, Seine, à M. Destillières.
Ces courses étaient parfaitement ridicules d'ailleurs, les conceptions sportives de l'Empereur étant empreintes d'un tel esprit militaire qu'elles ressemblaient bien plus — au dire des Anglais qui y assistèrent — à des revues de gendarmes qu'à des luttes hippiques. La fête était présidée par le Ministre de l'Intérieur, entouré d'une garde d'honneur. L'hippodrome était gardé par une forêt de baïonnettes. Les gens de police à cheval galopaient sur la piste derrière les concurrents, quand ils ne les devançaient pas au but. Hommes et chevaux tombaient à l'envi, et le tout fmissait au son des trompettes!...
2) Au Pin, les éleveurs mirent si peu d'empressement que, malgré les prix offerts par l'Administration, elles durent être retardées d'année en année, jusqu'en 1819.
Même désintéressement public, à Tarbes et à Limoges; ailleurs, elles étaient conçues d'une telle façon, que mieux eût valu ne pas les instituer. C'est ainsi par exemple, qu'à Saint-Brieuc, choisi parmi les onze chefs-lieux de l'ancienne Armorique, pour l'établissement des courses, l'hippodrome était déplorable : une longue piste droite, sur la grève qui aboutit à la vieille tour de Clisson, à une lieue de la ville, au bout de laquelle on était obligé de contourner un poteau, exercice aussi dangereux qu'impraticable en vitesse, ce qui obligea à accorder une tolérance de temps pour le parcours.
Ou encore, les allocations étaient tellement minimes, qu'elles demeuraient sans attrait. C'est ainsi que les prix — pour les courses instituées, en 1810, dans les. Bouches-du-Rhône, les Pyrénées-Orientales, les Landes, la Vendée, la Côted'Or et les Ardennes — n'étaient que de 300 francs, avec un seul prix départemental de 600 francs.
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Napoléon I^r, et bien qu'on trouve trace de courses en septembre 1815 (1), ce ne fut qu'à dater de 1819 que le prix Royal (ex Grand Prix) devint régulier et se disputa dès lors sans interruption — sous les noms successifs de Grand Prix Royal, National et Impérial, suivant les changements de régime — jusqu'en 1861, où il fut supprimé et remplacé par le Grand Prix de l'Empereur, devenu prix Gladiateur, en 1869.
En cette année 1819, une certaine solennité s'attacha aux courses du Ghamp-de-Mars, qui eurent lieu les 21 et 22 août. Trois pavillons avaient été élevés dans la partie occidentale, ainsi que le rappelle M. Ed. Maindron dans son ouvrage Le Champ-de-Mars : celui de droite était occupé par le duc d'Orléans et sa famille ; celui de gauche, par le chargé d'affaires de la Porte-Ottomane et sa suite; celui du milieu, par le Préfet de la Seine, qui présidait la réunion, l'Intendant militaire et les juges des courses. Deux. pavillons avaient été construits pour les invités de la Ville de Paris.
Les courses, commencées à une heure et demie, durèrent à peine une heure. Elles étaient au nombre de trois : deux prix d'arrondissement de 1.200 francs chacun, qui furent remportés par une jument à M.Drake et une à M.Legrand, et un prix principal de 2.000 francs, qui revint à Lattitat, au comte de Narbonne.
Ces trois chevaux se présentèrent, le lendemain, dans le prix Royal de 4.000 francs, et ce fut Lattitat qui triompha.
« La course terminée, écrit un journal de l'époque, Madame et les Princes ont quitté le\ir tribune, et, en rejoignant leurs voitures, le
(1) Le document suivant montre ce qu'étaient les courses à cette époque :
Elles opt lieu au Champ-de-Mars, et l'on conviendra qu'aucun emplacement ne pouvait être mieux choisi.
« Les courses préparatoires, dans lesquelles les chevaux, pour être admi5 à concourir, sont tenus de franchir un certain espace dans un temps donné, se font ordinairement le 8 septembre, et les courses pour le prix de 1 .200 francs ont lieu le 11 et le 12 du même mois. Deux ou trois jours après, si le temps ne s'y oppose pas, les chevaux vainqueurs à Pariî courent avec ceux des départements pour disputer le prix de 2.000 francs ; et, le dimanche suivant, les uns et les autres entrent encore en lice pour le Grand Prix de 4.000 francs. Les chevaux et juments destinés à courir doivent être d'origine française.
« Lorsque le signal est donné, chaque concurrent s'élance dans l'arène, et il est rare que le vainqueur emploie plus de quatre à cinq minutes à parcourir deux fois la circonférence du Champ-de-Mars, évaluée à mille huit cents toises.
« Ces courses, qui commencent à obtenir beaucoup de faveur en Finance, ont pour spectateurs presque tous les habitants de la capitale.
«L'année dernière, elles ont étéhonorées de la présence d'une partie delà famille royale, et d'un grand nombre d'Anglais de marque, qui ont paru ne pas en être mécontents.
« Au moyen des précautions prises par la police et les ordonnateurs des courses, il arrive peu d'accidents; on doit cependant recommander aux curieux de ne point y amener de chiens, qui en sont presque toujours la cause.
^ '{Almanach des Plaisirs de Paris et des communes environnantes; Paris, 1815.)
jockey qui avait monté le vainqueur le présenta à LL. AA. RR; Monsieur, avec son affabilité ordinaire, a parlé à cet homme d'une façon flatteuse. »
Dès l'année suivante, l'arrêté du 17 mars 1820 portait à 6.000 francs l'allocation du prix Royal, qui était réservé aux chevaux de 4 ans et au-dessus nés en France, et ne pouvait être gagné deux fois par le même cheval; en même temps, il fixait la taille et les poids des chevaux dans les courses régionales, et indiquait l'indemnité de voyage à laquelle avaient droit les compétiteurs de province qui venaient disputer le prix Royal à Paris .
Heureuse époque - — qui ne durera guère, d'ailleurs — où l'État payait jusqu'aux frais de route des chevaux qui se dérangeaient pour venir gagner ses prix (1).
En 1823, est créé le prix du Dauphin (1.200 francs espèces et une coupe d'argent de la valeur de 800 francs ) , offert par l'héritier du trône .
En 1824, en vue' de développer les ressources indigènes et d'y donner par là un encouragement efficace, une ordonnance promet aux éleveurs que la remonte de la maison royale et des quatre compagnies des gardes du corps — que le goût pour les races étrangères avait fait recruter en Allemagne, depuis le début de la Restauration — se ferait à l'avenir en France (ce qui n'empêchera pas Louis-Philippe, une fois sur le trône, de continuer à faire venir d'Allemagne la plupart de ses chevaux de selle et de voiture ) .
Mais c'est surtout sous Charles X qu'une impulsion plus vigoureuse est donnée aux choses du sport et de l'élevage. Que n'était-on d'ailleurs en droit d'attendre du Prince qui, avant la Révolution, avait été le véritable promoteur des courses et du pur sang en France !.. Comme aux derniers jours de la Monarchie, tout était, du reste, redevenu à l'anglomanie.
C'est d'abord l'arrêté du 16 mars 1825 — précurseur de la création du Stud-Book — qui classe les chevaux en deux catégories : ceux nés de père et mère français et ceux nés de père et mère étrangers.
Puis, la même année, l'institution du prix du Roi (d'une valeur de 4.000 francs, portée à 6.000 francs en 1828, payée sur la cassette particulière du monarque) et d'un second prix Royal de 5.000 francs. (Le premier, créé en 1819, prend alors le nom de Grand Prix Royal.)
Ces modestes allocations, qui nous font sourire aujourd'hui, n'en étaient pas moins considérées à l'époque comme des encouragements vraiment royaux, et elles ajoutèrent un grand lustre à la réunion de 1825, qui fut particulièrement brillante, ainsi que le rapportent les gazettes (2).
(1) Cette indemnité était de i.OOO francs, pour les chevaux de la région des Hautes-Pyrénées; 900 francs, pour la Gironde; 600 francs, pour la Haute-Vienne et 300 francs, pour l'Orne. .
(2) « Ces courses, écrit l'une d'elles, remarquables par la beauté des clievaux qui ont disputé les prix et par la vitesse et la qualité que ces animaux ont
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De nos jours, après le Grand Prix, le Chef de l' État se fait présenter le propriétaire du gagnant. Alors « les chevaux des vainqueurs furent couronnés au bruit des fanfares par le Ministre de l'Intérieur ».
L'État, en ces temps-là, était éleveur propriétaire tout comme M. Vanderbilt ou M. Edmond Blanc en ce moment. En plus de la jumenterie de Pompadour, il possédait le haras du Pin, dont les produits couraient en public. Mais, ce qui donna une plus grande impulsion encore aux courses, ce fut la fondation du haras royal de Meudonoù — AvecVéiolon Rowlston (par Gamillus et Miss Zilia,par Sir Peter), importé en 1827, comme sire — le Dauphin avait un établissement d'élevage et une écurie de courses, sous l'habile direction du duc de Guiche.
Colonel de cavalerie, le duc de Guiche avait été un des premiers, avec le comte Alexandre de Girardin, grand-veneur de la Cour, à préconiser — sans succès, d'ailleurs, l'Administration des Haras y étant opposée, comme nous le verrons plus loin — la régénération des races indigènes par le pur sang anglais, dans une brochure où se trouvent en germe tous les principes qui ont été appliqués depuis (1).
L'élevage royal de Meudon tenait alors la tête. En 1823, Neel (Don
déployées, ont été favorisées par un temps magnifique. Elles avaient attiré un grand nombre de spectateurs.
« On a pu voir, par les sentiments que les propriétaires des chevaux qui ont figuré ont manifestés dans cette circonstance, combien leur émulation était vivement excitée et combien était grande leur reconnaissance envers le Roi et envers le Dauphin pour la bienveillance si marquée et si généreuse avec laquelle ils daignent encourager leurs efforts pour l'amélioration de nos races de chevaux. »
La réunion comprenait quatre journées de courses, auxquelles assistèrent le Roi, le Dauphin, la Dauphine et toute la Cour, ainsi que le Préfet de la Seine, président du jury, les fonctionnaires des Haras, etc.
Le 25 août, on disputa les trois prix d'arrondissement de 1.200 francs, entre chacun desquels eurent lieu des courses « de chevaux lapons de quatre pieds au maximum, montés par des enfants de 12 à 15 ans ».
Le 30, le prix principal de 2.000 francs. Le 4 septembre, le prix de 5.000 francs, gagné par Olga., à M. Grimwood, et le Grand Prix Ployai de 6.000 francs, gagné par Lucy, au duc d'Escars. Enfin, le 8, le prix du Dauphin, qui fut pour Tigresse, et le prix du Roi, qui se composait du prix du Roi proprement dit (2.500 francs espèces et un vase d'une valeur de 1.500 francs) et d'un prix subsidiaire (1.200 francs espèces et une coupe de 300 francs). Ce furent encore trois pouliches qui triomphèrent, Tigresse, Miss et Sémiramis.
(1) Agénor de GtRAMOXT, duc de (jTJICHE, De V amélioration des chevaux en France (Paris, 1829).
Le comte Alexandre de Girardin avait été le héros, pendant la campagne -de Russie, de l'aventure suivante, que rapporte Eugène Chapus :
Il était alors général de brigade et aide de camp du maréchal Berthier, prince de Neuchatel. Étant entré à Witepsk, il avait eu connaissance d'un manuscrit d'un roi Boleslas, qui relatait la guerre que lui aussi avait entreprise contre les Moscovites, dans des conditions dont l'analogie avec celles où se trouvait l'armée impériale était frappante. Il attribuait la cause de sa défaite bien plus au manque de vivres qu'à la résistance opposée par les ennemis.
Un soir que, dans une pièce contiguë à l'appartement de l'Empereur, il s'entretenait avec le maréchal Berthier de la détermination que Napoléon allait prendre, M. de Girardin dit qu'au point où les choses se trouvaient, l'on irait
Cossack et Crystal) avait remporté le prix Principal ci le Grand Prix Royal sur Rozières, à M. Drake, à qui le roi avait d'ailleurs accordé le prix; l'année suivante, Péné/ope, une autre fille de Don Cossack, avait encore triomphé dans les deux mêmes épreuves. Mais ce fut surtout la fameuse Fi^orm (Milton et Géane), qui porta au comble la gloire du haras de Meudon, par ses brillantes victoires, en 1828, sur les chevaux de lord Henry Seymour, dont un vainqueur des Deux mille Guinées (1).
Ce grand seigneur anglais avait fait son apparition sur le turf l'été précédent. On sait le rôle prépondérant qu'il allait jouer dans l'histoire des courses en France. Nous nous réservons de revenir en détail, dans le chapitre suivant, sur sa carrière si utile pour notre pays, si glorieuse et si fâcheusement interrompue par le déni de justice que sa dignité ne lui permit pas de supporter et qui le poussa à une retraite prématurée.
Signalons, en cette même année 1828, l'apparition du Journal des Haras, le premier organe hippique.
A côté du Haras royal de Meudon, l'État entretenait les haras du Pin, de Pompadour et de Rozières (Ardennes).
L'initiative privée n'était pas en reste avec le Gouvernement. Sans compter M. de Rieussec, qui, depuis 1805, faisait de l'élevage au Bue, près de Versailles, puis à Viroflay, où il avait importé Rainbow (Walton et Iris) et Félix (Ce mus), et lord Henry Seymour, qui avait son écurie de courses à la Porte-Maillot et son haras à Sablonville, avec Royal-Oak (Catton et une fille de Smolensko) comme étalon, on peut
en avant et qu'un pareil mouvement menaçait l'armée des plus grands dangers. Le maréchal contestait, quand Napoléon entra tout à coup dans la chambre. Il avait tout entendu, et, s'adressant brusquement au comte : « Qui vous a dit que mon intention était de m'avancer? » — « Sire, une armée n'a que trois choses à faire : aller en avant, rester ou reculer. Vous n'êtes pas venu pour retourner en arrière; vous ne pouvez rester puisque vous manquez de vivres; vous irez donc en avant. »
(1 ) Vittoria,, ayant triomphé, dans le prix Royal, du représentant de lord Seymour, celui-ci amena d'Angleterre Link-Boy, qu'il matcha sur 4.000 mètres, en partie liée; il fut battu dans les deux manches, où il rendait d'abord 12 livres, puis seulement le sexe à la jument. Pour venger ce nouvel échec, lord Seymour fit venir Turkoman (Selim et Pope Joan, par Waxy), vainqueur des Deux mille (ruinées, qui ne fut pas plus heureux sur la même distance, dans un match de 5.000 francs, wi rendant une année deux livres et le sexe.
La rencontre eut lieu le 15 octobre, à 2 heures, au Champ-de-Mars. Le Tout- Paris Sportif de l'époque était là. Vittoria, mena toute la course et gagna de deux longueurs. Le retentissement de cette première victoire française fut très grand en Angleterre où, dans leur dépit, certains journaux, comme le Sporting Maga,zine, décrièrent à-l'envi la qualité de Turkoman.
Lord Seymour n'accepta pas cette nouvelle défaile et il lança un défi de 25.000 francs, toujours avec Turkoman, mais à poids pour âge, cette fois, distance au choix du comte de Guiche. Celui-ci, qui était au camp de Lunéville, où il commandait une division de cavalerie, tarda à répondre. Quand son acceptation parvint à lord Seymour, il y avait quarante-huit heures qu'il avait vendu Turkoman à M. Payne, qui l'avait ramené en Angleterre.
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encore citer : — le comte de Tocqueville, qui s'occupait principalemenl de l'élevage du cheval arabe et qui possédait, dans son domaine de Oueures, près de Dieppe, un hippodrome privé alors célèbre; — le duc Descars, primitivement fixé à La Source (Sarthe), qui venait de transférer son établissement au château de La Roche (Vienne), avec un éidlon d.ng]dis T roley {W?L\ion),et\ehâThe S idi Mahmoud; — M. J.G. Schickler, à La Celle Saint-Gloud, avec Tandem, ex Multum in parvis, qui servait également à M. H. Crémieux, pour son haras de Madrid, au Bois de Boulogne; — Fasquel. avec un établissement modèle à Courteuii,près deSenlis; — Hémard,à La Charmoye (Epernay); — de Kertangui, à Saint-Georges (Morlaix); — le comte de- Narbonne, de Royères, de la Bastide, Delarroque père et fils, etc., qui avaient de nombreux chevaux à l'entraînement (1), et jusqu'à ce funambulesque abbé de Pradt, archevêque de Matines, qui se faisait fort de « produire à volonté des chevaux de la taille , de la forme et de la couleur désirées », bien qu'il ne soit fait mention nulle part de ses singuliers produiis!
Du début du siècle àl'année 1833,il avait été importé, en France, une centaine d'étalons anglais, la plupart par l'Administration des Haras, pour les croisements qui lui étaient chers.
En dépit des résultats extraordinaires' obtenus depuis une centaine d'années par l'Angleterre, cette Administration avait décrété que le pur sang était une utopie, et leséleveurs français, ignares et routiniers, la croyaient sur parole.
Aussi, à l'exception de lord Seymour, de M. de Rieussec et du duc de Guiche, nul, pour ainsi dire, ne se souciait de faire le pur sang.
Ajoutons que, l'Administration étant seule alors à organiser les courses, force était aux propriétaires de se plier à ses lois, si néfastes fussent-elles. C'est du reste l'erreur fondamentale de celte conception^ due à l'obstination incompréhensible des chefs des Haras, qui paralysait le développement des courses, par la médiocrité des sujets qui les disputaient, car nous venons de voir que, en dépit de la modicité des prix et de leur nombre restreint (2), ce n'était ni les pro-
(1) Les écuries de lord Seymour et de M. de Royères comptaient, chacune, une cinquantaine de chevaux. Vingt-cinq autres en avaient de 15 à 25. Voici les principales d'entre elles, avec, en italiques, les noms des meilleurs chevaux, pendant la période qui s'étend des dernières années de la Restauration jusqu'à ia fin de 1833 :
Duc des Cars, Lucy, — comte de Castellane, — Crémieux, Zéphyr, — Delarroque, père et fils, — Desmaisons de Bonnefond, — Drake, Larh, — Duplessis, Lily, — Haras royal de Meudon, Nell, Sylvio et la célèbre Vittoria, — Haras du Pin, Castha,m, Snail, Tigris, — Husson, — Kergariou, — ■ de La Bastide, — de Laplace, — Lecomte, — Lemeur, — Comte de Narbonne, — Neveu, Cérès, — Comte d'Orsay, Malvina, — J. Rieussec, Félix, Georgina, Tigresse, — lord H. Seymour, Clérino, Eglé, Dubrica, Ernest, Lionnel, — de Royères, — de Vanteaux, etc.
(2) Les principales épreuves du Champ-de-Mars, alors le seul hippodrome de la région parisienne étaient :
Le Grand Prix Royal, 4.000 francs, en 1819,6.000, de 1820 à 1835;— le Prix du Roi, 4.000, en 1825, 6.000, en 1828, qui deviendra le Grand Saint -Léger, en
priétaires ni les chevaux qui manquaient, bien au contraire. Ces éléments eussent été plus que suffisants pour assurer le succès de la nouvelle cause, si son organisation même n'eût péché par la base. Aucune direction générale ne présidait au mouvement, la diversité
1840; — le prix Royal, 5.000 francs; — le prix du Dauphin, 3.000, fondé en 1 823 et remplacé par le prix du Prince Royal, 1 830 à 1 840 ; — le prix d'Orléans 3.000, 1831 à 1848; — quelques prix d'Arrondissement, de 1.200, et prix Principaux, de 2.000 francs.
En province, des prix Principaux de 2.000 francs au Pin (1819), Bordeaux (1820), Aurillac (1825), Limoges et Tarbes (1826), Nancy et Saint-Brieuc (1829).
On comptait encore un prix Royal de 4.000 francs à Aurillac (1825) et, à Bordeaux, le prix de Mme la Dauphine, 2.000, créé en 1828, et remplacé en 1831, par le prix d'Orléans, 2.500 francs.
La pénurie des prix poussait les propriétaires, soit à organiser des Poules — on trouve souvent des épreuves de ce genre : « 12 bouteilles de Champagne et une poule de 25 napoléons », — soit à courir des paris particuliers. Ceux-ci sont fort nombreux et importants et dépassent de beaucoup le montant des prix officiels. En 1828, par exemple, ceux qui furent disputés au Champ-de-Mars ou à la Porte-Maillot n'atteignent pas moins de 157.000 francs contre 38.000 francs de prix. L'enjeu varie de 2.000 à 12.000 francs.
Le tableau suivant — extrait de La, France chevaline {Institutions hippiques et études hippologiques), de E. Gayot, Paris, 1850 — montre l'importance respective des prix offerts et des paris particuliers pendant les six années qui précèdent la création de la Société d'Encouragement. Il indique aussi, chaque année, les principaux propriétaires gagnants, parmi lesquels lord Seymour se taille la part du lion.