CHAPITRE XIV
Prix du Cadran, prix des Pavillons et prix du Printemps. — Lydia et Esmeralda. — Courses de Nantes, Dieppe et Pompadour. — Courses de Caen : M. Galenge. — Miss Annette et Frank (suite). — -125 kilomètres en cinq heures. — Melbourne. — Importation de Destiny, Wings et Princess Edwiss.
Une nouvelle épreuve, destinée à jouer un rôle important dans le calendrier hippique, est inscrite pour la première fois au programme de la réunion de printemps du Champ-de-Mars : le Prix du Cadran, 3.000 francs, un tour en partie liée, pour chevaux de 4 ans et audessus; poids pour âge, surcharge de 5 livres pour tout gagnant dans l'année (1). La victoire revint à Miss Annette, la célèbre jument de lord Seymour, qui fit walk-over à la seconde manche, ses adversaires s' étant inclinés devant sa supériorité.
Deux autres épreuves, qui seront longtemps au premier plan, en raison de leur allocation, le prix des Pavillons (5.000 fr.) et le prix du Printemps (4.000 fr.), datent également de cette même année. C'est aussi la première fois que nous voyons figurer « une course dite handicap », un tour en partie liée, pour chevaux de 3 ans et au-dessus. Le vainqueur portait « 6 livres de trop », son jockey n'ayant pu faire le poids.
(1) Cette surcharge fut supprimée en 1843, quand la course ne fut plus ouverte qu'aux seuls chevaux de 4 ans.
La distance, qui était à l'origine de 2.500 mètres en partie liée, fut portée à 4.000 m. en une seule épreuve, en 1843, et à 4.200 m. en 1846; réduite à 3.500 m. en 1851, puis à 2.200 m. en 1854; et enfm ramenée à 4.200 m. en 1858.
L'allocation ne subit pas de modifications jusqu'en 1862, où elle fut élevée à 6.000 fr.; 10.000 fr. en 1866; 25.000 fr. en 1877; 30.000 fr. en 1883.
A dater de 1913, la distance sera ramenée à 4.000 mètres, l'allocation portée à 100.000 francs, et la course ouverte aux chevaux de 4 ans et au-dessus de tous pays.
AClianli]ly,à la première journée, une riche épreuve deG.OOO francs, pour chevaux de 3 ans, la Poule du Club Palmer, qui ne subsistera €[ue jusqu'en 1842, sera remportée par Esmeralda (Sylvioet Géane), au duc d'Orléans, à qui sa précédente victoire dans le prix du Printemps, dont nous avons parlé plus haut, vaudra une surcharge de 3 livres, le surlendemain, dans le prix du Jockey-Club, où elle sera battue facilement par Lydia (Rainbow et Léopoldine), à lord Seymour.
Ces deux pouliches seront les héroïnes de la campagne de trois ans.
Lydia ayant remporté, en outre, le prix de la Porte-Maillot, à Versailles, un prix d'arrondissement, un prix principal (4.500 fr.) et le prix du duc d'Orléans (un vase de 1.000 fr. et 2.000 fr. en espèces), 9 Paris; — Esmeralda, en plus des deux prix ci-dessus, le prix du Ministre du Commerce, 2.000 fr. à Chantilly, le prix de la Ville et celui de la Société d'Encouragement, à Dieppe.
Pour le restant, les courses ne sont guère plus nombreuses ni les champs plus fournis. A Paris, comme à Chantilly, comme à Versailles, les poules et les paris particuliers viennent heureusement renforcer les programmes, qui comprennent aussi, parfois, outre des courses de haies, des épreuves pour poneys ou chevaux de chasse, auxquelles on ajoute, à Nantes, par exemple, des « courses en chars, pour attelages traînant un chariot d'artillerie dit prolonge; le conducteur mènera en postillon; distance, 8 kilomètres. Cette course, — ainsi que les autres prix départementaux pour chevaux de cavalerie — a été instituée par déhbération du Conseil général de la Loire-Inférieure, qui a voté une somme de 3.500 francs à cet efîet et qui l'a mise à la disposition de la Société Royale Académique du département, qui a nommé une Commission pour composer le jury de ces courses ».
La Société Académique du département s'occupant de questions de sport!...
L'attelage vainqueur parcourut les 8 kilomètres en 23' 40".
Les courses de Nantes, comme celles de Dieppe et de Pompadour, qui datent également de la même année, garderont longtemps un caractère fort modeste, et ces réunions ne prendront leur développment que bien plus tard (1).
(1) L'Omnium de l'Ouest et du Midi, de 4.000 francs, ne fut créé, à Nantes, qu'en 1855, quand le Derby de l'Ouest, alors de 7.200 francs, — qui s'était d'abord couru à Saumur, puis, par roulement, à Angers, Niort, etc. — fut définitivement fixé à Nantes, qui devint le véritable centre hippique de la région.
A Pompadour, le Grand Prix du Midi, 5 à 6.000 fr., date de 1850; le Grand Saint-Léger du Midi, 5.000 fr., de 1855.
Les courses de Dieppe ne dureront que quelques années, puis elles ne seront reprises qu'en 1850.
Une mention spéciale est due — en raison de la place qu'elles occupèrent pendant si lontgemps dans l'année sportive -. — aux courses de Caen, qui, elles aussi, furent instituées en 1837. Renommé de tout temps pour la beauté de ses chevaux, le département du Calvados occupe le premier rang comme centre d'élevage et de reproduction, et l'on peut comparer, dans un genre différent, la plaine de Caen à celle de Tarbes. Les courses de toute nature devaient donc y trouver un terrain des plus propices à leur développement, et, durant fort longtemps, le meeting de Caen a été le plus couru et le plus prospère de toute la province, et son hippodrome, situé sur les bords <ie l'OrnC; dans une prairie aux portes mêmes de la ville, cité comme un modèle.
Très confuses au début, subissant à la fois l'impulsion nouvelle donnée par la Société d'Encouragement et les tendances d'un pays d'élevage du demi-sang, les courses de pur sang monté ou attelé, furent mélangées dans un même programme, avec les courses au trot, les primes d'étalons, etc.
C'est à M. Charles Calenge — 'éleveur à Écoville, imbu des idées de la Société d'Encouragement, dont il était membre depuis 1847 — que les courses de Caen durent leur régularité et leur prospérité. Il lui fallut une opiniâtreté à toute épreuve pour réussir, et il eut à soutenir, dans son propre pays, des luttes longues et difficiles contre les préjugés existants et les intérêts locaux.
Jusqu'en 1870, l'épreuve la plus importante était le prix de la Ville, handicap, qui, avec les entrées, s'élevait à une quinzaine de mille francs, somme alors très recherchée. Mais ce n'est vraiment qu'à partir de 1872 que la réunion prend tout son développement, avec le transfert, sur son hippodrome du Grand Saint-Léger de France et du prix du Premier Pas. Aujourd'hui, ces deux épreuves ont perdu toute importance et toute signification, et, comme aucune riche allocation nouvelle n'est venue rehausser le programme de la réunion, celle-ci ne doit plus un semblant de vogue qu'à sa seule place dans le calendrier sportif, à la veille du magnifique meeting de Deauville.
Nous avons parlé des jeunes chevaux, et vu, parmi les vieuX; Miss A miette remporter le premier prix du Cadran; elle inscrivit en outre à son actif le prix d'Aumale, à Chantilly, et une poule de 750 thti- 1ers, à Aix-la-Chapelle.
Mais les honneurs de la saison, parmi les vétérans, sont pour son camarade Frank, vainqueur du prix des Pavillons (5,000 fr.), du prix Royal (6.000 fr.), du Grand Prix Royal (12.000 fr.) et du prix du duc d'Orléans (3.500 fr.).
Elisondo, 4 ans, à lord Seymour, s'adjuge le prix d'Orléans (3.000 fr.) à Paris, une poule et un pari particuher, de 2.000 fr. chaque, à Versailles, et le prix de 150 frédérics d'or, à Aix-la-Chapelle ;
— Miss Kelly, 6 ans, au comte de Blangy, le prix du Roi (6.000 fr.) à Paris; — Corinne, 5 ans, à M. Raulhac, le prix d'Arrondissement (2.500 fr.), le prix Principal (4.000 fr.) et le prix Royal (5.000 fr.), à Aurillac, — Zitella, 1 ans, au prince de la Moskowa, deux paris de 9.000 et 4.000 francs.
On peut encore rappeler un de ces paris comme en avait connus le xviii^ siècle.
Il s'agissait, cette fois, de venir de Rouen à Paris (124 kilomètres) sur le même cheval, en cinq heures. Le cheval, piloté par un gamin de treize ans qui ne pesait, équipage compris, que 63 livres, couvrit 120 kilomètres en 3 heures 47 minutes. On put considérer dès lors le pari comme gagné, attendu qu'il lui restait encore une heure et treize minutes pour faire 4 kilomètres seulement. Mais l'enfant avait trop poussé son cheval dès le départ, et la malheureuse bête tomba pour ne plus se relever.
Melbourne (Humphrey Clinker et Cervantes mare) fut un bon
Melbourne.
cheval de courses. Mais sa célébrité date de son passage au haras et il peut être considéré comme un des plus grands reproducteurs qu'ait possédés l'Angleterre.
183 i A FIN 1856 177
Il est, en effet, le père de Sir Tatton Sykes (Deux mille Guinées et Saint-Léger, 1846); — Cymba (Oaks, 1848); — Canezou (Mille Gui nées, 1848); — West Australian (Deux mille Guinées, Derby et Saint-Lé^er, 1853); — ■ Bentmore Lass (Mille Guinées, 1853); — Marchioness (Oaks, 1855); — Blink Bonny (Derby etUaks, 1857); — Thormanhy (Derby, 1860); — General Peel (Deux mille Guinéjs, 1864 .
West Australian et Thornianhy intéressent directement notre élevage, le premier étant le père de Solon (auquel remontent Finasseur, Quo Vadis et Loriot) et de Buy-Blas (père de Nubienne et de Mourle, un des pères de Ténébreuse), et le second étant père d' Atlantic, père lui-même du célèbre Le Sancy.
Melbourne mourut en 1859. Par son père, il remontait à Matchem (branche de Sorcerer), et, par sa mère, à Eclipse (branche de Don Quixote).
Comme les juments anglaises importées l'année précédente, celles que nous faisons venir seront, chez nous, d'excellentes reproductrices :
Destiny (Centaur et Fawn Junior), née en 1827, donnera Cavatine, Prédestinée, Plover, Miss Waggs, etc.;
Wings (The Flyer et Oleander), née en 1822, Fiammetta, Bengali et Romanesca;
Princess Edwiss (Emilius et Katherina), née en 1833, Premier Août, M, d'Ecoville et Prospero.