CHAPITRE XVil
La Poule d'Essai, les deux Critériums et le Grand Saint-Léger de France.
— Suppression de la Présidence de la Société d'Encouragement.
— Le Code des Courses. — Le Bulletin et le Calendrier officiels des Courses de chevaux. — Scandale Tontine- H e radia. — Nauiilus (suite).
— Beggarman. — L'écurie du vicomte de Pierres. — Courses au Pin. — Crucifier, et Pocahontas. — Importation de Flighty et de Tarentella.
Plusieurs épreuves des plus importantes datent de cette année.
C'est, d'abord, à la première journée de la réunion de printemps, au Champ-de-Mars, la Poule d'Essai, 3.000 francs, 1.800 mètres, pour poulains et pouliches de 3 ans (1).
C'est, ensuite, au meeting d'automne de Chantilly : 1° les deux Critériums de 1^^ et de 2^ classe, de 1.000 francs chaque, Pun pour poulains et l'autre pour pouliches de 2 ans. Ils deviendront, par la suite, les Premier et Deuxième Critériums, et se disputeront, d'abord à Fontainebleau, puis à Paris, et enfin de nouveau à Chantilly (2); — 2° le Grand Saint-Léger de France, d'une valeur de 6.000 francs, donnéspar le Roi, pour chevaux de 3 ans. Ce prix, fondé en 1825, s'était
(1) L'allocation primitive a été portée ensuite à 6.000 francs en 1849, puis ramenée à 4.000; en 1851, et k 3. 000, en 1852; reportée à 4.000, en 1853; 5.00O en 1855; 10 000. en 1867, et 15.000, en 1878.
En 1883, la Poule d'Essai a été dédoublée en Poule d'Essai des Pouliches et Poule d'Essai des Poulains, de 20.000 îc. chaque portée à 30.000 en 1891. En outre, il est alloué 8. 000 fr. au deuxième, 4.000 fr au troisième, et une prime de 4. 000 fr. à l'éleveur du gagnant.
Avec les entrées et forfaits, le montant de chacune des Poules d'Essai s'élève aujourd'hui, à 110.000 francs environ pour le gagnant, prime non comprise.
La distance, qui était de 2.000 mètres à l'origine, a été réduite, dès l'année suivante, à 1.500 mètres, puis élevée à 1.600 mètres en 1867.
(2) A partir de 1908, ces Critériums — réservés dorénavant, en raison de l'avancement du début des deux ans, aux poulains et pouliches n'ayant pas encore couru, — se disputent, à Chantilly, à la réunion d'été- tout au commencement d'août. Leur allocation est actuellement de 6.000 francs.
couru jusque-là au Ghamp-de-Mars, sous le nom de prix du Roi, pour chevaux de 4 ans et au-dessus; il était alors doté d'une coupe en vermeil et d'une allocation de 4.000 francs. En le transformant, la Société d'Encouragement en faisait une des épreuves capitales de l'année, et jusqu'à la guerre de 1870-1871, elle attirera l'élite des 3 ans (en dépit de la surcharge de 2 kil. 1/2 imposée au vainqueur du prix du Jockey-Club, et de la décharge de 2 kilos accordée aux chevaux qui auront couru trois fois dans l'année sans gagner), et elle jouera parfaitement le rôle en vue de quoi elle fut alors instituée, d'être, pour la Poule d'Essai et le prix du Jockey-Club, le complément qu'est, en Angleterre, le Saint-Léger de Doncaster, par rapport aux Deux mille Guinées et au Derby (1).
Au début de l'année, la Société d'Encouragement avait adopté le Code des Courses (que des modificalions successives l'obligèrent à remanier complètement en 1909), ainsi que le RÈGLEMENT du Comité.
Elle avait également créé le Bulletin Officiel des Courses DE Chevaux, destiné à porter à la connaissance des sportsmen les renseignements techniques de nature à les intéresser, dates des réunions, composition des programmes, engagements à faire ou contractés, forfaits à déclarer, décisions de la Société, etc., et elle avait décidé de prendre dorénavant à son compte l'ouvrage que Th. Bryon publiait annuellement sous le titre de Calendrier des Courses ou Racing Calendar français, en lui donnant le nom de Calendrier Officiel des Courses de Chevaux.
Enfin, dans son assemblée générale du 19 avril, comme nous l'avons dit, avait été votée la modification dans le mode de recrutement des membres de la Société qui, désormais, ne pouvaient être admis qu'autant qu'ils faisaient déjà partie du Jockey-Club.
C'est de cette même année que date la séparation de la Société et du Cercle, qui cessèrent dès lors d'avoir un président commun. Celui qui était alors en exercice, le prince de la Moskowa, demeura président du Jockey-Club, et l'on profita de cette scission pour supprimer les fonctions à.^ président du Comité de la Société d'Encouragement, lesquelles ne furent rétablies qu'en 1865, pour le vicomte Paul Daru, puis définitivement supprimées à sa mort, en 1877.
Mais l'événement sensationnel de l'année, par l'énorme retentissement qu'il eut, et qui demeura longtemps comme un des princi-
(1) Aujourd'hui, cette épreuve — dont le rôle primitif est tenu par le prix Royal-Oak — a perdu toute signification et toute importance, en dépit de son titre pompeux, et les 20.000 francs auxquels se monte la part du gagnant ne sont plus suffisants pour attirer les chevaux d'ordre.
c ce
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paux épisodes du turf français, est le scandale Tontine, dans le prix du Jockey-CluL, dont nous avons parlé dans notre biographie de iord Seymour.
Cette Tontine (Tetotum et Odette), était d'ailleurs, comme tous les animaux de sa génération, d'ordre assez médiocre. Elle avait remporté les Trial Stakes de 2.000 francs sur le mod-ste Géricault, puis avait enlevé le prix du Jockey-Club sur Jenny, Quoniam et Nelson, après quoi elle ne fit plus rien.
Jen?iy (Royal-Oak et Kermesse), à lord Seymour, avait gagné les Foal Stakes, poule de 500 francs, avant de succomber dans le Derby de Chantilly. Le jour même elle battait, dans un match de cent napoléons, Auriol, à M. Achille Fould, puis, à Versailles, elle faisait walk-over dans les Porte-Maillot Stakes. Jenny sera la mère de Fleur-de-Marie et de Liouhliou.
Quoniam (Royal-Oak et Noéma), au duc d'Orléans, enlève le prix du Printemps, se dérobe dans les New Betting Room Stakes de 4.500 fr. à Chantilly, gagnés par Roméo, à lord Seymour, est battu par Déception, dans un pari de 2.000 fr., et n'a pas de peine à prendre sa revanche sur Tontine et Jenny, dans le prix de la Société d'Encouragement, à Versailles.
Gygès (Priam et Eva), au duc d'Orléans, est le lauréat de la première Poule d'Essai et d'un prix Spécial, mais dans le Grand Saint- Léger de France, il trouve devant lui, à l'arrivée, Anatole (Royal- Oak et Waverley mare), au baron Anthony de Rothschild, qui avait déjà à son actif le prix de l'Administration des Haras, de 4 .500 francs.
Les vétérans du duc d'Orléans laissent peu à glaner à leurs adversaires. En effet, à l'exception du Handicap (2.000 fr.) à Paris, du prix des Haras (5.000) et du prix de Neuilly (2.000), à Chantilly, et du prix Royal, à Pompadour qui reviennent, les deux premiers à Vendredi, et les deux autres à Britannia, toutes les belles épreuves sont pour les vieux chevaux du prince.
C'est ainsi que Roquencourt s'adjuge le prix Spécial et le prix Principal; Francesca, le prix des Pavillons; et Nautilus, le prix du Ministère, le Grand Prix de Versailles, le prix Royal (6.000) et le Grand Prix Royal (14.000), à Paris. Cette dernière réunion, donnée le 27 septembre, « avait attiré beaucoup de curieux, nous dit le Calendrier Officiel, et l'on n'avait pas vu depuis longtemps ni plus d'équipages, ni plus de cavaliers dans l'enceinte de l'hippodrome, quoique les grandes eaux jouassent à Versailles pour célébrer l'inauguration du chemin de fer de la rive gauche ».
Bonbon, au prince Marc de Beauvau, délaisse Paris pour la province, où il va cueillir quatre prix gouvernementaux, dont le prix Royal (5.000 fr.) à Aurillac.
Le vicomte de Pierres, qui sera nommé plus tard premier écuyer de l'Impératrice, fait ses débuts comme gentleman-rider et proprié-
taire (casaque jaune, toque rouge) sur son cheval Egbert, aux réunions d'Angers et de Nantes.
Près d'une douzaine de 2 ans — ce qui ne s'était pas encore vu — font leur apparition en public.
Les principaux sont Cauchemar, Locomotive et Tragédie, au duc d'Orléans; Poetess et Florence, à lord Seymour.
Reprises des courses au Pin.
Fondé sous Louis XIV pour l'élevage et l'entretien de la cavalerie du Roi, au moment de la création de l'Administration des Haras, le haras du Pin, à mi-chemin entre Nouant et Argentan, s'étendait sur une superficie de 1.200 hectares, dont près du tiers en prairies.
Il paraissait tout indiqué pour être le berceau des courses dans la région, et le décret impérial du 31 août 1805 portait, en effet, que des courses y seraient instituées. Dès 1807, l'Administration avait fait les fonds nécessaires, mais les éleveurs mirent si peu d'empressement, qu'elles furent retardées d'année en année jusqu'en 1819. Elles eurent lieu le 31 août, dans les herbages de la Bergerie, situés dans les domaines du haras, puis sur l'hippodrome de Ménil-Brous^ près d'Alençon. Mais la rivalité d'Argentan aidant, elles revinrent à la Bergerie.
En 1840, elles furent transférées à Caen, revinrent en 1842 dans la commune de Nouant, disparurent après les événements de 1848, pour ne reparaître que quelques années plus tard : elles seront toujours d'ordre très secondaire.
L'année 1840 marque la première victoire, dans une grande course anglaise, d'un propriétaire français. Le duc d'Orléans y remporta, en effet, le Goodwood Cup, avec Beggarman (Zinganee et Adeline), cheval anglais qu'il avait acheté l'année même.
Nous avons dit, page 139, les tribulations qui attendaient le comte de Gambis, quand il le ramena en France.
Chez nous, Beggarman gagna la Coupe de Boulogne-sur-Mer, puis un pari particulier de 5.000 francs, au Champ-de-Mars.
Deux des plus grandes juments qui aient illustré le turf anglais faisaient partie de la génération qui avait alors trois ans :
Crucifix (Priam et Octaviana), à lord G. Bentinck, qui ne fut jamais battue, remportant, entre autres belles épreuves, les Oaks, les Mille et les Deux mille Guinées, et qui sera la mère de Surplice (Derby et Saint-Léger, 1848);
PocAHONTAs (Gleucoc et Marpessa), dont la carrière de courses
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sera des plus modestes, mais qui se révélera comme la poulinière la plus illustre qui ait existé; on chercherait, en effet, vainement
Crucifix.
dans le Stud-Book une autre jument ayant donné, en trois ans, trois fils comme Stbckwell, Rataplan et King-Tom (1).
(1) De 1843 à 1862, Pocahontas eut 9 fils et 6 filles.
Les plus célèbres de ses fils sont le fameux Stockwell, son frère Rataplan et King Tom, qui produisirent 5 vainqueurs du Derby, 4 des Oaks, 7 du Saiirt- Léger, 4 des Deux mille Guinées et 5 des Mille Guinées. Au total, ses fils, de 1855 à 1885, ont donné 551 vainqueuz's, remportant 2 595 courses, se montant à plus de /7 millions de francs. (Dans cette somme, Stockwell figure, à lui seul, pour plus de 9 millions.)
Les plus intéressantes de ses fdles sont :
Indiana (célèbre par la mésaven ure de l'un de ses fils dans le Derby de Musjid en 1848), à laquelle se rattache Kasbah, mère de Kizil-Kourgan, mère de Kenilworth;
Ayacanora, dont le fils, Chattanooga, qui eut l'honneur de battre Gladiateur, à deux ans, dans les Criterion Stakes, est le père de Wellingtonia, père de Plaisanterie;
Hervine of Lucknox':, grand'mère de Princess Catherine, mère de Clover et de Clamart ;
Auricula, grand'mère de Lena, mère de Masqué;
Enfin Araucaria (par Ambrose), sœur de la précédente, née en 1862, mère de
Notre élevage naissant s'enrichit encore de deux excellentes poulinières, nées en 1830 :
Flighty (Y Phantom et Diana), qui donnera Commodore Napier, Fce^t, Frugality, etc.
Tarentella 'Tramp et Katherina), importée par M. A. Lupin, et de laquel e naîtront Messine et deux vainqueurs du Derby de Chantilly, Gamhetti et Amalfi.
WeUingtonia, Camélia, Charriant, Rayon d'Or et Gardénia (sœur de Camélia), qui est l'arrière-granfl'mère de Sanctimony, mère de Sans Souci II.
Araucaria est !e dernier produit de Pocahontas, qui resta vide jusqu'à sa mort en 1870.
Chamant ayant été l'un des meilleurs étalons de l'Allemagne, Rayon d'Or des États-Unis, Talk o' th' Hill et Dreadnought (deux autres petits-flls de Pocahontas) de l'Australie, on voit la place vraiment extraordinaire que cette grande jument tient dans l'élevage du monde entier.