CHAPITRE XIX
Mort du ducd"Oiléansetde M. J.Rieiissec — Retraite de lord Henry Seymour.
— Première victoire de la Société d'Encouragement sur l'Administration des Ha»as. — Tout cheval doit courir pour gagner. — Courses à Pau.
— Annetta, Plover, Angora, Georgette. — Débuts de l'écurie du comte de Perrégaux. — Minuit et Nautilus (suite). — Importation de Physician et Caravan.
L'année 1842 est tristement célèbre par la mort du duc d'Orléans, tué dans un accident de voiture, et par celle de M. J. Rieussec, une des victimes de l'attentat de Fieschi.
Ce fut cette même année, après le jugement des tribunaux qui le déboutait de l'action judiciaire qu'il avait intentée, au lendemain de la sentence de la Société d'Encouragement dans l'affaire Tontine- Herodia, que lord Henry Seymour — justement dépité, il faut le reconnaître — liquida son écurie de courses et renonça pour toujours au turf.
Ainsi, trois des hommes qui, à divers titres, avaient le plus fait pour l'acclimatation des courses en France et l'orientation à donner à l'élevage national, disparaissaient à quelques mois d'intervalle!
Tout en demeurant foncièrement hostile à cette orientation et aux principes qu'elle établissait, l'Administration des Haras ne s'en voit pas moins forcée de les subir, et un arrêté ministériel réserve désormais les prix royaux aux seuls chevaux de pur sang inscrits au Stud-Book.
Pour en arriver à sanctionner ainsi la théorie même de la Société d'Encouragement, quel chemin avait été parcouru dans ce court espace de huit ans î
On peut s'en apercevoir, dans un tout autre ordre d'idées, par le
blâme formel que, dans sa séance du 12 octobre, le Comité de la Société d'Encouragement trouve nécessaire d'exprimer « contre quiconque fera partir un ou plusieurs ^chevaux dans une course, sans avoir l'intention de la gagner ».
Le Béarn peut être considéré comme le berceau des courses en France. Nous avons vu, en effet, qu'il y en avait existé dès le xii^ siècle. Puis elles avaient disparu, et nous ne les voyons renaître qu'en cette année 1841, sur le bel hippodrome créé à 4 kilomètres de la ville de Pau, dans une lande immense, sur un plateau des plus pittoresques.
Indépendamment du meeting d'obstacles, dont nous n'avons pas à nous occuper ici, les courses plates, d'abord très modestes, ont pris un réel développement avec la création, en 1860, de la Poule d'Essai pour chevaux de 3 ans, qui, de 2.500 francs qu'elle était abrs, s'élève actuellement, avec les entrées, à une vingtaine de mille francs pour le gagnant. Placée au début de la saison sportive, elle a toujours attiré non seulement les meilleurs produits de la région, mais, à plus d'une reprise, des représentants des écuries parisiennes.
Poetess, qui triompha l'année précédente, était une sœur de Miss Annette. La lauréate de cette campagne, AriTietta (par Ibrahim) est sa fille. Elle remporta successivement, pour le compte de Th. Carter, le prix de l'Administration des Haras, le prix du Printemps, la Poule d'Essai, le prix de la Société d'Encouragement, à Versailles, le Handicap de La Morlaye (un groupe en argent, d'une valeur de 5.000 fr. offert par les barons Anthony et Nathaniel de Rothschild), le Grand Saint-Léger et un prix Principal de 5.000 francs. Am^etta ne subit qu'une défaite, dans le prix du Jockey-Club, où elle ne put prendre que la troisième place, derrière'P/oc^er et Angora. Au haras, Annetta sera la mère de Bounty, Celehrity et Dame d'Honneur.
Plover (Royal-Oak et Destiny) 'appartenait à M. E. Aumont qui, quelques jours avant le meeting de Chantilly, le vendit 20.000 francs au comte E. de Perrégaux, dont la casaque rayée bleu et blanc, toque blanche, cueillit ainsi, dès ses débuts, le trophée le plus envié. Cette victoire de Plover — le dernier produit du vieux Royal-Oak qui remporte le prix du Jockey-Club — fut, sans doute, plus heureuse que méritée, car il ne gagna plus ensuite que la Poule Glatigny, à Versailles.
Angora (Lottery et Y. Mouse), à M. A. Lupin, est le vainqueur de la Poule des Produits, d'un pari de 2.000 francs, à Versailles, et du prix d'Arrondissement, à l'automne.
Muse (Royal-Oak et Terpsichore), à Th. Carter, est la seconde du Grand Saint-Léger, après quoi elle enlève, à Paris, un prix de 2.000 francs et le prix Principal de 4.500 francs.
183i A FIN 1856
Le nom de Georgette (Hœmus et Lustra), se fera surtout connaître au haras; elle est, en effet, la mère de Goélette (mère dC Etoile- Filante et de Miss Cath) et de Géologie.
M. Fasquel (de Courteuil), remporte pour la première fois le Grand Prix Royal avec son 4 ans Minuit (Terror et Nell), sur Jen?iy, Dansomanie et cinq autres, Jenny, comme nous le verrons, y triomphera l'année suivante. Da^isomaAi/e venait d'enlever le prix Royal {6.000 fr.), sur Poetess; elle appartenait à un propriétaire belge, le comte R. de Cornelissen, et n'avait rien fait dans le Brabant. Les performances de Minuit n'étaient guère plus brillantes, tout son ba-
Nautilus.
gage se composant de deux modestes épreuves à Chantilly et à Versailles et d'un prix Principal à Nancy.
Nautilus avait battu Fiammetta et Poetess dans le prix du Cadran, qu'il remportait pour la troisième fois, puis il avait gagné le prix d'Orléans, à Paris, et celui de même nom, à Chantilly.
Fiammetta se présenta ensuite dans le prix des Pavillons, où elle se démit le paturon, laissant la victoire à Trasédie, qui. .précédemment y avait fait walk-over dans le prix du Ministère du Commerce.
Anatole avait eu en partage le prix de l'Administration des Haras
au Champ-de-Mars, et Florence, celui de Chantilly, dans lequel elle fit walk-over.
En province, les prix Royaux d'Aurillac, Pompadour et Toulouse reviennent à Miriam, à M. de Beauregard, Tobie, à M. de La Bastide, et Marengo, à M. J. Rivière.
La palme des 2 ans échoit à Nativa, qui remporte les Two year old Stakes (dans lesquels Chantilly se casse une jambe), le Critérium des Pouliches et le prix du comte de Paris.
Renonce avait enlevé la Poule de 2.000 francs, avant de succomber,, ainsi que Drummer,ddins le Critérium de l^e classe, contre Gerfaut.
La Poule de juin, à Versailles, avait été pour Maria.
Physician (Brutandorf et Primette), né en 1829, et Caravan (Camel et Wings), né en 1834, furent importés en 1842.
Le premier sera le père de Dulcamara, Premier Août, Expérience et Capri;\e second, d'Illusion, Gouverneur, Mademoiselle-des-Douze- Traits et Paladin.