CHAPITRE XXVIII
Hervine, First Boni, Amalfi, Illustration, Constance. — La Clôture et Messine (suite). — Création des meetings de Tours, de Moulins : transfert à celui-ci du Grand Saint-Léger de France. — Derby du Midi, à Bordeaux, et Derby de l'Ouest, à Saumur. — • Bousculade sévèrement punie. —
Le City and Suburban Handicap, à Epsom. Nen'minster, Tedding-
ton et Longbow. — Importation de Ion, Florida et Creeping Jenny.
Une de nos très grandes juments, la meilleure qui eût encore paru sur le turf, illustre cette année.
Hervine (Mr Waggs et Poetess), à M. A. Aumont, avait débuté sans succès, à 2 ans, dans le prix de Chantilly, au printemps ; puis, à l'automne, elle avait gagné le prix de la Ville de Chantilly, sur un lot nombreux, dont faisaient partie Memory et Mademoiselle-de-la- Veille, qui l'avaient précédée dans sa première sortie.
A 3 ans, elle ne connaît pas la défaite. Elle court, en effet, huit fois pour remporter huit victoires, dans la Bourse et le prix du Printemps, à Paris; le prix de Diane, à Chantilly; un pari particulier de 5.000 francs, à Versailles; le prix de la Ville de Caen; le Grand Saint-Léger de Moulins (après avoir, par suite d'un faux départ, gagné inutilement la première épreuve); un prix Spécial et un prix Principal, à Paris.
Sa carrière sur le turf ne se bornera pas là, et nous aurons occasion, à 4 et 5 ans, d'enregistrer ses autres succès.
Au haras, son rôle sera de premier ordre, et, d'elle, descendent notamment deux des juments qui font le plus d'honneur à l'élevage national. Ténébreuse et Plaisanterie (1).
(1) Hervine est la mère de :
Mon Étoile, mère de La Dorette, mère de Poetess, mère de Plaisanterie ;
Favorite, mère de Peut-Être;
Minerve, mère de Serpolette II et Rubens;
Miss Hervine, mèTe de Containville, qui détient le record des sorties publiques;
Après Hervine, les meilleurs 3 ans sont :
Fii-st Born (Nuncio et Bienséance), à Mme Latache de Fay, gagnant du prix de la Ville de Paris (6.000 fr.),du Derby Continental (3.000 fr.), à Gand, et de la Poule d'Essai (6.000 fr.), battant, dans ces deux dernières, Amalfi (Y. Emilius et Tarentella), à M. A. Lupin, qui prit sa revanche dans le prix du Jockey-Club, à Chantilly.
Illustration (Gladiator et FUrtation), à Th. Carter, gagnante de sept courses, dont la Poule des Produits (4.000 fr.); — Électrique (Y. Emilius et Kermesse), au prince Marc de Beauvau,six courses, et Maryland (Royal-Oak et Pécora), au même, quatre courses, dont rOmnium (4.000 fr.); — Débardeur (Y. Emihus et Dona Pilar), à M. de Baracé, Derby de l'Ouest, à Saumur.
Enfin, le nom de Constance (Gladiator et Lanterne), au prince Marc de Beauvau doit d'être rappelé, en raison du rôle qu'elle Jouera au haras (1).
Parmi les vieux, la palme revient au 4 ans, La Clôture, à M. A. Aumont,qui remporte 32.000 francs et neuf courses, dont le Cadran, le prix Municipal, à Gand, et le prix de la Ville, à Bruxelles.
Favori du Grand Prix National, de 14.000 francs, à la dernière journée du meeting d'automne, à Paris, il tombe boiteux et ne termine pas le parcours, laissant la victoire à Messine, à M. A. Lupin.
Fleur-de- Marie, au prince Marc de Beauvau, gagne cinq courses et 14.000 fr.; — Gentil Bernard, à M. de Pierres, quatre (dont le Grand Prix du Midi, de 5.000 fr., à Pompadour) ; — Good for Nothing, à M. Middletich, 16.200 fr. et 11 victoires, à Bordeaux, Limoges, Pompadour, Mont-de-Marsan, Pau, Tarbes et Dax.
L'arrêt provoqué par les événements de 1848 n'aura été que passager, et les efforts de quinze années n'auront pas été perdus. L'Administration des Haras elle-même s'inchne, ou tout au moins
né en 1879, il courut jusqu'à la fin de si douzième anné3, tant en obstscles que dans lesflat-rtcîs des Suburbains, ne disputant pas moins de t235 courses.'... A huit et neuf ans, notamment, il parut, chaque année, 41 fois sur le turf 1... New Star, mère de Fitz-Plutus, Nev^market et Ténébreuse.
(1) Constance était si petite que, sans Henry Jfnnings — qui avait une prédilection toute particulière pour les produits de Lanterne, laquelle avait commencé sa réputation d'entraîneur, — elle n'aurait pas été entraînée. Elle ne débuta qu'à trois ans, à Chantilly, et se cassa le boulet. Le prince de Beauvau voulait: la faire abattre, mais devant la nouvelle insistance de H. Jennings, il la lui donna pour en faire ce qu'il voudrait. Il la soigna, puis la vendit à un cultivateur de Pontoise, en se réservant certains droits sur sa production.
De Constance, descendent :
Le Sarrazin (1865), gagnant de 83.000 francs; — La Favorite, gagnante de 76.000 francs, mère du célèbre Flageolet (1870), et de Léon (1873); — Fidélité, d'nn grand courage, malgré sa petite taille, et gagnante de plus de 100.000 francs, mère de Fil-en-Quatre et de Friandise, une des bonnes juments de M. H- Delamarre.
fait mine de s'incliner devant le fait accompli. L'inspecteur général B. Gayot, qui était l'âme de la résistance aux idées de la Société d'Encouragement, prend sa retraite (1), et la sollicitude du prince Louis-Napoléon pour les courses se manifestant dès le début de sa présidence, elles vont prendre un nouvel et rapide essor. L'activité de tous, propriétaires, éleveurs, dirigeants, est prodigieuse. De nouveaux meetings sont institués, à Tours, Moulins et Saumur, et partout les épreuves se font plus suivies, plus régulières, plus rémunératrices.
C'est ainsi que le Grand Saint-Léger, supprimé l'année précédente, est rétabli et transféré à la réunion de Moulins, qui sera, jusqu'en 1870, la plus importante de la province. L'allocation de 6.000 francs du Grand Saint-Léger en fera une des épreuves les plus recherchées de la campagne de trois ans, en dépit de la décharge de 3 kilos qui était accordée, pendant les premières années, aux chevaux ayant résidé pendant deux ans dans l'ancienne division du Midi. En 1854, la création du Grand Prix de la Ville (Critérium, 3.000 fr.) ajoutera encore à l'importance de la réunion de Moulins.
C'est ainsi, également, que sont créés : à Bordeaux, le Derby du Midi, de 3.000 francs, pour chevaux de 3 ans, nés et élevés dans la division du Midi, et, à Saumur, le Derby de VOuest, pour chevaux de l'arrondissement de l'Ouest.
La création de cette épreuve, instituée par l'arrêté du 8 novembre 1850, allait donner, pour quelque temps, aux courses de Saumur, le caractère de régularité qui leur manquait (2). L'allocation de 6.000 fr. était faite, moitié par l'Administration des Haras, et moitié par la cotisation réglementaire des Sociétés de courses de l'arrondissement. Ce prix, qualifié d'ambulant, devait être couru chaque année, par voie de tirage au sort, sur un hippodrome différent de la région. C'est ainsi qu'il sera disputé successivement à Saumur, Poitiers, La Martyre, Angers, Angoulême, Rennes, etc., jusqu'à ce qu'il soit définitivement
(1) Entre autres ouvrages, il avait publié le Guide du Sporstman ou Traité de l'entraînement et des courses de chevaux.
La première édition datait de 1 839 ; la deuxième parut en 1 854 ; la troisième, en 1865.
On ne peut mieux donner une idée de la haine maladive qu'il nourrissait contre la Société d'Encouragement que de citer ses propres paroles :
« Ces trois éditions, dit-il, répondent à trois phases distinctes du turf en France : période d'incubation et de développement; — période de frénésie et d'aveuglement; — période extrême enfm où les vices sont démontrés (.'.'.'). »
On comprend combien les courses et l'élevage qui en découle allaient gagner au départ d'un tel homme.
(2) Organisées dès 1827, par les officiers de l'École de Cavalerie, les Courses de Saumur constituaient, bien plus que des courses proprement dites, des tournois où le cavalier devait déployer toute son habileté. Aussi les prix ne consistaientils qu'en sabres, éperons ou pistolets.
La première année, le général Oudinot avait parié, contre le major Goudmetz, qu'il parcourrait, avec sa jument anglaise, 28 kilomètres en une heure de trot sans rupture; il perdit de trois minutes.
incorporé, à la suppression des divisions chevalines, en 1865, à la réunion de Nantes.
Quant au meeting de Tours, au centre d"une région mondaine, il jouira longtemps d'une réputation d'élégance qui rappellera les plus belles journées de Chantilly.
Dans maintes épreuves, à défaut d'allocations en numéraire, le Gouvernement offre des vases ou coffrets en porcelaine de la Manufacture Nationale de Sèvres, et le Président de la République, des boucliers en argent ou en fer repoussé,» ou des services à thé en vermeil. Et ces prix ne sont pas les moins disputés, au contraire. C'est ainsi que le prix du Président de la RépubUque (handicap libre, 2.400 mètres), couru à Chantilly, le jour du prix du Jockey-Club, ne réunit pas moins de quinze partants, chiffre pour ainsi dire inconnu, et que, seul, ce même prix du Jockey-Club avait compté en 1842, 1844 et 1845.
La bizarrerie même des conditions de certaines épreuves locales ou leur exclusivisme en faveur de l'élevage régional était une preuve d'émulation et du goût toujours croissant que le public prenait aux réunions hippiques (1). Bien que les écuries parisiennes envoyassent fort loin leurs chevaux disputer les prix qui leur étaient ouverts, les contingents régionaux de pur sang n'étaient pas suffisamment nombreux encore pour assurer le succès de toutes les épreuves, et force était aux organisateurs de faire flèche de tout bois pour composer des programmes susceptibles d'attirer le public ( 2) . Ces épreuves en dehors disparaîtront d'ailleurs d'elles-mêmes au fur et à mesure du développement réguHer de chaque réunion provinciale, comme disparaîtront également, et pour les mêmes raisons, les courses en partie liée, chères à l'Administration des Haras.
(i) Alors qu'on ne comptait encore que 16 hippodromes en 1834, il en existait déjà 51 en 1851.
(2) Au hasard et, pour donner une idée de la physionomie des courses en province, à cette époque, nous copions dans le Calendrier officiel :
Vannes. — Prix d'une réunion de commerçants de la ville de Vannes. Deux cravaches d'honneur pour chevaux de tout âge, sexe et pays, montés par les propriétaires ou leurs amis. Deux tours, trois barrières à chaque tour. La seconde cravache ne sera décernée qu'autant qu'il y aura trois concurrents au moins (.'.'/)
AuTUN. — Coupe des Dames. Une cravache donnée parles dames.
Les engagements n'ayant pas été suffisants, la course n'a pas eu lieu, et la cravache a été donnée à M. Chénardin, à titre d'indemnité.
Caen. — Prime d'attelage. 1.500 francs offerts par l'Administration des Haras. Une prime de 700 fr. et deux de 400 fr., pour chevaux de 3, 4 et 5 ans, nés et élevés en France attelés en break par paires. Distance 2.200 mètres.
TAREES. — Primes de dressage, 300 fr. au premier, 120 fr. au deuxième, 80 fr. au troisième. Distance, 2.200 mètres. Pour poulains hongres et pouliches de 3 et 4 ans, nés et élevés dans la division du Midi, n'ayant pas été en service, et présentés par des propriétaires-éleveurs ou par des marchands (???)
Le Mans. — Prix offert par M. le prince Marc de Beauvau. Une coupe en vermeil pour chevaux de toute espèce, nés et élevés dans le département de la
Un autre fait allait encourager bien davantage les éleveurs et donner plus de développement encore à l'institution des courses. Nous voulons parler des succès des chevaux français à l'étranger ou, plus exactement, en Angleterre, car ils avaient déjà remporté de nombreuses victoires en Belgique.
Les champs étaient moins nombreux à cette époque que de nos jours, et, partant les bousculades moins fréquentes. Il en coûtait cependant quelquefois fort cher d'en provoquer, ainsi que le jockey Antoine en fit l'expérience, le 20 juillet, à Luçon, dans le prix de la Circonscription de l'Ouest (800 fr., 2.500 m.).
Étant en selle sur Sophia, à M. de Terves, il serra si fort contre la corde Paganini, monté par Adrien, que celui-ci fut culbuté et eut le bras fracturé. « Cet accident ayant causé quelque désordre parmi les concurrents, nous dit le Calendrier des Courses, le jury, sur la
Sarthe et appartenant à des cultivateurs. Trois chevaux partants au pas de course.
Trois chevaux ont été présentés, mais vu leur faiblesse, le jury a refusé de les admettre à courir, et le prix a été réservé pour les courses prochaines.
Laon. — Course de poneys (Prix de la Société d'Encouragement) (.'.'.')• Un beau vase en argent, pour poneys de la taille de 1 m. -30, montés par des enfants au-dessous de 15 ans.
Il y eut trois partants, qui avaient déjà disputé, la veille, un prix en tous points semblable, mais doté seulement d'une cravache.
Moulins. — Prix de la Ville, 2.000 francs, pour chevaux de tout âge, nés en France, et ayant au moins deux ans de résidence dans la circonscription des courses de Moulins.
M. de Veauce avait fait seul des engagements pour ce prix-, il lui a été abandonné sans le courir, et il en a fait don à la Société des Courses.
Prix des Cultivateurs. — Offert par le Président de la République, pour chevaux de tout âge et de toute espèce (à l'exclusion des pur sang), nés ou élevés dans l'un des sept départements de la circonscription des courses de Moulins. Ces chevaux devront appartenir (bona flde) à des cultivateurs faisant valoir leurs terres et devront être montés par eux, leurs amis ou leurs valets de ferme. Distance, un tour en une épreuve. Poids à volonté. Non seulement les chevaux qui partiront ne seront assujettis à aucun frais ni entrée, mais chaque cheval, au contraire, ayant pris part à la course, recevra de la Société des Courses de Moulins, une prime de 10 francs à titre d'encouragement.
Citons enfm à Loo (Pays-Bas), entre autres courses organisées par le Club Royal de la Fauconnerie :
Palace Stakes. — 60 florins, ajoutés à un prix offert par S. M. le Roi des Pays-Bas, pour chevaux appartenant à des membres du Club et montés par eux. Aucun cheval ne pourra partir s'il n'a suivi pendant trois jours entiers la chasse au faucon, en 1850, et s'il n'a été monté pendant au moins un vol par jour.
Cigar Handicap. — 100 florins chaque, ajoutés à 40 souverains, offerts par S. M. le Roi des Pays-Bas, et 50 souverains offerts par le duc de Leeds. Le gagnant donnera au Club mille cigares.
La plupart des épreuves du meeting revinrent a Dutch Star et Derviche, tous deux au Roi (montés par lord Brownlow Cecfl ou le jockey Balchin), et à Tory au prince Henry (Lee).
183i A FIN 1856
réclamation de M. de Pierres, propriétaire de Paganini, qui demandait que le gagnant fut distancé, décida que la course :erait recommencée ; Sophia et Zuleicka y prirent seuls part et finirent dans cet ordre. »
Mécontent de cette décision, M. de Pierres porta l'affaire devant le tribunal de Fontenay qui, tout en maintenant le résultat, condamna le jockey Antoine à mille francs d'amende et à huit jours de prison.
Si l'on déployait cette même sévérité aujourd'hui que les bousculades, souvent volontaires, semblent devenues une habitude, bien
Newminster.
\ L , Liiuaon, ( opyiiglit.
peu de réunions de courses pourraient avoir lieu, car nos jockeys seraient plus souvent sous les verrous qu'en selle.
Le City and Subujban handicap, à la réunion de printemps d'Epsom, date de cette année
Nos représentants n'y triompheront qu'une seule fois, en 1858, avec Mademoiselle-de- Chantilly .
Le Derby réunit un champ inusité : 33 partants. La victoire revint au favori Teddington (Orlando et Miss Twickenham), qui y ajouta,
parla suite, les coupes d'Ascot, de Doncasteret de Warwick,etgagna un match célèbre, de 150.000 francs, contre Moutain Deer, qui n'avait pas figuré dans le Derby.
Parmi les autres non placés, se trouvait Newminster (Touchstona et Bee's Wing), frère cadet de Nunnykirk, qui ne courut que six fois, pour remporter deux victoires, dont le Saint-Léger de Doncaster.
Il sera le père de Musjid (Derby, 18S9), Némésis (Mille Guinées, 1861), Lord Clifden (Saint-Léger, 1863) et du îamaeuxHermit (Derby, 1867).
Un autre bon trois ans est Lo?igbow, qui gagna quatorze courses,, sur les vingt dans lesquelles il parut, notamment les Stewards et Ghesterfield Cups, à Goodwood, les Royal Stakes, à Newmarket, et les Gatwick Stakes, à Liverpool.
Encore deux poulinières remarquables qui nous viennent d'Angleterre :
Florida (Mulato et Floranthe), née enl835, morte en 1856, mère de Ronzi et Last Born;
Creeping Jenny (Inheritor et Maid of Erin), née en 1847, de qui naîtront Black Prince et la fameuse Stradella.