‹ Historique des courses de chevaux de l'antiquité à ce jourChapitre 46 sur 202 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Aguila, Porthos, Échelle, Bounty et Quality. — Hervine, Fight Away^ Corbon, Annette et Électrique (suite). — Les chevaux français en Angleterre. — Courses à Amiens et à Angoulême. — Stockwell et sa mère Pocahontas. — Importation de iMaid of Hart.

Une fois de plus, l'écurie A. Aumont se taillait la part du lion, tant avec ses 4 ans, Hervine, Corbon et Fight-Away, qu'avec ses 3 ans,, Échelle, Porthos et Aguila (1).

(1) Aguila est un exemple typique du jugement erroné que l'on peut porter sur un jeune cheval, par suite de sa transformation physique ultérieure, ainsi que le rapporte E. Chapu«, dans Le Turf.

Il en avait été de même, ne l'oublions pas, du fameux Eclipse.

Donc Aguila — ainsi nommé du nom du domaine que possédait, près de Cordoue, le comte de Prado, chez qui il était né, au haras de Gouvieux — s'annonça sous les apparences les plus défectueuses : il était envahi par la gourme, boitait et pliait sur ses jambes. Désespérant de son avenir, son propriétaire le vendit 1.000 francs à M. Aumont, qui ne l'acheta qu'en raison de son origine. Avec l'âge, une métamorphose complète s'opéra, et le poulain malingre et mal bâti devint un cheval magnifique, avec des jambes de fer, une longue encolure, (Une ligne de dessus superbe et une poitrine d'une ampleur remarquable.

Sa carrière de trois ans avait été des plus brillantes, quand M. Aumont eut l'idée de vendre son écurie. Le commissaire-priseur avait déjà adjugé les non valeurs, quand il avisa l'assistance que les autres chevaux ne seraient vendus qu'autant que l'ensemble du produit de leur vente atteindrait un chiffre qu'il avait indiqué dans une lettre close. On se récria contre cette condition insolite, mais la vente continua. Royal-Quand- Même fut adjugé pour 18.000 fr., et Aguila,, pour 32.000. Ces chiffres étant bien inférieurs aux limites qu'avait assignées M. Aumont, les adjudications furent déclarées nulles. Il s'éleva de toute part les plus vives clameurs : les uns prétendaient qu'on faisait jouer au public un rôle de dupe, les autres réclamaient que le vendeur fît connaître clairement ses intentions. Le commissaire-priseur, comprenant que M. Aumont, sans le vouloir, justifiaii. ces plaintes, obtint qu'il lui remît une liste des chevaux qui restaient à vendre, avec les prix qu'il voulait de chaque cheval, ses propres enchères ne pouvant plus être reçues au delà des nouvelles limites indiquées.

A cette seconde mise en vente, Aguila fut racheté par le comte de Prado pour 45.000 francs, chiffre qui dépassait de 1.000 francs le prix de réserve.

Battu par son camarade Fight-Away, dans le prix de la Ville de Paris, Aguila (Gladiator et Cassandra), enlevait successivement le prix du Printemps et la Poule des Produits, ce qui lui valait de partir favori dans le prix du Jockey-Club. Bien qu'il eût la monte de Spreoty, le premier jockey de l'écurie et la meilleure cravache de l'époque, il n'y put prendre que la quatrième place, et la victoire revint à son compagnon Porthos (Royal-Oak et Lady Fashion), qui n'avait encore à son crédit que deux petits succès, dans le prix de l'Administration des Haras et le prix du Président (handicap).

Aguila remporta sept autres victoires, dont le Derby Continental, à Gand, et Porthos, trois; leurs gains respectifs s'élevèrent à 28.500 et 23.000 francs. Porthos est le dernier produit du vieux Royal- Oak, qui gagne une grande épreuve; il était né au haras du Pin et avait été réformé pour une imperfection insignifiante.

Échelle (Sting et Eusébia) gagna quatre prix, dont FOmnium, formant un total de 12.000 francs.

A côté d'eux, une excellente pouliche, à Th. Carter, Bounty (Inheritor et Annetta) avait gagné la Poule d'Essai et le prix de Diane, avant de se placer troisième dans le prix du Jockey-Club; c'est une autre de ses pouliches, Quality (Inheritor et Margarita), qui s'adjugea le Grand Saint-Léger de MouUns, sur Porthos et Échelle, mais ces deux derniers prirent leur revanche à la seconde journée, dans le Grand Prix du Conseil général, de 4.000 francs.

Yatagan, au baron de Pierres, avait triomphé dans le Derby du Midi, à Bordeaux — et Savonette, au baron Vigier, dans le Derby de l'Ouest et la Poule des Produits, à Poitiers.

A de nombreuses reprises déjà, nos propriétaires avaient tenté la fortune en Angleterre, mais l'épreuve qui les avait surtout attirés était la Goodwood Cup, en raison des avantages de poids considérables que les Anglais, confiants dans la supériorité de leur élevage national, accordaient dédaigneusement aux chevaux nés sur le continent : nul n'aurait osé songer alors à se mesurer avec eux à armes égales dans les grandes épreuves classiques comme le Derby, les Oaks ou le Saint-Léger, et il faudra attendre la venue du comte de Lagrange pour risquer pareille aventure (1).

(1) Le premier, comme nous l'avons vu, sous Louis XVI, Philippe-Égalité avait fait courir des chevaux français en Angleterre.

Après la Révolution de 1830, le baron Terpier avait tenté, sans succès, la fortune dans les Durdan's Stakes de Newmarket, avec une pouliche anglaise, puis lord Seymour — que l'on doit considérer, bien qu'Anglais, comme Français au point de vue des courses — avait fait courir Elizondo (anglais), à Newmarket, en 1836, et Scroggins (anglais), à Bedford, en 1838.

Voici la liste chronologique des chevaux appartenant à des propriétaires français qui avaient disputé la coupe de Goodwood :

1838, Bra,ba,nt et Creusa, tous deux anglais, à Th. Carter, non placés; — 1839, Mr Waggs (anglais), à M. A. Aumont, non placé; — 1840, Beggarman, (anglais), au duc d'Orléans, vainqueur sur Lanercost, Hetman Platow, Charles X II

183i A FIN 1856 243

Mais aucun des chevaux à qui nous avions jusque-là fait traverser le détroit n'était de la classe de Hervine. Elle venait de remporter le prix du Cadran et le prix des Pavillons, à Paris, et le prix Spécial, à Chantilly, quand M. A. Aumont l'envoya disputer la Goodwood Cup, où, sous son poids extra léger de 6 st. 11 Ibs (43 kil. 1/2), ellenousparaissait imbattable, cependant que le ring anglais délaissait à 20/1 celle que l'on appelait emphatiquement ici la « Toujours victorieuse ». Fut-elle incommodée par la traversée ou dérangée par la privation de son jockey ordinaire, Spreoty, qui n'avait pu faire le poids et que remplaça T. Wells, un excellent jockey certes, mais qui ne la connaissait pas, toujours est-il qu'elle fit une course médiocre et ne fut pas placée.

Cet insuccès nous fut très pénible, étant donnée la haute idée que nous nous faisions de la quahté de la jument, et peut-être nous aurait-il découragés pour longtemps si, dès l'année suivante, nous n'avions pris une éclatante revanche.

De retour en France, Hervine retrouva toute sa supériorité, et elle n'eut qu'à être elle-même pour cueilhr le prix des Haras, à Chantilly, le prix Spécial et le Grand Prix National de 14.000 francs, à Paris. Au total, à 4 ans, elle gagnait sept prix, s'élevant au chiffre coquet de 38.000 francs.

Ses camarades Fight-Âway, 4 ans, et Gorbon, 5 ans, créditaient leur propriétaire, le premier, du prix de la Ville de Paris (6.000 fr.); le second, de cinq courses, dont la Coupe d'Or, à Boulogne-sur-Mer (4.000 fr.).

On peut encore citer : Électrique, au prince Marc de Beauvau, gagnante de neuf courses et d'une vingtaine de mille francs; — Lord George et Isabau, qui rapportent à M. de Veauce près de 30.000 francs, langés un peu partout en province; — Annette (Gladiator et Annetta), à Th. Carter, lauréate, à Paris, du prix National de 6.000 francs.

Les courses d'Amiens et d'Angoulême datent de 1852. Créées sous l'impulsion de la famille Hennessy, celles-ci jouiront d'une certaine vogue vers la fin du Second Empire, avec le Grand Prix d'Essai de l'Ouest et du Midi, disputé pour la première fois en 1866.

et la célèbre poulinière Pocahontas ; — 1841, Oaktsick, à lord Seymour, et Nauiilus, au duc d'Orléans, tous deux nés en France, non placés; — 1845, Drummer, né en France, à Th. Carter, non placé; — 1848, Fitz EmiliuS; né en France, à 31. A. Aumont, non placé.

En 1850, Dulcamarra, né en France, à Th. Carter, est non placé dans les Doncaster Stakes, cependant que, plus heureux que nous, les Allemands enlèvent à Goodwood, les Steward's et Chesterfield Cups, avec Turnus, né en Allemagne.

Quant aux courses d'Amiens, leur proximité de la capitale leur valut pendant longtemps d'être comprises dans ce que l'on appelait « la grande banlieue », dont le concours des écuries parisiennes assurait le succès.

Outre-Manche, c'est l'année de Stockwell, un des plus grands étalons qu'ait produits l'Angleterre.

Il était fils de The Baron et Pocahontas (1) et appartenait à lord Exeter, pour lequel il remporta de nombreuses victoires, dont les Deux mille Guinées, le Saint-Léger, le \Vhip, les Great Yorkshire Stakes, etc. Il n'avait pas figuré dans le Derby, qui était revenu à

un des outsiders, Daniel O'Rourke, qui ne put prendre que la troisième place dans le Saint-Léger.

Stockwell avait été payé yearling 4.500 francs, avec une redevance de 12.500 francs, s'il gagnait le Derby. Il était de robe alezane,

(1) Nous avons longuement parlé de cette illustre poulinière au Chapitre XVII.

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