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les malades qui sont affectés de cette forme du chancre vénérien ne présentent pas ullérieurement les symptômes de l'infection conslitulionnélle.
Le chancre simple n'infectant pas, c'est-à-dire ne produisant pas d’effels dialthésiques, n'incube pas. »
La distinction entre les deux chancres est pourtant assez nettement indiquée. On s’élonne qu'après un semblable début, CLerc en arrive à faire du chancre mou un dérivé de l'autre !
:« Done deux filiations de symptômes, à savoir : dans une première calégorie de malades : chancre induré, bubons ne suppurant pas et infection syphilitique consécutive. Dans l'autre catégorie : chancres non indurés, bubons suppurants et pas d'infection constitutionnelle ullérieure... Celte distinction si importante de deux variélés du chancre primilif n’a pu êlre obscurcie que par des idées de lhéorie ou de doctrine...
Malgré les suites si différentes de l’une et de l’autre variété du chancre, l'identité du virus -syphilitique dans le chancre induré et le chancre simple est un point de doctrine qui fait encore loi, soutenu qu'il est par laulorilé de M. Ricono.
Pour M. Ricorp, un chancre s'indure ou ne s'indure pas, c'est-à-dire est infeclant ou ne l’est pas, suivant la prédisposilion du malade pendant la durée du chanere. Si bien que sur un malade portant un chancre induré par exemple, l'inoculalion du pus de ce chancre ou de tout autre, faite à ce malade donnerait lieu à un second
chanere induré puisque la prédisposilion resterait la
même. D'où il pourrait résuller encore que plusieurs individus, tous indemnes d'accidents syphilitiques antérieurs, ayant des rapports sexuels dans un même temps avec une femme affectée d’un chancre d'une variété quelconque, et contraclant tous des chancres, leur prédisposition n’élant pas la même, chez les uns les chancres s’indureraient et seraient suivis d'accidents conslitutionnels et chez les autres on pourrait n'observer que des chancres simples, non suivis de syphilis généralisée. En d’autres termes, le chancre est un à son début, c'est la prédisposition individuelle qui crée la variété. |
L'observalion des malades nous semble permettre une aulre interprétation des faits.
I n’est'pas rare d'observer, dans les hôpilaux spéciaux surtout, des malades dont les premiers chancres sont des chancres non indurés que l’on guérit sans l'emploi d'aucune médication spécifique, el qui ne donnent pas lieu ultérieurement à la syphilis généralisée. Parmi ces malades, quelques-uns s'exposant de nouveau à la contagion conlraclent, quelquefois peu de lemps après leur guérison, un chancre induré bientôt suivi d'accidents conslilulionnels. Si la constitution du sujel infecté ou sa prédisposilion étaient les causes déterminantes de ce double effet du virus syphilitique, à savoir : non infeclion dans un cas, infeclion constilulionnelle dans l'autre cas, observerait-on sur le même sujet, parfois à quelques semaines d'intervalle, des effets si divers du virus chancreux ? Ainsi en 1844, pendant nolre internat
dans le service de M. Ricord, uh malade après un sé-
Jour de plusieurs mois à l'hôpital du Midi, nécessilé par le traitement d’un chancre simple, sorlail complètement guéri. Quelques semaines après, il revenait à l'hôpital avec un chancre induré qui fut suivi d'accidents constitutionnels.
Ce fait d'un malade présentant dans une période de temps fort courte les deux variétés de l'ulcère syphilitique primilif, la lecture de ceux rapportés par B. Berxz, dans lesquels une même femme avait communiqué à plusieurs individus et dans le même temps des chancres de même forme, ces observalions disons-nous, nous avaient fait soupçonner dès celle époque (1844) que le chancre pourrait bien se transmeltre dans sa variété. L'examen des malades nous a, depuis lors, pleinement confirmé dans cetle opinion. Pour nous, un malade à un chancre infectant ou un chancre simple, non à cause de lelle ou telle prédisposilion inconnue, mais simplement parce qu'il s'est exposé à la contagion d'un chancre de même espèce. :
Suivent plusieurs observalions montrant que lorsqu'on a pu contrôler la source de Ta contagion, on à toujours vu qu'un chancre induré avait été inoculé par le contact d'un chancre induré, un chancre mou par le contact d'un chancre mou. « Aucun fait soumis à notre observation, depuis bientôt quatre ans que nos recher- ches sont dirigées sur ce point, n'est venu infirmer cette importante loi de la transmission du chancre dans ses variélés. » ù :
Un de nos confrères, M. le D' Bassereau est arrivé
He fees
de son côté aux mêmes conclusions. Mais ne s’'expliquant pas, et l'origine et les effets négatifs quant à lin-
fection constitulionnelle du chancre non induré, en a conclu que le chanere simple était tout à fait étranger à la syphilis. Et comme pour mieux différencier ces deux ulcéralions, il admet que le chancre simple est lulcère contagiéux d'organes génilaux, connu et décrit par Celse, Galien, etc., tandis que le chancre induré ou infeclant est d'origine moderne comme la syphilis elle-même.
. Nous pensons contrairement à celle opinion quelechancre simple non infeclant estbien un chancre syphililique et qu'il est le résullal de l'inoculalion du virus du chancre infectant à un sujet qui a ou qui a eu la Syphilis constilulionnelle, c’est-à-dire -qu’il est l'analoque de la varioloide et de la fuusse vaccine. |
L'existence de deux variétés du chancre syphilitique élant reconnue, leur transmission comme espèce pathologique étant admise, il nous reste à établir que l’une de ces variétés, le chancre simple, est le résultat d’une réinoculation du virus syphilitique aux sujels qui ont ou qui ont eu la syphilis constitulionnelle, comme la varioloïde, par exemple, est le produit d’une inoculalion ou d’une infection iléralive chez un sujel qui a eu déjà la variole. Mais dans ces inoculations itératives, l’action du virus resle locale, ce qui est la conséquence de la loi d’unicilé d'infection dont nous venons de parler. Sur lé variolé, le virus varioleux inoeulé fait naître la varioloïde ; sur le vacciné, la revaccinalion produit la fausse
vaccine. Il est donc bien établi que la variole et la vac-
cine modifient leur propre virus, et qu'il en résulte deux affections noüvelles, la varioloïde et la fausse vaccine. Les nombreuses analogies qui existent entre les maladies d’un même ordre nosologique auraient dû faire penser que pareil phénomène se produisait peut-être dans la maladie syphilitique, c'est-à-dire que les sujets qui ont subi une première alteinte de syphilis constitutionnelle, et qui s’exposent de nouveau à la contagion du virus chancreux, modifient ce même virus en créant un produit hybride, analogue à la varioloïde et\à la fausse vaccine, d'où la dénominalion de chancroïde que nous proposons de Jui appliquer. »
Suivent des faits montrant que les sujels syphilitiques qui s'exposent de nouveau à la contagion n'ont plus que des chancres simples et que même les auloinoculalions de chancres syphililiques n'avaient reproduit que des chancres mous.
Dans ce dernier cas, Clere avait évidemment été trompé par un chancre qu'il avait diagnostiqué syphili- lique et qui en réalité était mixte. Ainsi selon lui le -chancroïde n'est jubré chose que le chancre simple avec ses qualités et notamment sa réinoculabilité qu'il possède à un si haut degré et qu'un accident syphilitique dégénéré, allénué ne saurait avoir.
Le chancre simple dont l'individualilé est si nelle, si évidente au point de vue historique, expérimental et clinique, deviet maintenant un dérivé de la sÿphilis comme jadis on fit naître celle-ci de Ia morve, . la
lèpre ou du bübon !
ele
Et pourtant Crerc nous fait remarquer encore : « Il est d’une extrême importance de ne faire qu'avec réserve des inoculalions de virus chancreux d'un malade à un autre. En effet, si un malade n’a qu'un chancre simple, non infectant par exemple, en Pinoculant avec le pus du chancre d’un autre malade, on peut ui communiquer un chancre infectant, si ce malade porte un chancre de celle variété, el par suite lui donner la syphilis conslitutionnelle qu'il n'aurait pas eue !»
Pour admettre une pareille théorie, Clere était obligé de regarder le chancroïde comme un accident poslérieur aux premières manifestations du virus syphilitique : « Il a fallu, dit-il, pour le créer et le multiplier, des. sujets à diathèse syphilitique, comme il faut des variolés et des vaccinés pour faire de la varioloïde et de la fausse vaccine. Les premiers médecins qui ont observé la syphilis n’ont donc pas dù connaitre le chancre simple et sa complication si fréquente, le bubon suppuré. » Or MarceL de CoME, qui a écrit avant 1500, dit avoir trailé une infinilé de bubons causés par des chancres vénériens ainsi que lous les auteurs antérieurs à cetle époque. Et comme le fait remarquer Drox dans sa thèse sur le Double virus syphilitique, en 1856, si les chanceres simples ne sont qu'une dégénérescence des chancres infeclants, ces deux sortes d'accidents ont dû suivre une marche inverse quant à leur degré relatif de fréquence ; les chancres simples devenir de plus en plus nombreux; les infectants de plus en plus rares. Or, ce fait n'était
constaté nulle part et si quelques auteurs prétendaient
Rp ee, que la syphilis constitulionnelle diminuail de gravilé,
aucun ne notait une diminution dans sa-fréquence.
Inoculation du chancre aux animaux, à l’homme. Les syphilisateurs
(1850) Auzias Turenne, Sperino (1850)
Non seulement la pratique de l'inoculation s'était exercée sur des hommes, mais on avail essayé d'inoculer des animaux. « 11 m'est arrivé souvent, dit HuNTER, de tremper de la charpie dans le pus d'une gonorrhée, d'un chancre ou d’un bubon et de l'introduire dans Île vagin d'une chienne sans produire aucun effet. J'ai fait la même expérience sur des ânesses sans plus de résultat. J'ai placé inutilement aussi de la charpie imbibée du même pus sous le prépuce des chiens: J'ai même pratiqué des incisions, afin de porter le pus au-dessous de la peau et il n’en est résulté qu'une plaie ordinaire. Je ne connais aucun autre animal que l’homme qui soit susceplible de l'irrilalion vénérienne».
Ricord avait fait les mêmes expériences sans plus de succès. Quand en 1844, dans un mémoire adressé à l’Académie des sciences, Auzias TURENNE annonça qu'il avait réussi à produire des chancres sur des singes, des lapins, des chats et des chiens ; mais Currerier et de CASTELNAU essayèrent sans succès.
En 1850, Robert de WELrz, professeur agrégé à la Faculté de médecine de -Würtzhbourg, tenta l’inoculation du pus chancreux successivement de l'homme à l'ani-
mal et de l'animal à l'homme. Il prit du pus de chan-
crées qui avaient élé inoculés à un singe el à un chat et se fit à lui-même quatre inoculalions sur le bras. Quatre fois il oblint le chancre avec lous ses caractères. Il laissa les ulcérations se développer pendant dix jours, après quoi il.les guérit par des cautérisalions répétées. L'année suivante Dipay s'inocula sur la verge le pus d'un chancre qu'il avait fait développer artificiellement sur l’oreille d’un chat. L'inoculation fut suivi d’un chan cre qui, n'ayant pas été assez cautérisé, devint phagédénique et donna naissance à un bubon qu'on dut ou- Vrir.
M. Basset à l’Antiquaille (1860) fit de nouveaux essais: « Toutés les fois, dit-il dans sa thèse, que J'ai inoculé du pus du chancre simple aux animaux, j'ai obtenu un ulcère de forme et dimensions variables, mais présentant toujours pour caractère pathognomonique de pouvoir s'inoculer de nouveau autant de fois qu’on le désire au porteur ou à tout autre animal sans excepter l'homme...Mes moculations syphilitiques ont ont été plus nombreuses que mes inoculations de chancres simples et pourlant, malgré tous les soins que j'ai apportés à ces dernières expériences, je n'ai Jamais pu obtenir de résultat positif ».
Auzias TurENNE et après lui d’autres expérimentateurs avaient donc réussi à inoculer le chancre aux animaux, mais ils croyaient avoir réussi à leur transmettre la syphilis. Le chancre réinoculable fut réinoculé par
« Quand on communique, ‘dit-il, à un animal des
lui à plusieurs reprises et voici ce qu'il remarqua :
chancres suecessifs par inoculalion, quelle que soit la distance qu'on melte dans leur succession ou de quelque manière qu’on les combine, le premier chancre se manifeste plus vile, devient plus large, fournit plus de pus, s'accompagne d'une inflammalion plus grande ct enfin dure ‘plus que le deuxième. Celui-ci est au 3° ce que le I esl au 2° et ainsi de suile jusqu'à ce que l’animal ne puisse plus en contracter aucun. Cet animal se trouve ainsi vacciné contre la syphilis.… Je désigne cet élal par le mot de syphilisalion. » (Académie des sciences, 18 nov, 1850). |
C’est un élat de l'organisme, dit-il, dans lequel celuiei n'est plus aple à subir l’évolution de la syphilis, par -suile d'une sorle de saluralion syphililique.
Dans celle lettre, 1l confirme sa découverle de 1844 sur la possibilité d’inoculer la syphilis aux animaux et relate le fait de Robert de Werrz qui s'élait qualre fois soumis à l’inoculalion du pus de chancres transmis à un singe et à un chat, avec résullat positif. EL 1l annonce ° le phénomène de l'immunilé acquise contre le virus syphililique par l'inoculation d’une succession de chancres. Il exalle alors l'héroïsme de Robert de Werrz, mais lient toujours secrèle l’expérience qu'il a faite sur lui-même et dont les cicatrices que présente sa poilrine pourraient affirmer le succès. Malgré les railleries dont il est l'objet, il attend sa mort pour faire les révélalions et les démonstrations de. son expérience personnelle dans son testament où il demande qu'on fasse son au-
topsie parce qu'il est «le plus ancien syphilisé du mon-
nr
de ». Malgré l'erreur capitale d'où naquit la syphilisalion, on ne peut que rendre hommage à l'héroïsme sans : ostentalion et sans faiblesse dont il fit preuve par dévouement scientifique, gardant loujours son secret malgré les calomnies et les injures si imméritées.
Comme il confondait le chancre simple avec la syphilis, le phénomène observé par lui chez les singes et qui est un phénomène d’immunité à l'égard du chancre simple, fut regardé tout naturellement comme un phénomène d'immunité à l'égard de la syphilis. Ainsi ‘est née la syphilisation, à la suite d'expériences positives,
mais à une époque de confusion avec un nom qui est ‘un contre-sens ( RoLLEr). 2 C'était à la fois une méthode curalive el prophylaclique, appelée à une assez grande vogue, car on élait alors en pleine réaclion contre le mercure. En France elle fut d'abord condamnée par l'Académie de Médecine el l'Administration qui lui refusa toujours l'aulorisation de faire ses expériences à St-Lazare sur les femmes qui accepleraient son intervention, mais elle fut appliquée à Turin par SPeriNo, à Bologne par: GAMBE= RINI, à Vienne par SiGmuxp et surtout par Borcx à Christiania où elle fil ses preuves, encouragée par les Gouvernements, Chez nous, cés idées sont travesties, et au nom de la morale, on l’accuse de favoriser la débauche. « Siles médecins que j'ai syphilisés ouvraient la bouche, écrit-il à un ami en 1863, la syphilisation serait partout triomphante ; mais ils se taisent ; le mariage
est là avec son cortège d'impiloyables préjugés ! »
La svphilisalion, comme nous l'avons dit, consistait dans le principe à inoculer des chancres aux animaux, chancres simples bien entendu puisqu'il résullait de l’expérimentalion que le chancre syphililique ne leur était pas inoculable ; les inoculations pouvaient être répétées un nombre illimité de fois sur le même animal : mais à un moment donné on S’arrétait, parce qu'on n'oblenait plus de résultats positifs : l'animal était dit syphilisé.
Tout d'abord on a pratiqué la syphilisation dite préservatrice : On voulut préserver de la syphilis à force d'inoeulalions chancreuses, et comme en inoculant le chancre simple, on croyait inoëuler le virus syphilitique, on pensait agir sur l’organisme-par saluralion, en Île vaccinant.
On praliquait sur le sujet une ou plusieurs inoculations : la première série dechancres ainsi obtenus fournissait du pus pour une aulre série de réinoculations ou seconde généralion de chancres. On procédait ainsi à une suile d'inoculations successives sur le même individu jusqu'à ce que, de générations chancreuses en générations chancreuses, on arrivât ‘au bout de 2, 4, 6 mois etc. à avoir communiquéau patient assez de chan: cres pour qu'il fût impossible de lui en donner un de plus. Comme l'animal de tout à Pheure le sujet était dit syphilisé. à
Non seulement Auzias TuRENNE s'appuyait sur des expériences, mais il allirait l'attention sur des fails qu'il regardait comme une syphilisation naturelle :
« Ainsi, disait-il, les femmes sont moins sujetles à la
Dar ( is
vérole que les hommes. Pour les prostiluées, c'est Ja syphilisation qui est leur rempart contre le mal vénérien, au grand bénéfice de leur santé el de la santé publique ; sans cela, répélerait-on si souvent que ce sont les femmes honnêtes qui donnent la vérole ?
De même, beaucoup de praticiens, entre autres Fallope et Van Swielen on! remarqué avec élonnement que des galériens se sont guéris de la vérole sans traitement, Certes, si la syphilisation produile par limmoralilé la
plus déréglée pouvait se produire quelque part, en [alie du temps de Fallope, et en Allemagne au temps de Van Swielen, c'élait bien certainement dans les prisons de forçals ! »
Enfin, terminail-il, le peuple admet qu'il faut propager la vérole pour la détruire. Les proverbes s'ils sont des préjugés souvent, sont aussi quelquefois la sagesse des nations !
Cetle immunité si tant est qu'elle arrivait ‘à se produire ne persistait pas, car on a vu des individus réfracaires pendant quelques temps à l'inoculation redevenir plus lard aples à recevoir de nouveaux chancres et surtout, celle immunilé n'était pas conslante, car pour lacquérir, il fallait parfois aller si loin que le docteur L..., aprés s'être inoculé 2.200 chancres, n'y parvinl pas. AUzIAS TuRENNE disait alors que le sujet manquait de syphilisme, c'est-à-dire d’aplitude à être syphilisé. Le
chat par exemple a plus de syphilisme que l'homme, parce qu'il est plus vite syphilisé. Un sujel a d'autant
plus de syphilisme qu'il lui faut moins de chaneres pour
CET tes
être syphilisé. Le syphilisme de celui qui est soumis aux inoculalions successives augmente donc en proportion des progrès que fait chez lui la syphilisalion.
El qu'était done celle prétendue immunité ? Immunité seulement contre le chancre simple en Lous cas, car telle était en effet la grande méprise de la syphilisation qu'elle prétendait inoculer et réinoculer du virus syphilitique alors qu'elle n'inoculait et ne réinoculait que du pus de chancere simple : et surlout elle croyait produire un effet général quand elle ne produisait qu'une lésion
Jocale.
D'ailleurs, de même qu'il parle de la syphilicité de - certaines blennorrhagies Auzias TuRENNE ne parle-t-il pas « de la prophylaxie et de la curation du cancer par la syphilisation » en 1847?
Malgré toutes ces erreurs capitales, SPERINO avoue pourtant que, comme les autres syphilisateurs, il n’a jamais obtenu que la pustule ecthymateuse du chancre simple, apparaissant d'emblée, sans incubalion, en un mot ce que Ricorp appelait avant eux la puslule caracdérislique : mais disait-il, « lorsqu'on la conduit suivant les règles tracées par l'expérience, on peut avancer avec cerlilude que la syphilisation esl non seulement sans danger, mais qu'elle détermine une grande améloralion dans l'élat général du syphilisé. En effet, j'ai toujours vu l'organisme s'améliorer à mesure que Îles inoculalions se multipliaient, lorsqu'il ne se développait aucune complicalion capable de faire passer les chan-
cres arlificiels au phagédénisme : et lorsque les piqûres
Ponge
ne donnent plus naissance qu'à des pustules abortives ou restaient sans effet, la santé des sujets syphilisés se rétablissait entièrement... Tous les sujets, sur lesquels on.a dû faire un grand nombre d'inoculations continuent à jouir d’une santé excellente ».
Après la syphilisation préservatrice qui ne tarda pas à être abandonnée par ceux-là même qui s'étaient montrés tout d'abord ses plus ardents défenseurs, vint la syphilisation curative : on crut pouvoir guérir la vérole comme on avait eu la prétention de la prévenir. On cila des fails où tous les ulcères syphilitiques et non syphilitiques sont encore confondus. |
Quant à la théorie, c'était toujours celle de la saluralion. En inoculant des chancres en grand nombre, on prétendait saturer l’organisme du virus syphilitique : on pensait guérir la vérole par la vérole en vertu d'une action générale dite isopathique.
Pour donner une idée du nombre d'’inoculations que le traitement comportait, disons que SPERINoO à lui seul, a « syphilisé » 96 individus en deux années seulement : chacun de ces individus a été couvert d’un nombre considérable de chancres simples, puisqu'il est arrivé à l'opéraleur, exceplionnellement il est vrai, d'en inoculer jusqu'à 80 dans la même séance à la même personne.
Dans les expériences de Bock, le nombre des chancres inoculés au même individu à été en moyenne de 344 à 345; chez beaucoup il a dépassé 700 ; le plus petit nombre est de 96. (Recherches sur la syphilis. Christiania, 1862). à Rent
D yre dE
Faye, Hiort, DanIELSssEN, Biexkar, Msccuior Ro- BERT ont multiplié les inoculalions, dans un but thérapeutique il est vrai, au-delà de toute mesure.
La pratique de l’inoculation successive d’un très grand nombre de chancres au même individu, a permis de constater les deux faits annoncés dans le principe par Auzias, à savoir l’amoindrissement progressif des chancres inoculés qui arrivent parfois à n'être plus que des pustules abortives et, plus rarement il est vrai, la stérilité finale des inoculations cessant de donner des résullals positifs et accusant ainsi une sorte d'immunité acquise par Je patient. 4
La plupart des syphilisateurs ont reconnu qu'il y avait deux moyens d’oblenir des chancres d'inoculalion relativement pelits : le premier consistait à faire dans la même séance un très grand nombre d'inoculations (40 à 60), l’autre à en provoquer un moins grand nombre chaque fois, mais à Îles faire à intervalles de temps très rapprochés, c'est-à-dire lous les jours ou tous les deux jours.
Les chancres deviennent surtout pelits et de courte durée vers la fin de l'expérience, quand le malade est déjà porleur d'un grand nombre d'ulcérations. Bien plus, la pustule d'inoculalion peut ne pas s'ouvrir el faire son évolution sans avoir revêiu les caractères extérieurs d'un chancre. « Ces pustules offrent, dit Spe- “RINO, une espèce d'ébauche des principaux caractères des chancres qui ont fourni le pus. Si on vient à les
ouvrir, pour les étudier ou ‘pour loal autre motif, on