‹ Historique du mouvement de la paixChapitre 5 sur 5 · A S. M. LE ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

A S. M. LE ROI DE PRUSSE

Parîsj g septembre ifi^o.

StRE^

Il y a des hommes — il y en a en France, il y en â en Pruss.e — qui croient pouvoii' aimer leur patrie sans haïr la patrie des autres; qui, dans tout homme, quel qu'il soit, voient un frère ; dans toute nation, un membre du corps sacré de l" humanité.

Ce sont ces hommes, Sire, qui, à d'autres cpoquee, alors que la France et la Prusse paraissaient prêtes h se précipiter l'une sur l'autre, ont protesté, au nom de ia France et de la Prusse, contre ce grand déchirenienl de la famille européenne. Ce sont eux qui, la catastrophe écartée, ont multiplié leurs eflorts pour en empêcher le retour. Ce sont eux qui, lorsque de

HÏSTCmiQlfE DU MOUTKMEÏT DE IK PATÎ

nouveau la paix s'est trouvée menacée, n'ont pas craint — Votre Majesté le sait — Je porter devant Ie& souverains, aussi bien que devant les peuples, les réclamations de ce qu'ils croyaient la vérité et la justice. Ce sont eux, enfin, qui, la guerre déchaînée, n'ont cessé, sans manquer jamais à leurs devoirs et à leurs affections de citoyens, de pleurer sur les malliËUrs cgmmuns, et d'en demander à Dieu et aux hommes le prompt apaisement.

Ce sont ces mêmes liammos qui, aujourd'hui, par un derniei" cjlTort. s'adresa<înt ;i Vous, Sïre, et osent Vous dire :

AhBÊTEz-Voua !

AaftÉTEz-Vong 1.., Ce n eït pas au nom d'un peuple quMIs Voua en conjurent... c'est au nom de tous !

Ils ne viennent pas, au nom de la France malheureuse, Vona demander la paix : ils n'ont pas qualité pour cela.

Ils ne viennent pas. au nom de la Prusse et de la France, égiilemenl en deuil; au notn de l'Europe, consternée et appauvrie ; au nom du monde, qui ae demande si la civilisation et la primauté de l'Europe ne sont pas un vaîn mot ; ils viennent, au nom de Vous-mûmej Sire, au nom de Votre parole solennelle-

HISTORTQCE DD MOnVEMBHT DE lyi PAIX 3l

ment donnée à la face des nations ; ils viennent Vous dire ;

Arrêtez -Vous !

Ahbétez-Vûd3 !... Vous avez déclaré h la Prusse, k la France, à l'Europe, à l'unîverff, que Vous ne faisiez pas la guerre pour attatjuer, mais pour vous défendre. Tous avez déclaré à la France, à la Prusse, à l'Europe, que vous n'éliez pas en lutte avec la nation française mais avec le gouvernement de la France, contre lequel votre g^ouvernement était ri?duit à en appeler aux armes.

Le gouvernement n'est plus, et Vous n'êtes plus attaqué : ne manquez pas à vos engagements.

L'honneur Vous en fait une loi. L'humanité, la religion, )"amour de Votre patrie et 5a véritable grandeur ne Vous le commandent pas moins.

11 n'y a pas deux mois, les amis de la paix^ en avertissant leurs pays» leur disaient : « La guerre, c'est l'ébranlement et peut-être la chute des tr^^nea. C'est, à coup silr, le malheur des peuples, la misère, la famine, l'épidémie. . , >j Ont-ila dit vrai ?

N'ajoutez pas, Sire, h tant de souffrances, n'ac^ croissez pas ces monceaux de morts et ces torrents de sang. Laissez les deux nations meurtries panser trop

HISTORIQUE DU MOUVEMENT Dt LA PMï

tard leurs blessures. Et puisque le monde, pour n'avoir pas suffisamment cûrnu le prix de la paii, a été réduit à apprendre, plus cruellement que iamais^ quel est le pris de la gr^^rre, que, du moins, celte expérience, sichèremeut achetée, lui profite ; et que, des mainte- ; nant, envoyant des armées victorieuses s'arrêter devant le réveil d'un peuple libre, il puisse dire, pour ne plusse démentir, que l'ère des luttes fralricides estj enfin fermée sans retour.

Pour la Ligae Internationale de la Paix, \ La Commission executive :

FnÉDÉHic Vii.&^^,Surètairs général ;

Martis-Paschodd, Pasteur; Président du\

Consistoire de l'Eglise réformée de Parts ; I

Joseph Garnieh, Secrétaire perpétuel de la\

Société d Economie politique, etc.

De ces trois lettres, et de bien d'autres sans doute,] quel fut le sort? Nous ne Tavons jamais su ; et, à vran dire, nous n'avions jamais espéré beaucoup le savoir J Mais nous noua devions à nous-mêmes de les écrîrei] et Ton ne nous blâmera pas d'avoir tenu à les raj: peler.

Ce ne fut pas tout. Nous ne nous bornâmes pas écrire. Noua agîmes ou, du moins, nous tenta

IIISTOniQCE DU MÛUVEME^tT DE tA. PAli

d'agir. Désîreuï de ne rien négliger, j'avais, sans beaucoup d'espoir, suggéré à Martin-Paschoud, qui d'abord l'avait trouvée irréaliisable, l'idéo d'une démarche personnetle OTipris du roi de Prusse. Deux ou trois jours plus Lard, il nu\ télégraphiait : « Venez vile, nous ferons notre intéressante visite. Le grand Rabbin, l'archevêque, le pasteur Vallelte, Joseph Garnîer, etc., sont prêts à partir, » Le lendemain malin, comme je Val conté ailleurs, j'arrivais à Paris 6l Je gravissais les cinq ctag^es du n" 2û2 de la nie de Rivoli, où mon excellent collôgue était venu se loger l'année précédenlc, afm d'avoir sous les yeux le jardin des Tuileries et, ajoulait-il avec un sourire mélancolique, pour voir de plus près la prochaine révolution. Je le trouvai consterné. Tout le niûnde était prêt pour le pèlerinage; les costumes officiels étaient tirés des armoires. Mais, pour se rendre au quartier général du roi de Prusse, il fallait au moins savoîi- où ïl se trouvait et se pourvoir d'un sauf-conduit, ^ambassadeur d'Angleterre seul était h même de le demander, et il ne le voulait faire, sous peine de manquer à la correction diplomatique, qu'avec raulnrisation du ministre des AfTairea étrangères de France. Nous courûmes au qunl d'Orsay, Jules Favre n'j élait pas. Ce fut son secrétaire général, M- Hendlé, qui nous reçut. Il se déclara impuissant

mSTORlQUE »n MOUVÏMEWT DB LA PATX.

à nous répondre. » Voyons, Monsieur, lui dîmesnous alors, M. lo Ministre désirent -il ignorer notre , démarche (auquel cas c'est à nûus à voir si nous devons la tentera nos risques et périls.) Ou bien a-t-îl des raisons, que nous n'avons pas ù vous demander, pour nous prier de nous en abstenir i" n — * « Messieurs, ■yous désobligeriez M. le Ministre, n

Tout était dit. Nous ne pouvions, évidemment, nous exposer, si noire tenlattve tournait mal. à noua voir reprocher d'avoir contrarie la politique du Gouvernement de la défense nationale. Mais notre désappointement fut profond. Notre douleur s'accrut -lorsque, deux jours plus tard, nous apprîmes qu'à rhenre même où nous voulions partir pour Ferrières, M. Jules Favre s'y était rendu et de quelle façon il avail étiî reçu. Il ne pouvait en être autrement, disait Martin-Paschoud. Il a déclare^ par sa fameuse proclamation, ([ que la France ne céderait ni un pouce de son territoire, ni une pierre de ses forteresses "t, Bismark ne pouvait que lui opposer une An de non-rece- A'oîr.

(I Mai^ nous, ajoutait-il, c'était bien différent. Nous nûsoûime.-^ pas des diplomates, nous n'iivoos pas de carfkCtère officiel, nous sommes des particuliers, qui n'engageons et ne compromettons pcrsonric. Qu'on

HISTOHQDB DU MOOVEMEiST DE LA PAIX

nous eût mal reçus, jeléa h la porte, gardés prisonniers ou reconduits à coups de croaae, le mal eût élé secondaire, et ce n'est ni à nous ni à la France que cela aurait fait tort, n

Ce ne fut pas, en dépit de tout, notre dernier effort. La lettre ci-après, datée du 8 octobre, prouve qu'à celte époque encore mes amis ne renonçaient pas à leur gfénéreuse entreprise.

Au nom des plus grands intérêts de notre peuple et du Votre ;

Au nom du sang répandu et des larmes qui coulent des deux côlés du Khin ;

Au nom du Dieu de miséricorde, que nous adorona en commun ;

Noui prions Votre Majesté de vouloir bien nous accorder l'honneur d'une audience et de noua faire parvenir le sauC-conduit uécessaire.

Suivaient les signatures :

De I'Archevèque de Pahis ; du Présideiït dtj Con-

SISTOUIE DE LA CONFESÇIOW D^AcGSBOUflti j du GttAND

Raeeïh de Fraîîce ; de M, Martim-Pasûhûud, Pasteur de r Eglise réformde ,' Frédéric Passt, Secrétaire général de la Ligue de la Paix; Joseph (.MayiER.

HiSTOWQUE DU M0^7VE^aE^■T de la paix

Celle fois, je dois le dire, ils avaient — et avec grande raison — disposé de moi sans me consulter, car depuis la démarche au minislère des Affaires tlrangères, nous ne nous étions point revus. En les quittant, jo dus, épuisé, maliidsj retourner auprôs de la troupe lie femmes et d'enfants donl j'étais, au loin, le seul soutien et subir, pendant de long^s mois, impuissant, le double supplice du manque de nouvelles et des nouveltes fausses.

Je lâcîiai du moins de ne pas demeurer înatlif. J'avais réussi, à la dernière heure, à sauver les manuscrits envojM^s, pendant les mois précédents, pour le concours ouvert par la Lljne de la Paix, pour un ouvrage sur le Ci'inie de la guei'i'e, et je préparais les élénnenta du rapport que devaient signer avec moi, au début de 1S72, mes deux collègues et maîtres, MM. fienouard et Laboulaje. On sait que ce concours, indépendamment du volume intitule ia Polémomanle ou folie de la guerre, qui obtint le prii, et donl l'auteur était M. Mézières, ancien recteur de l'Académie de Metz, a produit plusieurs ouvrages remaïquables. Tous n'ont pas été publiés, et il y aurait, si l'on en avait le moyen, avantag-c à en faire sortir plus d'un. de son repos .

Je ne me bornais pas, d'ailleurs, à ce travail solî-

taire. Et jjiesque cliaque jour, parla correspondance ou par la presse, je m'ellbrçais de remplir, en les appuyant Tun sur ra,utre, mes devoirs de patriote et d'homme de paîj;. J'ai cru pouvoir appeler, commo mon ami Pailbtlet, l'ensemble de ces écrits ; Ma CampQijne de Î870. Et je sais qu'elle n'eat pas toujours restée inaper(,-ue en FrEince et au dehors. Les feuilles de Berlin me liienl plus d'une fois rhonneur de me dénoncer comnic un héros de tjueule. Et un général prussien, installé d'autorité chez mon pore, à Yersailleg, lui demanda un jour qui élûît ce M- Vrédéric Paiisy, dont la plume n'était pas bien vue à TEtat Major, C'est vers cette époque, qu'à l'occasion d'un certain nombre de travaux sigiR-s; du pseudonyme de Paul Brandat, j'entrai en relation avec un de ces orGcieis qui jugent la guerre pour l'avoir vue à l'œuvre, le commandant Uéveillcre, depuis contre-amiral et l'un des esprits les plus originaux comme des meilleurs écrivains de notre temps.

Le renversement de la colonne de la place Vend urne, accompli par la Commune de Paris, m'attira de sa part l'honneur d'une lettre dans laquelle, en flétrissant avec la dernière énergie la stupide destruction de ce monument des victoires de Napoléon, il nie demandait si j'en approuverais le relèvement,

fllSTORIQUE DD MÛtJVEME>t UE t.A PLlX

Je ne véuï pas reproduire ici nos lettres. Elles allongeraieDt outre mesure cette notice, dans laquelle, bien malgré mai, je me trouve par ta force des choses occuper déjà troji de place. Je dirai seulement que, comme mon honorable correspondant, je désapprouvais également et le renversement de la cûlonne et sa réédilicalion avec la gloriJicatioQ nouvelle du conquérant qui l'avait fait élever. Les monuments, disaia-je, qu'ils noua soient agréables ou non^ les armoiries, les inscriptions, les noms de rues^ sontlhisloirc en pierre. ' Il iant les respecter comme des témoins, sauf h lea inlerpréter comme des leçons. Il ne faul pas toujours lorsqu'à tort ou à raison ils ont été abattus, les réédifier. Et le tronçon de la colonne Vendôme, qui, d'ailleurs, au pdiiit de vue artistique, était d'un bien outre eflet que le long fût de bi'ûnze qui le surmonte» eût été pour les généraliona à venir un témoignage saisissant des tristes conséquences tout à la fois dQ9 ■ guerres eslérieures et des g-uerres civiles.

Inutile de dire qu'au milieu decestrisles événements bien que nous fussions restés en rclalion avec les plus hautes intelli^'ences comme avec les plus noliles cccnra des din'â'enls pays, il <^'laiL impossible de songer u maintenir sur pied, avec son titte et ses statuts, une Liytic istehhationalï; de la Paix ; bien difficîJe même el, suivant certains, impossible de s'avouer encore eu France, au lendemain de la défaite, ennemi de la gaerre et pailisan de la paix. Tout était à la. Tevanclie. Et, bien que les patriotes les plus éprouvés, comme Jean Dolfus, les plus courageux protestataires contre les annexions, comme le pasteur alsacien Licliten berger, eussent désavoué baulement toute idée d'appel à la force pour reviser les in- I justes arrêts de la force et déclare qu'à aucun prix îla [ïie voudraient acceplcr la responsabilité de nouveaux I déchiroments el de nouveauiL massacres ; bien que

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HISTORIQUE BU aiÛUVE'HEST DE L\ PAU

GambetU lui-même, plus lard il est vrai, dut pronoacer cette parole profonde et trop peu remarquée ; (I Ayons confiance. La paix a des regsources que l'on ne soupçonne pas encore: » on ne pouvait dès !e premier jour, songer à &c mettre en travers du courant et opposer à ïi» dot:trine triomphante de la force qui prime le droit, la doclrîne, en apparence humiliée^ du droit qui prime la force-

Dès 187a, cependant, ce fut oolfe programme. El c'e&t sous ce tîlre sîgniricatif ; Bevancheou Relhvement que la Société frant^aise des Amis de la Paix sîg^nïOa, dès le printemps de cette ann^îe, sa renaissance au monde.

,., (I II faut, disions-nous dans cet appel, voir lea choses telles qu'elles sont, quoi qu'il en puisse coûter de les voir ainsi, et ne pas craindre Je se dire» sans complaisance, la vurilé à soï-m^me, et au besoin de la dire aux autres. Il faut, en d'autres termes, regarder en face, au poial de vue matériel d'abord^ et au point de vue moral ensuite, au point de vue des résultata et au point de vue des moyens, au point de vue du présent et au point de vue de raveoir, ces idées de revendicalinn armée du droit, de redressement des œuvres de la force par la force, qui sont: plus ou moins comprises sous ce terme sonore et vague

HISTORIQUE W MOtfVEMEXT DE lA TAIX

de REVAKCHE, I! l'aut nous demander si, comme y peut porter en effet le premier mouvement, c'est bien à la guerre qu'il convient d'en appeler de la guerre ; si c'est la voie que la prudence conseille et. celle que l'honneur recommande, In plus dig-ne de la IVancc, pour tout dire, et la plus conforme aux espérances, aux Vffiux, aux intérêts des provinces qui manquent à la France, la plus réellement palriottqm sa même temps que la plus humaine.

.< Au point de vue matériel, nous ne dîrans qu'un mot parce qu'un mot giifGt, à ce qu'il nous semble, et parce que ce mot seul nous coùlc k dire

a La guerre, ce peut être la victoire, mais ce peut être la défaite. C'est à la victoire qu'avaient songé, il y adîx-huit nioiSj alors que la France était entière, ceux qui, d'un esprit et d'un cœur si légerSi lui déclaraient solennellement qu elle était prête ; c'est la défaite qu'ils ont rencontrée. C'est ù la victoire aussi que font appel ceu \ qiû , compEan t su r le désespoir de la Fronce amoindrie, attendent d'elle un suprême et décisif eiïort ; peuvent-ils garantir que ce ne serait pas la défailte qui, une fois encore, leur répondrait? Et ont-ils calculé ce que serait pour la France une autre défaite, et une défaite

I provoquée par une agression nouvelle ? S'il était vrai, comme on le dit, que cette jalousie inexplicable, à la-

HlSTOBIQUil DU MOCVEMElHT DE Li PAU

quelle n'avaient suffi m Waterloo, ni Sedan, nefut pag, après tout ce qui a suivi, assouric encore» que pourraitelle souhflilfir de plus, en vérité, pendant qu"uTie partie de nos déparleraenls sont aux mains des garnisons allemandes, que cette dernière preuve de ce qu'elle appelle si dédaic^neusetïicnt Vincurable léijîrùlé française . (I Disons-le nettement, nous avons autre chose à faire, et paur plus d'une année — îi supposer même la nécessité de réclamer quelque jour par la force ce qui a été enlevé par la force — que de nous *c armer en guerre et d'en faire tnpag^e ». A ceux qui^ à tout propos et hors de propos, persistent à parler de revanche, il est temps, tcrivail dernièrement im des plus purs représentants dît patriotisme lorrain, il n'est qus temps (I de répondre économie et régénération t>. NotiB avons k nous relever, c'eat-à-dire ii panser nos blessures, à sécher nos larmes, k réparer nos ruines, k payer nos dettes^ à réformer nos finances, nos institutions et nos mœurs surtout ; à remplacer par une génération nouvelle et meilleure, la génération qu'a fauchée ou dégradée la guerre ; h refaire le corps de la pairie, en un mot, et à refaire son âme. »

« Donc, ajoutions -nous plus lotn, nous ne niéoonnaissons rien, nous n'abandonnons rien, noua n am—

HTSTORTQUE BTI MOUVEMENT DE LA PAIS ^3

nîslioag riCE, nous n'oublions rien. Noua ne venons poini, comme le disent volontiers tels et tda à qui les ^tïtnds mots ne coi'^tcnt pas. parce qUË leurs indignations, non plus que leurs enthousiasmes, ne vont jamais au delà des mois, a passer l'épong-e sur le sang et les larmes de la pairie ; n et nous ne nous inclinons pas, indifférents à tout, pourvu que la tranquillité Ju jour présent nous soit laissée, devant les solulions quelconques du fait accompli.

H Nous protestons, au contrnire^ au nom de Véternellect imprescriptible justice> contre lesi œuvres éphénicres de la force qui, naïvement, s'imag^îne « primer le droit » : et noua maintenons, avec une persistance dont la modération même atteste l'énergiC;, la revendicatior. incessante du droit contre la force. Nous croyons à la rétribution définitive de chacun, peuple ou liûffi me, selon ses œuvres ; et, par cûnaéquent, nous croyons à la revision des arrêts injustes et à la tardive mais inévitable rrjparation due à ceux que l'injustice a lésé- Wons faisons davantage ; cette réparation nous la demandons ; et noua la demanderons jusqu'à ce que l'avenir l'ait donnée. Mais nous la demandons à ce qui la peut donner — non à ce qui la peut compromettre — nous voulons dire au travail, qui procure la puissance matérielle, la ridicsse, la population; et à la sagesse.

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HISTOEUQUE DU MOUVEMENT DE L\ VAW

qui assure la puissarice morale, ]e respect, l'estime, la sympathie... Nous la demandons au progrès des id*^es et des mœurs, et publiques et privées, et noua l'attendons surtout d'une intelligence plus générale et d'une application moins restreinte de deux principes^ dont la mwonnaissance. el l'ouhlî expliquent tontes les guerres et toutes les iiaines dn passé, dont le triomphe, si la civilisation n'est pas un vain mot, sera rhounenr et la sAreté de Favenir,

M Le premier de ces principes^ c'est que chaquo peuple, comme chaque ïiommc, s'appartient; et qu'en conséquence ces! à lui. à lui seul, à disposer de son &ang ou de son torritoire, comme il est reconnu qu'il doit disposer de son or.

i< Le second, c'est que les peuples, en dépit des apparences qui parfois les égarent, sont solidaires, el qu'en conséquence leurs inlérêls, an lieu d'être divergents et contrfldîctoicos, sont identiques : car quel c^t celui qui n'ait, par l'échange des produits ctdi^s idées, tout "k gagner à la prospérité des autres, tout à perdre, au contraire, à leurs malheurs et à leurs fautes? Le monde est un réseau vivanlj et pas une maille de ce réseau, quoiqu'on puissent penser ceux qu'on appelle. de grands politiques, ne peut être atteinte sans que rensemhîe ne s'en ressente,,.

HISTORIQUE DU MOUTF-RrETÏT KE L\ TAIIC

(* A quoi il fautajouler» comme garûntie et comme sanction, une troiaième chfise : un moyen de régler les différends, puîsqne malgré celte solidarité croîsEante et miiîux comprise il ne pc'iit manquer d'en surgir encore^ de lemps h autre, sous diverses formes ; et un moyen TïioinP barhnre et plus efficace que l'interminable bascule des <( jeux de la force el d» hasard m. Ce moyen c'est la substitution à \'a\t\i^\e jugement de Dieu, — au stupide jtiGEMEWT DD DEMûiN, pûuF œieuK dire — du procédé si simple, fli équitable et si pratique de l'arbitrage : de l'arbitrage déjà, à plus dune leprise, consacré en principe par les conventions internationales, et qu'on s'étonnera très certainement, dans un avenir plus ou moins prochain, de n'avoir pas depuis longtemps g-énéraSisé par un universel accord.

fl l/arbitrage, c'est-à-dire la reconnaissance de cette grande vérité que nul ne peut èîre ^ la fois juge et partie; le respect d'une loi, d'une autorité acceptée, comme un recours commun, par les intérêts et les passions en conflit; n'est-ce pas, dans la vie publique aussi bien que dans la vie privée, le vrai^ l'unique remède à ce mal supréfne de la condition humoine, rinscciirité; la meilleure protection du faible et le plus véritable honneur du fort ? Si le monde moderne n'est pas, ainsi que quelques-uns le prétendent, un monde usé, destiné

HI5T0MQUE DU MOi;VEUEnT DE LA PA.1S

à disparftïlre bicnltil, comme le monde antique, aous le débordement commencé d'une nouvelle barbarie, c'est dans cette voie et dans celle voie seule, qu'il lui sera donne de poursuivre son développement menacé. Là où !a puissance matérielle grandit, il faut, sous peine de ne faire que fournir au mal des armes plus terribles et plus sûres, que la puissance morale g^ran^ disse avec elle, et non sûulemont autant qu'elle» mais davantagfe.

« Et c'est pourquoi nous n'hésitons pas à le dire, si le jour de la justice internationale n"est pas procUe, si les derniers déchaînements de la guerre n"ont pas pour résultat de faire comprendre à l'Europe la nécessite démuseler enfin le monstre, en amenant tour à tour et les gouvernements et les nations à proclamer à l'envi la loi nouvelle qui sera leur salut ', si les efTorts de nouveau tentés partout en ce sens restent vains ; c'en est fait, l'Europe est perdue., - »

Tel était, dès les premiers joura de 1873, le manifeste de la société renaissante des Àmîs de la Paix. Tel était presque au même manient le langag-e quc> comme scerélaîre du jury chargé de prononcer sur la concours contre le crime de La guerre, j'avais l'honnevir de faire contresigner par mes deux émlnents collègues et maîtres, MM. Angnstîn Renouard et Edouard Laboulaje.

'Et tel était, enfin, rjiielques mois plus tard, dans une circonstance solennelle entre toutes, à la rentrée delà Gourde Cassation, le programme que proclamait, au nom du droit împéris&able, comme au nom de la France* maîtresse de sa raison josq^ue dans lea plus cruelles épreuves, le premier de ces deux hommes, ô tant d'égards considérable.

Après avoir pris acte du récent et mémorable eïeraplc de sagesse donné par deux grandes puissances dans le règlement auiîablc du redoutable conflit de VAlabamaf t< un vœu. ajoutait-il, qu'il sied de former devant vous, bauls représentants du droit, c'est celui d'asaister à l'avêne-ment sérieux de la paix, à rétablissement de garanties réelles et d'institutions internationaieg généreuses et efficaces, n

(( Nous, les vaincus d'bier, osons le crier à !a face du monde témoin de nos récentes défaites ; et que les ressentiments de notre orgueil blessé n'éteignent pas en noTis l'intelligence des vérités éternelles : la paix est bonne; la guerre est criminelle. Notre bien-aimée patrie ne peut donner un plus éclalanl témoignage de sa renaissance qu'en ne sacrifiant pas à ses rancunes la cause de la civUisation. Qu'elle dédaigne de demander à la force la revanche qu'elle attend; il est digne d'elle de chercher dans la primauté du droit la

réparation de ses maux et le retour de tous ses enfants. ))

C'est dans cet esprit, dont elle ne devait jamais se départir, qu'allait reprendre, en dépit de toutes les difficultés, l'activité si déplorablement interrompue des pacifistes français.

Les temps héroïques étaient passés. Plaise à Dieu qu'ils ne reviennent pas et que les Sociétés de la Paix n'aient plus à subir d'épreuves semblables à celles de l'année terrible !

Leur tâche, toutefois, était loin d'être terminée (quand le sera-t elle ?) et les difficultés ne leur devaient pas être épargnées. Sans prétendre les suivre pas à pas dans cette nouvelle phase, constatons que c'est h partir de 1872, qu'enhardis par le succès du célèbre arbitrage de VAlabama, et s'inspirant des encouragements de l'illustre comte Sclopis, nous n'avons cessé, nos amis étrangers et nous, d'élever la voix, en toute occasion pour rappeler aux gouvernements qu'ils avaient à leur disposition un mode amiable et juridique de résoudre les conflits qui s'élevaient entre eux ; et que de plus en plus nos démarches, d'abord dédaignées, ont été prises au sérieux par les puissances

HTSTOBTQUE DD MOUVEMENT DE L\ P.ill

auprès des^quelles nous avions le devoir de les tenler.

Demeurées d'abord sans réponsej on tout au plus accueillies par un simple accusé de réception» nos lettres peu à peu nous vaLaient, de; la part decert^iins ambassadeurs et de leurs gouvernements, puis de tous, non seulement des réponses courtoises, mais des remerciements el des encouragements qui n'avaient rrt-n d'équivoque.

En 1878, au Congr&s de Berlin, avec mon émïncnl ami Henry Richard el quelques autres, nous nous trouvions admis à présenter aux plénipotentiaires, soit directement, soit par l'entremise du redoutable cliancelier de fer, des requêtes, qui, si elles ne furent pas aussi complètement exaucées rpie nous TaTirions Muhaitéj eurent tout au moins pour résultat de faire confirmer par une mention spéciale les déclarations antérieures dont nous pouvions invoquer le bénéfice.

La même année, sous la présidence du vénérable M. Adolphe Franck, un Congrès universel de la Paix était tenu ^ Paris pendant l'Exposition; cl le nombre des sociétés qui e'y trouvaient représentées attestait, sur les différents points de l'Europe, l'Allcinagne comprise, l'existence d'un mouvement déjà considérable de protestation contre la guerre et contre ses retours offensifs. Ce Congrès, d'ailleurs, à certauis égards.

HISTORIQUE HV MOUVEMENT DE I.A. PklX 5l

[inarquail uûb date importanlB : il fut le premier qui ' eût un caraclère officiel et dont les comptes rendus furent recueillis et publiés aux frais du Gouvernement [ Français.

Ce n'eat, toutefois, que onze ans après, lûrs de la [grande Exposition universelle de tSScj, que a^affirma fduna façon définitive, et désormais irrésistible, l'autorité du mouvement pacifique ; et que des institutions régulières et permanentes en devinrent les organes t reconnus.

Au mois de juin 1889, à l'appel d'une commission dans laquelle s'étsient réunis les représentants de la Société Française des Amîs de la Paix, de la Ligue de la Paix et de la Liberté, de l'International Arbitration and peace Association, el d'autres, un Congrès, solennellement ouvert, au palais du Trocadéro, par M. Franck, et présidé ensuite, à la mairie du VI" ftri rondissemcnt, pendant douze séances^ par celui qui [ rassemble ces souvenirs, réunissait les déléguéa de ' cent sociétés des deux mondes, et, parmi d'autres résolutions, de grande importance parfois, prenait celle de se réunir de nouveau, chaque année, dans l'une des principales villes du monde civilisé.

On sait que cel engagement a été tenu ; el que succès fiivement à Londrea, à Rome, à Berne, u Anvers,

HISTOniQUE DU MOnTEMEKT DE LA PAlI

à Chicago, à Budapest, à HHrabourg. à Tiiriti, à Glasgow, à Monaco, à Rouen, etc., les représeTtUnts des diverses phalangûs de l'arcnée paci&que se sont fidèlement rencontrés pour affirmer leur persôvL^raûceet manifester l'autorité i^randissantc de leur influence.

On sait ûusài quo. rendant hommage à cette influence, les §^ouvemements etles municipalités se sont fait déplus en pins un devoir dé proclamer par leur accueil leur sympathie pour k's travaux de ces congrès : et que, dans plus d'une des cti[iit'vles où ils ont été reçus, cette réception a pris le caractère d'una magnifique et imposante manifestation.

En même temps, c'est-à-dire k la fin de ce mâme mois de juin 1889, un autre grand événement marquait le progrès de la propagande pacifistct et la. faisait entrer plus directement aur un autre leri'ain.

En 188S, le secrétaire général de lu Socieié oiiorll're de la Paix d'Angleterre, aujourd'hui V International Arhtlratioji Leagu^, M. Randal Gremer, membre du Parlement britannique, déjà connu pour ses démarclies en faveur d'un traité d'arbitrage entre les Etats-Unis ■ et k Grande-Bretagne, avait cru devoir soumettre à quelques membres du Parlement Français l'idée d'une conférence entre eux et un certain nombre de ses collègues de la Chambre des Communes d'Ângfleterre.

HISTORIQUE ru MOUTENfENT DE I-A PATS

L'ûuve^IuTe^ après quelques pourparlers, avait été iiccept^e. Une invitation, en conséi^iience, avait été adressée h M. Cremer et à ses amis, et, le 3i octobre, V date qui restera peut-être historique n, disait le h-ndemain M, Herbert Gladslone, dans une salle du Grand Hôtel, s. Paris, il était décidé que, poiir l'année suivante, au cours do rE\po.sîtîon qui devait faire de Paris pendant quelques mois le centre du monde, les membres pacifistes de tous les parlements scraî<înt invités à se réunir en une Conférence I/iterparlemen.laire.

Celte conférence^ malgré les difficultés qu'avait rencontrées la commission cborgée de la préparer, se tenait^ en effet, qiielquas jours après le Congrès de la Paix ; et dès celte première fois douze parlements, parmi lesquels celui des Etats-Unis d'Amérique, s'y trouvaient représfintés.

Comme le Congrès, la Conférence Tnterparlementaîre, avant de se séparer, se donnait rendez-vous k l'année suivante ou, pour mieux dire, se coostituail h Tétat permanent, en décidant qu'elle aussi se réunirait chaque année, cl que dans rintarvalle ses membres, dans chacun de leurs parlements respectifs, resteraient groupés.

Depuis, on le sait, VUnton Interparlemenfaire —

HiSTOflIQrE DU MOCTEMEKT DF. l.A PAU

c'eal le noin qu'elle a définilivemeni adopté — s'est régulièrement organisée. Tous les parlements, les uns après les autres, y ont adhéré. Une commission, nonimée par l'ensemble de ses memlîies, la représenle dans rinteivallc des sessions, el un coniit«, siégeant à Berne, lui sei-t de centre el d'organe.

Un autre comité, le Bureau ïnUrnolhnal de la Paix, organe d'une société régulièrement constituée et repréaentée par une commission internationale, sert de centre d'information et d'action, au besoin, h toutes les Sociétés de la Paix du monde entier, el permet, ili l'occasion, de faire entendre d'un bout de la terre il l'aulre, à In mt*^me heure et avec la mênae énergie, lea' protestations de la conscience universelle contre les fautes et les défaillances des gouvernements et des peuples, et les appels de la raison cl de l'humanitâ h la justice elà l'intérêt bien entendu des gouvernements et des peuples.

Ce travail, quelque sommaire qu'il soit, serait trop incomplet bÎ nous ne rappelions en quelques mots au moins qu'à cité de ces manifestations collectives 56 multipliaient, dans les différents pays, et soua les formes les plus diverses, des manifestations particulières. Tandis qu'à Berlin, en i884-ï8S5, quatorze Etats, réunis en cotiférence pour la reconnaissance de

mrsTOBiguE dd modvemest i>e la paix

l'Etat libre du Congo, éri^eaicnl en obligation absolue, pour tout dinernnd, rdjitif à cet Etal, le recours k la mMiation des puissances amies, et recommandaient ofiiciellemcnt Tarbitrago ; la Chambre des députés de France, par l'orgnne de son rapporteur M. Steeg, pre- I Hait acte solennellenieat de ce progrès ijouveau des idées de justice et de solidarité se substituant aux anciennes idées de recours à la force et d'appel à la violence.

Le même parlcmenU en soumettant h l'arbitrage de l'Empereur de Russie la délimitation des frontières de 'la Guyane Française et de la Guyane Hollandaise, ' consacrait par un vote unanime, non aeulement le fait I de cet accord, maïs les termes du rapport dans lequel la théorie de l'arbitrage était hautement affirmée. 11 se I jiiontrail, dès la ïnêmc époque, unanimement disposé à accueillir^ comme il devait le faire plus tard, lorsque la proposition fut reprise par M. Barodet, i^ne résolution en faveur d'un traité général et permanent d'ar- [bîtrage entre la République Française et la République des Etats-Unis.

Des propositions et des votes analogues étaient émis dans d'autres parlements. La Chambre des Communes d'AngletetTe,notannment, surl'inîtiativedeM. Creraer. demandait, elle aussi, à l'unanimité, l'ouverture de négociations avec la République Américaine, en vue

HISTOHTQtTE DD MOUTEhtENT DE LA. PAIX

d'un LraîLL' d'arbitrage. El ca traiîi:, quelque Icuijis après, était en effet conclu par les deux gouvernemenls. Il s'en esl fallu de bien peu qu'il n'obtint, au Sénat de Washington, la majorité exceptionnelle des deuï tiers, nécessaire pour sa ratificatiûu.

D'autres nations ont été plus heureuses, La Mouar— | chîe Italienne el la République ArgenLinc, imitée depuis par lapluparliksKépubliques voîsine,s,ont lespïemitTeaJ donné l'ejtorapîe delà conclusion déGnitive d'une con- 1 ventionqui, en aucun cas, ne leur permet de recourir à la g-iinrrft pour vider leurs dilTôrends^et qui, par avance, réglcdelafii'.oiila pi us précise et la plus figaureuselapro^ cédureamiablepar laqucUeellesdevronlètre conciliées. '

La conclusion naturelle de ce long et persévérant' travail, ce serait évidemment l'adoption, parTensemble des puissances civilisées, d'un droit des gens nouveau, ■ consacrant pour les peuples la loi fondamenlale que ' toute société dig-ne de ce nom a imposée A ses membres, C'est-i-dire interdisant â toute collectivité, aussi bien , qu'à tout particulier, !a faculté de se faire justice à^ soî-même, et organisant au-dessu? des parties en cause, ■ et en leur nom, une juridiction supérieure, chargée de i prononcer entre elles au besoin.

Ce terme n^est point attpint encore. Force nous esll bien de le recûnnaître. Maïs comment nier que l'on ne '

HISTOHIQLE DU JJÛUVEHEST DE LA PAlï S"

[s'en soit rappiûcliéi et qtic la tendante générale du monde civilisé ne soil de s'en approcber chaque jour Ja-

; vantage cucorel^Qu'est-cu que ccl clToit, impurfailayns doute, njais si puis^alll, cl que nul n*aurai[ i>s6 espL-rer, il j a peu d'uLNiées, leiilé paria Cùnlércncc de La lia je?

I Qu'eat-co que ci:t appel adressé, par le plus grand souverain militaire du monde, à la raison et à La conscience do toutes les puissances, en vue de ri^duire^ avec les chances d'iûsccuritù^ leiî char^'^i c]ui pèsent sur les peuples, ut de prcparer, sur h haso de l'équité et de la bienveillance, une ère de paix moins incertaine i]ue celle que Ton appelle la paix armée ?

Tentative vaine, disent les sceptiqueis, a\orlenienl de première classe, illusions bientôt démenties par la cruelle réahté î a Non, progrès insufTisant, mais progrès considérable, étape nouvelle et décisive vers la recnnnaissance de ce régime supérieur qu'appellent à l'envi les vœux des peuples et les aspirations des véritables poli-îques; promnlj-'ation, qu'il sera difficile de renier lonj^tenips, du devoir commun de tous les gouverne- Uie ita de s'entendre pour maintenir la paix, et conslllution, dis maintenant réalisée, en leur nom k loua, d'une magistrature supérieure, devant laquelle, après avoir élé contraints d'en reconnaître la nécessité, ils seront bien contraints de s'incliner )> .

Aiosi parlions-nous, îl y a une couple d'années à peioe, lorsque la persistance des gouvernements à refuser de se servir de l'inatrument qu'Us avaient eux-mêmes créé semblait autoriser encore les défiances des timides el les sarcasmes des sceptiques. L'organe est créé, BJoulions-nous, que ce soit de bon gré ou non, il créera la fonction. Et l'organe a fonctlonué. Et, h l'heure qu'il est, une affaire qui, par la façon dont elle avait été engagée, semblait ne pouvoir se terminer que par k guerre, l'affaire du Venezuela, se plaide, après d'autres, paisiblement devant la cour de La Haye. L'impulsion est donnée. La souveraineté de la cour suprême dea nations est reconnue.

Elle l'est par les appels qui ont été adressés à cette cour, comme la supériorité de l'arbitrage Tétait déjà,

mSTOaiQCE DtJ MOtJVEMiSWT DG TA PAtï

et de plus en plus, par la muUîplîcatlun rapide du recours à ce proci^dé (1).

Elle l'est par les ci,invenî.ioTis conclues et les déf marches tentées, dans le nouveau monde, en même temps (juc dans l'ancien, pour soumettre à la juridictian nouvelle un nombre chaque jour croissant de puissances. Ce sont les Ucpuhliqucs Chilienne et Argentine qui, déjà entrées en campagne l'une contre l'autre, s'arrèlent devnnt les représenlalions qui leur sont faîles [ au nom des sociétés de la paix, et, après s'être sou- [mises noblement 5 la sentence du roi d'Angleterre, lî- ' cencienl leurs arnnées, désarment leurs vaisseaux et I remplacent par des chargements commerciaux les cai nons et les munitions de g'uerre. C'est le Congres Pan- Américain de Mexico, â la suite duquel nous y insistons, les diverses Républiques de l'Améiique du Sud, déjà lUées pour la plupart par des traités d'arbitrage avec leur ancienne métropole, l'Espagne, en contractent de formels les unes avec les autres, et s'engagent, pour tous Iles diiTcrcnts qui pourraient survenir entre elles, à aller i frapper, de l'autre cùtédel'Océan, à la porte de la cour de La Haye.

(i) Cent soiïanlQ-di:t-sepl, scnlences arbitrales de 1774 à t4}oo, quatre-viiigt-dïï de iSSo i IQOO, et plus de Lraote dans .les trois premières amtées de ce siècle: une par laoï^.

C'est, en même Icmpa» en Eumpe, un mouvement encore Irop peu connu du public, mais qui, préparé dans l'ombre, conitaence à éclalcr ,iu ^'land jour. Ce sont les Etals Scandînjivcs, Je Dunemaik, la Belf^nquc, les Pâys-Dae lltisaut, ù d'auLieâ naLioas, parmi ksquelles la France, des ouvertures en >ue de la conclusion de semblables trailés : ouvertures qui ne resteront 1 certes pas sans ré&ultat. Et ce sont en mcnie temps ces vûja^es, cos discours de souverains et de chefs d'Etat, parmi lesquels on noua pei mettra de noter particulièrement les visites du roi d'Angleterre et du roi d'Italie, au Président de la République Française» et de celui-ci à Londres, hier, h Rome, demain. Démarches officielles avec lesquelles coïncide si heureuseuienl la réception dea parlementaires fiançais eu Ang;le(cire et des parlementaires anglais en France, et la Bjuipatbie avec taquellcj des deux calés du détroit, a été suivie la mémorable campagne de M. Barclay, et les voles presque unanimes — nous n'avions pu en obtenir un seul, il y a quelques annéss — des conseils généraux en faveur de la paix et de l'arbitrage. Ajoutez à cela — mais c'en est peut-être la cause — le développement des sociétés de la paix, qui, rares et presque ignorées U y a un quart de siècle, sont aujourd'hui répandues et agissantes sur tous les points du continent comme de l'Angle-

Hl6T0&lQt?E DU MOUVEMENT KE LA PAU

terre ; et l'adhésion presque unanime des instituteurs et des inslihitrices, dont les groupes, les Amicales, comme ils s'appellentj se font un devoir Ue prêcher aux enfants une éducation amicale et pacifique; et celles des Associations d'ouvricFS, qui comprennent aujourd'hui que le premier de leurs intérêts c'est de ne point se voir enlever pour la préparation de la guerre la nneîlleure partie du fruit de leurs sueurs, on attendant de se voir envoyés cuï-mèmea à la boucherie dont ils font les frais.

Et les gouvernements comme les peuples se rendent compte k leur tour de la folie et du crime de la vieille pijlilique de haine et de destruction mutuelle ; et des bouches officielles tombent des déclarations d'une autre Bigniiicaiion que le timide 33" protocole de iS56. (! L'arbitrage fait désormais partie de la politique régulière des nations civilisées >}, disait, en septembre dernier, en ouvrant la Conférence Interparlemcntairede Vienne, son président, le baron de Plener. Et îl ajoutait, dans un autre discours, après avoir montré comment touslcs progrès, après avoir passé d'abord pour dps impossibilités, puis pour des mesutes subversives, deviennent desmesures de conservation nécessaires ; «Vous êtes, messieurs, les vrais conservateurs, 11 Leprésidentdu conseil des ministres, le baron de Kœrber, nous disait

HISTORIQUE OU MOrVEMEBT DE LA PAIX

de son cote : « L'oblig-alion de l'afbilrage sera. Messieurs, le couronnement de vos efforts d. Il procUmail que les gouvernements comme les peuples comprennent la nécessité de fonder sur le travail, qui ne peut ge passer de sécurité, le hien-dlre des sociétés, et il concluait : u Travalllex en paix pour la paix, s

Quelques jours plus tard, à Rouen, où se tenait le Congrès international des sociétés de Irt paix, et an ïliLvre, où il se termînait par une réunion mémorable, un membre du gouvernement Français, le ministre du commerce, ^prH avoir entendu les délégués des diverses nations représentées, tenait à son tour le même langage. 11 ne se conlentatl pas d'accepter le titre que nous lui avions donné de ministre de la paix — commerce et paiï na sont-iU point synonymes ? — il demandait, snns empiéter sur le domaine do celui de ses cûllèg^iiesqui a le soin tic la défense nationale, à être H le ministre de la guerre... de la guerre à ia guerre d. Son pr'édécessour, qui avait ouvert, en igoo, notre congrès à Paris, comme il le clAluraîl, lui. en iflo3, écrivait, il j a quelques semaines, en tête d'une étude consacrée par un étranger h. l'esamen d*une question dont ïcë Français et les Allemands nû peuvent ^uct-e parler impartialement^ et dont il faut que l'on parle :

V Les idées de justice et de paix marctient à pas de géant. Elles règaeront ».

Nous voici loin de l'époque oîi l'illustre comte Sclopis, après a\oir g-lorieusemcnt coiilribui^ à la solution pacifique de cette aflaîre de VAlahama qui avail failli mettre aux prises les deux branches de la grande famille Ançlo-Saxonne, nous écrivail ; " Il Tant vaincre la surdité volontaire des gouvernements n. li n'y a plus de sourds dont les oreilles, volonlairemeut ou non^ soient assez fermées pour ne pas entend ic le cri de l'humunité, La solidarité, désormais visible à toute heure, des diverses nations les oblige à se connaître et à se respecterr Et comme le disait, en igoo, le Président de la République Française, q^Ji avait accepté en , ifloS, la présidence d^honneur du Congrès de la pais : « Elle imposera » — elle impose déjà — » le règlement amiable des conûits internationaux et raffermîssenïcnt de la paix, (oujours plus glorieuse quelaplusgloricusedes guerres ».

Cette brochure était composée, el nous achevions d'en corriger les épreuves., lorsque s'est accompli, à l'iiorinenr de la France et de TAngleterre, l'heureux événement dont nous n'avions pu que faii'e presdentir la réalisation prochaine : le traité du i4 octobre. Ce

HISTORIQUE DD MOUVEMENT ET DE LA l^AIX

traite a élé, el sera encore, dans la presse el dans des publications spéciales, l'objet de non>breuse5 et sé-

. lieuses études. Nous ne pouvons ici qu'en prendre acte. Mais nous tenons à dire tout au uioins, ainsi que l'a ma^stralement exprimé t'un de nos plus ém inenta amis anglaÎ!?, M. Hodgson Pratt, t[ue s'il ne nous donne pas encore tout ce que nous croyons élte en droit de réclamer, pour garantir au monde l'enlièie sécurité dont il a besoin, il est tout au moius, dans In Tîoie du progrès que nous poursuivons, une étape considérable, la plus importante et la plus sîg-nîGcatîve qui ait encore été accomplie. C'est, pour le plus grand nombre des conflits qui peuvent survenir entre les deux grandes nations libérales, U renonciation solenndEe à la violence et à l'arbitraire. C'est, par ces mêmes grandes puissances, la reconnaissance et la consécration officielle de la Cour de La Haye. C'est, enfin, TafErmation

, "de leur volonté réfléchie de mettre un terme aui sentiments de jalousie et de rivalité malveillante qui trop souvent les ont divisées, el de ne plus connaître d'autre émulation que celle du travail qui féconde et du progrès moral qaî élève. L'élan est donné ; le reste suivra.

SaîM-Amand (Cbârj. — Imprimerie Bussiâbs.

Stanford Unlversity Ubrary

Stantordf Californîa

In order that others may use thîs book, please retum it as sood as possible^ but Dot iater than the date due»

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