‹ Historique sommaire de la lèpre dans nos diverses possessions colonialesChapitre 13 sur 21 · RÉUNION · texte numérisé non relu

RÉUNION

Une léproserie a été fondée dans cette île par un arrêté du 2 5 février 1 85 a, à Saint-Denis (chef-lieu), à i/i kilomètres delà ville, au centre d’un vaste plateau situé à environ Aoo mètres d’altitude.

HISTOBIQl K SOMMAIRE DE LA LÈPRE

L’arrêté est ainsi conçu : te Attendu les progrès chaque jour croissants de la lèpre, considérant qu’il importe de préserver la population agricole d’un fléau qui menace de l’atteindre, l’Administration décide : i° l’établissement d’une léproserie; 2° que tout individu désigné comme lépreux sera tenu de se présenter à la Commission sanitaire aux jours et heures indiqués par le Directeur de l’intérieur; 3° que tout individu reconnu lépreux par la Commission sanitaire sera immédiatement séquestré à la léproserie; h° que pourra être dispensé de celle obligation tout lépreux qui s’engagerait à quitter la colonie ou qui justifierait de moyens suffisants pour recevoir, dans sa famille, les soins que réclame son état. Cetle autorisation exceptionnelle ne sera accordée qu’à la condition expresse d’une séquestration absolue, dont l’inexécution entraînera de plein droit l’internement; 5° les lépreux seront nourris et entretenus aux frais de la colonie s’ils sont reconnus indigents. Un médecin sera affecté au service des lépreux et les secours de la religion leur seront assurés, a »

Il faut s’empresser de le dire : si l’arrêté existe, il n'est pas appliqué, et nombre de lépreux circulent dans les rues et montent même en wagon.

Les dépenses prévues au budget de 1901 pour la léproserie s’élevaient à un total de ^7,109 fr. ko :

Directeur comptable 3,5oof 00e

Infirmier-major 1,200 00

Médecin visiteur 2,619 00

Aumônier i>7^6 00

1 supérieure et 5 sœurs (Filles de Marie).. . . 5,Àia 00

Infirmiers i>9^10

h journaliers 3,' 67 20

Vivres, elc *9^7^

Chauffage, éclairage 1,600 00

Couchage, habillement 3, 600 00

Médicaments, matériel 000 00

Frais de sépulture 3°° 00

Transport de malades 1,200 00

Dépenses du culte ^10° 00

Matériel, achats, entretien.. 1,000 00

Frais de transport de la commission de surveillance

Total

07,109 liO

La lèpre existe un peu partout dans 1 île, mais les quartiers les plus contaminés sont: Saint-Leu, Saint-Gilles et Saint-Louis, et dans ce dernier, c’est La Riviere qui compte le plus grand nombre de lépreux.

La lèpre, disait-on autrefois, attaque le plus souvent les Indiens et les noirs de la côte d’Afrique; les créoles ne sont cependant pas épargnés.

Le relevé des lépreux de 1868 à 1872 a été le suivant :

Européens.. 9

Créoles a°

Indiens ^

Cafres 21

Malgaches 6

En 1903, la léproserie établie à la Montagne et dirigée par le D1 Auber abritait 61 pensionnaires, dont 5 A hommes et 7 femmes, se répar Lissant ainsi suivant les âges :

UOMMES. FEMMES.

3o à Ao

Au-dessus de 70 ans

Totaux

L’homme le plus âgé avait 77 ans et était interné depuis le 1A novembre 1895.

L’homme le plus jeune avait 22 ans et était interné depuis le 1 7 janvier 1900.

La femme la plus âgée avait 70 ans et était internée depuis le icr avril 1887.

La femme la plus jeune avait 26 ans et était internée depuis le 3 février 1889.

Pendant la période quinquennale de 1897 à 1902, sur 126 lépreux traités, on compte 56 décès, soit i décès pour 2.25 malades.

En 1899, 9 lépreux sont morts en dehors de la léproserie. En 1900, il en est mort A, et en 1901, seulement il (cas déclarés).

Le traitement employé consiste en une nourriture saine et abondante, en toniques de toutes sortes, en bains fréquents avec du sous-carbonate de soude (200 grammes par bain), huile de chaulmoogra à l’intérieur. On commence par 5 gouttes matin et soir après les repas, dans une infusion d’aya-pana. O11 augmente de A à 6 gouttes par jour jusqu a a5o gouttes par jour en quatre fois. S’il y a fatigue d’estomac ou diarrhée, on revient aux doses initiales. Si cette huile n’est pas tolérée, 011 a recours à l’acide gynocardique sous forme de gvnocardate de magnésie, 1 à A grammes par jour sous forme de pilules de 0 gr. 20, associé à de l’extrait de gentiane : gynocardate de magnésie, 0 gr. 20; extrait de gentiane, 0 gr. o5. Très souvent, aussi, on donne l’ichtyol à la dose de 1 à 3 grammes par jour, sous forme de capsules de 0 gr. 25, qui semble donner de bons résultats.

Dans les poussées fébriles, on a recours au salicylate de soude. On cherche à relever les forces du malade par tous les moyens.

Toniques : kola, coca, fer, sirop des trois phosphates (fer, quinine, strychnine). Injections hypodermiques de cacodylate de soude. Ces injections relèvent rapidement l’état général, font disparaître les symptômes cachectiques, le poids augmente, les ulcérations et les lépromes se cicatrisent et s’affaissent. Les plaies sont désinfectées au permanganate de potasse (solution de 0 gr. 2 5 par litre) et pansées avec des pommades à base d’aristol ou d’orthoforme.

On fait aussi constamment usage de pommades à 1 ichtvol a 5 0 p. 100 :

Ichtyol 5 0 grammes.

Axonge 7°

Huile d’olive 3o

Les ulcères sont fréquemment pansés avec une émulsion de baume de gurgeon et d’eau de chaux à parties égales.

DANS A OS DIVERSES POSSESSIONS COLONIALES

Établissements français de l’Inde.

Nos établissements de l’Inde possèdent au chef- lieu, à Pondichéry, une léproserie élevée tout près de la mer, sur un terrain sablonneux planté de nombreux cocotiers et situé à i,5oo mètres au Sud de la ville.

Les origines de cette léproserie remontent à 1826, époque à laquelle le Gouverneur, frappé de la quantité de lépreux que Ion rencontrait dans la ville et dans les environs, prit une ordonnance locale pour assurer des secours aux malades incurables en général et aux lepreux en particulier, jusqu’au moment ou il sciait procédé a la création d’un hospice et d’une léproserie. On louait presque en même temps, dans la ville noire, un local destiné à servir de léproserie. L’établissement actuel, pai suite de circonstances trop longues à énumérer, n’a été ouvert qu’en 18/19. H devait ensuite passer par bien des péripéties causées par des difficultés financières. En 1806, la léproserie fut abandonnée à la Mission catholique; à partir de 1 880, un philanthrope de la localité assura , au moyen d’un don , la quanlifé journalière de riz nécessaire à l’alimentation des lepreux. En 1898, de nouvelles difficultés financières ayant surgi et des tiraillements s’étant produits entre la Mission et le Lomite de bienfaisance, la léproserie fut remise au service local par un arrêté en date du 28 février 1898.

Les hommes et les femmes sont séparés; le quartier réservé aux hommes est le plus vaste et sa porte d’entrée donne directement sur la route qui conduit à l’établissement, de sorte que les malades peuvent sortir au dehors à peu près comme ils veulent. Lest aussi par le quartier des hommes que passe le chemin conduisant à la chapelle, qui est un lieu de pèlerinage pour les I ondicheriens. Les lépreux ont bien un espace réservé dans ce sanctuaire, mais il est toujours envahi par les pèlerins qui considéreraient leur pèlerinage comme incomplet s’ils ne se mêlaient aux malades. On conçoit les dangers d’une pareille U unie, qu il est impossible de déraciner, tant elle est passée

Us les mœurs et tant elle est ancrée dans les idées sunerstilieuses des habitants. (Dr Lhomme.) P

AL Kerhorgant.

Les logements affectés aux lépreux ne sont pas assez vastes pour le nombre de malades qu ils abritent; aussi plusieurs sont-ils réduits à passer les nuits sous les vérandas. Le mobilier est également insuffisant et plusieurs lépreux sont obligés de coucher par terre.

La léproserie ligure au budget local pour une somme de Zi,ooo roupies (7,000 francs environ), destinée à solder le personnel, à acheter des médicaments et à entretenir les malades et l’immeuble. Au mois de mars igo3, le nombre des lépreux internés s’élevait à AA, répartis de la manière ci-après :

Hommes adultes 3 1

Femmes adultes 9

Adolescents

Adolescentes

Ce chiffre est une moyenne qui s’élève rarement au-dessus de 5o. Il n’existe pas de règles pour l’admission dans l’établissement, qui est le plus souvent toute spontanée de' la part des malades.

L’arrêté de 1898 règle cependant cette importante question de police sanitaire de la manière suivante :

Art. 1er. Tout individu suspect de lèpre et trouvé sur la voie publique, sera conduit par les soins de la police a 1 examen du chef du Service de santé. S’il est reconnu malade, il sera interné à la lépro-

sene.

Art. 2. Pourra être dispensé du séjour à la léproserie, le lépreux qui s’engagerait à quitter la colonie ou qui justifierait de moyens suffisants pour recevoir dans sa famille les soins que réclame sou état. Cette autorisation exceptionnelle de rester dans sa famille 11e sera accordée qu’à la condition expresse d’une séquestration absolue, dont l’inexécution entraînerait de plein droit l’application de la mesure prescrite par l’article précédent.

Art. 7. Les lépreux internés dans la léproserie, qui auront quitte cet établissement sans autorisation et qui seront trouvés circulant ou mendiant sur la voie publique, seront immédiatement appréhendés par la police et conduits à la léproserie, où il leur sera fait application du règlement intérieur prévoyant les cas d’évasion. Les lépreux étrangerspourront être conduits hors du terriloiie.

Le nombre des lépreux semble augmenter surtout depuis une quinzaine d’années; d’après les renseignements fournis par la police et les officiers de santé indigènes, on compterait à Pondichéry, sur une population de 17/1,456 habitants, 3oo lépreux, soit 1.72 p. 1000; mais ce chiffre est tout ce qu’il y a de plus approximatif. A Chandernagor, on ne comptait, en 1899, que 6 lépreux pour 28,000 habitants, soit 1 pour 3.700 environ. Rappelons que les statistiques de l’Inde anglaise accusent i3o,ooo lépreux sur 320 millions d’habitants, soit 1 pour 2,5oo environ. Cette faible proportion tient à ce que les régions de l’intérieur et du Nord sont indemnes.

Il résulte dune enquete laite en 1898, que le nombre des lépreux dans nos Etablissements s' elevait à 584, dont 446 hommes et i38 femmes. Ce chiffre doit être certainement d’un tiers au-dessous de la réalité, car bien des familles, surtout chez les métis, considèrent comme un déshonneur de compter des lépreux parmi elles; aussi relèguent-elles au fond de leurs habitations ceux de leurs parents qui sont atteints de lèpre. Il faudrait donc compter 778 lépreux.

Les décès survenus à la léproserie depuis quinze ans, de 1889 à i9o3 inclus, se sont élevés à 75, soit 5 par an en moyenne; la mort a été causée le plus souvent par une maladie intercurrente, la dysenterie très fréquemment.

La médication la plus employée est l’huile de chaulmoogra administrée par la bouche, les Hindous étant tellement pusii-

annnes qu’ils ne veulent pas accepter les injections souscutanées.

La léproserie n'a pas rendu, au point de vue de la prophylaxie de la lèpre, les services qu’elle aurait pu rendre si elle avait été fermée au public et si la chapelle de l'établissement " ",a,tT Pas un lleu (1<s pèlerinage où l’on vient demander à sam Lazare, son patron, la guérison des maladies cutanées. L , la plupart des indigènes , même ceux qui appartiennent aux castes elevees, marchent pieds nus ou ôtent leurs sandales en

“* C°,,<liti0nS’ “

Gouvernement général de l’Indo-Chine.

Les colonies composant ce Gouvernement sont : la Cocliincliine, le Cambodge, l’Annam, le Laos et le Tonkin.

La lèpre doit exister depuis Tort longtemps dans celle partie de l’Asie, car les Chaînes, qui ont précédé les Annamites, avaient la tradition d’un roi lépreux qui régnait au xme siècle.

Le roi siamois qui était sur le trône en 1767 était lépreux.

Enfin le roi Yasovarman, qui régnait au ixe siècle et qui lui le premier à habiter Anchor, quil acheva s’il ne la construisit lui-même, était également lépreux. Une statue qui existe encore lui a été élevée, maison ne peut retrouver sur elle quoi que ce soit ayant l’apparence de lésions lépreuses.

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