COCHINCHINE
H n’existe pas de documents sur la lèpre en Cochinchine; toutes les formes connues existent dans le pays. Il y a eu sous certains souverains des tentatives d isolement motivées pai l’extension de la maladie; c’est ainsi que l’un d’eux avait ordonné d’isoler les lépreux loin des villages, dans des paillotlcs que l’on devait détruire par le feu après la mort du malade, ainsi que tous les objets et effets qui lui avaient servi. Les cadavres devaient être enterrés dans une fosse très profonde. 11 y avait en outre dans chaque province une maison spéciale ou l’on enfermait de force les lépreux qui ne voulaient pas s isoler; ils étaient, dans ce cas, nourris par l’Administration, tandis que les autres recevaient la nourriture de leurs familles et, quand ces dernières ne pouvaient le faire, ils avaient recours à la charité publique. Enfin, sous le Gouvernement annamite, il a toujours existé une léproserie qui avait été placée dans une île du Mékong. Peu à peu, 011 se désintéressa des lépreux et on laissa tomber en désuétude les mesures qui avaient été prises en vue de leur isolement.
Les Annamites considèrent la maladie comme contagieuse et la croient également héréditaire; malgré cela ils ne chassent pas les lépreux de leurs demeures.
Tous les arrondissements de Cochinchine sont contaminés inégalement; quant au chiffre approximatif des lépreux, on
l’estime à un total de h a 5,ooo.
Depuis la prise de possession, aucune mesure n’avait été édictée pour isoler les malades, qui circulaient librement, se mêlant aux gens sains et se tenant principalement dans les centres. aux abords des marchés les plus fréquentés, où ils mendiaient. Par un arrêté local du 18 janvier 1903, l’Administration a décidé la création d’une léproserie dans l’île de Cu-lao-Rong, en face la ville de Mytho, dans laquelle seront internés les lépreux trouvés circulant sur la voie publique et ceux qui en feront spontanément la demande. Cette île était déjà en partie exploitée; les principales cultures étaient le riz et le cocotier; les lépreux qui ne sont pas impotents pourront par suite s’occuper de travaux agricoles.
La léproserie a été aménagée de façon à recevoir 600 pensionnaires dès son ouverture; si le nombre des internés venait à dépasser ce chiffre, on construirait des paillottes, la place ne manquant pas.
Les dépenses sont imputées à chaque province au prorata du nombre des lépreux qu’elles fournissent.