‹ Historique sommaire de la lèpre dans nos diverses possessions colonialesChapitre 18 sur 21 · NOUVELLE-CALÉDONIE · texte numérisé non relu

NOUVELLE-CALÉDONIE

L’apparition de la lèpre dans cette possession ne remonte pas à une époque très éloignée; elle s’est étendue et propagée avec une rapidité telle, qu’elle suffirait à elle seule à plaider en faveur de sa contagiosité, si l’on en doutait encore.

Il résulte de l’enquête faite au sujet de son importation, par Grall, que c’est un Chinois, porteur d’une lèpre bien caractérisée, qui a introduit la maladie dans une tribu où il avait séjourné pendant deux ans. Ce Céleste mourut vers i8G5; pendant son séjour dans la tribu, il ne se produisit rien de particulier; ce n’est qu’une année après son départ qu’un Canaque fut reconnu malade; il mourut après quatre ans de maladie; ce premier cas fut suivi de deux autres, et ces nouveaux malades succombèrent trois ans après.

A partir de ce moment, la maladie fit des progrès effrayants, et malgré le cri d’alarme jeté par les médecins, l’Administration locale ne s’en préoccupa pas. Les deux côtes Est et Ouest n étaient pas également contaminées; c’est la seconde qui était la plus infectée, lorsque les tribus de cette partie de la côte se révoltèrent en 1878. Lors de l’apaisement de celte insurrection, les tribus de la côte Est qui nous étaient restées fidèles se partagèrent les femmes et les enfants des tribus révoltées, tandis que les hommes furent disséminés sur toute l’étendue de 1 île. Ces différents mouvements de population eurent pour résultat immédiat de répandre la lèpre partout. Eu 1 883- 188Ù, les médecins, frappés des progrès de la maladie , signalèrent de nouveau le danger; il fallut bien se rendre à l’évidence et reconnaître que file était sérieusement contaminée. Malgré tous ces avertissements répétés, ce n’est qu’en 1889 que les autorités s’émeuvent et chargent un fonctionnaire, accompagné d’un médecin, de visiter les différentes tribus. Or voici ce qu’il écrivait à la date du 12 juin :

«Au cours de la tournée que je viens d’effectuer, j’ai pu me

rendre compte des progrès que fait chaque jour la lèpre; presque toutes les tribus de la Grande Terre sont présentement contaminées. Je me suis efforcé dans mes entretiens avec les naturels, de leur faire comprendre combien il était de leur intérêt d’éloigner de chez eux les individus atteints, mais je rencontrai partout une très grande indifférence et dans certaines localités on cherchait à me cacher les malades.

ce L’internement des lépreux ne se fera donc pas sans dillicultés; il faut s’attendre à rencontrer dans beaucoup de tribus une résistance que l’on n’arrivera à vaincre qu’avec le temps. Ces dispositions regrettables m’ont clairement démontré qu’il ne fallait pas songer à établir une léproserie sur la Grande Terre, car il serait à peu près impossible d’empêcher le contacl des lépreux internés avec les autres indigènes et même de les retenir dans le périmètre qui leur serait affecté.»

Dans une autre correspondance, le même fonctionnaire écrit : et La lèpre continue à se propager avec une rapidité effrayante dans les tribus; elles sont à peu près toutes contaminées aujourd’hui. Si Ton ne prend pas rapidement des mesures énergiques pour combattre cette terrible maladie qui décime déjà la population autochtone, et qui commence également à atteindre les Européens, on sera bientôt impuissant à en enrayer les progrès.»

A la date du 11 septembre 1889, les chefs des tribus de Canala proposaient d’isoler leurs malades par leurs propres moyens sur un point de leur territoire.

On installa à cette époque cinq léproseries partielles : la première à Tile aux Chèvres, près de Nouméa; la deuxième au pic des Morts, près de Canala; la troisième au cap Bocage, à Houailou ; la quatrième à la pointe de Cougouma, près de Hienghen, et la cinquième à Maré , une des îles Loyalty.

L’expérience ayant démontré qu’avec ce système de léproseries partielles, il était absolument impossible d'obtenir l’isolement réel des malades, on décida, en 189.!, la création d’une léproserie centrale à Tile Art, du groupe des Bélep, située au Nord de la Nouvelle-Calédonie, et Ton y dirigea tous les malades des léproseries partielles qui étaient au nombre de 5oo environ, y compris quelques Européens.

L’ile Art était cultivée par uné tribu que l’on déporta sur la Grande Terre, de sorte qu en arrivant, les lépreux assez valides pour travailler, purent immédiatement se livrer à la culture. La direction de l’établissement fut confiée à un missionnaire qui était assisté par des sœurs européennes et indigènes, maison ne jugea pas à propos d’y placer un médecin. Les Canaques, qui auraient probablement consenti à subir cet exil si on leur avait prodigué des soins susceptibles d’amener la guérison, n’eurent qu’une pensée : retourner dans leurs tribus; aussi les évasions furent-elles nombreuses. Ceux qui restèrent furent bientôt rejoints par des membres de leurs familles, et la léproserie de l’ile Art ne se différencia plus d’une tribu ordinaire; elle comprenait en effet autant de gens sains (tue de malades.

Internés au i3 octobre 2/16 190 iG3

Naissances 2 5 11

Décès 60 32 n

A la fin de 189 5, 600 lépreux environ ont été dirigés en deux fois sur les Bélep, et au ier janvier 1897, 011 ne comptait en tout que 172 lépreux internés; tous les autres avaient succombé ou avaient quitté l’établissement.

Au mois de septembre 1897, un médecin et un pharmacien sont envoyés en mission à la léproserie centrale avec ordre d’établir un rapport sur la situation des lépreux internés.

Deux léproseries étaient alors installées à l’ile Art, l’une destinée aux Canaques, et qui contenait également deux personnes libres de race blanche, l’autre qui abritait les malades de la transportation.

Les conclusions des rapporteurs furent qu’il n’y avait plus lieu de dépenser chaque année 65, 000 francs pour un établissement qui ne comptait que cent et quelques lépreux. L’Administration locale, s’appuyant sur ce rapport, sollicita du Département l'annulation du décret qui avait institué cette léproserie. Sans attendre la réponse, qui fut d’ailleurs négative, le Conseil général de la colonie supprima le crédit affecté

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à l'établissement et son évacuation fut décidée pour le 1er avril 1898; les Européens qui s’y Irouvaient furent dirigés sur file aux Chèvres.

L’Administration pénitentiaire seule, forte du décret qui avait créé la léproserie, y maintint ses lépreux.

On retombait dans les erreurs du passé; les léproseries partielles n’avaient donné que de déplorables résultats ; on y revenait quand même, malgré l’avis contraire exprimé par le Département.

Des arrêtés intervenus en novembre 1898 et avril 1899 réglèrent les formalités à remplir pour faire passer devant une commission sanitaire les personnes soupçonnées atteintes de lèpre. Plus tard, deux autres arrêtés, en date des 2 3 novembre et 16 décembre 1901, créèrent des léproseries partielles. Aux termes de ces décisions locales, elles devaient être installées par les soins des chefs de tribus dans /12 localités et recevoir, dès leur achèvement, les indigènes malades, qui devaient y être maintenus isolés sous la surveillance des Services des affaires indigènes et de la gendarmerie et sous la responsabilité des grands chefs. Chaque tribu doit pourvoir à la nourriture et à l’entretien de ses lépreux, l’Administration locale se réservant de leur venir en aide au moyen de distributions de riz, à raison d’un kilogramme par personne et par semaine.

A la date du 3o juin 1902, il existait 23 léproseries partielles sur la côte Est, contenant 3oi lépreux, 12 sur la côte Ouest renfermant 107 lépreux, et 3 aux îles Loyal ly, dépendances de la Nouvelle-Calédonie, abritant 160 malades. Ces trois dernières léproseries, situées sur les trois îles les plus importantes du groupe : Lifou, Maré et Ouvéa, devaient être fondues en une seule placée sur l’ile Doudoume, qui est au centre de cet archipel.

Les léproseries partielles de la Grande Terre renfermaient donc à la date précitée un total de /108 lépreux indigènes, et en y ajoutant ceux des Loyalty, on arrive au chiffre de 568 obligés au séjour dans ces établissements.

L’Administration pénitentiaire comptait à la même époque 108 lépreux dont 3i à l’île Art et 77 isolés près de Nouméa,

dans nos diverses possessions coloniales.

à la pointe Nord de File Non, qui sert de bagne central et d'où on les expédie à la léproserie par un cotre.

À la date du 8 mars 190A, l’Administration pénitentiaire accusait un total de 92 lépreux dont 29 transportés, 58 libérés et 5 relégués.

Il y a lieu également de signaler une dizaine d’agents de surveillance qui ont été atteints, ainsi que des enfants de fonctionnaires de cette Administration dont nous ne connaissons pas exactement le nombre.

Nous ne possédons aucun renseignement sur le total des indigènes atteints de lèpre; mais il serait, paraît-il, moins élevé qu’on ne je pensait tout d’abord, la mortalité étant très grande parmi les lépreux. Ce qu’il y a de certain, cest que tous les malades ne sont pas internés.

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