‹ Historique sommaire de la lèpre dans nos diverses possessions colonialesChapitre 17 sur 21 · TONKIN · texte numérisé non relu

TONKIN

La lèpre existe au Tonkin depuis un temps immémorial et le nombre des lépreux qu’on y rencontre aux abords et aux portes des principaux centres est considérable. Les indigènes sont depuis longtemps convaincus de la nature contagieuse de cette alFection; nous n’en voulons pour preuve que les précautions prises par les autorités locales vis-à-vis de ces déshérités du sort. Il n’existe pas, en effet, au Tonkin de centre de quelque importance qui n’ait son village de lépreux où sont isolés de nombreux malades arrivés à la dernière période de cette affection, les Tonkinois n’en connaissant que peu ou pas les premiers symptômes. On trouve dans ces agglomérations deux catégories de personnes : des gens plus ou moins âgés, porteurs de lésions caractéristiques, et de jeunes enfants.

Quand ces derniers sont arrivés à un certain âge et qu’ils sont sains, ou du moins ont les apparences de la santé, ils quittent le village pour aller exercer un métier quelconque; s’ils deviennent plus tard lépreux, ils retournent dans leurs villages d’origine.

Les villages de lépreux ne diffèrent en rien des villages ordinaires; entourés d’une haie vive de bambous absolument impénétrable, ils communiquent avec l’extérieur par une ou deux portes qui sont fermées tous les soirs. Les logements consistent en paillottes entourées de jardins potagers dans lesquels les habitants cultivent des légumes indigènes, qui améliorent leur alimentation exclusivement composée de riz fourni gratuitement par la commune. Dans les villages cl’une certaine importance, les lépreux creusent des mares pour y élever du poisson. Aux environs de Hanoï, ils ont la spécialité de l’élevage des lapins blancs, qui sont ensuite vendus au marché. Malheureusement, aux époques troublées, le riz n’a pas

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été toujours fourni régulièrement et les malades se sont trouvés dans l’obligation d’aller souvent fort loin chercher leur subsistance. En 1 883- 1886, on voyait de longues files de ces mutilés se répandant partout pour implorer la charité publique. 11 existait à cette époque, à Hanoï, un village de lépreux dont l’étendue et la population étaient considérables.

La situation au Tonkin, au point de vue de ia lèpre, ne semble pas avoir beaucoup changé; le village qui existait autrefois au Sud de Hanoï a été supprimé, afin de permettre l’extension de la ville européenne. Les lépreux ont été renvoyés dans leurs communes respectives et des maisons ont été édifiées sur l’emplacement de leur ancien village, sans que l’on ait pris soin de désinfecter le sol.

Les médecins ont fait à plusieurs reprises des efforts pour intéresser les autorités locales à cette question de la lèpre, sollicitant d’elles qu’on procédât tout d’abord au dénombrement des lépreux, puis à leur internement dans une ou plusieurs des lies avoisinant la baie d’Along, sur des terrains assez vastes pour permettre aux moins mutilés de se livrer à la culture, afin de pourvoir en partie à leur subsistance. Aucune suite n’a été donnée à ces propositions.

En 1900, une commission fut nommée pour s’occuper de la question, qui n’a pas avancé d’un pas; quelques mesures partielles de préservation ont été prescrites sur certains points des territoires militaires, mais elles ont cessé le plus souvent avec le départ de leurs promoteurs. On peut donc dire que rien n’a été tenté jusqu’ici par les autorités locales, non seulement pour circonscrire le mal, mais aussi pour en mesurer l’étendue. Cette indifférence vis-à-vis d’un fléau qui semble se réveiller de toutes parts, tient sans aucun doute à ce que l’on n’a jamais signalé aucun cas de contamination parmi les Européens; mais cette raison ne saurait suffire, attendu que, demain peut-être, l’on se trouvera en présence de la réalité et il sera dès lors un peu tard pour prendre des mesures préventives.

Colonies du Pacifique.

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