‹ Historique sommaire de la lèpre dans nos diverses possessions colonialesChapitre 9 sur 21 · MADAGASCAR · texte numérisé non relu

MADAGASCAR

La lèpre existe depuis longtemps sans doute à Madagascar, car le Gouvernement malgache, frappe' du danger de laisser les lépreux en liberté, avait publié , sous le règne de Ranavalona II , un Code dans lequel on trouve un article ainsi conçu :

«■Les lépreux doivent être placés dans les endroits qui leur sont réservés.

«Les personnes qui ont connaissance de lépreux vivant dans leur voisinage' doivent en informer le Gouvernement, sous peine de se voir condamnées à une amende de un bœuf et un dollar; à défaut de payement, le délinquant devra être emprisonné et chaque jour de prison équivaudra à 0 fr. 60 d’amende, n

Sous le règne de Ranavalona III, cette loi paraît être tombée en désuétude, car les lépreux étaient tolérés sur la voie publique, à proximité des centres. Echelonnés par petits groupes, quelquefois par familles, sur le bord des routes, ils imploraient la charité des passants.

Avant la prise de possession par la France, les différentes missions établies dans la Grande Ile avaient fondé des le'pro-

séries où elles recueillaient les malades; mais ces établissements, dans lesquels les lépreux entraient et sortaient à volonté, n’avaient d’autre but que de donner asile aux malheureux dénués de ressources et 11e rendaient aucun service au poinl de vue de la prophylaxie de la maladie, attendu qu’on y autorisait la cohabitation de malades et de gens sains.

Le général Galliéni, frappé de l’extension bien constatée de la lèpre depuis un demi-siècle et des résultats obtenus par l'isolement dans tous les pays lépreux, se mit résolument à l’œuvre et décida la création des léproseries ci-après, que nous allons énumérer brièvement :

a. Léproserie d’Ambohidratrimo (province de Tananarive).

— Elle contient 600 lits, mais le nombre des hospitalisés a toujours été de 700 environ en 1 902 , de sorte qu’il a fallu recourir à des lits de fortune. Ces malades se sont répartis de la manière suivante : 258 hommes, 36 1 femmes et 78 enfants, qui ont fourni 2Ù8 décès; Ai ont quitté l’établissement pour diverses raisons, mais les places étaient vite réoccupées.

Avant 1902, les enfants nés dans les léproseries étaient laissés à leurs mères jusqu’à l’àge de dix-huit mois; à partir de cette année, ils leur ont été enlevés le jour même de leur naissance pour être placés dans une partie spéciale de la léproserie, sorte de tr nursery v où on les nourrit au biberon.

L’orphelinat annexé à la léproserie d’Ambohidratrimo ne renfermait que 11 enfants en 1902.

Un médecin de colonisation est attaché à chacune des léproseries, qui reçoit en outre, chaque semaine, la visite d’un médecin inspecteur européen.

b. Léproserie de Manankavaly ( province de Manjakandriana).

— Admirablement située sur un magnifique plateau, très bien aéré et largement pourvu d’eau, elle est très isolée eL très éloignée de tout centre de population. Achetée en 1900 à la Mission anglicane des Quakers, elle ne pouvait abriter à celte époque que 2 5 lépreux. Elle a été agrandie depuis et a pu recevoir 225 malades en 1902; en 1908, elle pouvait en abriter

70 de plus; malgré cela, elle n’est pas encore suffisante pour recevoir tous les lépreux de la province; aussi sera-t-elle encore agrandie en 190/1.

Le nombre moyen des lépreux internés en 1902 a été constamment de 2o5, les décès se sont élevés au pombre de 26 et les places devenues vacantes ont été prises aussitôt.

c. Léproserie de Miarinarivo (province du même nom). — Cette léproserie n’a été édifiée qu’en 1902; une moyenne de 1 6 5 lépreux y a été hospitalisée l’année même de sa construction. Elle se trouve trop voisine du chef-lieu et la question de son déplacement a été mise à l’étude.

d. Léproserie d’Antsirabe (province du même nom). — Cette léproserie, établie depuis plus de trente ans dans la localité, appartient a la Mission norvégienne et reçoit une subvention annuelle de /10 francs par lépreux. Le nombre des internés, qui était de 587 en 1901, s’élevait à 65 1 en 1902, année pendant laquelle il y a eu 200 entrées nouvelles et 1 3 G décès. Cet établissement, traversé par la route qui conduit de Betafo au chef- lieu, se trouve trop rapproché de ce dernier; de plus, les médecins norvégiens qui le dirigent, n’étant pas contagionnistes, ne pratiquaient pas 1 isolement qu’il a lallu imposer.

e. Léproserie d’Ambositra (province du même nom). — Elle a été mise en construction en 1902; l’emplacement choisi répond en tous points aux conditions que doit remplir un établissement de ce genre. Elle est située dans une magnifique vallée à i5 kilomètres d’Ambositra et à 7 ou 8 de tout centre habité; son achèvement s’impose d’autant plus que l’on compte dans la province 800 à 1,000 lépreux.

f. Léproserie de b ianarantsoa (province du même nom).

On compte k léproseries dans cette province :

i° Léproserie officielle. — 199 lépreux y ont été internés en 1902, 27 sont morts, i5 ont été autorisés à rentrer, sur leur demande, dans les léproseries des Missions; 1 58 étaient encore présents au 3i décembre, dont 89 hommes et 69 femmes.

7 grossesses ont donné k accouchements à terme; les nouveaunés ne présentaient aucune trace de lèpre.

Le prix de revient de la journée d’un lépreux est de o fr. 3o, déduction faite des constructions et des travaux de réparation;

2° Léproserie anglaise. — La léproserie de la London Missionaru Sociely abritait 35 lépreux en 1902;

3° Léproserie des Norvégiens. — Chaque malade a sa chambre; les lépreux mariés habitent ensemble. 20 malades étaient hospitalisés en 1902 dans cet établissement;

A0 Léproserie des Pères Jésuites. — Elle a été édifiée à 5 kilomètres de Fianarantsoa et comprend 16 chambres. Le chiffre des lépreux oscille entre 5o et 60; les malades qui peuvent travailler sont rémunérés de leur travail, ce qui leur permet d’améliorer leur alimentation.

La Mission catholique fait tous les frais de l’entretien des internés.

Les statistiques accusent dans la province la presence de 600 lépreux environ; 260 étaient isolés en 1902 et on espérait pouvoir porter ce chiffre à 3ôo.

Les Jésuites ont commencé la construction d’une nouvelle léproserie qui pourra recevoir 200 malades.

g. Léproserie de Farafangana (province du meme nom). — Construite par les Pères Lazaristes en 1902, elle est située sur une colline élevée , bien aérée , à proximité de J' arafangana , dont elle est séparée par une riviere. Ouverte en mars de la meme année, elle a donné asile à plus de 3oo lépreux logés par groupes de 2 ou 3 par case.

En vertu d’un contrat passé avec l’Administration , les Pères reçoivent une subvention annuelle de 60 francs par malade. Le seivice médical est assuré par le médecin de la formation sanitaire.

D’autres léproseries sont en construction dans les provinces d’Itaosy et d’Ambosilra. Il n existe actuellement qut. 2 établissements de ce genre sur la côte, l’un à Farafangana (côte Est), l’autre à Maintirano (côte Ouest). Toutefois, une léproserie sera incessamment en mesure de fonctionner à

Morondava (tôle Ouest) et permettra d’isoler les malades des régions sakalaves de Morondava et de la Mahavavy. Enfin, pour les circonscriptions du Nord-Ouest, la création d’une léproserie a été décidée en principe. Cet asile sera installé dans l’ilot de Sakatia, situé à proximité de Nossi-Bé et sur lequel se sont déjà réfugiées quelques familles de lépreux.

L’évacuation des malades des circonscriptions avoisinantes (territoire de Diégo-Suarez, district de la Grande Terre, cercle d’ Analalava et province de Majunga) sera chose facile et leur isolement peut d’ores et déjà être considéré comme devant être parfait. On étudie, en outre, un projet de léproserie dans les environs de Ta mata ve.

Les Missions, qui, dès leur installation à Madagascar, avaient recueilli des lépreux, ne semblent pas avoir entravé la propagation de la lèpre, parce que les malades n’ont jamais été isolés; aussi l’Administration a-t-elle dû ordonner l’isolement dans les établissements quelle subventionne.

En 1902, le nombre des lépreux isolés s’est élevé à 2,54o, dont 2,o4o sur le plateau central, 3oo à Farafangana et 200 environ dans les différentes Missions. Or, pour le plateau central, 011 peut approximativement fixer le nombre des lépreux à 4,200 au moins; il resterait donc, d’après ces calculs, 2,000 lépreux en liberté dans cette partie de la Grande Ile. Les léproseries construites en 1903 et celles qui seront édifiées en 1904 réduiront ce chiffre à 800.

En comparant ce chiffre de 4,2 00 lépreux à celui des habitants de ces provinces, qui s’élève à 1,700,000, on constate ' qu’il existe un peu plus de 3 lépreux pour 1,000 habitants.

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