RAPPORTS AVEC LA HOLLANDK
La demande que Louis de Geer avait adressée au Synode des Eglises wallonnes devait être accueillie avec faveur par cette assemblée qui se souvenait que le chef de cette illustre famille avait été l'un des membres les plus zélés du consistoire de l'Eglise d'Amsterdam. Il voulut même considérer cette Eglise si lointaine comme se rattachant à l'organisation des Eglises wallonnes et décida « que sera ledit sieur Lequeux censé pour membre de nostre synode et la classe prochaine de Rotterdam est authorisée de le confirmer au saint ministère ». Mais au dernier moment Lequeux se retira, n'ayant pas cru pouvoir accepter la vocation qui lui avait été adressée. Il aurait trouvé cependant dans la famille de Geer l'appui le plus décidé, car son chef pouvait dire, comme autrefois Josué : « Pour moi et ma maison nous servirons l'Eternel. » Dans sa longue vie de labeurs, Louis de Geer s'était proposé, avant toutes choses, la gloire et la souveraineté de Dieu. Il disait aux siens dans ses dernières recommandations : « Soyez soigneux à fréquenter les prêches et saintes assemblées, attentifs à les écouter et conformer votre vie selon les admonitions qui vous y seront faites; soyez charitables envers les pauvres, diligens à la lecture de la Parole de Dieu et chant des psaumes. Lisez diligemment les saintes Ecritures ; vous y verrez les bénédictions et malédictions; bénédictions avec promesses, tant en la vie présente qu'en la vie à venir, et malédictions avec grièves menaces et épouvantables jugemens. Partant,
et si peu connue de l'histoire de la colonie wallonne de Finspong à l'obligeance de M. Gagnebin, le savant pasteur d'Amsterdam, enlevé trop tôt à l'Eglise et à ses amis.
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mes enfans, retirez-vous du monde; fuyez les vices qui ne sont qu'allècbemens de Satan, pour voua attirer et surprendre en ses lacs * ».
Louis de Geer faisait ainsi revivre, loin de sa patrie, ces mâles vertus qui donnèrent à la piété des réformés ce caractère de fermeté et de sévérité qui Ta toujours distinguée *. Si tous ses fils ne continuèrent pas ces traditions, du moins celui-là même qui portait son nom, fit élever à Finspong, où se trouvaient les établissements industriels dont la réputation devait devenir universelle , une chapelle réservée aux familles wallonnes groupées autour de l'usine.
Très généreusement, Louis II de Geer avait voulu faire reconstruire à ses frais Téglise de Risinge, paroisse de Finspong, en se réservant dans cet édifice une sépulture de famille. Mais le pasteur de Risinge, homme d'un esprit étroit, répondit avec hauteur : « Que le seigneur de Finspong étant un calviniste, ne pouvait obtenir une
* Notice historique, op. cit. — P. de Witt. Louis de Geer, 1885.
• L. de Geer était un lettré, curieux des beaux livres et suivant avec intérêt le mouvement des idées de son temps. Finspong lui dut les origines de cette admirable bibliothèque dont le docteur B. Lundstedt, à la demande de M. E. Ëkman, son possesseur actuel, a publié un savant catalogue. Il est aisé de voir quelle place privilégiée il donnait à la littérature sérieuse en parcourant les pages consacrées aux sciences morales et religieuses. A côté des œuvres magistrales des grands théologiens, on y rencontre nombre de plaquettes d*un prix inestimable se rapportant aux polémiques ardentes de l'époque où vivait Louis de Geer. Aussi avons-nous pu, grâce à ce précieux catalogue, retrouver de nombreux ouvrages dont les titres aussi bien que les auteurs, dans plusieurs cas, étaient restés inconnus aux savants auteurs de la France protestante. Le travail de M. Lundstedt a paru en 1883 sous le titre : Katalog œfver Finspongs Bihliotek, et forme un beau vol. in-8* de TV) page», imprimé par P. -A. Norstedt et Sœner à Slockliolui.
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sépulture dans un très saint temple luthérien. » En réponse à ce refus dédaigneux, Louis de Geer fit élever dans le château la chapelle où, pendant bien des années, se célébra le culte réformé.
Nous ne pouvons donner que quelques rares indications sur les destinées de la communauté wallonne de Finspong, car son histoire ne semble traversée par aucun événement; mais est-ce se tromper en pensant que les usages et. les coutumes des Eglises wallonnes revécurentdans cette petite Eglise comme aussi dans celle de Leufsta, autre centre industriel où se trouvaient fixés un certain nombre de Wallons.
Les restrictions apportées à la liberté de conscience, l'obligation de faire baptiser les enfants dans l'Eglise luthérienne, surtout pendant le règne de Charles XI, amenèrent le départ de nombreuses familles qui retournèrent en Hollande; celles qui demeurèrent finirent par être absorbées par la population indigène, mais non sans conserver longtemps encore leur caractère national*.
A la fin du siècle dernier, Catteau- Galle ville, qui visita les établissements de Finspong, écrivait en parlant des Wallons : « On rencontre à plusieurs forges les descendans de ces Wallons; ils se distinguent encore par plusieurs traits caractéristiques, ils sont plus vifs et plus gais que les indigènes, le costume dont ils se servent leur est particulier et décèle le goût de la
* A la lia du xvii« siècle, le Collège de commerce se plaignit que l'industrie n'avait pas pris l'essor que l'on avait espéré et il en accusa l'intolérance du clergé luthérien qui chassait du royaume les Wallons parce qu'ils refusaient de changer de religion.
parure, ils se marient entre eux et transmettent ainsi de générations en générations leurs mœurs et leurs usages *. »
Le nombre des réformés, sans être considérable, parut cependant assez important pour engager M. Laurent de Geer, plusieurs années après ces événements, à demander au synode wallon « un ministre pour TEglise qui se recueilloit dans sa maison à Stockholm ».
Les avantages que présente toujours une gmnde ville et le charme d'une capitale comme Stockholm devaient y attirer les Français, surtout à une époque où Louis XIV, cédant à la pression du clergé, abandonnait la politique qui avait fait la grandeur du règne de Henri IV. L'émigration des protestants commença, en effet, longtemps avant la révocation de l'Edit de Nantes. Si la Hollande , plus voisine des frontières françaises, recueillit le plus grand nombre de ceux qui fuyaient la persécution , quelques-uns cependant gagnèrent les royaumes du Nord et se fixèrent en Danemark comme en Suède.
Dans ce dernier pays, la communauté des croyances les rapprocha des Wallons et favorisa l'organisation d'une Eglise qui se réunissait dans l'hôtel que possédait la famille de Geer à Stockholm, au faubourg du Sud.
C'était pour cette modeste communauté que Laurent de Geer, fidèle aux traditions de piété de son illustre père, demandait un pasteur.
« M. Laurent de Geer, lisons-nous dans les actes des
* Gatteau-Galleville, Tableau général de la Snède^ II, 19.
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synodes wallons, ayant déféré au sieur Isaac Rouyer, l'un de nos proposans, au nom de sa famille, la vocation pour le saint ministère en l'Eglise de leur maison qui est en Suède.» a requis quant et quant qu'une classe se put assembler pour l'examiner et pour le confirmer en la ditte vocation. Et cela d'autant plus qu'il lui estoit impossible d'attendre la tenue du synode, vu que leur Eglise ne pourroit estre plus longtemps sans pasteur, que river s'avance, qu'une bonne compagnie est preste pour partir bientost, et en cas qu'on cherchast du delay il seroit obligé de s'addresser à la classe flamande.
» L'Eglise d'Amsterdam ayant gousté toutes ces raisons si pressantes et si essentielles en a donné avis à l'Eglise synodale en Hollande, et à la pluspart des Eglises voisines, lesquelles ont unanimement accordé à Monsieur de Geer sa demande. »
Le synode qui se réunit à Campen en mai 1662 donna son approbation à ces décisions et le pasteur Isaac Rouyer partit pour la Suède cette même année. Il devait rencontrer les plus grandes difficultés dans l'accomplissement de sa tâche. L'opposition du clergé luthérien se montrait encore plus intransigeante à Stockholm que dans la province d'Ostrogolhie. L'Eglise nationale, depuis l'apostasie de Christine, dont Téclat avait été si grand, se défendait avec plus d'énergie contre toute prétention de l'Eglise catholique, mais elle ne savait pas distinguer entre Rome et Genève, les poursuivant d'une même haine. Tout exercice des religions étrangères avait été interdit par arrêt royal du 2S juin 1685, aussi le pasteur wallon adressait-il au
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Synode de Delft une lettre qui dit sa douleur et ses craintes. Nous reproduisons ce précieux document dont il est inutile de marquer l'importance.
Messieurs et très honorés pères et frères.
L'honneur que j'ay eu d'avoir esté quelque temps au service de vos Eglises, en qualité de proposant et d'avoir esté confirmé dans mon minislère par une classe composée des membres de voslre vénérable Compagnie, avec le zèle que je sçay que vous avez pour Tavancement du règne de J.-C., m'oblige à prendre la plume en main pour vous apprendre Testât de noslre religion dans nostro Septentrion. Plust à Dieu que je vous pusse faire sçavoir qu'il est florissant et que nous avons icy parmi nos frères luthériens les mesmes advantages qu'ils ont là où la Religion réformée a le plus de vogue. Mais tandis que les principaux et la pluspart d'enlr'eux conserveront contre nous la haine irréconciliable qu'ils ont fait paroistre jusques à présent, et qu'ils solliciteront les magistrats à nous interdire nos exercices, comme ils ont fait souvent, il y a peu d'apparence que je pourrai estre le messager heureux de si bonne nouvelle. Il est vray que presque en toutes les bonnes villes de ce royaume il se trouve des personnes qui font profession de nostre religion, mais sans la famille de Messieurs de Geer, qui depuis longtemps ont possédé le chandelier de la Parole et ont toujours eu leur pasteur, tous ensemble ils seroient privés entièrement de l'ouïe de la Parole et de la participation au S. Sacrement de la Gène. C'est ainsi que ceste rose est environnée de beaucoup d'espines et que ce n'est qu'au milieu de beaucoup de difficultés que nostre rehgion se conserve en Suède. L'animosité de la pluspart des ecclésiastiques est si grande, que mesme ils n'espargnent pas ceux d'entre eux qui parlent de paix et qui cherchent les moyens d'assoupir les divisions qui déchirent le sacré corps