DIFFICULTÉS DE LA SITUATION
Le discours se termine brusquement sur cette amère pensée, par ces simples paroles : « Les disciples crurent le même Seigneur, Jésus-Christ augmenté et confermé, la foi aussi en nous donne avancement et confirmation en tout bien et vertu pour parvenir à la vie éternelle. Amen. »
A ceux qui avaient quitté leur patrie pour ne pas abandonner leurs croyances, il fallait une nourriture spirituelle plus forte que celle du prédicateur de Risinge, qui reconnaissait, il est vrai, « qu'il lui déplaisoit de n'avoir pu mieux faire ».
Rien ne semblait devoir entraver la marche de l'humble Eglise de Finspong. Isolée dans la province d'Ostrogothie, composée d'étrangers, ignorant pour la plupart la langue du pays, elle ne pouvait pas être un danger pour l'Eglise de Suède. Malheureusement le souvenir des luttes soutenues contre Rome, aux jours de la réaction catholique , était toujours vivant et favorisait une intolérance qui paraissait le service même de la vérité. Le clergé luthérien, comme les autres clergés de ce temps, restait en effet hostile au principe de la liberté de conscience qui pouvait devenir dans sa pensée un réel danger pour le maintien de la religion nationale comme pour la sécurité de l'Etat. Aussi usa-t-il de son influence pour obtenir que les enfants des colons de Finspong fussent élevés dans les croyances de l'Eglise luthérienne afin d'amener rapidement la l'uine de la communauté réformée. Mais de Geer, qui connaissait le profond attachement des Wallons à leur foi, tout en appréciant le zèle de Botvidi, avait compris la nécessité de confier les intérêts religieux de la petite
communauté h un pasteur originaire des Pays-Bas.
Il s'adressa aux synodes wallons pour obtenir le ministère d'un pasteur décidé à vivre au milieu de ses ouvriers. C'était un poste difficile à. remplir à cause de son isolement, mais surtout en raison de l'esprit d'hostilité du clergé luthérien. Il fallait autant de zèle que de prudence pour être à la hauteur de la tâche et le dévouement seul pouvait déterminer un pasteur à accepter cette lointaine vocation.
Robert Meaux fut, croyons- nous, le premier des ministres qui vinrent, à la demande de la famille de Geer, s'établir à Finspong. Ce fut vers 1640 qu'il quitta l'Eglise de Hodemont qu^il desservait depuis l'année 1635. Son séjour en Suède ne dura que quelques années, car au synode qui se réunit à Amsterdam, en avril 164S, « M. de Geer demande à cette compagnie que le sieur Lequeux lui soit donné pour pasteur ordinaire en Suède ».
M. de Geer avait été accompagné dans ses voyages par un pasteur qui célébrait le culte dans sa belle demeure de Norrkoping, au grand scandale de l'évèque de Linkoping qui même forma une plainte contre lui, M. de Geer répondit noblement au prélat , en offrant l'usage de cette même demeure à l'Eglise luthérienne suédoise dont le temple venait d'être incendié. Il obéissait à ce même esprit de fraternité et de largeur chrétiennes en donnant asile, dans sa maison, à l'Eglise luthérienne allemande, comme en faisant bâtir plus tard un temple pour son usage et en lui accordant le traitement d'un pasteur *.
' Nous devons nombre de renseignements sur cette période si obscure