ISAAC ROUYER
A Stockholm, le 12/2 d'aoust 1662.
Malheureusement ces espérances ne devaient pas se réaliser, car les édits restrictifs de la liberté de conscience allaient se succéder rendant chaque jour plus précaire Fexistence de la petite communauté *. Aussi n'esl-il pas besoin de longues pages pour raconter son histoire, car les sévérités des lois interdisaient tout acte public aux fidèles; il s'agissait moins d'une Eglise régulièrement constituée que d'un culte domestique, trop fréquenté cependant au gré du clergé suédois. La situation faite aux réformés leur imposait la plus grande réserve. Sans cesse observés, toujours menacés, ils durent, pour éviter la persécution, ne donner aucune prise à leurs ennemis. C'est à cette cause sans doute
« Edits de 1662, 15 juillet 1663, 14 août 1667, 21 février 1672.
30 CHAPITHE TROISIÈME
qu'est due Tobscurité qui règne sur cette période des premiers commencements de TEglise française de Stockholm. A peine si, dans les registres des synodes wallons, nous relevons quelques rares indications qui nous permettent de constater que le culte était célébré.
Il ne semble pas que le pasteur Rouyer soit demeuré longtemps à Stockholm, car dès Tannée 1666 nous constatons que TEglise de Bois-le-Duc adresse vocation à Rodolphe Keller, « ci-devant pasteur de TKglise réformée recueillie en Suède ».
Près de dix années s'écoulent sur lesquelles nous n'avons aucun renseignement *, mais à la date de septembre 1675, nous trouvons dans les actes du synode de Campen ce qui suit : « N. T. C* F, M. Hulsius, régent dans le collège flammand de Leyden, ayant écrit à la Compagnie que M. Rompf, résident de nos Seigneurs les Estats généraux auprès de S. M. de Suède, luy a demandé une personne propre pour exercer le saint ministère aux colonies wallonnes du dit rovaume, en ayant esté requis par M. Louis de Geer, de la part du S' Emmanuel de Geer, son frère, duquel dépend ceste vocation, elle loue Dieu de ce bon dessein et ordonne à l'Eglise de Harlem, qui est synodale de
* Nous avons trouvé à la bibliothèque de Genève, dans les lettres et pièces concernant les Eglises réformées (1669-1699; une lettre .adressée « à Messieurs les pasteurs et anciens de l'Eglise réformée re cueillie à Stockholm », datée du 3 février 1674. Il ne s'agit malheureusement que d'une simple lettre de recommandation en faveur de l'enfant de Daniel Gillier, dit Bussard, originaire de la Gerbe près du Vigan, mort en Suède. S'il est permis de conclure qu*à celte époque l'Eglise existait, cependant on ne saurait inférer du pluriel employé qu'elle avait à son service plusieurs pasteurs.
PÉRIODK DE TRANSITION i)[
Hollande, de convoquer dans la ville d'Amsterdam une classe composéedes députés de Nimègue, d'Amsterdam, de Harlem, d'Ulrecht, de Leyden et de Naarden, pour examiner et recevoir au saint ministère celui à qui la dite vocation sera adressée. »
C'est ainsi que la famille de Geer continuait sa protection à la communauté réformée, et grâce à sa générosité permettait à un pasteur de subvenir aux besoins religieux des fidèles *. Les jours étaient proches où cette aide et cet appui seraient plus nécessaires que jamais, car Louis XIV en signant la révocation de TEdit de Nantes, allait provoquer la plus grande émigration dont l'histoire de France ait conservé le souvenir 2.
* La famille dt: G^er est toujours restée fidèle à ses traditions de largeur et de piété. En 1827 le comte Ch. de Geer de Leufsta cède Tusage d'un pavillon dans le jardin qui entourait sa demeure à une congrégation réformée méthodiste qui s'y réunit pendant plusieurs années.
* Des recherches très actives ne nous ont pas permis de retrouver, si jamais ils ont existé, les registres de la communauté wallonne do Stockholm. Gomme on le verra, en effet, par la suite, les registres consistoriaux que nous avons consultés sont indiqués comme ayant été les premiers dont on ait fait usage dans l'Eglise.