‹ Historire de l'etablissement des protestants français en SuèdeChapitre 15 sur 48 · LA REVOCATION DE LEDIT DE NANTES · texte numérisé non relu

LA REVOCATION DE LEDIT DE NANTES

Lorsque Richelieu eut pris la Rochelle , le parti protestant cessa d'exister. Malgré les efforts du clergé, une œuvre d'apaisement se faisait en France/ Unis à leurs concitoyens, les réformés ne demandaient d'autre liberté que celle de leur conscience et se montraient de fidèles défenseurs de l'autorité royale. Nul ne reconnut plus ouvertement leurs services que le roi qui devait plus tard les persécuter si cruellement.

Par des déclarations solennelles, Louis XIV, au début de son règne, promit de respecter les libertés accordées aux réformés par TEdit de Nantes et de nouveau proclama ce célèbre traité « perpétuel et irrévocable ». Aussi les années qui s'écoulèrent jusqu'à la paix des Pyrénées (1659) furent-elles pour les protestants un temps de paix. Si cette tranquillité fut troublée, si de nouveau l'esprit persécuteur guida la politique, la responsabilité en retombe sur le clergé de France qui considéra toujours la destruction du protestantisme comme un but à atteindre *. Avec une persévérance que

* D. de Cosnac, évêque de Valence, disait, au nom de l'Assemblée du clergé de France , le 2 juillet 1685 : « La destruction de Thérésie est notre unique affaire. »

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rien ne lassa , avec une habileté perfide, le clergé amena Louis XIV à abandonner la politique de largeur el de tolérance de Henri IV. Dès lors, sous Tinfluence directe des prêtres, fut organisée une des persécutions les plus odieuses dont l'histoire ait gardé le souvenir.

Chassés peu à peu de tous les emplois et de toutes les fonctions de TEtat , privés de leurs collègues et de leurs écoles , voyant tomber les temples sous la pioche des démolisseurs, menacés de se voir ravir leurs enfants, les protestants résolurent de quitter leur patrie.

Ainsi commença cette grande émigration qui enleva à la France les meilleurs de ses citoyens, ceux qui préféraient « obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ».

Droits de la conscience méprisés et foulés aux pieds , ruines des villes et des campagnes, haines accumulées au fond des cœurs, souffrances des innocents , mort des martyrs, fugitifs par milliers qui vont à l'étranger préparer la grandeur de l'Allemagne , de l'Angleterre , de la Hollande, telles furent les suites de cette mesure néfaste, signée entre une partie de chasse et une fête de nuit, et qui couvre d'une honte ineffaçable le clergé qui en fut l'inspirateur, le roi et les ministres qui en devinrent les exécuteurs *.

Si éloignée que fût la Suède, les réformés français pensèrent cependant qu'un asile leur serait ouvert dans un royaume qui avait eu pour roi ce Gustave-Adolphe

* Le chroniqueur Dangeau raconte en effet que « le roi alla tirer, monseigneur courut le loup et donna un grand dîner au retour, et le soir il y eut appartement », et il ajoute : a L'on vient d'apprendre que M. le Chancelier a scellé ce matin la cassation de l'Edit de Nantes. » L'Edit de Nantes fut révoqué le 18 octobre 1685.

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dont le génie et l'héroïsme avaient sauvé la Réforme en Europe. Il semblait que Charles XI dût suivre la conduite du grand électeur qui avait répondu à Tédit / de Révocation par Tédit de Postdam qui ouvrait la Prusse aux fugitifs et, les plaçant sous sa haute protection, leur garantissait pleine et entière liberté de conscience.

Charles XI supportait du reste, non sans impatience, les allures hautaines de Louis XIV, et son ambassadeur à Paris avait reçu ordre de manifester à plusieurs reprises son mécontentement. Lorsque La Feuillade, le plus ridicule des ducs, eut élevé à Louis XIV cette statue de la place des Victoires au socle de laquelle il avait fait inscrire la dédicace « Viro immortali », on put remarquer sur un des bas-reliefs le roi de Suède « fort ressemblant, dans une posture assez humble, n^ayant pas de couronne sur la tète, mais à la main et paraissant la tenir du grand Roi ».

L'irritation de Charles XI fut grande. « Le roy mon maître, écrivit Tambassadeur de Suède à Paris, prend cette affaire fort à cœur et ne la peut regarder que comme le plus sensible outrage et le plus grand déplaysîr qu'on puisse jamais luy faire. On ne doit pas, disait-il encore, donner une posture indécente au Roy, ny luy mettre dans la main la couronne que le droit de naissance et la bénédiction du ciel luy a mise sur la tête *. »

Charles XI intervint énergiquement pour maintenir le droit de ses sujets, victimes d'excès de pouvoir de la

' Archives ruyiiles de Suède, 168().

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part des agents de Louvois. ('/est ainsi que l'ambassade appuie les réclamations de Krumine, de Riga, auquel la régie des biens des religioûnaires fugitifs avait saisi une cargaison de bois du Nord, en prétextant qu'elle appartenait à G. Gougeon , réfugié en Hollande , quand elle lui avait été seulement consignée.

Sur les ordres du roi, d'énergiques efforts furent tentés pour arracher à la prison un jeune gentilhomme de Livonie , nommé Arendtfeldt qui servait en qualité de cadet aux gardes françaises. Arrêté à la frontière, alors qu'il accompagnait une dame protestante qui fuyait la persécution, il avait été conduit au château de Saumur, où il se trouvait depuis deux ans dans la plus profonde misère. La faute était durement expiée et le roi réclamait la liberté du pauvre prisonnier qui n'avait pas môme dix-neuf ans.

Dans des circonstances plus douloureuses encore , l'ambassadeur de Suède fit entendre à la cour de Versailles des paroles pleines de iierté indignée. Depuis bien des années, à l'instigation du clergé, les droits de l'autorité paternelle avaient été violés ouvertement. Une déclaration de Louis XIV, ouvrant la porte à tous les abus et légitimant toutes les violences , avait autorisé les enfants protestants à se convertir- au catholicisme dès l'âge de sept ans, avec faculté pour eux de quitter la maison paternelle , en exigeant une pension de leurs parents *.

C'est une triste page du règne de Louis le Grand que

• Déclaration du roi du 17 juin 16S1, portant que les enfancs de la R. P. II. pourront se convertir à Tàge de sept ans.

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celle où se lisent ces récits d'enlèvement d'enfants qui , arrachés légalement à leurs familles et élevés dans les maisons dites des Nouvelles Catholiques, y apprenaient à maudire la religion pour laquelle souffraient et mouraient leurs parents. Ce n'était pas assez d'exercer ces indignes violences en France, le mépris insultant des agents de Louis XIV allait jusqu à la violation de droits sacrés chez tous les peuples, et l'un d'eux, Bidal, osa ravir ouvertement un enfant à sa mère dans la ville de Hambourg. Mais Charles XI n'entendait pas qu'on put en agir ainsi impunément.

« L'envoyé extraordinaire du Roi de Suède, lisonsnous dans une dépêche, se trouve obligé par un ordre exprès du Roi son maître , d'intercéder en faveur d'une dame Rose dont le fils avait été ravi par le sieur Bidal, résident de France à Hambourg. « Il est entré, dit » la femme Rose dans sa supplique, en plein jour avec » ses domestiques dans l'hostellerie où nous étions, » mon fils et moi, pour exécuter ce malheureux des- » sein. Il ne lui servit de rien, à ce pauvre enfant, de se » tenir attaché à moi , priant avec larmes qu'on le lais- » sât auprès de sa mère, ni à moy d'employer tout ce » qui me restoit de forces pour le retenir. Le sieur » Bidal, sourd à nos lamentations, détacha luy-même » les faibles bras de cet enfant et n'en pouvant pas faire » autant des miens, il me traîna hors du lit, sur lequel » ma faiblesse m'avait obligée de me jeter jusqu'au » milieu de ma chambre où assisté de ses gens, il » acheva de me l'arracher impitoyablement d'entre les » bras. » La plus cruelle des douleurs de cette mère, c'était de penser qu'on en voulait à la conscience de ce

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pauvre enfant trop jeune « pour se pouvoir défendre des desseins qu'on avoit formés contre son âme ».

L'attitude du ministre de Suède fut très ferme et, aux allégations de Bidal, disant pour sa justification que le père, « catholique de religion », réclamait son fils, il répondit que le père était un misérable qu'on avait chassé de France. Avec une noble fierté il ajoutait « que sans doute on connoissoit le zèle du Roi pour la religion romaine , mais qu'on croyoit pouvoir attendre de son équité que Sa Majesté ne laisseroit pas impunie une violence faite en plein jour, à la vue de tous les Estats de l'empire, dans une des plus célèbres villes de l'Allemagne et une infraction si manifeste de tous les traités et de la sûreté publique ».

« On regarde , disait-il encore , cette action comme une atteinte à la liberté de la religion protestante , qui donne de justes alarmes à tous ceux qui la professent, car un zèle qui va jusqu'à ravir les enfants dans les bras de leurs mères et cela dans une ville protestante , même dans une maison occupée par des protestants , ne peut être autrement considéré. » La conclusion de la lettre est d'une extrême .sévérité : <' S'il était permis aux ministres des souverains de faire impunément de tels excès, leur caractère qui doit être sacré et révéré , deviendrait odieux et méprisable *. »

Rien de plus honorable pour la mémoire de Charles XI que cette belle défense des droits d'une pauvre mère et cette sévère condamnation des violences exercées au nom de la religion. Au nom du roi de Suède

* Arch. roy. de Suède. Le lire de Versailles du 25 novembre 1687.

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nous associons celui de la reine Christine qui, par sa virile protestation contre la révocation de FEdit de Nantes, montra que, malgré les étranges aventures de sa vie, elle était restée la fille du grand Gustave. On sait quel fut Féclat de cette lettre publiée par Bayle, où la condamnation des dragonnades était prononcée avec un suprême dédain. « Rien n'est plus louable, disait Christine, que le dessein de convertir les hérétiques et les infidèles. Mais la manière dont- on s'y prend est fort nouvelle et puisque notre Seigneur ne s'est pas servi de cette méthode pour convertir le monde, elle ne doit pas être la meilleure. J'admire et ne comprens pas ce zèle et cette politique qui me passent, et je suis de plus ravie de ne les comprendre pas. »

« Je plains, disait-elle encore, tant de familles ruinées, tant d'honnêtes gens réduits à l'aumône et je ne puis regarder ce qui se passe aujourd'huy en France, sans en avoir compassion*. »

Il semblait donc que la Suède dût recueillir quelques débris de la grande émigration française et donner une nouvelle patrie aux yiçtinies des persécutions demandées par les ptêtrés et accordées par Louis XIV. Le roi de Suède avait, au lendemain de la Révocation, fait agir Lilienroot, son ambassadeur à Paris, en faveur des réformés d'Alsace , invoquant le traité de Westphalie dont il était Tun des garants. En même temps la légation avait favorisé le départ des protestants en

* Bayle, République des le'.tres, mai, 1688, 531. — Voir le texte de cette lettre aux Pièces justificatives, n» Y.

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leur facilitant le moyen d'emporter leur fortune ^ Obéissant aux mouvements d'une réelle sympathie et cédant aux inspirations d'une politique élevée, Charles XI aurait dû voir dans l'émigration des protestants français l'occasion de protester contre l'intolérance qui l'emportait dans les conseils de Louis XIV, Il reçut, du reste, du grand électeur, dont le dévouement à la cause des persécutés était sans réserve, une lettre touchante où ce prince exposait la situation de ces infortunés, sollicitant « aide et secours pour nosdits pauvres compaignons et domestiques en la Foy ». Il avait chargé en même temps MM. de Venours et Giffay de présenter au. roi de Suède « tant le pitoyable état de ces pauvres réfugiés comme aussi tous les moyens par lesquels ils pourront recevoir quelque soulagement, soit dedans, soit dehors les pays de S. A. R. 2 ».

Ceux-ci devaient, au nom des réfugiés, remettre au roi une émouvante supplique que nous reproduisons:

Sire,

Votre Majesté sçait que la plus barbare et la plus inhumaine persécution qu'on ait jamais fait souffrir à des chré-

* C'était M. de Palmquist, secrétaire du ministre de Suède, qui se chargeait de ces négociations. Archives du ministère des affaires étrangères (France), Hollande, 143, p. Iô8. — On trouve aussi la mention suivante dans une dépêche de la légation de France à La Haye : M H y a un Suédois qui a servi, ce me semble, sous M. Stoupe qui a passé du monde. H a un passeport du nom de M. Stouppe, il a voulu passer la femme d'un capitaine de cavalerie nommée Deloir qui est icy, mais la femme a esté prise. » Hollande, 140, p. 207.

«Letire du 29 juillet 1688.

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tiens a été exercée depuis quelques années dans tous le^ Etats du Roy de France, contre tous ses sujets évangéliques et réformez, avec tant de cruauté qu'ils ont été contraints pour se mettre à couvert de la fureur de leurs persécuteurs, de chercher au péril de la vie des aziles dans tous les Etats et chez tous les Princes .évangéliques et réformez, qui les ont tous bénignement receus. Mais comme ils s'y sont jettez en foule surtout en Suisse, et dans d'autres Etats d'Allemagne, S. A. E. de Brandebourg, touchée de leur misère, et à la sollicitation de Messieurs les Cantons suisses évangéliques, continuant ses charités envers ces pauvres affligez, a bien voulu intercéder en leur faveur auprès des Rois, des Princes et des Etats chrétiens et reformez de l'Europe : c'est de sa part, Sire, et à sa recommandation, comme V. M. verra par la lettre de S. A. E., et de la part de plusieurs milliers de ces pauvres François réfugiez, que nous sommes envoyés, pour venir implorer la clémence et la charité de V. M. Nous sommes persuadés, Sire, qu'un si puissant et si redoutable monarque, l'auguste et le digne héritier de la valeur du grand Gustave, et du grand Charles *, père de V. M., ne sera pas le seul prince qui leur refuse l'entrée de ses Etats avec l'exercice de leur religion ; nous osons prendre la liberté de dire à V. M. qu'elle voit à ses pieds, en nos personnes, toute l'Europe protestante fondant en larmes et pénétrée de douleur, supplier V. M. de

* Charles-Gustave, écrivant à Cromwell, avait nettement marqué qu*il ne faisait pas de différencd entre les luthériens et les calvinistes persécutés par les catholiques. — Lettre du 23 juin 1655. De la Gai*diska archivet, 10* partie, Lund. 1838.

Gomment ne pas rappeler que Gharles-Gustave avait, lors de son séjour à Paris, mis son nom au bas de Tacte de fondation de la première Eglise luthérienne qui y fut ouverte par la piété et le zèle de Jonas Hambré, « prédicateur fidèle et théologien au service de S. M. le roi de Suède et professeur extraordinaire des langues hébraïque, syriaque et arabe à T Université de Paris ».

l'église LUïnÉnrENNic française 61

nous tendre ses bras charitables, et qu'à l'exemple de cet incomparable Héros, rillustre prédécesseur de V. M., dont V. M. remplit si dignement la place, il lui plaise prendre comme lui la qualité de Pcotecteur de l'innocence opprimée, et de Défenseur de la Foy évangélique dans ce triste temps qu'on a formé le dessein de la détruire dans toute l'Europe ; V. M. s'aquerra par là une gloire immortelle et autant de fidèles sujets qu'elle en voudra recevoir et généralement les cœurs et les vœux de tous les protestans qui fairont gloire de sacrifier leur bien et leur vie pour le service de Y. M. Ils prient Dieu avec ardeur et nous en particulier qu'il comble de bénédictions et de gloire V. M. *.

Cette démarche avait paru d'autant plus nécessaire que le bruit s'était répandu parmi les réfugiés « que le roi de Suède avait donné une déclaration par laquelle il ordonnoit que tous les enfans des calvinistes qui pourroient être dans ses Etats fussent baptisés par des ministres luthériens, ce qui faisoit croire qu'il ne vouloit souffrir autre religion que la luthérienne ^ ».

Le fait était malheureusement vrai; Charles XI, sans doute, avait été ému de l'infortune de tant de victimes de la persécution, il avait même autorisé en leur faveur une collecte générale à Stockholm et offert des secours. aux industriels français qui viendraient s'éta-

* Bibliothèque de Genève, Manuscrits Court, n» 17, t. L, p. 219.

* Bibliothèque de Genève, Manuscrits Court, n« 17, t. O. Cette décision avait causé une vive émotion parmi les réfugiés et le célèbre Brousson n'hésitait pas à dire « que le bruit même que peut faire en France la déclaration du roi de Suède empêchera peut-être un grand nombre de nos frères de sortir du royaume de France pour satisfaire au devoir de leur conscience ». Voir cette lettre de Brousson aux Pièces justificatives, n® VI.

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blir en Suède, mais il avait dû compter avec l'opposition du clergé national. Celui-ci se refusait à toute concession et ne voulait à aucun prix accorder aux dissidents le droit d'exercer publiquement leur culte.

Lorsque des questions de principe sont en jeu , les mesures moyennes ne peuvent aboutir. CharJes. XI crut pouvoir résoudre le problème si délicat par une tentative de conciliation et il décida la fondation à Stockholm d'une Eglise luthérienne française.

Les réformés n'avaient pas abandonné une patrie comme la France pour se contenter d'une semblable compensation. Aussi TEglise luthérienne française ne devait-elle vivre que soutenue par le pouvoir royal. Un homme de talent, Nicolas Bergius, fut appelé à en être le premier pasteur. Originaire de Rewal, il avait fait ses études à Upsal et pris ses grades théologiques à Giessen en 1684 *. Attaché au luthéranisme le plus strict, Bergius repoussait ce qu'il appelait « la malheureuse liberté de se perdre, sous le prétexte de liberté dé conscience, de tolérance, de charité »s

Un ouvrage publié par ses soins nous donne une idée juste des sentiments qui animaient alors les membres du clergé *. C'est d'une môme haine qu'il hait le calvinisme et le papisme, car dans la préface de ce livre,

* Bergius devint assesseur au Consistoire en 1694 'et docteur en théologie en 1705. Il mourut le 5 avril 1706.

* Abrégé des Articles de la Foi, tiré de l'Ecriture sainte'p(TUr Vusage de la jeunesse suédoise, parle très révérend OlausILaurklïls, évêque de Westeras, et traduit en françois par Nicolas ^BE^tG^us, pasteur de l'Eglise françoise et imprimé à ses dépens à Stockholm, chez Jean Billingsley, 1694, petit in-8«, 120 p. L'ouvrage est dédié t*! S. A. Pi. Cliarles, prince héréditaire de Suédo.

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destine à la jeunesse suédoise, il condamne Genève qui « n'envisage que la conquête de cette Eglise du Nord, qui, pendant tout un siècle, n'a presque été occupée qu'à se défendre de ses atteintes •.

Très instruit des polémiques si vives qui divisaient les réfugiés, Bergius n'hésite pas, triste exemple des entraînements de l'esprit de parti, à se servir des arguments de Jurieu contre le socinianisme en les retournant contre le calvinisme. « Le socinianisme renverse toute la religion chrétienne », avait dit le théologien de Rotterdam; « le calvinisme renverse toute la religion luthérienne, » écrit Bergius.

« Les calvinistes, ajoutait-il encore, parlent de conformité entré leur doctrine et la nôtre; soit, mais celte conformité doit les obliger à renoncer à l'envie de faire parmi nous des assemblées à part. »

Maintenir la doctrine orthodoxe, voilà le dévoir auquel le prince fidèle ne peut se dérober, et s'il doit chercher dés exemples c'est parmi ces grands rois, Salomon, Josias, David, qui se montrèrent si jaloux des droits de Dieu, et firent sentir aux infidèles tout lé poids de leur autorité. La tolérance est une brèche dont nul ne peut dire qu'elle n'occasionnera point la ruine de la ville. Telles étaient les idées du temps, aussi rien de surprenant dans des déclarations semblables à celles-ci : « Trouyera-t-on après cela à redire à la conduite de noire monarque incomparable, qui prévoiant toutes les confusions et tous les malheurs qui pouvoient entrer dans ses Etats par cette brèche, fit servir tant à la gloire de Dieu qu'au repos de son Roiaumé, cette autorité absolue, qu'il a reçue du ciel dans un si suprême degré, qu'il suffit à

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Sa Majesté de vouloir et de parler pour voir ses ordres exécutez \ »

Mais Bergius ne dépassait-il pas la mesure alors qu^applaudîssant au refus du roi d'accorder la liberté du culte, il écrivait : « C'est à nous de voir dans la destinée de la France le tableau de celle qui nous attend , » si nous faisons une concession à la liberté. N'allait-il pas enfin au delà de toutes les exagérations quand il dénonçait le calvinisme comme « voulant s'asservir la Suède qui s'est maintenue libre au milieu de l'Europe assujettie ». Il ne s^agissait, on ne pourrait l'oublier, que de la liberté de conscience réclamée par les victimes de la Révocation.

Dans un autre ouvrage,. ces sentiments s'affirment avec plus d'audace encore : « Messieurs de la Religion prétendue Réformée, écrit-il, verront par ce traité qu'ils n'ont pas sujet d'avoir en horreur notre foi, nos églises, nos autels. Moins encore de chercher la malheureuse liberté d'exercer une fausse religion au préjudice de la véritable, de la chercher dans un Royaume où le souverain et les sujets se sont engagés au Souverain du ciel et de la terre de n'en souffrir que d'une seule qui fût capable de sauver nos âmes ^. »

* En 1693, les Etats avaient déclaré que « le roi n'étoit responsable de ses actes que devant Dieu. Les professeurs reçurent l'ordre d'enseigner aux étudiants la doctrine du pouvoir absolu ». Geijer. Histoire de la Suéde, 472.

« L'infaillible pierre de touche de la Religion apostolique luthérienne.., traduite en françois et imprimée aux dépens de Nicolas Bergius, pasteur de l'Eglise françoise et assesseur du Consistoire. Stockholm, chez la veuve de Du Wall, 1695, in-16, 109 p. Dédiée à S. A. R. Hedwig-Sophie, princesse héréditaire de Suéde.

LA RÉVOCATION DE l'ÉDIT DE NANTKS 6o

Il est juste de dire que Bergius attaquait TEglise romaine avec non moins d'ardeur. « Rome, disait-il, est toujours passionnée pour ses erreurs, et quoi qu'elle fasse, elle ne nous y engagera plus, sous le bon plaisir de Dieu. »

Le pasteur de l'Eglise française luthérienne, par son érudition de bon aloi et la distinction de son talent, se montrait adversaire redoutable. Dans la polémique contre le catholicisme surtout, il excellait à découvrir les erreurs de la dialectique d'un Bossuet, comme à mettre en lumière les sophismes et les perfidies des jésuites.

Il était aussi homme d'esprit, à en juger par cette simple note qui termine un de ses livres : « Je serai beaucoup obligé à ceux qui, excusant les fautes de l'imprimeur, me feront la faveur de corriger les miennes. » Comme orateur, Nicolas Bergius avait à lutter contre les désavantages d'un accent étranger et les difficultés que présente toujours une langue qui n'a pas été celle de l'enfance. Cependant, formé à l'école des meilleurs maîtres, très curieux de la littérature française, il parlait et écrivait notre langue avec facilité et souvent même avec bonheur *. Si l'entreprise eût pu être menée à bonne fin, Bergius eût réussi, mais elle était con-

* G*est d'après un exemplaire d'un sermon de Bergius que je parle de son talent oratoire, qui était 1res réel. Voici le titre de cette plaquette d'une extrême rareté : Sermon funèbre prononcé dans Véglise françoise^ le 28 novembre an 1693, à l'occasion des Funérailles Roiales de feu Sa Majesté Ulrice-Eleonore , Reine de Svede, de Gothie et de Vandalie, et consacré à la mémoire de cette glorieuse Princesse par Nicolas Bergius, P. de l'Egl. Franc, et Ass. du Gons. — A Stockholm, imprimé chez Billingsley, Tan 1694.

damnée dès le premier jour, car elle ne répondait en rien aux besoins des réfugiés.

L'Eglise luthérienne française ne compta que quelques rares fidèles , et ne dut son maintien qu'à l'appui du gouvernement. Le jour où parut l'édit de Tolérance, elle cessa d'exister *.

1 A cette Eglise il fallait des catéchismes et des cantiques, car il ne pouvait être question de se servir des recueils en usage chez les réformés. Aussi, en 1700 parurent, pour Tusage de TEglise française de Stockholm : Les Evangiles et les Epitres pour tous les Dimanches^ Jours solennels et Fêtes , avec les Collectes et les Prières qui y appartiennent, à Stockholm, chez Olaus Enseus, imprimeur du Collège royal des Antiquités, Tan 1700. — Cette publication paraissait par ordre et aux dépens de Sa Majesté Charles XII.

En 1734, Laurent Arnell, alors pasteur de la communauté française luthérienne, tenta de revoir une œuvre qu'il jugeait imparfaite et en donna une deuxième édition sous ce titre : Livre de cantiques avec les parties qui y appartiennent et qui se trouvent marquées à la page suivante. Seconde édition, augmentée et publiée avec Tapprobation des supérieurs, à Stockholm, dans l'imprimerie de THistoriographie du Royaume, par Hartwig Gercken, l'an 1734, petit in-folio long, 394 p.

C'était une hardiesse à Laurent Arnell de tenter une pareille revision, aussi est-il bien difficile, comme il le demande, « qu'on interprète bénignement cette entreprise innocente ». Se croyant poète, il avait cru mettre le catéchisme en forme de cantiques, alors qu'il écrivait, par exemple :

C'est ici la loi qu'en Sina Au peuple d'Israël donna Dieu notre maître et conducteur Par Moyse son serviteur.

Parlait-il de la Cène, il disait :

Jésus, ton seul Sauveur, Remplit le cœur d'un doux plaisir, Mais de l'avoir chez soi présent Est cncor plus grand agrément.

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