CHARLES XII ET LES FORÇATS POUR LA FOI
tembre 1707 au quartier général de Slupza, où le roi campait, attendant les premiers froids.
Introduit auprès du roi par des lettres des Cantons évangéliques et du roi de Prusse, Rochegude put parler des nobles galériens de France, et il le fit de telle manière que Charles XII ne put l'écouter sans émotiorf.
De même qu'il avait pris auprès de l'empereur Joseph la défense des protestants de Silésie, de même il se fit auprès de Louis XIV le défenseur des forçats pour la foi.
« Nous avons apris par les lettres que M. le Marquis de Rochegude nous a aportées de votre part , rét pondit le roi aux Cantons évangéliques, le déplor^rble état où se trouvent en France plusieurs confesseurs, qui ont été condamnez aux galères et mis dans les cachots et l'indigne traitement qu'ils y souffrent pour avoir persévéré constamment dans la profession de la Religion évangelique. Et nous voyons par tes mêmes lettres que vous croyez que notre intercession auprès du Roi de France pourroit être d'un grand sotilagçmènt à leurs maux. Nous ne pouvons que vous applaudir de votre zèle et que louer extrêmement la tendresse et la piété qui vous intéressent pour eux. Nous souhaiterions de tout notre cœur pouvoir trouver pour les secourir des voyes et des ouvertures proportionnées à la juste compassion dont nous nous sentons touchés de leurs maux et à l'estime que nous avons pour leur vertu et leur innocence \ »
Charles XII ne s'exprimait pas en termes moins émus dans sa réponse au roi de Prusse. Après avoir
* Erman et Heglam. Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés, VII, 71. La lettre est datée de Wienitz, 9 décembre 1707.
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annoncé qu'il donnait les ordres les plus précis à son ministre à Paris , pour agir en faveur des confesseurs, il ajoutait, en parlant de Louis XIV : « Nous lui serions obligé de l'élargissement et de la délivrance de ces pauvres captifs , dont tout le crime consiste à avoir sur le culte divin des sentiments différents de ceux de TEglise romaine et nous sommes persuadé qu'il est trop bon et trop équitable pour permettre que tant de sujets, qui lui sont d'ailleurs fidèles, soient si indignement et si cruellement traités, si leur état lui était bien connu. * »
M. de Cronstrœm, ministre de Suède à Paris, fut chargé de négocier l'affaire avec toute la prudence nécessaire , mais à ces ouvertures Louis XIV fit répondre « qu'il s'agissait d'une affaire domestique », laissant entendre qu'il ne lui convenait pas qu'on insistât davantage. Du reste Torcy le dit peu après, en termes exprès, à M. de Cronstrœm , qui dut faire savoir au roi que sur ce point Louis XIV ne céderait jamais.
Charles XII en conçut un vif déplaisir : « Je suis mal content , fit-il dire au marquis de Rochegude , d'une réponse si peu obligeante et je n'avois pas espéré que l'on eût rejette si sèchement une chose si juste , si facile , à laquelle je prens intérêt. » « Sa Majesté, ajoute Rochegude dans la lettre qu'il adressa aux Excellences de Berne en leur rendant compte de sa mission, parut si vivement touchée du triste et douloureux état de ces fidèles souffrans que j'ay cru devoir luy représenter au long les violentes persécutions que l'on a exercées en
* Limiers, Histoire de Suède, VIII, 200.