‹ Historire de l'etablissement des protestants français en SuèdeChapitre 18 sur 48 · SUPPLIQUE DES RÉFUGIÉS · texte numérisé non relu

SUPPLIQUE DES RÉFUGIÉS

et annonçait fidèlement l'Evangile . Sans doute, à plusieurs reprises, des décrets proscrivant le papisme du royaume ont été promulgués et les réformés ont été enfermés dans la même condamnation. Mais nous avions toujours cru que ces noms de « réformés et de calvinistes », qui paraissaient dans ces décrets, n'y étaient placés que pour des raisons d'ordre politique, afin que les états catholiques n'en prissent pas ombrage.

>> Comme les luthériens, Sire, nous avons mis la Parole de Dieu à la base de notre Confession de foi , et plaçant notre espérance en Jésus- Christ et notre salut en sa mort et sa résurrection , nous ne pouvons être comparés aux papistes. »

Les réfugiés évoquaient le souvenir de la noble lettre du roi Charles-Gustave à Cromwell où ce prince déclarait vouloir prendre la défense des réformés persécutés à cause de leur foi.

« Sans doute, disaient-ils, entre luthériens etréformés existent des divergences, mais sont-elles si profondes que nous devions en souffrir ? Nos frères luthériens n'ont-ils pas trouvé aide et protection dans les Etats évangéliques , n'ont -ils pas leurs pasteurs et leurs Eglises en Angleterre, dans la Hesse, en Brandebourg, dans les Provinces-Unies ?

» Nous prions. Sire , pour la grandeur de votre maison et la prospérité du royaume, dans ces assemblées que vous avez autorisées. Nous n'avons rien fait qui puisse mériter votre blâme, et cependant, sans avoir été prévenus, nous nous trouvons condamnés , jeunes et vieux, par le tribunal fiscal, à payer une amende de 300

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dalers d'argent, alors que nous ne pourrions pas même les payer en dalers de cuivre.

» Nous tombons, Sire , à vos genoux , implorant avec larmes, au nom du Christ, notre grâce. Nous avouons que nous sommes de pauvres étrangers, n'ayant de recours qu'en votre clémence et vous suppliant de nous prendre sous votre protection, en nous libérant de cette dure condamnation. Nous vous supplions aussi de nous permettre de continuer nos saintes assemblées , car le Christ est avec ceux qui se réunissent en son nom. Notre prière sera plus forte , car celui qui prie seul est triste. .

» Ecoutez-nous, disaient-ils en terminant, à cause du Christ et de son nom et nous resterons avec l'aide de Dieu et jusqu'à l'heure de la mort vos fidèles sujets, les réfugiés de l'Eglise réformée. »

Si le roi ne répondit pas à la demande des réfugiés en leur accordant le droit de célébrer publiquement leur culte , du moins il les délivra de l'amende qui leur avait été infligée. Une fois de plus il avait cédé à la pression du clergé qui n'avait pas voulu abandonner cette intolérance dans laquelle, à ses yeux, se trouvait la seule protection efficace de la vérité.

Du reste Charles XI, victime de sa passion autoritaire, n'était que trop disposé à donner satisfaction à cet esprit d'étroite^se, car, en 1695, il promulgua un édit qui enjoignait à tous les négociants étrangers, non luthériens , de quitter la Suède dans l'espace de quatre mois. Il ne fallut rien moins que l'intervention du roi d'Angleterre et des Etats-Généraux de Hollande pour faire rapporter une aussi étrange mesure.

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Autres furent les sentiments du roi Charles XII , dont la vie apparaît dans Thistoire de la Suède comme l'épopée guerrière de ce noble pays.

Lorsque le traité de Ryswick (1697) eut rendu le duché des Deux-Ponts à la Suède , Charles XII voulut faire oublier les souvenirs de la persécution dont les réformés avaient été les victimes. Il fit annoncer que de grands avantages seraient accordés à tous les marchands et manufacturiers réformés ou luthériens qui voudraient s'établir dans le duché. A ceux qui travailleraient ainsi à relever ce malheureux pays des ruines qui le couvraient, par une politique aussi habile qu'éclairée, Charles XII accordait l'entière liberté de conscience et l'exemption de tout impôt pendant quinze ans *.

Malheureusement les efforts tentés par les puissances évangéliques, au congrès de Ryswick, en faveur des protestants français n'avaient pas abouti, car Louis XIV n'avait jamais voulu reconnaître les erreurs de sa politique religieuse. « Lorsqu'on vous parlera sur ce sujet, écrivait-il au comte d'Avaux, vous ne devez laisser aucune espérance qu'on puisse obtenir de moi le moindre changement à ce que j'ai fait pour le bien de la religion. » « Le moindre avantage , disait-il encore , que je pouvais me réserver en cédant tous les lieux dont j'avais été en possession était de stipuler que ce que j'avais fait pour la religion serait maintenu 2. »

Avec Charles XII commença une période d'apaise-

* NoRBERG, Hist. de Charles XII, I, 21.

* Nya Handlingar rorande Skandinaviens Historia, 30' partie. Dépêches des 13 et 20 mars 1698.

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ment, car il savait que l'Etat n'avait rien à redouter des réformés. Aussi, au mois de juin 1699, par ses ordres, un ministre français se rendit à Londres pour engager les réfugiés à venir se fixer dans les contrées de Bcême et de Verden, où le roi leur promettait de vastes établissements, de nombreuses exemptions, et pleine Mberté de conscience avec la seule réserve de se servir de la liturgie anglicane pour le culte public *.

Le changement des idées s'affirmait déjà d'une manière si remarquable que le roi put ordonner une collecte générale en Suède , pour favoriser l'établissement des réfugiés dans le duché des Deux-Ponts.

Charles XU, peu après, donna des marques non moins évidentes de la sympathie qu'il éprouvait pour les victimes des persécutions religieuses. Dans l'histoire des souffrances endurées pour l'Evangile, rien n'est plus glorieux , mais rien n'est plus douloureux que le lécit des misères des forçats pour la foi. C'était endurer chaque jour la mort que de vivre, sous le fouet de la chiourme, accouplé à d'infâmes scélérats, quand le crime commis était celui d'avoir été fidèle au Christ. La grande misère de ces serviteurs de Dieu avait ému les puissances protestantes auprès desquelles d'instantes démarches avaient été faites en leur faveur. Le marquis de Rochegude , qui se consacrait à leur défense, pensa que ce ne serait pas en vain qu'il demanderait l'intervention de Charles XII , dont la réputation de noblesse et de générosité était si connue. Aussi , pour le rejoindre, il traversa la Silésie et se présenta en sep-

* Limiers, op. cit., IV, 55.

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